UNE PROPOSITION PLUS ANCIENNE POUR L’EUROPE

Alors que je m’apprêtais à réfléchir à nouveau sur la tentative actuelle de créer à marche forcée une Europe fédéraliste, la revue en ligne remue.net me rappelle une ancienne proposition.

L’Europe selon Brigandos

Nous sommes en 1778, dans une forêt aux environs de Tolède. Une discussion se tient entre Brigandos, chef d’une troupe de Bohémiens, et un chevalier espagnol de l’ordre d’Alcantara, son captif. Brigandos parle de la politique européenne :

« … le gouvernement républicain que je vous trace ici, est celui que je veux donner à l’Europe ; laissez-moi, d’après cela, poursuivre mes divisions, car cette multitude de petits états me désespère. Je divise donc notre continent en quatre républiques, et sous la dénomination que je viens d’indiquer ; voici l’étendue que je leur donne. Pour former la république d’Occident, je joins aux états de la France, l’Espagne, le Portugal, Majorque, Minorque, Gibraltar, la Corse et la Sardaigne, sous la condition qu’elle se débarrassera de vos moines, de vos inquisiteurs, de vos abbés, et qu’elle enverra tous ces gosiers de pain bénit chanter la messe au fond de l’Afrique. La république du Nord sera composée de la Suède ; je lui donne, indépendamment de ses états, l’Angleterre et ses attenances, les Pays-Bas, les Provinces-Unies, la Westphalie, la Poméranie, le Danemark, l’Irlande et la Laponie. La Russie formera la république d’Orient ; je veux qu’elle cède aux Turcs, que je renvoie d’Europe, toutes les possessions que Pétersbourg a dans l’Asie, qui ne pouvaient lui être bonnes que dans la vue d’un commerce par terre avec la Chine, qu’elle ne fait point et qu’elle ne fera jamais ; en récompense, je lui joins la Pologne, la Tartarie et tout ce que le Turc laisse en Europe. La république du Midi sera composée de l’Allemagne entière, de la Hongrie, de l’Italie dont j’exile le pape, n’y ayant rien de plus inutile, dans le plan que je trace, qu’un abbé sodomite, à douze millions de revenus, qui n’a d’autre emploi que de distribuer des indulgences dont on n’a que faire, ou des agnus qu’on foule aux pieds. La même république aura la Sicile et toutes les îles qui se trouvent entre elle et la côte d’Afrique. Voilà ma division, chevalier, mais je veux une paix éternelle entre ces quatre gouvernements ; je veux qu’ils abandonnent entièrement l’Amérique, qui ne sert qu’à les ruiner, qu’ils bornent leur commerce entre eux, et surtout qu’ils n’aient qu’une religion, un culte pur, simple, dégagé d’idolâtrie et de dogmes monstrueux… une religion enfin que le peuple puisse suivre sans avoir besoin de cette vermine insolente qu’il érige en médiateur entre le ciel et sa faiblesse, et qui ne sert qu’à le tromper sans le rendre meilleur. Dantzig sera, d’après mon plan, la ville libre où chaque république aura un sénat. Là, toutes les discussions se termineront à l’amiable, les jugements des arbitres deviendront des lois des états, et si les temporisations proposées ne plaisent pas, dix députés par république viendront se battre en personne, sans exposer des millions d’hommes à s’égorger pour des intérêts qui sont rarement les leurs. »

Aline et Valcour, roman épistolaire du marquis de Sade, Lettre XXXVIII (p. 531 de l’édition « Classiques de poche).

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65 réflexions sur « UNE PROPOSITION PLUS ANCIENNE POUR L’EUROPE »

  1. Mort de rire ! C’est souvent du plus haut comique ! Rien à voir avec le spectacle affligeant auquel nous sommes soumis depuis si longtemps…

  2. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un projet pour l’Europe, il y a ce fameux texte (inachevé) de Rousseau qui était en quelque sorte l’occasion pour lui de donner corps à ses idées politiques :
    http://classiques.uqac.ca/classiques/Rousseau_jj/projet_corse/projet_corse.pdf
    (ce remarquable site canadien est une source de documents et mérite le détour)
    La fin du XVIIIe siècle est une période de foisonnement intellectuel où l’on projette toutes sortes d’idées (de fantasmes aussi, sans nul doute) sur ce que pourrait être un gouvernement idéal destiné à remplacer la monarchie absolue et l’ordre ancien dont on perçoit qu’il est en train de vaciller. Le grand référent de cette période est l’Antiquité, tout simplement parce que le moyen âge (l’âge gothique) est largement ignoré car on ne l’enseigne pas dans les écoles à cette époque tant il semble barbare. Il commence cependant à émerger peu à peu, justement dans ces petits romans gothiques dont la mode vient d’Angleterre (Sade s’en inspire), ainsi qu’au théâtre en France ; Walter Scott lui restituera ses lettres de noblesse en le popularisant (vulgarisant).
    L’image de Rome ou celle de Sparte prévalent dans l’idéologie politique comme dans la peinture davidienne. Rome est une figure ambiguë, bivalente ; il y a la Rome républicaine, sa vertu, modèle absolu : le citoyen doit tout lui sacrifier : La Marseillaise ou Le départ des volontaires en 1792 de Rude, bien que postérieur, incarne parfaitement cela. Mais il y a aussi la Rome impériale, guerrière et conquérante, qui propose ses modèles d’ordre, d’organisation et de prospérité (Mare nostrum, Pax romana). On sait que le premier modèle sera expérimenté notamment avec Robespierre (et la Terreur) et que le second s’incarnera en Napoléon dont le rêve européen se brisera sur la résistance anglaise. Napoléon laissera le code civil, directement inspiré des lois romaines et aussi l’idée qu’un homme providentiel peut incarner l’union et fédérer les peuples européens.
    Toutes les projections utopiques de gouvernements futurs se sont heurtées à la réalité des faits. On peut convoquer avec quelque humour le chapitre 26 du Candide de Voltaire où le héros rencontre six souverains déchus qui narrent leur pitoyable destin :
    http://fr.wikisource.org/wiki/Candide,_ou_l%E2%80%99Optimisme/Beuchot_1829/Chapitre_26
    Tout cela pour dire que bien des penseurs ou des politiciens ont tenté d’unir ce patchwork d’intérêts contradictoires, de mœurs différentes, de cultures et de cuisines, de religions et de langues.

