Archives par mot-clé : industrie

GRANDEUR, MISÈRE ET FUTUR DE L’INDUSTRIE AUTOMOBILE, par Michel Leis

Billet invité

Les mauvaises nouvelles, grandes et petites se succèdent dans l’industrie automobile au point de faire passer une hausse minime du marché pour une grande victoire. Le secteur automobile mérite que l’on s’y attarde un instant, ne serait-ce que parce qu’il emploie près de 12 millions de personnes en Europe (entre emplois directs et indirects). Plus de 180 sites de production sont exploités par les constructeurs et leurs filiales, y compris ceux produisant uniquement des éléments tels que les moteurs et boîtes de vitesse.

Le marché automobile de l’Union européenne a perdu 4.2 millions d’unités entre le pic de 2007 et la fin 2012[i]. Si l’on considère que l’essentiel de ce qui est vendu en Europe est produit localement[ii], la surcapacité européenne s’établit aux alentours de 3.500.000 unités, peut-être un peu moins compte tenu des exportations. L’impact de la crise et de l’austérité est bien supérieur aux variations du PIB[iii] observées pendant la même période. La baisse est de 20 %, malgré des mesures de soutien de la part des gouvernements (bonus et autres primes à la casse) et la multiplication des opérations commerciales des constructeurs. Encore, cette variation ne prend pas en compte les immatriculations « tactiques » (en d’autres termes des voitures immatriculées sur stock que l’on espère vendre ultérieurement moyennant de fortes remises). Autrement dit, malgré les efforts conjoints des industriels et des gouvernements, rien ne semble devoir enrayer cette spirale à la baisse.

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Augmenter la productivité pour rémunérer le capital et le travail rare : exemple de finitude de la mécanique, par Christophe Diss

Billet invité

Dans mon dernier billet (ici) évoquant le cas de la rentabilité des exploitations laitière inscrites dans un rapport de force de filière, j’évoquais par quel mécanisme de la pensée économique, les chefs d’exploitation et les financiers ont cherché à augmenter le flux de liquidité par l’argument de la productivité du travail, facteur de rentabilité face à une déflation du prix du lait, une hausse de charge et une confiscation de la valeur ajoutée le long de la chaine de valeur.

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FILIÈRE INDUSTRIELLE LAITIÈRE : CHANGER DE PARADIGME EST INDISPENSABLE, par Christophe Diss

Billet invité

D’après l’agence Agra Presse, la commission de l’agriculture du Parlement européen a voté trois propositions dans le cadre de la réforme de la PAC pour permettre aux agriculteurs de gérer leurs volumes de production laitière en cas de crise. Ce vote n’est pas du goût de l’European Dairy Association, le porte-voix à Bruxelles du lobby de l’industrie laitière. Le vote des eurodéputés n’est pas seulement « un pas en arrière » selon eux, mais il remet en question « l’évolution progressive du secteur en vue d’une plus grande orientation vers le marché ».

Et de rajouter : « Adopter des mesures de gestion des volumes serait tout à fait incompatible avec les exigences du fonctionnement de notre industrie sur le marché mondial », martèle Joop Kleibeuker, le secrétaire général de l’European Dairy Association. Un système de gestion des volumes « ne marcherait pas dans le monde d’aujourd’hui ». En effet, pour doper la dynamique industrielle, la conquête des marchés internationaux devient une norme indéfectible. Pourtant, ces mécanismes ont fait leur preuve au Canada et les États-Unis souhaitent s’en inspirer.

La production et l’industrie dans le sillage d’un marché objectif et efficace.

Cette réaction du lobby laitier est une démonstration florissante de son intégration à l’idéologie du marché efficace, méprisant ainsi l’idée d’une régulation du secteur, privilégiant le report du risque de la volatilité des prix sur le secteur de la production. En effet, les industriels indexent désormais davantage la paye du lait cru sur la valorisation des marchés de ses dérivés. Elle demande en revanche la mise en place de filets de sécurité exceptionnels d’aides au secteur de la production, pour les « coups durs », ou des aides au stockage privé des quantités excédentaires présentes sur le marché, comme cela se faisait couramment par la force publique avant l’instauration des quotas en 1984 (politique au combien coûteuse et qui n’est plus du tout au goût du jour). Au milieu des années 2000, la commission européenne a mis l’Europe sur les rails du commerce international et de la loi du marché : la fin des contingentements laitiers (quotas) est prévue pour le 1er avril 2015. À une échelle plus petite, en Suisse, la disparation du contingentement laitier est intervenue dès 2008 et s’est soldée par un échec cuisant suite à la volonté de certains industriels de « conquérir ». Par manque d’organisation collective et de défense sectorielle des producteurs, la vingtaine d’organisation de producteurs – rattachée chacune par contrat à une laiterie différente – ne s’entendent plus, du fait de l’intégration à la logique de leur industrie respective sur la façon de gérer le développement « volumique ».

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DES LIMITES DU MODE DE PRODUCTION OCCIDENTAL, par Michel Leis

Billet invité

Le futur de l’industrie

Si ce n’était le fait que l’emploi industriel a occupé le devant de l’actualité ces derniers mois sous des formes diverses (compétitivité, fermetures), ce billet pourrait faire partie de la nouvelle série de François Leclerc, « l’actualité de demain ». Au-delà des problèmes spécifiques de la finance que je laisse aux spécialistes, Paul Jorion en tête, je souhaite expliciter dans ce billet en quoi l’organisation actuelle de l’industrie « résonne » avec la crise financière, mais aussi quels sont ses propres facteurs de déséquilibre qui rendent sa survie de plus en plus difficile, particulièrement en Europe.

Quand on parle d’industrie manufacturière, l’image qui s’impose est celle de la chaîne de montage et sa célèbre caricature des « Temps modernes » de Charlie Chaplin. Or le modèle fordiste des origines a été depuis longtemps remplacé par une organisation autrement plus complexe qui s’est généralisée dans l’ensemble de l’industrie manufacturière, devenant de fait une référence, ce que j’appelle dans mon essai « la norme de production ». Pour comprendre sa configuration actuelle et les problèmes qui se posent à l’industrie, il faut faire un bref historique de son évolution depuis la première grande chaîne de montage, l’usine Ford de Highland Park.

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