L’Argentine en « défaut sélectif »

L’Argentine a été déclarée en « défaut sélectif » par l’agence de notation Standard & Poor’s.

Madame Christine Lagarde, à la tête du FMI, a affirmé que ce sera sans conséquence grave pour le système financier mondial en raison de l’« isolement » actuel de l’Argentine.

L’Argentine avait jusqu’à minuit pour effectuer un versement d’intérêts de 539 millions de dollars (402 millions d’euros). Le marché des capitaux considère que cette somme n’a pas été payée. Or les choses sont plus compliquées : l’Argentine a tenté d’effectuer le versement mais la somme est bloquée par un juge américain en raison d’un contentieux entre l’Argentine et deux détenteurs de dette argentine que l’on qualifiera soit de « fonds spéculatifs » (hedge funds), soit de « fonds vautours », selon le regard que l’on porte sur la finance mondiale.

Si l’Argentine voit son sort lié aux décisions d’un juge américain, c’est qu’elle a pris la décision (fait l’erreur ?) d’émettre une partie de sa dette (= emprunter) en dollars ; elle a par ailleurs émis une partie de sa dette en euros ou en yens, en plus d’en pesos et en dollars).

C’est une très longue histoire qu’il faudra peut-être raconter un jour en détail mais en voilà vite fait le principe. Un pays fait défaut sur sa dette et dit à ses créanciers : « Je ne peux vous rembourser que 25 centimes [c’est un exemple] sur chaque euro que je vous ai emprunté. C’est à prendre ou à laisser ! » Les emprunteurs se disent « Je prends les 25 centimes, qu’est-ce que je peux faire d’autre ? ». Arrivent les « fonds spéculatifs » ou les « fonds vautours » Aurelius Capital Management et NML Capital Ltd qui s’adressent à certains de ces prêteurs malheureux et leur disent : « Je vous rachète cette dette argentine pour 28 centimes [c’est le même exemple] ». Les autres se disent « C’est une affaire ! » et ils vendent. Le lendemain, Aurelius et NML réunissent leur équipe de juristes, ils vont au tribunal et ils déposent plainte disant que l’Argentine leur a volé 72 centimes. Le juge leur répond : « Il me semble aussi ! »

Paul Singer, le patron de Elliott Management Corp. dont NML est une filiale, a déjà fait le coup au Pérou, en Zambie et en République du Congo. Même si le coup qu’il tente en ce moment en Argentine lui rapporterait du 1.600 % s’il réussit, il ne se perçoit pas personnellement comme un vautour mais comme un chevalier blanc qui s’adresse aux peuples de ces nations et à leur fierté et le message qu’il leur adresse est celui-ci : « Si votre pays est en défaut, c’est parce que vos zélites corrompues se sont sucrées au passage ! », et il sort alors son dossier exposant les faits, qui n’est malheureusement pas vide…

P.S. Bon, j’arrête pour ce soir mais c’est en gros le topo ! Davantage certainement demain.

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