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Trends / Tendances – Les fonds vautours et leurs interprétations fantaisistes du risque qu’ils courent, le 20 mai 2016

Les fonds vautours et leurs interprétations fantaisistes du risque qu’ils courent

Deux fonds attaquent aujourd’hui, devant la Cour constitutionnelle belge, la loi belge du 1er juillet 2015 relative à la lutte contre les activités des fonds vautours. Ce conflit pose des questions fondamentales quant au prix d’échange des instruments de dette souveraine.

Les fonds vautours et leurs interprétations fantaisistes du risque qu'ils courent

© Capture d’écran The Wall

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L’Argentine en « défaut sélectif »

L’Argentine a été déclarée en « défaut sélectif » par l’agence de notation Standard & Poor’s.

Madame Christine Lagarde, à la tête du FMI, a affirmé que ce sera sans conséquence grave pour le système financier mondial en raison de l’« isolement » actuel de l’Argentine.

L’Argentine avait jusqu’à minuit pour effectuer un versement d’intérêts de 539 millions de dollars (402 millions d’euros). Le marché des capitaux considère que cette somme n’a pas été payée. Or les choses sont plus compliquées : l’Argentine a tenté d’effectuer le versement mais la somme est bloquée par un juge américain en raison d’un contentieux entre l’Argentine et deux détenteurs de dette argentine que l’on qualifiera soit de « fonds spéculatifs » (hedge funds), soit de « fonds vautours », selon le regard que l’on porte sur la finance mondiale.

Si l’Argentine voit son sort lié aux décisions d’un juge américain, c’est qu’elle a pris la décision (fait l’erreur ?) d’émettre une partie de sa dette (= emprunter) en dollars ; elle a par ailleurs émis une partie de sa dette en euros ou en yens, en plus d’en pesos et en dollars).

C’est une très longue histoire qu’il faudra peut-être raconter un jour en détail mais en voilà vite fait le principe. Un pays fait défaut sur sa dette et dit à ses créanciers : « Je ne peux vous rembourser que 25 centimes [c’est un exemple] sur chaque euro que je vous ai emprunté. C’est à prendre ou à laisser ! » Les emprunteurs se disent « Je prends les 25 centimes, qu’est-ce que je peux faire d’autre ? ». Arrivent les « fonds spéculatifs » ou les « fonds vautours » Aurelius Capital Management et NML Capital Ltd qui s’adressent à certains de ces prêteurs malheureux et leur disent : « Je vous rachète cette dette argentine pour 28 centimes [c’est le même exemple] ». Les autres se disent « C’est une affaire ! » et ils vendent. Le lendemain, Aurelius et NML réunissent leur équipe de juristes, ils vont au tribunal et ils déposent plainte disant que l’Argentine leur a volé 72 centimes. Le juge leur répond : « Il me semble aussi ! »

Paul Singer, le patron de Elliott Management Corp. dont NML est une filiale, a déjà fait le coup au Pérou, en Zambie et en République du Congo. Même si le coup qu’il tente en ce moment en Argentine lui rapporterait du 1.600 % s’il réussit, il ne se perçoit pas personnellement comme un vautour mais comme un chevalier blanc qui s’adresse aux peuples de ces nations et à leur fierté et le message qu’il leur adresse est celui-ci : « Si votre pays est en défaut, c’est parce que vos zélites corrompues se sont sucrées au passage ! », et il sort alors son dossier exposant les faits, qui n’est malheureusement pas vide…

P.S. Bon, j’arrête pour ce soir mais c’est en gros le topo ! Davantage certainement demain.

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LE FIL ROUGE DE LA DETTE ARGENTINE, par François Leclerc

Billet invité.

En refusant de se saisir du dossier argentin au terme de son long parcours judiciaire, la Cour suprême des États-Unis a donné raison à deux fonds vautours qui réclamaient le remboursement au nominal d’obligations achetées à bas prix sur le marché secondaire, en dépit d’un accord de restructuration avec tous les autres créanciers leur garantissant le retour de 25% de leur mise. Une décision qui risque de rendre aléatoires de futures restructurations de dette en s’appuyant sur ce précédent, car pourquoi souscrire à un accord de restructuration si une décision de justice peut vous assurer ultérieurement un remboursement intégral ?

La Cour suprême a agi à contre-temps si l’on en croit le FMI qui s’est dit « inquiet de potentielles implications plus vastes pour l’ensemble du système ». Car d’autres restructurations de dette sont inévitables et le temps est venu de réfléchir à comment les mener, au lieu de contribuer à les rendre impraticables en ne laissant comme options que le tout ou rien. Allant à l’opposé, le FMI avance de son côté ses pions en proposant – pour commencer – un projet de mécanisme permettant d’échanger avec les créanciers d’un pays en difficulté l’allongement du calendrier de remboursement de sa dette contre son intervention.