    1. Malheureusement, suite au traité de Maastricht, on s’est éloigné de plus en plus de l’idée fondatrice de cette Europe:la communauté européenne pour en faire une zone de libre-échange à l’anglo-saxonne et néo-libérale!
      Deux-Montagnes Québec

      1. @lorimiera

        Je crois que c’était plutôt l’idée de départ en fait, dès le traité de Rome. Il a juste fallu du temps pour être appliqué.

  3. « Nous nous endormîmes profondément ;
    il y avait longtemps que nous n’avions passé une nuit
    plus calme ; nous avions toujours tremblé, tant que le sort nous avait placées parmi ce qu’on appelle les honnêtes gens; nous étions en paix avec des Bohémiens »

  4. Délicieux. Quoiqu’un peu trop proche de la fiction quand même !
    Intellectuellement, Sade est une sorte de brute. Il assène, avec toute la finesse de son siècle, des idées pleines de franchise caricaturale.
    Son essai glissé au milieu de La philosophie dans le boudoir, sur un autre thème, sonne comme ce développement sur l’Europe.

    Une chose est sûre, le fédéralisme qu’on souhaite (ou non) devra revêtir une forme moins tranchée.

  5. Encore une religion…, une diète européenne à Gduńsk. Une Amérique qui ne sert qu’à ruiner les Européens depuis qu’elle est faite d’Européens chassés d’Europe. Au moins les députés se battent-ils « en personne » pour des résolutions « à l’amiable », mais pour quels intérêts dont ils seraient porteurs et qui ne seraient pas les nôtres ? « Un culte pur » substitué à l’impur chanté « au fond de l’Afrique » ? Camarade Brigandos encore un effort.

  6. Excellent 🙂

    Born in Danzig, Schopenhauer, because of a large inheritance from his father, was able to retire early…

    Gdansk, prononcer Gdainsk, ville de Solidarnosc.

    Dans la rue Marianska on peut admirer dans les vitrines des bijoutiers, l’ambre de la mer Baltique…

  7. Le divin marquis n’a jamais été en manque d’idées!
    Et celle-ci est à considérer.
    Plutôt que d’avoir essayé de faire une Europe bancale à 17 vs 27, il eut peut être mieux fallu commencer par former des républiques de quatre ou cinq pays comme il le préconise.
    Aujourd’hui cela se déclinerait peut être sous la forme de trois « blocs »: sud, nord, est.
    Une république comprenant la France, l’Italie, l’Espagne et le portugal, par exemple, dotée d’une seule monnaie au sein d’une Europe dotée d’un euro commun vs bancor, qui commercerait avec les deux autres « blocs » serait une piste interressante.

  8. Cet exemple montre que pour tracer des frontières à l’intérieur desquelles regrouper les peuples il vaudrait mieux tenir compte du futur plutôt que du passé!

    Brigandos tient pour essentiel d’affaiblir l’Eglise catholique au moment où c’est les marchands qui sont en train de lui succéder pour fixer les règles que chacun doit suivre dans la vie en société. (Je suppose que c’est parce les Turcs sont musulmans qu’il les renvoie d’Europe.)

    Les pères de l’Europe ont cru que ce serait en abolissant les frontières économiques qu’ils provoqueraient l’union des peuples alors que c’était les banquiers qui étaient sur le point de se substituer aux marchands.

    Pour ce qui est de l’Amérique, dont la perte en était déjà assurée en 1778, c’est à mon avis de vouloir à tout prix l’imiter en tout qui est la source de nos faiblesses actuelles mais cela semble un sujet délicat à aborder si c’est une Europe fédérale à son image qu’il s’agit de bâtir sans, comme pour le reste de ce qu’on lui emprunte, oser le dire…

    Quand nos dirigeants se rencontre à Bruxelles pour essayer de nous organiser une Europe des banquiers ne se pourrait-il pas qu’ils soient eux aussi en retard d’un épisode?

  9. Heureusement c’est de l’humour . Maintenant si c’était pris au sérieux , le prix et pas seulement monétaire serait énorme . De quoi mettre l’Europe à feu et à sang , tout ce qu’il faut pour lui plaire au Marquis .

  10. Il y a eu l’empire Romain, Charlemage, Charles Quint, Napoleon et d’autres….A l’époque de Brigandos, déjà l’Europe pouvait être nommée, comme pouvait l’être encore la France. En ce temps la.

    Bien vu l’inquisition et les gosiers de pain bénit. Ca m’évoque quelque chose de plus récent, même de très actuel, mais je n’en diras pas plus, car je n’aime pas les brodequins trop serrés.

    J’ai vu passer la gay-pride. L’essentiel y était, notamment les nombrils (enfin, je crois). C’est fascinant de constater de-visu les éclatants résultats de millions d’années d’évolution.

    Mais c’est anecdotique, un des nombreux symptômes, que je n’énumère pas. Le spectacle d’une fin de civilisation, en direct, ça ne se voit pas souvent, mais quand ça arrive, c’est long et pénible.

    Je sais très exactement ce qu’en penseraient mes parents, et mes grands parents, car je suis eux. Qu’en penseraient les anciens d’Houat ?

