Archives par mot-clé : Glenn Greenwald

« EXTRÉMISTE »… COMME VOUS ET MOI

L'insurrection numériqueGuerre Civile - Couverture I

Lorsqu’eut lieu en 2011 la conversation entre Régis Meyran et moi qui déboucha sur mon livre La guerre civile numérique, un différend éclata entre Textuel, l’éditeur, et moi. Dans l’esprit de l’éditeur, le titre de l’ouvrage devait être « L’insurrection numérique », comme en témoigne la première couverture diffusée, que vous trouverez toujours sur Amazon.fr si vous avez l’intention de commander là l’ouvrage. J’avais le sentiment moi que nous nous étions mis d’accord sur « La guerre civile numérique ».

Le titre que j’avais initialement proposé était celui de mon premier billet à ce sujet sur le blog : « La guerre civile techno », consacré au refus par PayPal et Mastercard, le 8 décembre 2010, d’enregistrer désormais les dons faits à Wikileaks. « Techno », m’avait-on objecté, cela fait « musique », et j’avais dit « bon ! ».

Pourquoi ce différend ? Parce que Textuel interprétait les événements en termes d’une insurrection montant de la base, alors que je lisais en eux ceux d’une guerre civile ou s’affrontent deux camps au sein d’une même population et, si l’on suivait mon explication, il était clair que l’initiative de cette guerre civile venait d’en haut, la preuve en étant l’offensive menée contre Glenn Greenwald par une coalition constituée de la Chambre de Commerce des États-Unis et le gouvernement américain. Quand je dis « Chambre de Commerce des Etats-Unis », il ne s’agit pas pour moi d’employer l’expression comme une métaphore pour le big business, non, il s’agit de l’association de ce nom en tant que telle.

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AVEC LA NSA, VOUS AVEZ DIT ANONYME ? par François Leclerc

Billet invité

Selon le New York Times et Laura Poitras de l’équipe de Glenn Greenwald, en plus de tout ce qui a été déjà dévoilé, des millions de photos de personnes seraient interceptées tous les jours par la NSA dans le cadre d’une collecte mondiale de données qui n’est pas au profit des nécessiteux. L’objectif est d’y puiser celles dont les visages peuvent être déjà identifiés par des technologies de reconnaissance faciale progressant à grands pas. On apprendra sans doute bientôt que la reconnaissance vocale est également mise à profit afin d’aider à identifier les interlocuteurs de communications téléphoniques, faute de pouvoir recueillir leur signature ADN via Internet.

Toutes les occasions sont bonnes pour constituer cette collection de photos sans équivalent, depuis les réseaux sociaux et les mails jusqu’à l’accès forcé aux bases de données existantes. Somme toute, les réseaux de caméras de surveillance qui poussent comme des champignons dans les villes ne sont que la face visible – et déjà banalisée – de la société de surveillance qui monte en puissance. Porteur avec les « objets connectés » de toutes les espérances de business futurs, le Big Data a trouvé avec la NSA son maître avant même d’exister. Non pas pour monétiser, mais pour encadrer. Tel un délire mégalomane (mais raisonné), un fichier des visages des habitants de la planète est en cours de création, au prétexte mis à toutes les sauces de reconnaître les terroristes quand ils modifient leur apparence. On reconnait la patte des militaires américains qui ne craignent jamais de surdimensionner leurs moyens. À lui seul, le gigantisme des opérations de la NSA doit faire réfléchir et devrait aboutir à le mettre hors-la-loi.

Mais la quasi-inexistence de réactions gouvernementales fait à ce propos contraste, comme si les protestations initiales et non renouvelées n’étaient que de principe et qu’il n’était pas sérieusement recherché l’arrêt pur et simple des pratiques dévoilées par Edward Snowden. Comme si celles-ci faisaient partie de ces activités bénéficiant d’une sorte d’impunité, supposées inaccessibles aux interdictions, comme le sont dans leur domaine de nombreux instruments financiers. Comme si afficher d’être démuni était une commodité du pouvoir. Il est vrai qu’avec la peur, le sentiment d’impuissance partagé est son plus précieux auxiliaire.

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La société de surveillance : ON NE POURRA PLUS DIRE QUE L’ON NE SAVAIT PAS ! par François Leclerc

Billet invité.

Les commentaires que Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook, a placés sur sa page personnelle ne sont pas passés inaperçus, et telle était bien son intention : « quand nos ingénieurs travaillent sans relâche pour améliorer la sécurité, nous pensons protéger contre des criminels, pas contre notre propre gouvernement… ». En prenant ses distances avec ce dernier, il a en tout cas exprimé la nécessité de protéger commercialement son entreprise, ayant pris la mesure de l’ampleur des réactions aux révélations résultant de la publication des documents communiqués par Edward Snowden aux journalistes Glenn Greenwald et Laura Poitras.

Symbolisant ainsi au mieux la surveillance qu’ils dénoncent, trois intervenants salués par une ovation des participants au South by Southwest Interactive Festival d’Austin (Texas) ont été dans l’obligation d’utiliser la vidéoconférence pour s’exprimer depuis Moscou, Londres et Rio, ne pouvant quitter leurs refuges ou s’y rendre pour des raisons connues. Il s’agit bien entendu d’Edward Snowden, de Julian Assange et de Glenn Greenwald. Alors que le nouveau chef de la NSA, le vice-amiral Michael Rogers, jugeait « vital » la poursuite de la collecte des données, concédant seulement que « nous devons faire en sorte que les procédures soient scrupuleusement respectées » (à condition de ne pas les changer), et que John Brennan, le patron de la CIA, expliquait que « dans la communauté du renseignement, nous essayons de faire les choses correctement », ce qui peut difficilement être considéré comme encourageant étant donné le double sens du propos.