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L’actualité de la crise : JEAN QUI RIT ET JEAN QUI PLEURE, par François Leclerc

Billet invité

Tous les paris ne sont pas gagnants et tous les hedge funds florissants. L’un d’entre eux, Third Point, vient toutefois de décrocher le gros lot en pariant sur la dette grecque, puis en participant à l’opération de rachat par l’État grec. L’opération lui a permis d’acheter pour 500 millions de dollars de titres au prix de 17 cents (soit 17 % de la valeur nominale) et les revendre à 34 cents, c’est à dire le double.

Mais cette success story pourrait ne pas s’arrêter là, si l’on en croit des sources familières avec le hedge fund rapportées par le Financial Times. Tous les titres n’auraient pas été vendus, dans l’attente d’une nouvelle opération plus profitable encore qui ne saurait être évitée (Third Point gère 10 milliards d’euros et a assuré cette année un retour de 20 % à ses investisseurs).

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Fonds vautours : le début de la fin ?, par « Moi »

Billet invité

Le but de cet article n’est pas d’expliquer ce que sont les fonds vautours, ni de décrire leurs méthodes rapaces qui les conduisent à fondre sur des Etats endettés qui retrouveraient une certaine solvabilité et, parfois, à s’emparer directement de manière légale des aides au développement. Nous renvoyons pour cela au rapport de la plate-forme « Dette et développement » et du CNCD qui nous a servi de base de travail pour l’élaboration du présent article, ou encore aux articles déjà parus sur ce blog ainsi qu’aux débats qui s’en sont suivis. Nous allons plutôt nous attacher à décrire les actions possibles, et qui nous semblent efficaces, pour lutter contre ces fonds, avec une perspective sur l’actualité récente.

Il est utile, dans un premier temps, de rappeler la situation historique qui rend possible l’existence de ces fonds vautours. Ainsi, il convient de remarquer que, jusque dans les années 1950, le recouvrement des dettes d’Etat n’était pas chose courante. Il était par ailleurs illégal d’acheter une créance dans le seul but d’obtenir un remboursement via une action judiciaire. C’est comme par hasard dans les années 80, celles de la révolution néo-libérale, que la situation change. Sous l’effet de plans de rééchelonnement des dettes inspirés par Washington et leur transformation en actifs commercialisables sur le marché secondaire, les premiers fonds vautours apparaissent aux Etats-Unis. Ils restent aujourd’hui encore majoritairement d’origine anglo-saxonne, mais basés dans des paradis fiscaux, ce qui empêche toute action à leur égard.

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Fonds Vautours : oiseaux de mauvais augure ou éboueurs des marchés financiers ?, par Alain Gauvin

Billet invité.

Le 23 février dernier, je publiais un article dans Les Echos sur les Fonds Vautours. Le titre attribué à cet article : « Les Etats à la merci des Fonds Vautours », ne reflète pas ce que je pense de ces opérateurs financiers : il donne le sentiment que j’en condamne l’action, ce qui est faux. Certains de ces fonds peuvent avoir des pratiques condamnables, mais ceci est vrai de tout investisseur.

Pour analyser, avec sang-froid et objectivité, l’action de ces fonds, il convient tout d’abord de se défaire d’une idée reçue selon laquelle un Etat, parce qu’il est pauvre et, de surcroît défaillant, est forcément vertueux. Un Etat qui ne rembourse pas ses créanciers est avant tout un Etat qui ne respecte pas ses engagements. Est-il vertueux de ne pas tenir parole ?

Nous prendrons deux exemples démontrant qu’on ne peut se limiter à développer une opinion caricaturale de ces fonds. Le premier exemple concerne le fonds Elliott qui, en 1996, avait acheté, pour 11,4 millions USD, une partie de la dette du Pérou, d’une valeur faciale de 20,7 millions USD, et qui a refusé de participer à la restructuration de la dette de ce pays, contrairement à la majorité des obligataires. En 2000, le juge du District Sud de Manhattan condamnait le Pérou à lui payer la somme de plus de 55 millions USD. Mais avant d’en aboutir à saisir le juge, Elliot a multiplié, en vain, les propositions de règlement à l’amiable. Le second concerne le fonds Donegal qui acheta à la Roumanie, une partie de la dette de la Zambie pour 3 millions USD (que la Roumanie avait souscrite pour plus de 30 millions USD) et en réclama 50 millions devant les juges. Evidemment présenté ainsi, le citoyen ne peut que réprouver l’existence de tels fonds. Ce serait cependant oublier que le gouvernement de la Zambie a multiplié les bras d’honneur, d’abord à la Roumanie, puis au fonds Donegal qui ont vainement tenté un règlement amiable de cette dette. Je ne peux que renvoyer les esprits curieux (et courageux) à la décision de justice de 140 pages rendue le 15 février 2007 ([2007] EWHC 197 – Mr. Justice Andrew Smith).

Si l’on devait résumer l’utilité des Fonds Vautours, l’on dirait qu’ils sont les éboueurs des marchés financiers, comme les rapaces, dont ils portent le nom, sont les éboueurs de la nature.

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