    Je ne peux m’empêcher de citer Lordon, la conclusion de son article « Cette Europe là est irréparable » (je sais que cela n’atténue pas mon commentaire très « limite » qui pourrait légitimement être évacué sans que j’aie à redire)

    « L’Europe dans sa forme actuelle prend un soin particulier à écœurer autant qu’elle le peut, parfois même, mais dans le silence de leurs âmes tourmentées, jusqu’à ses défenseurs les plus sincères et, voudrait-elle précipiter des accès de refermements nationaux, qu’elle ne s’y prendrait pas autrement. Si vraiment c’est là le produit chaque jour plus probable de cette délirante aventure, on se demande presque si, pour l’idée européenne elle-même, il ne faudrait pas souhaiter qu’un beau jour les manants — je veux dire les « citoyens européens » — se rendent sur place dire un mot en direct aux grands malades qui ont rendu cette Europe irréparable. Et le cas échéant se proposent de les virer à coup de lattes dans le train. »

    1. J’aime penser que votre commentaire résulte d’idées du type : « Il est inutile voire nuisible d’avoir un comportement vertueux », « Celui qui gagne de l’argent a raison », « L’homme est un loup pour l’homme », « Le système force les humains à avoir un comportement utile à tous », « Celui qui gagne de l’argent est touché par la grâce divine », « Il y a les philosophes dignes de respect et la populace ne devant pas être instruite », etc…

      Nous vivons une transition.

    2. La gaypride en tant que symptôme d’une fin de civilisation, si je vous ai bien compris (il est tôt dans ma boîte cranienne…) ? Alors que les droits et le respect des minorités sexuelles, entre autre, sont parmi les rares choses qui mériteraient d’être sauvées à l’heure actuelle…..
      1000 gaypride plutôt qu’une « City »…

      1. C’est très exactement ça Alexandre, merci.

        J’ai suffisamment d’expérience, qui vient un peu avec l’âge (hélas ?) pour ne pas juger trop vite, et ne pas considérer avec neutralité au minimum des demandes légitimes. Il y cependant des excès, et des conjonctions d’excès qui m’inquiètent. Dirait-on qu’après tout, Néron avait bien le droit de jouer de la lyre ?.

        Concernant les préférénces sexuelles, je suis pour une égalité de traitement, avec une traduction dans le droit beaucoup plus prudente que ce qui semble se préparer. Par exemple, je ressents l’utilsation du mot « mariage » pour une union autre comme une déformation du sens et une intrusion dans ma sphère (je vais bientôt fêter mes quarante ans de mariage).

      2. Kerjean, je faisais bien sur référence au fait que François considère la Gaypride comme un symptôme de fin de Civilisation, alors qu’il m’apparaît que la puissance acquise par une entité comme la city en est un signe bien plus prégnant.

        Et non, je ne vois pas en quoi « le spectacle » de la Gaypride ou le mariage homosexuel sont une intrusion dans votre sphère privée ou un signe de décadence. Le « sens » des choses est appelé à évoluer avec le temps, justement. « Mariage » n’est qu’un mot, dont le sens peut varier. L’ensemble des droits que ce concept recouvre est bien plus important.

        Un jour, deux femmes ou deux hommes fêteront leur 40 ans de mariage, dans la joie. Pensez à eux.

      3. Fatso

        Pour moi, le mariage est l’union d’un homme et d’une femme, et c’est ainsii que je l’ai contracté.

        J’ai bien noté le changement de sens, assez récent, ainsi que l’alignement des textes et des dictionnaires pour s’adapter rétroactivement. Cet aspect rétroactif est une dépossession et en cela est une intrusion. .

        Les mots ont pour moi un sens, un chat est un chat au regard d’un faisceau de qualifications, comme une herbe, comme un arbre. Les tentatives de « modification » du sens de certains mots est aussi hautement significatif, et dans le cas dont nous discutons, violent mon propre droit d’être ce que je suis et d’être défini comme tel; pas plus, pas moins. Car de mon côté je ne refuse à personne le droit d’être ce qu’il est.

        Vous associez gaypride et City dans une échelle de comparaison assez osée, j’oserais dire très moderne. Là je vous laisse jouer votre partition tous seul …

      4. @François78

        Comme vous dites, cela dépend de ce qu’on met comme valeur derrière le mot « mariage ».

        Si on y met « union d’un homme et d’une femme » alors on refuse le mariage aux homosexuel(le)s.

        Si l’on y met la valeur « amour », et rien qu’elle, alors pourquoi pas ?

      5. Un viol, rien que ça… et ma « comparaison » (qui n’en était pas une) serait osée…. et les mots auraient un sens… Vous êtes du genre à être pris en otage lorsqu’il y a une grève, quoi.
        Bonne nuit !

      6. @fatso
        Il ne sert à rien de vouloir détourner l’attention en désignant la City quand on parle de mise en scène des moeurs sexuelles. Les 2 sujets n’étant pas liés, à moins que l’on ne se réfère à Edouard Stern, DSK,..

        Evidemment dans un pays libre chacun peut faire comme il l’entend, et tant mieux. Mais pour ce qui est du droit, il faut rappeler que ce qui est interdit aux uns l’est aussi aux autres puisque la loi se réfère au sexe d’un individu et non à son orientation sexuelle. De même qu’elle se réfère à la date de naissance pour définir l’âge et non au sentiment personnel de son propre âge.
        Donc les changements qui sont annoncés sur ce sujet ne sont pas de simples évolutions mais au contraire un point de vue nouveau laissant derrière lui un consensus aussi vieux que l’humanité elle-même.

