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L’actualité de demain : QUAND LES INVESTISSEURS SE PRENNENT A RÊVER… par François Leclerc

Billet invité.

Saisie par le gouvernement argentin qui lui demande d’annuler le jugement d’un tribunal new-yorkais, la Cour Suprême des États-Unis va devoir décider si elle statue ou non sur un sujet l’opposant à deux fonds vautour, NML Capital appartenant à Elliott Management et Aurelius. Ceux-ci réclament le payement intégral avec intérêts (1,3 milliards de dollars) de titres de la dette argentine ayant fait l’objet d’un accord de décote de 70%.

Le jugement de ce tribunal new-yorkais rend de facto impossible toute restructuration de dette par un État se déclarant en défaut. Parallèlement à un pourvoi en appel selon la procédure habituelle, l’Argentine a décidé de saisir également immédiatement la Cour Suprême, dont les conséquences potentielles du jugement sont telles qu’elles suscitent toute une agitation à laquelle participe le FMI et le gouvernement américain… ainsi que le gouvernement français, au titre de sa présidence du Club de Paris. En effet, si la Cour refusait de s’impliquer dans l’affaire, et l’appel était rejeté, cela affecterait dans l’avenir le règlement ordonné des restructurations de dette souveraine.

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L’actualité de la crise : UN TRÈS GROS BOUT DE GRAS, par François Leclerc

Billet invité

Les discussions à propos de la restructuration de la dette grecque font l’objet d’un marathon et sont depuis plusieurs jours annoncées comme allant incessamment aboutir ! Il serait plus que temps, car c’est une condition nécessaire, mais pas suffisante, pour que la Grèce ne fasse pas défaut le 20 mars prochain. L’enjeu est d’embrayer ensuite sur un second round de discussion avec la troïka, qui a débuté hier vendredi et porte sur les mesures que va devoir prendre le gouvernement afin de bénéficier d’un prêt dont le montant a été fixé en octobre dernier à 130 milliards d’euros.

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LES PRÉVISIONS SANS RISQUE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Un thème qui revient souvent dans mes billets récents, c’est celui des accélérateurs de crise. J’en parle par exemple à propos de l’idéologie libertarienne dont Alan Greenspan, qui fut près de vingt ans le président de la Fed, était un éminent représentant. Une fois atteint un certain degré de gravité dans la crise, rien de tel en effet que l’idéologie du « chacun pour soi » pour précipiter la chute. On l’a vu, en 2008, quand Goldman Sachs et Deutsche Bank furent confrontées au dilemme « sauver le système financier ou sauver ma propre peau » : il n’y eut pas même un moment d’hésitation.

Mais il n’y a pas que les représentations : quand la crise est trop sérieuse, les mécanismes qui se mettent automatiquement en place contribuent eux aussi à favoriser l’effondrement. De ceci, le Wall Street Journal donne un bon exemple dans son édition d’hier. Dans un article intitulé Buyers Battle for Europe’s Bad Loans (les acheteurs se battent pour les prêts toxiques européens), David Enrich et Steve Eder ne démontent pas ce mécanisme mais ils procurent l’information que je vais vous rapporter.

Vous connaissez l’histoire du serpent Ouroboros, qui se mord la queue ? Voici la suite. Les banques européennes se débarrassent en ce moment d’actifs toxiques. Certains hedge funds, « fonds d’investissement spéculatifs » en français, se portent acheteurs. L’un de ces fonds s’appelle Marathon Asset Management LP. Il vient de rédiger un document de 135 pages expliquant à l’intention de ses clients comment profiter de la crise bancaire européenne. Parmi ses clients : le fonds de pension des employés du comté de San Bernardino en Californie méridionale. Parmi les acquisitions récentes de Marathon, rachetées à prix bradés à des banques européennes : la dette subordonnée d’une société américaine du secteur immobilier commercial et une part du crédit révolving d’une des principales sociétés de jeu américaines.

Si les banques européennes se débarrassent en ce moment de crédits de ce type, c’est qu’ils ne valent plus tripette, la probabilité de se faire rembourser étant très réduite. Pourquoi diable des hedge funds comme Marathon se portent-ils alors acquéreurs ? Parce que ce sont des « fonds-vautours » : ils mobiliseront une armée d’avocats qui trouveront la faille juridique qui permettra de presser comme des citrons les emprunteurs en situation délicate dont ils ont racheté la dette toxique, condamnant probablement ces sociétés à la faillite, mais non sans en avoir extrait au préalable le moindre « red cent » restant.

Les employés virés à l’occasion de ces faillites provoquées par des fonds-vautours (tous les Marathon Asset Management de ce monde) habitent un comté américain quelconque qui, avec un peu de chance, se trouvera être le comté de San Bernardino, ce qui d’ailleurs ne serait pas tellement étonnant car, comptant pas mal de réserves amérindiennes, il se trouve à la pointe de l’industrie du jeu, et qui ne sera du coup pas au bout de ses peines, une dose de chômage supplémentaire venant s’ajouter à ses soucis présents, dont la tactique désespérée de son fonds de pension d’investir dans des fonds-vautours est déjà l’un des symptômes. Le serpent Ouroboros se mord encore une fois la queue.

Du fait que j’ai eu l’occasion de prédire la crise des subprimes, on me sollicite souvent pour d’autres prévisions. Dans la plupart des cas, je m’en abstiens soigneusement, une multitude d’évolutions étant également probables. Parfois, comme dans ce cas-ci, la catastrophe à venir étant sur des rails, je me prononce sans hésiter.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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