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SHANGRI-LA (*)
(*) Cité mythique

Je ne vous insulterai pas en vous rappelant qui est Edward Snowden. Vous n’ignorez pas que Glenn Greenwald, journaliste, et Laura Poitras, documentariste, se sont faits les champions de Snowden et ont transmis ses découvertes par le truchement de journaux comme le Washington Post ou le Guardian. Le nom de Matt Taibbi ne vous est pas non plus inconnu, le journaliste de Rolling Stone a écrit certains des articles les plus musclés sur les coulisses des milieux financiers dans l’après-crise des subprimes.

Pierre Omidyar est un milliardaire américain d’origine persane ayant fait fortune en tant que fondateur de eBay. Il a lancé en octobre dernier l’organe de presse en ligne First Look. Son coup de maître a été de s’attacher les services de Greenwald, Poitras, Taibbi et d’une flopée d’autres figures légendaires de la presse d’investigation.

Parmi les recrues d’Omidyar dont je n’ai pas encore cité le nom, Marcy Wheeler, une blogueuse fameuse spécialisée dans les coups tordus de la realpolitik américaine comme la justification de l’invasion de l’Irak ou le recours à la torture par l’administration Bush. Wheeler a rejoint l’équipe le 6 février. Elle lançait le 23 à propos de l’Ukraine un tweet : « There’s quite a bit of evidence of coup-ness. Q is how many levels deep interference from both sides is », que je traduis librement comme « Il y a pas mal de preuves de coup-itude. La question c’est combien de niveaux en profondeur pour de l’interférence venant des deux bords. » Elle ajoutait : « Of course, part of it is just that Pax America is spinning out, trying to sustain itself », ce qui veut dire : « Bien sûr, c’est en partie simplement la Pax Americana sur sa lancée, tentant de persister ».

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(*) Cité mythique

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Guerre numérique : LES FRAPPES AVEUGLES DES DRONES, par François Leclerc

Billet invité.

De nouvelles révélations confirment l’utilisation de la géolocalisation par la NSA des cartes SIM des téléphones mobiles pour guider les drones destinés à tuer leur propriétaire présumé, notamment au Pakistan, en Afghanistan et au Yémen.

A l’origine de celles-ci, un ancien opérateur de drones a – sous couvert d’anonymat – confirmé à Glenn Greenwald et Jeremy Scahill, qui cosignent à cette occasion un article, que les frappes sont décidées sans que des vérifications soient effectuées sur leur détenteur effectif, avec pour conséquence que d’autres personnes que celles qui sont visées peuvent être tuées lorsque par exemple les téléphones ont été prêtés, ou bien que les cartes SIM ont été volontairement échangées pour brouiller les pistes. Son témoignage renforce les informations fournies par Edward Snowden et les révélations d’un autre opérateur de drones qui fait désormais ouvertement campagne contre cette utilisation.

Les deux journalistes ont à cette occasion lancé le premier d’une série de magazines numériques, baptisé The Intercept, dans le cadre du projet de site d’information FirstLook financé par Pierre Omidyar.

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GUERRE CIVILE NUMÉRIQUE : L’INTIMIDATION SANS VERGOGNE

« Big Brother mangera son chapeau ! » C’est Lisztfr, un commentateur du blog qui nous avait un jour proposé cela. J’en avais fait le slogan du blog. Il a disparu accidentellement : le thème du blog avait un jour crashé, et nous avions été incapables de le remettre.

Ce qui me fait penser à cela, ce sont les réactions violentes en ce moment-même en Grande-Bretagne au fait que David Miranda, partenaire de Glenn Greenwald, lui-même porte-parole d’Edward Snowden – et l’un des personnages clés de l’ouvrage mentionné ici à gauche, a été retenu 9 heures à l’aéroport de Heathrow, pour être interrogé en vertu d’une loi anti-terroriste. Son équipement électronique a lui été saisi.

Parmi ces réactions violentes, et c’est cela qui constitue heureusement une bonne nouvelle, celle de David Anderson, le médiateur britannique sur les questions de terrorisme, celle d’Yvette Cooper, ministre de l’intérieur dans le cabinet-fantôme travailliste, ainsi que celle de David Davis qui avait été lui-même ministre de l’intérieur dans le cabinet-fantôme des conservateurs à l’époque où ceux-ci étaient dans l’opposition.

Que l’on cherche à intimider des citoyens ordinaires parce qu’ils dénoncent la transformation de nos démocraties en dictatures sécuritaires, en mobilisant contre eux des lois anti-terroristes, est non seulement grotesque mais également intolérable.

Quand j’ai relayé il y a une demi-heure sur Facebook l’article de Greenwald dans le Guardian, j’étais la 18.402e personne à le faire. Cela aussi est une bonne nouvelle, tout comme est une excellente nouvelle que ces personnalités britanniques de premier plan se soient elles aussi immédiatement élevées : si nous manifestons tous inlassablement notre indignation devant ces dévoiements impardonnables du fonctionnement démocratique, Big Brother finira par manger son chapeau, et comme je l’avais écrit un jour à propos du nucléaire civil, sans se contenter de nous renvoyer ensuite un rot sonore au visage !

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