        Quant au mariage, c’est l’une des institutions les plus anciennes et fortement connotées de religion. Une fois de plus nous constatons qu’après avoir lutté férocement contre la religion, en particulier contre l’Eglise Catholique, nos concitoyens souhaitent en adapter/adopter un aspect dérivé. Ainsi les révolutionnaires brûlaient les églises et toute trace d’état-civil avant de constater plus tard, que finalement il n’était pas débile d’avoir un état-civil (et accessoirement connaître son géniteur ).

        Enfin, puisque derrière ce débat il s’agit de donner le droit d’adoption à des couples homosexuels, il faudrait rappeler que dans ce projet le droit de l’enfant adopté n’est pas pris en compte. Sur quel critère l’enfant sera adopté par un couple hétéro ou non ?

      7. Détourner l’attention. Ce n’est pas ce que j’ai fait ! Il s’agissait d’une réponse au sous entendu mauvais (Gaypride = symptôme de la mort de la civilisation). Vous cherchez par contre à m’entrainer sur le thème de le religion (le mariage n’a pas attendu le christianisme pour exister partout sur la planète soit dit en passant) et de l’adoption, va falloir mettre la dérive.
        Je n’ai jusqu’à aujourd’hui, jamais eu l’impression que le conformisme était à ce point présent dans les commentaires…

      8. @fatso

        Je ne veux vous entraîner nulle part, bien entendu la notion de mariage est antérieure au Catholicisme. En revanche cette notion sous-entendait que le couple est composé de 2 humains de sexe différent en âge de procréer et dans l’objectif même de procréer (et même plus avec l’assistance mutuelle catholique). Il faut simplement noter qu’une fois de plus, c’est une institution promue par l’Eglise et largement combattue par des adversaires pour finir adoptée par l’Etat puis modifiée pour satisfaire ce qui justement la combattaient.

        Quant au conformisme, il reste à prouver que l’anticonformisme soit mieux (jugement de valeurs que je vous abandonne) et je ne vois aucune raison de cacher que je me sente plus proche des traditions que du « progressisme » qui est au progrès ce que la scientologie est à la science. Sous prétexte de progrès, les prochaines étapes seront les unions multiples, la rémunération de mères-porteuses, voire les modifications génétiques, ou autre. Qui sait ?

      9. Personnellement, je pense que le combat des homosexuels à beaucoup à voir avec celui des femmes au 20ème siècle, à la différence des autres thèmes que vous évoquez. Il s’agit de sortir une frange de la société de l’ostracisme et de la discrimination qui la touche, de lui reconnaître des droits et de faire changer les regards, de manière plus générale. Le religion n’a rien à voir la-dedans et peu à dire sur ce sujet, le mariage civile est là pour en témoigner.
        Quant au conformisme, il a son utilité, c’est sur, mais il ne doit pas être un frein perpétuel à l’évolution de la société… enfin AMA.
        Enfin, j’ai dit ce que j’avais à dire, je n’ai pas envie de poster ad-nauséam sur le sujet.
        Cordialement.

      10. Reiichido et d’autres
        Jétais sur la route et la discussion a continué. jJavais préparé ce texte pour finir pour ce qui me concerne (ce n’est donc pas une conclusion, évidemment).

        On refuse le qualificatif, le mot mariage, avec sa signification ancienne (et pas si ancienne que ça d’ailleurs), parce que ce mot est déjà pris. Par exemple il ne me viendrait pas à l’idée de qualifier quelqu’un, une personne, d’un nom d’oiseau. Par contre, on ne refuse à personne une union, avec un qualificatif aussi poétique que vous voudrez, et des droits étendus et équilibrés.

        Et vous faites une erreur, devenue très commune, en mettant uniquement l’amour dans le mariage, c’est beaucoup plus.Car s’il n’y avait que l’amour,il n’est pas besion de se marier. Autre erreur, on ne met absolument pas ce qu’on veut comme valeur derrière le mot mariage, on signe un contrat civil, personnel (religieux le cas échéant) extrêmement fort.

        Et si les minorités homosexuelles tiennent au mariage, avec le mot précisément, ce n’est pas sans arrière pensée. Si vous ne savez pas ça au minimum …

        Pour en revenir à un commentaire plus haut sur la décadence, il me semble que la désuétude, la déchéance (quand ce n’est pas l’évacuation délibérée) de valeurs fortes est un des signes. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est là un cas, mais je me pose quand même la question. Pour le commentaire qui faisait le lien avec la City, je retournerai la question : Moïse a t’il ouvert et refermé la mer rouge pour y noyer le poisson ?. Vous ne voye pas le rapport ? Rassurez vous moi non plus.

      11. Non mais vous savez, moi, je ne sais pas grand chose… je suis un béotien ignorant un peu béat, pécheur à l’occasion. On ne se refait pas !

  11. Exiler le Pape, le chasser de sa demeure somptueuse, plus splendide que le château de Versailles, je suis pour. On la transformera en centre culturel européen. Qu’il aille au Congo, le pape bavarois, prêcher le salut aux enfants soldats, parler de l’amour du prochain aux assassins en uniforme.
    Quant à Gdansk, Danzig en allemand, il doit y avoir une erreur. Il s’agissait d’un terrain limité, pas de place pour « chaque » République. Danzig était ville libre entre 1920 (si je ne me trompe) et 1939. Elle était indépendante et frappait sa monnaie,même des pièces en or et argent.

    Les « United States of Europe » n’existeront heureusement jamais. Quand on regarde dans le rétreviseur de l’histoire, on se rend compte que des élargissements à l’initiative des puissances ont constamment eu lieu, ainsi que leur décomposition. Je pense que l’on assistera dans pas longtemps à une métamorphose de la zone euro.
    Quelle folle idée de penser qu’une monnaie artificielle serait un bon moyen pour unifier des pays aussi différents que les pays d’Europe.

