Archives par mot-clé : Islande

Europe : LA BARRE NE VA PAS PARTOUT À DROITE, par François Leclerc

Billet invité.

En Islande, où 29 anciens dirigeants de banques de fonds d’investissement ont été condamnés à des peines de prison, les formations politiques au pouvoir éclaboussées par le scandale des Panama papers vont-elles recevoir leur congé samedi prochain, à l’occasion d’élections législatives anticipées ?

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L’actualité de demain : LE DÉSENDETTEMENT EST UN TORRENT TUMULTUEUX, par François Leclerc

Billet invité.

La partie non annexée par la Turquie de Chypre pèse 0,15% du PIB de la zone euro, mais elle représente un risque systémique, d’après Jörg Asmussen, membre du comité directeur de la BCE. Refuser d’aider financièrement le pays pourrait avoir un impact sur les banques grecques, déjà très atteintes, et envoyer « un mauvais signal » au moment où le Portugal et l’Irlande s’efforcent de revenir sur le marché, a-t-il fait valoir. Cela donne la mesure de la fragilité extrême de la construction financière de la zone euro…

Mais le gouvernement allemand, en cela fidèle à la position qu’il défend déjà vis à vis de l’Espagne, ne souhaite pas de nouveau plan de sauvetage et tente de justifier son refus en arguant du fait que les banques chypriotes blanchissent à grande échelle des capitaux russes douteux (ce qui fait peu de doute). Il en a résulté des échanges à fleuret moucheté entre Mario Draghi et Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, ce dernier trouvant pour s’abriter une défausse juridique : Chypre ne remplirait pas les conditions pour bénéficier d’un sauvetage, n’étant pas reconnu comme systémique eu égard à sa définition dans la loi allemande adoptée à propos du fonctionnement du MES. Mario Draghi a répliqué que cette question ne pouvait être tranchée que par des économistes, et pas des juristes (ce qu’est Wolfgang Schäuble de formation).

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L’actualité de demain : DES BANQUES A DÉMANTELER…, par François Leclerc

Billet invité.

Il faut que le cas de Chypre vienne à l’ordre du jour pour que l’on se rende compte de l’hypertrophie du système bancaire, qui ne lui est pas propre. Le bilan des banques chypriotes, gonflé par les apports financiers en provenance de Russie, représente rien de moins que 800% du PIB. Un scénario qui n’est pas sans rappeler celui de l’Islande, dont les activités bancaires off-shore avaient abouti à un même résultat. Sauf que, dans ce cas, cela pourrait résulter du blanchiment d’argent à grande échelle, la partie chypriote grecque de l’île ayant connu une grande prospérité, due dans un premier temps à sa situation de terre d’accueil pour les Libanais aisés, puis de lieu de villégiature pour les nouveaux riches russes.

Les dirigeants européens sont devant l’obligation de sauver le pays, dont les banques sont plombées par la dette grecque, et la Troïka s’efforce d’y voir clair dans les comptes, en se posant la question désormais rituelle : le montant des dettes est-il soutenable ou pas ? Fidèle à son personnage, Angela Merkel avise dès maintenant qu’il ne peut y avoir de conditions particulières pour Chypre, au contraire de ce qui est affirmé pour l’Irlande, qui reste néanmoins dans l’attente des mesures qui le soulageraient. Comment, en effet, justifier une même règle pour tous, si les dérogations se multiplient ?

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L’actualité de la crise : LE TEMPS… DU JUGEMENT, par François Leclerc

Billet invité

En réponse à une lectrice s’intéressant à l’actualité Islandaise.

L’écroulement en 2008 de Kaupthing Bank ne reste pas sans suites judiciaires. Au terme d’une enquête de trois ans portant sur une « suspicion de conduite criminelle durant et à la suite des évènements qui conduisirent à l’effondrement de l’Islande », le procureur spécial chargé du dossier a inculpé de fraude et de manipulation de marché ses deux principaux dirigeants, Hreiðar Már Sigurðsson et Sigurður Einarsson, qui seront présentés à la cour le 7 mars prochain.

Cela n’aura pas été sans mal car il aura fallu pour y parvenir que le Serious Fraud Office (SFO) britannique soit obligé de reconnaitre avoir commis « de regrettables erreurs » dans le cadre de l’enquête qu’il menait conjointement avec le procureur spécial islandais. ERRATA : le SFO a fait référence à une enquête parallèle.

