Archives par mot-clé : hyperinflation

L’actualité de la crise : TROIS STRATÉGIES DE DÉSENDETTEMENT, par François Leclerc

Billet invité

The English version of this post can be found here.

L’hyperinflation n’est jamais bien loin, dès qu’il est fait référence à la création monétaire, la fameuse planche à billets. L’histoire est alors mise à profit pour annoncer la résurgence d’épisodes qui ont marqué les mémoires. Même cause, même effet, est-il immédiatement pronostiqué !

La crise que nous vivons pourrait cependant nous amener à nuancer. À considérer d’abord que c’est une inflation des actifs financiers qui a été constatée, et non celle des prix des produits de consommation. À remarquer ensuite que cette dernière ne s’est pas déclenchée aux États-Unis, au Japon ou au Royaume-Uni, pays dont les banques centrales n’ont pourtant pas lésiné en matière de création monétaire.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : TROIS STRATÉGIES DE DÉSENDETTEMENT, par François Leclerc

Partager :
Email This Post Email This Post

LE TEMPS, « Nous sommes en train de mettre en place une machine à créer de l’hyperinflation », le 12 mai 2012

Mon entretien avec Sébastien Dubas

Avant de retourner chez lui en Bretagne, Paul Jorion a fait escale, jeudi dernier, au « Club 44 » de la Chaux-de-Fonds pour donner une conférence. L’occasion d’évoquer avec cet économiste connu pour avoir prédit la crise des subprime, l’avenir d’un système capitaliste qu’il décrit comme étant « à l’agonie ».

Le Temps : La fin programmée du « Merkozisme », autrement dit de l’austérité comme seule issue à la crise de la dette, est-elle une bonne nouvelle pour la zone euro ?

Paul Jorion : Depuis qu’on a commencé à parler des problèmes de la Grèce, en décembre 2009, les décisions politiques ont toujours été prises avec au moins six mois de retard. Si bien que le budget qui aurait pu permettre à la Grèce de sortir de la crise est passé de 13 milliards, une somme évoquée en janvier 2010, à 105 milliards d’euros lorsque des mesures ont enfin été prises en mars de cette année. C’est presque dix fois plus que prévu. Ces atermoiements ont à chaque fois été motivés par des calendriers électoraux. Il a fallu attendre les élections dans les Länder en Allemagne, les législatives en Espagne, les présidentielles en France ou les prochaines réunions du G8 et du G20. Et ce sera probablement encore le cas avec les législatives françaises. La maladie de l’Europe a été de ne jamais prendre des mesures à la hauteur de la gravité de la situation. Tout ça parce que les hommes et les femmes politiques manquent d’audace et de détermination.

Continuer la lecture de LE TEMPS, « Nous sommes en train de mettre en place une machine à créer de l’hyperinflation », le 12 mai 2012

Partager :
Email This Post Email This Post

Les deux formes du désespoir

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Puisque je ne me trompe que rarement jusqu’ici dans mes prévisions (quand je me trompe, c’est parce que mes cris d’alarme rencontrent un écho et je ne me plains donc pas), en voici une autre : les tentatives de régulation de la finance qui ont débuté en 2007-2008 n’aboutiront à rien. À rien du tout.

Si vous lisez ce qui s’écrit à propos des négociations qui ont lieu en ce moment aux États-Unis pour réconcilier les versions Congrès et Sénat du financial overhaul, le Grand Plan Qui Fait Trembler Les Banquiers, vous verrez que pour obtenir les quelques voix républicaines nécessaires aux votes, on retire jour après jour le peu qui restait. Ou bien si vous vous intéressez à celles qui ont lieu en ce moment à Bâle à propos d’une augmentation des réserves en capital que doivent constituer les banques, vous verrez que chaque pays est enthousiaste à l’idée d’imposer des conditions plus lourdes à celles de ses voisins mais très réservé quant à tout changement qui toucherait les siennes propres, et que l’application de nouvelles règles ne devrait de toute manière pas intervenir avant cinq ou dix ans d’ici « pour ne pas handicaper la reprise en freinant l’allocation de crédit » – je vous jure que je n’invente rien.

« Mais pourquoi, me direz-vous, cet argument de la régulation comme obstacle à la reprise est-il même pris au sérieux ? » Parce qu’on sait que tout coût supplémentaire pour le secteur bancaire sera transmis aux clients des banques. « Et le retour des bonus mirobolants, et la reprise des embauches dans les salles de marché se livrant pour 80 % de leur activité à de la spéculation pure ? » Ça n’a aucun rapport. Ça n’a aucun rapport parce qu’on ne touchera ni aux revenus des dirigeants, ni aux dividendes des investisseurs. « Pourquoi ? » Parce qu’on vous le dit. Parce que c’est comme ça. Parce que si des individus complètement discrédités du fait de leur incapacité à voir venir la crise, et ensuite pour n’avoir absolument pas su quoi faire pour en sortir, ont le pouvoir que l’on constate d’empêcher toute modification de la réglementation de leur secteur (sauf celle qui les arrange parce qu’elle le modernise), alors, je vous le demande, pourquoi voudriez-vous qu’ils n’aient pas aussi le pouvoir de maintenir leurs revenus au même niveau qu’avant, voire même à les augmenter encore, et que tout nouveau frais soit automatiquement passé au client sans autre forme de procès ?

Rassurez-vous, cela ne durera qu’un temps, Dieu qui a dit un jour : « J’exterminerai de dessus la terre les hommes que j’ai créés, des hommes jusqu’au bétail, jusqu’aux reptiles et même jusqu’aux oiseaux du ciel, car je me repens de les avoir faits » (Genèse, 6, 7), consulte en ce moment son calendrier. Les banques sont tombées. Elles ont attiré dans le gouffre avec elles, les États. Les États sont raccrochés par un fil à leurs banques centrales. Lesquelles n’ont plus d’autre ressource que la planche à billet (on évoque ce matin, pour la Fed, un nouveau tirage de 5.000 milliards de dollars – après les 2.500 milliards émis sans contrepartie de richesse depuis mars 2009). Les banques centrales ne tombent pas : elles font comme les autres dans ce domaine, elles se discréditent, et elles le font en engendrant l’hyperinflation et la misère qui se déverse sur le monde.

Et ensuite ? Euh… il reste le Fonds Monétaire International qui tirera tout le monde d’affaire. Non, soyons sérieux, après, il ne reste qu’une chose – mais on peut déjà s’y préparer : passer, comme le dit Kant, du désespoir résigné au désespoir indigné.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :
Email This Post Email This Post