  12. Au travers des commentaires que je viens de lire , une image me vient à l’esprit . Dans un ultime sursaut pour sauver la Gréce , il y a eu la ligue d’Athénes . Fiasco , les mines du Laurion étaient épuisées et les provisions qu’avait prévu Périclés pour la lutte contre les Perses , depuis longtemps fondue pour des conneries . ( L’or dont était couverte la Statue d’Athéna ) .
    Finalement c’est Alexandre (éduqué par Aristote ) qui a réellement unie la Gréce . Pas vraiment d’une maniére démocratique , c’était un Macédonien comme son pére , un barbare .
    Peut on ésperer un Alexandre ? Méme pas . L’analogie que je viens de faire est fallacieuse ,
    l’Alexandre , nous l’avons eu avec Napoléon qui était Corse ( il y a encore des barbares en Corse , d’où les pbs que nous pose cette ile , ingouvernable ) .
    Alors à quoi ressemblons nous ? A quelque chose venue beaucoup plus tard dans l’histoire de la Gréce , aprés qu’elle eut connu la domination Romaine , à une des pré-premiére scission de l’Empire , avant que çà ne porte ce nom , c’est beaucoup moins prestigieux .

  13. De Sade et sur Sade, j’ai lu Sade vivant de Jean-Jacques Pauvert, ainsi que Soudain un bloc d’abîme, Sade d’Annie Lebrun (oui, la même qui s’est liée d’amitié avec Paul Jorion), Dialogue entre un prêtre et un moribond, Les 120 journées de Gomorrhe et La philosophie dans le boudoir.

    Si vous ne deviez en lire qu’un seul pour savoir quoi penser de Sade, je vous recommanderai Les 120 journées. Je résume : quatre libertins sur le déclin (ils sont du mal à éprouver encore du plaisir) décide de « finir en beauté » si on peut dire, et organise le rapt de nombreuses personnes. Ils s’enferment, se murent vivants dans un château où ils font sauter les ponts et autres permettant un éventuel retour. On commence par le libertinage classique, quoiqu’avec viol des nombreuses personnes enlevées, une fois des mariages plus ou moins incestueux prononcés. On continue par la scatologie. On continue par des sévices sanguinolents. On achève par les tortures mortelles, et on ferme à chaque fois les issues, s’emmurant vivants toujours plus au cœur du château. Pour finir tout le monde meurt, les quatre libertins inclus.

    Sade n’a heureusement rédigé qu’un brouillon, et on peut le lire annoter que l’issue fatale lui paraît trop évidente et devrait être mieux dissimulée, etc. C’est effectivement bien mieux dissimulée dans La philosophie dans le boudoir, où on parle du bonheur d’assassiner sa mère, d’à quel point la maternité n’est qu’à peine tolérée par la nature, à quel point tous les meurtres sont justifiés sauf la peine de mort étatique (dans l’opuscule Français, encore un effort pour être républicains) et au moment où la mère vient, on en la tue pas, mais on l’empoisonne et on la laisse partir ainsi, ce qui permet encore au lecteur de s’imaginer un éventuel contre-poison etc.

    Dans la biographie de Jean-Jacques Pauvert, ce dernier écrit la difficulté qu’il a à trouver l’exact étendue de ce qu’il a effectivement réalisé (et non simplement écrit) et note des passage comme sa défense pour ses « décors intérieurs » : Sade affirme que les os furent dérobés au cimetière et que jamais il n’a tué pour les obtenir…

    Si vous attendez une libération venant du marquis de Sade, vous savez maintenant laquelle.

    1. La femme comme chienne de l’homme
      « Le «libertin» Sade a pensé logiquement le libéralisme comme un fantasme sexuel violent jusqu’à ses dernières conséquences; et même si sa «doctrine économique sexuelle» est invivable dans la réalité, elle ne guette pas moins, comme sa conséquence ultime, dans la structure du rapport capitaliste entre les sexes, dont le noyau, en dépit de toutes les modifications de surface, demeure indépassable dans le cadre du système moderne de la production de marchandises. »

      « Comme chez Mandeville, on s’est souvent demandé si une franchise aussi caustique ne devait pas être lue comme une critique radicale – bien qu’elle ne soit rien d’autre que la radicalisation de la logique capitaliste ordinaire. »« 

      1. Merci d’avoir cité cet article que j’allais rechercher.
        Je suis de ceux qui voient, comme la gauche m’a appris à le faire, chez le divin marquis non seulement un critique féroce de l’ancien régime et de la religion, mais aussi un apologiste des machines désirantes.

      2. bien qu’elle ne soit rien d’autre que la radicalisation de la logique capitaliste ordinaire. »«

        Non pas du tout, par exemple dans « Français encore un effort » Sade dénonce la posture caritative de la noblesse ou de la haute bourgeoisie. Il écrit qu’une telle posture est au contraire ignoble et que l’on ne doit pas avoir cette attitude. L’on doit plutot donner des droits aux pauvres , leur donner du travail, une terre, mais pas les laisser dans la mendicité histoire de faire croire que les abbé sodomites ont un grand coeur en leur donnant quelques sous tous les dimanche aprés la messe. C’est cela que Sade dénonçait et il ne faisait pas la propagande du capitalisme ordinaire.

        Il y a dans la social démocratie ce concept, au lieu de donner du travail aux gens on fait du caritatif social. Par exemple Sade aurait de nos jours les mots les plus dur sur le concept « d’intégration », c’est à dire manipuler les esprits sans leur donner un travail effectif.
        (Il y avait les mauvais pauvre; ceux qui volaient le riche, et le bon pauvre, celui qui mendiait auprès du riche en « faisant des efforts »: La fraude sociale contre « la preuve de la recherche active d’un emploi »: La loi de la morale sodomite, Sade a toujours 100% raison.)
        Quand Hollande fait la charité de 2% d’augmentation aux smicards, il fait comme la noblesse d’Ancien Régime qui veut s’acheter un coin de paradis à bon marché. Sachant bien entendu que ne changera rien du tout. Sauf dans les indices de satisfaction chez les bobos.