Les deux prévenus devraient plaider non coupable et les débats se poursuivre pendant des mois. D’autres inculpations envers des actionnaires de la banque pourraient intervenir.

Kaupthing Bank était l’une des trois banques islandaises qui se sont révélées être endettées à hauteur de plus de dix fois le PIB islandais.

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L’actualité de la crise: l’Islande payera ! par François Leclerc

Billet invité.

L’ISLANDE PAYERA !

Depuis hier lundi, 45 comédiens se relayent sur la scène du théâtre de Reykjavik afin de faire une lecture des 2000 pages du « Rapport Vérité » sur l’effondrement du système financier islandais en octobre 2008. Le site Internet du théâtre relaye cette manifestation inédite pour des événements dramatiques, qui a trouvé non sans logique un plateau de théâtre comme lieu d’une catharsis. Il fallait semble-t-il cette mise en scène d’un rapport parlementaire très attendu pour contribuer à aider les 320.000 islandais à surmonter le traumatisme qu’ils ont subi, telle une déroute collective. Ou pour les inciter à en accepter les conclusions afin d’endiguer leur colère.

Celles-ci sont doublement à charge, pour les principaux responsables politiques et financiers de l’équipe de droite précédemment au pouvoir, limogée à la faveur d’élections, ainsi que pour les trois principaux banquiers. Les premiers sont accusés d’ « extrême négligence » et d’avoir sciemment dissimulé la situation au sein même de leur gouvernement, les seconds de s’être octroyé, parachevant l’édifice qu’ils avaient construit avant qu’il ne s’écroule, des prêts personnels très avantageux.

La question d’éventuelles poursuites pénales est laissée par le rapport à l’appréciation des parlementaires. L’ordre de mission à l’origine du « Rapport Vérité » était de  « révéler des faits et fournir une vue globale des principaux événements qui ont conduit à la chute des banques islandaises, et en identifier les causes ». Au vu des compte-rendus disponibles, il n’est pourtant pas certain que les causes en aient été identifiées. La « négligence » des principaux acteurs du drame, qui ont consacré à la situation financière islandaise de discrètes réunions entre eux (premier ministre, gouverneur de la banque centrale, ministres des affaires étrangères et des banques), est pour le moins le minimum de ce qui pouvait leur être reproché. Un procès en incompétence, exprimé également dans le rapport, serait certainement un moindre mal.

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Les Échos, L’ENTREPRISE FINANCIÈRE NE S’OCCUPE NI DE MORALITÉ NI DE PHILANTHROPIE, le 10 mars 2010

Un entretien avec Muryel Jacque : « L’ENTREPRISE FINANCIÈRE NE S’OCCUPE NI DE MORALITÉ NI DE PHILANTHROPIE »

A quoi attribue-t-on aujourd’hui l’émergence et le développement des bulles financières ?

Jusqu’à très récemment, la théorie orthodoxe économique considérait que les bulles n’existaient pas. Et des études, même assez récentes – avant le début de la crise – continuaient à essayer de le prouver. L’idée, c’est qu’il n’était pas possible de distinguer un prix spéculatif d’un prix fondamental (c’est à dire, fondé sur l’addition des différents éléments constituant le prix). Seuls certains Keynésiens avaient développé d’autres théories, en particulier la théorie des bulles de l’économiste américain Hyman Minsky dans les années 80. Quand la crise a éclaté, il est devenu impossible de dire que les bulles n’existaient pas, puisque la bulle était en train de se dégonfler devant tout le monde… Les théories de Hyman Minsky ont alors été remises au goût du jour. Chez lui, toute économie est soit dans un processus de création de bulle ou d’éclatement de bulle, en raison même de certains défauts du système capitaliste.

Croyez-vous que la nature humaine est à l’origine de la crise, comme l’a estimé l’ancien président de la Réserve fédérale Alan Greenspan ?

C’est une autre erreur de la science économique, liée à un a priori appelé individualisme méthodologique, de penser que rien ne se passe au niveau économique dont on ne puisse rendre compte simplement en additionnant les comportements individuels. Or, dans cette crise, les acteurs individuels, en suivant simplement leur propre intérêt, n’avaient pas la possibilité d’agir à un niveau global. J’ai travaillé dans une de ces entreprises au centre de la tourmente, qui a fini par disparaître, Countrywide. Lorsque les dirigeants – que je n’essaie pas d’exonérer car ils ont eu une attitude égocentrique et égoïste – se sont aperçus que l’entreprise périclitait, ils ont progressivement retiré leurs investissements. Ils n’ont pas essayé d’agir au niveau global. Ceci dit, ils n’en avaient pas la possibilité. Il fallait une concertation à un niveau plus élevé. C’est au niveau du gouvernement, et du Congrès ou du Sénat, et non au niveau individuel des dirigeants, qu’on aurait pu agir. Or, l’illusion d’Alan Greenspan et des économistes a été de croire que seul l’individu aurait pu faire quelque chose, le niveau global n’existant pas pour eux.

Goldman Sachs est soupçonné d’avoir aidé la Grèce à maquiller ses comptes. Quel est, selon vous, le rôle joué par les grandes banques mondiales dans la dérive de certains états ?

Goldman Sachs a effectivement proposé un arrangement à la Grèce ; les prospectus à valeur légale de ces opérations sont accessibles sur internet. Mais la responsabilité de la banque n’est pas là. En fait, l’industrie financière a, par une action de lobby, permis que ce type d’opérations soit autorisé par la Communauté européenne. Ainsi, il peut uniquement être reproché à Goldman Sachs d’avoir mis de l’argent dans le groupe de pression pour influencer les politiques. Il s’agit d’une entreprise financière, elle ne s’occupe pas de moralité. Elle n’est pas non plus dans la philanthropie. Elle décide au jour le jour des opérations rentables : aider la Grèce en 2002 est rentable, et parier sur la chute de la Grèce en 2010 l’est également. La finance ne fait pas de sentiment, mais du profit pour ses dirigeants, ses actionnaires et pour ses traders qui touchent des commissions. Cependant, en période de crise, ce que j’appelle l’extraterritorialité morale de la finance devient beaucoup plus visible car elle fait la une des journaux. Dans les périodes d’euphorie, l’absence de moralité apparaît en page 19 et l’on n’en parle pas.

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BFM Radio, lundi 8 mars 2010 à 10h46 – « La finance boit, les nations trinquent »

2008 aura été l’année des banques, 2010 semble bien parti pour devenir l’année des nations. On ne s’en étonnerait pas : quand le système bancaire s’est effondré à l’automne 2008, les États sont intervenus et ont pris en charge l’ensemble des pertes subies. Un an et demi plus tard, ce sont eux qui se trouvent acculés. Ils se tournent maintenant vers leurs citoyens et leur disent : « Vous avez vécu au-dessus de vos moyens ! Le moment est venu de vous serrer la ceinture ! » Les Grecs dans la rue la semaine dernière n’avaient pas l’air très convaincus. Les Islandais ont été encore plus catégoriques dans leur vote de samedi dernier : « Ce n’est pas nous : ce sont les clients de nos banques qui trouvaient normale une rémunération de leurs placements de 50 % supérieure à ce qu’on trouvait ailleurs. Ils croyaient au Père Noël. Ils n’auraient pas dû ! »

Avec du désordre dans la rue, les choses sont mal engagées. Les agences de notation en particulier, détestent ça. Comme toujours, les responsabilités sont multiples. Les économistes ont leur part, et elle plus lourde qu’on ne l’affirme ordinairement. Ce sont bien eux après tout qui ont dit : « Le crédit et l’argent, c’est la même chose ! » Et cette erreur-là, elle est irréparable. Le principal coupable est mort depuis longtemps : il s’appelle Henry Thornton (1760 – 1815), et son nom serait tombé dans l’oubli si Joseph Schumpeter n’en avait pas fait le héros révolutionnaire qui avait découvert « l’équivalence du crédit et de l’argent ». Et pourquoi pas, puisqu’on y était, que l’argent lui-même était en réalité une dette !

Que s’est-il alors passé ? On s’en est donné à cœur joie : de longues chaînes de créances se sont créées où chacun considérait comme sa richesse, non seulement l’argent qu’il avait mais aussi celui qu’il avait prêté. Or celui-là, il l’ignorait encore mais le découvrirait à partir de 2007 : il ne le reverrait plus nécessairement. On s’émerveillait aussi du fait qu’un pari gagné grâce à de l’argent emprunté permettait des gains mirifiques : le fameux « effet de levier ». On savait bien qu’il existait un risque mais ce risque, avec la titrisation, on l’empaquetait et on le revendait, et on le revendait à un prix qui, dans l’euphorie générale, apparaissait comme une excellente affaire. Si bien qu’au lieu de s’éparpiller, il se concentrait en réalité dans le portefeuille des banques les plus prospères. Or, certains risques – comme les maisons construites en zone inondable ou dans les couloirs d’avalanche – ne devraient simplement pas être pris. La grande folie du crédit dans la « nouvelle économie », n’était en réalité pas assurable.