        Il faut lire comment Sade décrit le bourgeois capitaliste, c’est parfaitement atroce, à tel point qu’on prefere les aristocrates malgrès leurs débauches criminelles ou délirantes.

  14. Hors sujet cinéphiles : Les amateurs de Tarkovski auront noté depuis longtemps ce que je viens de réaliser : Le même tableau de Bruegel, celui des chasseurs dans la neige, 1565, apparait dans Mélancholia (2011), et dans Solaris (1972)

    http://www.kinopitheque.net/melancholia/

    Bien oui, mais Solaris est d’une beauté insurpassable.

    La citation de Lars von Triers de ce tableau, est étrange, car sinon tout oppose ces deux films, la délicatesse de l’illusion d’un côté, la brutalité du réel de l’autre… mariage d’un côté, souvenir de l’être perdu de l’autre, le rapprochement dans la nostalgie est possible, mais, mélancholia n’apparait finalement que comme une planète tournant autour de Solaris…

    Dans Solaris règne une intelligence rare et qu’on ne retrouvera plus au cinéma par la suite. Le film est assez bavard par ailleurs.

    1. Bizarrement je me suis mis aussi à penser cinéma en cette nuit de pleine lune. Le sujet de ce fil m’a d’abord fait songer à La Chute de l’Empire romain d’Anthony Mann :
      http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Chute_de_l'empire_romain
      Ridley Scott est un cinéaste qui m’a profondément déçu. Il aurait pu être un autre Kubrick, il a un sens de l’image incomparable. J’avais aimé à la folie Les Duellistes que j’ai revu une quarantaine de fois au moins. Chaque plan est intelligent et les acteurs sont merveilleux : le final avec Harvey Keitel contemplant le soleil qui se couche (sur les boucles de la Loire, je crois) et qui symbolise à la fois l’échec de son propre destin et celui du rêve européen de Napoléon a la magie des tableaux de Caspar David Friedrich
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Caspar_David_Friedrich
      Mais il est vrai que le scénariste de son premier film était
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Conrad
      Ce qui nous ramène encore une fois au thème de l’Europe. Conrad, ce Polonais polyglotte, profondément Français, qui finit par écrire en Anglais après avoir bourlingué sur les mers et qui est l’un des plus extraordinaires écrivains. Je suppose que l’œuvre d’Hugo Pratt lui doit beaucoup comme elle doit beaucoup aussi à cet autre écrivain méconnu en France, http://www.roman-daventures.com/auteurs/italie/salgari/Salgari.html.
      Tout cela pour dire que La Chute de l’Empire romain est un film sensé, intelligent, voire prophétique, et que j’en veux à Ridley Scott, profondément, d’en avoir fait cet insipide navet qu’est Gladiator (Ah ! la main calleuse de Russell Crowe caressant les blés mûrs !). Bien sûr, tout n’est pas à jeter chez Ridley Scott et je suis injuste. Mais je dois dire que cet horrible film de propagande qu’est La Chute du faucon noir n’est pas du tout passé… Scott galvaude énormément son immense talent, par soif de succès facile, de reconnaissance et d’argent sans doute. Aucun effet spécial ne rejoindra jamais les merveilleuses scènes de la retraite de Russie filmées avec trois bouts de ficelle (Les Duellistes) et directement inspirées par le peintre Géricault.
      Le véritable sujet de La Chute de l’Empire romain, c’est bien en effet la construction d’une Europe des peuples, d’une fédération qui constituerait l’ultime chance pour Rome de survivre, une Europe fraternelle et unie. (Je n’ai pas à vrai dire la même analyse du film que celle de l’auteur de ce site –que je recommande vivement – http://www.peplums.info/pep53a.htm#2g)
      Or, le beau projet de Marc Aurèle va être torpillé par le psychopathe Commode : le film s’achève avec ce bûcher (qui rappelle celui des Cathares) sur lequel sont exécutés les Barbares (des Germains) qui ont cru aux promesses de Rome et qui ont renoncé à Wotan pour adopter les mœurs romaines. Le général Livius affronte Commode au cours d’un duel mémorable et le tue ; mais trop tard car cela a laissé le temps aux flammes d’opérer leur ravage… il ne parvient à sauver que la femme qu’il aime (l’improbable Sophia Loren à qui ce rôle ne va pas du tout) : les pauvres Barbares naïfs sont transformés en barbecue ce qui évidemment va diffuser l’idée qu’il ne faut pas faire confiance aux perfides Romains…
      La chute est intéressante à plus d’un titre : le trône est vacant, ce qui ouvre une période de troubles et annonce le chaos : or Livius serait un empereur idéal. Mais il refuse la place, en Romain vertueux (Républicain ?) et sans illusions, et emporte sa dulcinée tandis qu’à son passage les politiciens corrompus lui offrent des millions de sesterces s’il accepte la place. Car l’économie, bien sûr, doit continuer à tourner au profit de la même caste, peu importe qui gouverne. Ce final au cours duquel les patriciens tentent d’acheter Livius est pour moi l’élément le plus significatif de ce film. Ainsi rien n’a changé sous le soleil.
      http://www.dailymotion.com/video/xgguj6_la-chute-de-l-empire-romain_shortfilms