On connaît la suite : les pertes faramineuses s’accumulèrent. Les États réglèrent l’ardoise et rouvrirent les casinos. Avec les mêmes tauliers.

Un grand homme politique s’est quand même indigné et a dit : « Confrontés à l’effondrement du crédit, ils n’ont proposé que le prêt de plus d’argent ». Les politiques avaient-ils compris ? Hélas non puisque celui qui parle, c’était Franklin Roosevelt, dans son discours inaugural en 1933. Quand j’étais gosse on voyait le long des routes : « Les parents boivent, les enfants trinquent ». Aujourd’hui ce serait plutôt : « La finance boit, les nations trinquent ».

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L’actualité de la crise: le FMI a pris date, par François Leclerc

Billet invité.

LE FMI A PRIS DATE

De rebondissements en rebondissements, tous les enseignements des tests islandais et grecs sont loin d’avoir été encore tirés.

Dans le cas de la Grèce, il était déjà apparu que la démonstration qui était recherchée par les pays leaders de la zone euro avait abouti à une profonde crise de l’euro qui n’était pas dans les tablettes. On s’aperçoit que, dans celui de l’Islande, le test qui y est mené pourrait également avoir des effets imprévus et se révélant préoccupants pour le Royaume-Uni.

Dans un éditorial daté du 26 février, intitulé « Plus de corde raide », le Financial Times revient sur cette dernière crise, après avoir fait depuis plusieurs semaines campagne auprès des gouvernements britannique et hollandais en faveur d’une solution négociée et d’apaisement avec les Islandais.

Le journal en vient à s’inquiéter, devant l’échec des négociations qu’il analyse comme étant le reflet d’une intransigeance malvenue des premiers, des conséquences inattendues que celle-ci pourrait avoir pour eux. S’inquiétant que, dans leur insistance à présenter faussement l’attitude islandaise comme un futur défaut de payement (assimilant le désaccord sur les modalités de remboursement d’une simple dette à un remboursement de dette souveraine sur le marché), ils contribuent finalement à créer des tensions sur les marchés obligataires, qui pourraient se retourner contre eux et surenchérir leur propre dette.

On a donc l’impression de voir rejouer le même film  !

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Un problème de rapports de force entre Etats et finance, par Corinne Lepage

Billet invité.

La semaine a été très contrastée sur le front des rapports entre gouvernements et citoyens à l’échelle du continent européen. Deux bonnes nouvelles :

– Le rejet par le Parlement européen de la convention swift n’est pas une révolution mais néanmoins un moment important pour une double raison : c’est un acte d’indépendance fort à l’égard du conseil et de la commission qui avaient négocié derrière le dos du parlement une convention d’échanges de données bancaires avec les Etats Unis complètement déséquilibré. Après avoir voté pour la Commission Barroso 2 (ce que je n’ai personnellement pas fait) le Parlement, deux jours plus tard, montre ainsi son indépendance puisque la commission appuyait la demande du PPE de reporter le vote. C’est aussi un acte d’indépendance à l’égard des Etats-Unis, pour avoir proposé une convention complètement déséquilibrée donnant des droits sur les citoyens européens sans aucune contrepartie.

– La décision prise par l’Islande et ses créanciers, dans l’attente du referendum, de renégocier le montant de la dette. Cette pression citoyenne est une grande première qui certes, met en difficulté toute l’économie islandaise au regard des investisseurs éventuels mais a l’immense mérite de poser pour la première fois les limites de ce que des peuples peuvent accepter.