      Quant au dernier Terrence Malick (je sais qu’il n’y a aucun rapport, mais cela m’est suggéré par le lien http://www.kinopitheque.net/melancholia/) j’ai détesté : photographie parfaite, sublime beauté des images (un documentaire du National Geographic avec des moyens qu’aurait enviés l’auteur de 2001), sans doute destinées à la 3D, mais quelle pauvreté (Ah ! la scène des dinosaures dont le pathétique est irritant, le pauvre hadrosaure mourant caressé par le poulet carnivore qui communie avec sa douleur au lieu de le bouffer tranquillement comme cela aurait dû se passer dans la réalité de l’époque) ; ces conflits familiaux à la noix qui veulent suggérer en fait la relation de l’homme-fils avec son paternel-dieu, incompréhensible et caractériel, tout cela pour déboucher sur une vision américaine new-âge à la Farmer
      (http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Fleuve_de_l'%C3%A9ternit%C3%A9)
      Où tout le monde il est gentil et il se comprend ; bref de la guimauve. Solaris c’est autre chose ; il y a le roman de Stanislas Lem derrière. Dommage que George Clooney pour qui j’ai de l’estime (le sublime Les Chèvres du Pentagone montre son talent) se soit commis dans le remake du film de Tarkovsky.

      1. Le dernier Terence Malik, c’est l’arbre de vie ? et non pas Le fleuve…

        http://www.imdb.com/name/nm0000517/

        Je vais regarder Andrei Roublev aujourd’hui sans doute… juste pour vérifier que le tableau de Bruegel s’y trouve également 🙂

        D’Anthony Mann, je n’ai vu qu’un western jusqu’à présent, avec H Fonda… très étrange.

      2. Je parlais effectivement de L’arbre de vie… qui m’a déçu par rapport aux oeuvres précédentes de Malick. Le lien que vous avez donné ébauche une comparaison entre Melancholia et L’arbre de Vie. Je disais simplement que la fin du film de Malick me faisait penser aux romans de Philip José Farmer, le cycle « Le fleuve de l’éternité » où des personnages de toutes les époques se retrouvent ressuscités auprès d’un étrange fleuve dans un improbable au-delà. Le final du film de Malick où on voit les êtres se retrouver auprès d’une mer étrange dans un contexte qui évoque l’après-mort semble emprunter ce thème. La présence de l’eau est également quelque chose qui parcourt les films de Malick, substance vitale, presque pensante, protéiforme, liquide amniotique. Et cela m’évoque à nouveau Solaris et sa mystérieuse planète liquide qui est en fait un être en gestation qui capte les pensées des visiteurs, les amplifie et les leur renvoie.

  15. C’est amusant, mais la Suisse pourtant déjà constituée à l’époque du Marquis, ne fait pas pas partie de son redécoupage européen. Oubli ou prémonition ?

  16. De l’Europe, de Sade, de la Suisse, de la mèdecine et des BPdF (Bons Pères de Famille).
    9 octobre 2009. Le dernier jour de M. Chessex… le premier du Crâne de M. de Sade.

    C’est alors qu’un homme en colère se leva. Après s’être présenté : «Je suis médecin généraliste et père de famille», il accusa Chessex d’avoir, dans la presse, dénoncé la manière dont les autorités helvétiques avaient piégé Roman Polanski. «Ce que vous avez déclaré fait de vous un complice de crimes ! Je ne veux même pas entendre votre réponse.» Et il tourna les talons. L’écrivain s’adressa, sans perdre son calme, à l’assistance, ébahie par la violence de l’attaque : «Ce généraliste généralise. Je condamne ffermement la pédophilie, qui est une abjection. Mais si cet homme veut actionner la guillotine, eh bien qu’il le fasse…» Et il s’effondra. Il était 18h50. Le médecin qui l’avait apostrophé était loin déjà. Quelques jours plus tard, à «la Tribune de Genève», il devait déclarer : «Je n’ai rien à me reprocher. Mon intervention était un cri du cœur.» Lorsque les secours arrivèrent, le cœur de Chessex avait cessé de battre. Il repose aujourd’hui dans le petit cimetière de Ropraz, contre le bois du Paradis.

    http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20100107.BIB4690/le-dernier-jour-de-m-chessex.html

    1. L’après-guerre est l’euphémisme d’avant-guerre. La paix, c’est mortel.
      J’étais dans un village aux environs de Belgrade à la mort de Tito. Au café, les yeux des joueurs d’échec brillaient quand le facteur déposait le journal. Celui qui savait lire le dépliait et tous, attentifs, suspendus…  » C’est quand la guerre?… »
      « Donc pas d’erreur ? Ce qu’on faisait à se tirer dessus, comme ça, sans même se voir, n’était pas défendu ! Cela faisait partie des choses qu’on peut faire sans mériter une bonne engueulade. C’était même reconnu, encouragé sans doute par les gens sérieux, comme le tirage au sort, les fiançailles, la chasse à courre !… Rien à dire. Je venais de découvrir d’un coup la guerre tout entière. » Ferdinand.

    2. Depuis votre lien, vigneron :
      Which Has Killed More People? Christianity or Gun Control?
      Avec la lithanie :

      In 19– the — established gun control. From 19– to 19–, approximately — million dissidents, UNABLE TO DEFEND THEMSELVES, were rounded up and exterminated.

      Y aurait-il une influence libertarienne à la Ron Paul dans ce plaidoyer contre la chrétienté et pour les armes à feu? Hannah Arendt désigne cette industrie comme la plus caractéristique (car la plus rentable) du capitalisme. En effet, les balles ne servent qu’une seule fois.

      Et si on en fabriquait plus?

    3. votre document est assez approximatif : il n’y aurait donc aucun martyr chrétien en raison du judaïsme (certaines sources les évaluent à 400 000 sur les 6 premiers siècles notamment dans la zone perse) ; de même les données liées à l’esclavage d’Amérique ne mentionnent pas les victimes non-africaines (or les 100 premiers esclaves étaient des enfants.. anglais).

  17. Cette vision de Brigandos représente plus le passé que l’avenir.
    J’y vois surtout préfiguré l’état actuel de l’Union.

    Il y a presque tout :

    1. Le marché unique ».. qu’ils bornent leur commerce entre eux. »
    2 LA nouvelle religion de l’économisme, du néo-libéralisme :  » qu’ils n’aient qu’une religion, un culte pur, simple, dégagé d’idolâtrie et de dogmes monstrueux… une religion enfin que le peuple puisse suivre sans avoir besoin de cette vermine insolente qu’il érige en médiateur entre le ciel et sa faiblesse, et qui ne sert qu’à le tromper sans le rendre meilleur.  »
    3. Le parlement européen avec la ville libre de Dantzig
    4. Les décisions discrétionnaires du conseil de l’Union réunissant les chefs de gouvernements qui sont les actuels arbitres : « Là, toutes les discussions se termineront à l’amiable, les jugements des arbitres deviendront des lois des états. »

    Bref, brigandos alias Sade propose de remplacer la religion toute puissante des ecclésiastiques par une religion simple, indiscutable, qui ne peut être autre que celle de l’argent, car un sous est un sous. Avec la gouvernance terme poli pour désigner l’absence de démocratie, pour couronner le tout. 😉

  18. C’est la dernière phrase du passage qui me plaît le plus ! Mais cela ne ressemble-t-il pas à… l’Euro 2012 ?

  19. Sade est l’écrivain le plus controversé de notre culture.
    La charge subversive du la philosophie dans le boudoir est demeurée intacte.
    Qui lit se livre n’en sort jamais tout à fait indemne.

    Pour les uns Sade est le plus farouche promoteur de la liberté, du désir, pour d’autres, à l’inverse
    c’est le plus radical anti humaniste.
    Il est un fait que sa vie durant Sade a payé de sa personne pour sa liberté d’expression et qu’il se joignit à la Révolution française.
    Mais la philosophie qui transparaît dans ses oeuvres propose un monde où seul doit compter le désir et son assouvissement, jusqu’à l’extrême, jusqu’à tuer son prochain, transgresser tous les tabous. A l’asservissement absolu à l’ordre religieux Sade oppose la liberté absolue de l’individu désirant. Et il est clair que pour Sade, à l’instar d’une assertion célèbre de Lacan, il n’y a pas de rapport sexuel. La sexualité sadienne est de façon paroxystique totalement transitive. Les individus prennent leur plaisir, l’existence de l’autre n’a aucune importance, si ce n’est celle de fournir matière à transgression. L’autre est le simple instrument de son désir propre. En ce sens c’est une philosophie de la volonté de puissance et de la jouissance qui lui est associée.
    Entre parenthèses il y a dans La Philosophie dans le boudoir des paragraphes entiers pour justifier les actes des protagonistes en prenant exemple sur la nature où règnerait loi du plus fort.
    Il faudra attendre Freud pour sublimer les désirs. Pour que la société fasse retour.
    Le grand absent chez Sade c’est la reconnaissance de la subjectivité d’autrui et la réciprocité, et donc la philia.

    1. Cette absence de la philia chez Sade est logique si on considère que le marquis moderne, d’une certaine manière, préfigure ceux qui regrettent être nés et qui auraient voulu être fabriqués.

  20. Sade fut assez en avance sur l’effondrement de la royauté en 1789 . C’est assez plaisant de voir que l’epoque actuelle sadique par essence méle scandale financier et sexuel ,l’affolement chez les courtisans , ruine de la société et que de pires roués ourdissent de noirs plans pour spéculer sur la faillite de l’ ancien monde .

  21. Ce qu’il y a d’intéressant dans cette proposition d’une division de l’Europe en quatre, c’est justement l’idée que le concept d’Europe « unique » n’a pas de fondements. Il y a plusieurs groupes de « nations » en Europe: certaines plus orientées vers l’Afrique, d’autres vers l’Asie, d’autres vers l’Amérique du Nord… C’est un rappel important pour lire l’actualité du 21ème siècle!

    Un suédois est-il plus proche culturellement d’un canadien que d’un francais ou un roumain? Un espagnol méditerranéen est-il plus proche culturellement d’un marrocain que d’un allemand? Un galicien est-il plus proche culturellement d’un andalou que d’un irlandais? On pourrait poser de nombreuses questions du même style…

    Superposons les cartes des religions, des langues, des civilisations passées ou actuelles (l’Occident, l’Empire Romain, l’apogée musulmane, la Grèce antique), des habitudes culinaires et agricoles, et nous arriverons aux deux conclusions suivantes:

    1/ il n’est pas possible de créer des divisions en Europe sans inclure d’autres régions du monde
    2/ les zones « sous-européennes » ne sont jamais assez homogènes pour pouvoir prétendre se constituer comme de nouveaux espaces politiques unifiés

    Et j’irai même plus loin: l’idée d’Europe est très récente: pas plus de 5 siècles, quand les pays colonisateurs ont du justifier leur expansion coloniale: la redécouverte de l’héritage grec et romain qui justifie la supériorité de la (nouvelle) civilisation européenne, comme centre du monde, et donc bien entendu la conquête, soumission et réduction de tout ce qui n’est pas « européen »…

    Pour ma part, j’essaye d’arrêter de me sentir « européen » pour ne pas justifier intrinsèquement la colonialité (concept bien plus large que la colonisation et la néo-colonisation) et je prône la fin de l’Europe comme telle, et une nouvelle approche basée sur les régions européennes, les relations entre chacune d’elles, et leurs relations avec leurs voisins « non-européens »!

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