A contrario, la question grecque reste entière et la solidarité parait difficilement jouer même si elle a été affichée. En vérité, la solidarité ne devrait pas consister seulement à soutenir la Grèce. Elle devrait consister à affirmer une volonté politique très ferme au regard des spéculateurs et donc du monde financier. Car n’est-il pas parfaitement innommable que les contribuables européens après avoir puisé dans leurs poches et au-delà, soi-disant pour renflouer le système financier et faire repartir la machine économique, subissent une deuxième ponction résultant du détournement dans l’usage des fonds vers les fonds spéculatifs, puis une troisième résultant de l’utilisation des fonds spéculatifs pour détruire la monnaie et donc ce qui reste de l’économie grecque d’abord, de la zone euro ensuite. C’est donc un problème de rapports de force entre Etats et finance. Les Etats refusent en réalité d’utiliser les armes réglementaires dont ils disposent contre la spéculation (par exemple l’interdiction sauf exception de la vente à découvert) alors que le système financier, banques incluses n’a aucun état d’âme à utiliser l’argent public reçu pour détruire ceux qui ont eu la faiblesse de le leur prêter quand ils étaient dans les affres du risque de collapse.

Le problème de fond n’est donc pas posé et encore moins solutionné. Or, plus le temps passe, plus les Etats perdent, en raison de leur endettement massif, les moyens d’une politique digne de ce nom. Pour cette raison, plus que jamais, la réflexion autour des moyens dont la société civile, c’est-à-dire les clients des banques/citoyens/contribuables peuvent réagir et devenir des moyens de pression sur leur gouvernement comme l’ont fait les Islandais est un sujet politique central.

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L’actualité de la crise: préparation d’artillerie en Europe, par François Leclerc

Billet invité.

PREPARATION D’ARTILLERIE EN EUROPE

Etre entré dans une phase plus politique de la crise, qu’est-ce que cela signifie dans l’immédiat ? D’abord, cela ne fait pas disparaître pour autant ses autres manifestations : financières, économiques et sociales, qui interagissent entre elles de manière peu contrôlée. Chacune gardant sa propre logique, porteuse de ses incertitudes particulières. Sont ainsi à prendre en considération : l’épée de Damoclès du crédit immobilier commercial, parmi d’autres inconnues de ce monde financier toujours aussi opaque ; la confirmation de la faible reprise économique et de sa configuration ultérieure prévisible dans les pays OCDE ; l’accroissement du chômage et la reconnaissance de sa dimension structurelle réelle, assorti de mises en cause du bouclier de la protection sociale, au nom de la réduction des déficits publics.

Ensuite, cette nouvelle dimension politique reflète l’impérieuse nécessité devant laquelle les gouvernements sont désormais d’agir, après avoir confié aux financiers les clés des coffre-forts publics afin qu’ils règlent à leur manière le chaos qu’ils ont créé. Elle est susceptible d’ouvrir des champs d’intervention, de générer des initiatives dans l’opinion publique, là où l’apathie semble s’être installée.

Voilà ce qui est en cause. Nous donnant l’occasion d’être attentif au développement des contradictions déjà apparues parmi les décisionnaires – amenant certains à tenir des propos rompant avec l’orthodoxie de la pensée unique – ainsi qu’aux initiatives et contestations de tous ordres, qui sont susceptibles de se développer. L’un de leurs modèles, non reproductible tel quel nécessairement, étant par exemple le mouvement Américain « Move your money », auquel il a été fait référence par Corinne Lepage. Ce qui est en question, au final, c’est l’interaction qui pourrait naître entre les contradictions exprimées par les uns et les actions des autres.

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À propos de « Pour une initiative citoyenne dans le domaine financier », par Corinne Lepage

Billet invité.

Tout d’abord, je voudrais dire que mon initiative est totalement désintéressée et que ce papier est né d’une discussion avec Paul Jorion. Je suis très à cheval sur ces questions et je trouve infâmante à mon égard la contestation que « l’objectif de Mme Lepage n’est pas désintéressé ». Je n’ai jamais administré la banque La Nef comme de mauvais esprits le laissent supposer mais participé au comité d’orientation des investissements dont j’ai démissionné en juillet quand j’ai été élue, par déontologie car rien ne m’y obligeait. En plus, je n’ai évidemment rien touché; ces fonctions étaient totalement bénévoles.

J’ai lancé ce débat parce que je le crois essentiel et n’en déplaise à certains qui se sont exprimés, je n’ai pas l’intention de me limiter à l’écologie parce que tout simplement tout est lié.

Je ne dis pas qu’il faut quitter nos banques demain matin, mais simplement réfléchir à ce qui se passe et au moyen de changer le rapport de force très défavorable à la société civile. Dans ce cadre, l’exemple islandais et les impasses qu’il génère devraient agir comme un révélateur pour faire autrement.

Par ailleurs, je pense que les citoyens que nous sommes doivent agir car je vois l’extrême limite de l’action politique au moins comme elle est exercée aujourd’hui. Ce débat devrait se poursuivre sur les avantages et inconvénients d’une action citoyenne et le seul fait de poser la question pourrait faire bouger les rapports de force, comme certains l’ont indiqué, pour l’avoir fait à une échelle individuelle.

Merci en tous cas pour ces échanges.

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Pour une initiative citoyenne dans le domaine financier, par Corinne Lepage

Billet invité.

Le hold-up que les banques et les traders pratiquent sur les contribuables est absolument hallucinant. Non seulement, les bonus faramineux, obscènes pour reprendre l’expression d’Obama, se sont faits sur la spéculation à partir du renflouement des banques par les États, mais encore ils se sont faits au détriment du financement de l’économie réelle pour lequel le sauvetage était prétendument intervenu. Certes, aux États-Unis, le Président Obama parle, mais jusqu’à présent rien n’a été fait et Citigroup qui a de fait été nationalisée, verse 1md de dollars de bonus.

Dans notre beau pays de France, c’est encore pire ! En premier lieu, les banquiers qui ont en réalité concocté pour Bercy le plan de sauvetage qui leur convenait, ont obtenu que l’État n’entre pas au capital. Dès lors, les remboursements qui sont intervenus ont privé le contribuable du bénéfice lié à la hausse des actions bancaires). En deuxième lieu, aucune rémunération n’ a été versée pour la garantie de l’État en dehors des prêts et avances. En troisième lieu, les banques ont fait exactement le contraire de la prétendue feuille de route qui leur avait été officiellement donnée : peu de crédits aux entreprises, suppression de nombreux comptes sans aucune raison autre que leur propre rentabilité, augmentation de toute les prestations sans justification : suppression des lignes de crédit etc. Les rodomontades de Mme Lagarde et les efforts de M. Ricol sont restés sans effets réels.

Quant à la taxe sur les bonus, c’est une fumisterie. D’abord de nombreux traders des banques françaises ne sont pas en France ; ensuite, une taxe pour une seule année permet de mettre en place une organisation temporaire d’augmentation des rémunérations. Enfin et surtout, cette taxe est payée par les banques et non par les traders et sert à mettre en place un fonds de garantie qui était d’ores et déjà prévu. Elle ne change donc rien à l’effet pervers des bonus qui conduit à faire prendre le plus de risques possible par la spéculation et donc à encourager des bulles qui vont exploser à nouveau, sans que les États ne disposent plus de filet de sécurité.

A mon sens , c’est aux citoyens d’agir comme le fait en Californie le mouvement « Move your Money » qui offre aux clients des banques le moyen de les quitter avec toute une panoplie de services ; je pense que nous devrions, avec le secteur social et solidaire, regarder comment mettre en place un mouvement comparable pour disposer d’une force consumériste en face des banques puisque l’État ne défend pas les citoyens.

En second lieu, et sur un plan plus politique, je pense que nous devrions suivre de très près ce qui se passe en Islande où les contribuables doivent décider s’ils acceptent de payer pour les banques ou plutôt pour indemniser les spéculateurs qui ont cru dans les banques islandaises. C’est une première et je suis très étonnée que le débat ne naisse pas en France sur ce thème. Je propose de le lancer sur ce blog et de continuer plus largement si le thème vous intéresse.

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L’actualité de la crise: des tests qui tournent mal, par François Leclerc

Billet invité.

DES TESTS QUI TOURNENT MAL

Les deux cas test Européens de la Grèce et de l’Islande seraient-ils en train de tourner au vinaigre  ?

En dévoilant la situation financière catastrophique de la Grèce, afin de l’obliger à la redresser et de créer ainsi une sorte de jurisprudence européenne, au prétexte de ne pas avoir à renflouer le pays, l’Allemagne a ouvert une boîte de Pandore qui va être difficile à refermer. Le marché obligataire public européen est désormais sous tension, surenchérissant les coûts pour les pays les plus fragiles. Ce qui n’est pas pour déplaire aux investisseurs, mais va alourdir encore pour ceux qui les subissent le poids des déficits publics et limiter d’autant les possibilités de leurs gouvernements de financer la relance, tout en diminuant leurs marges de manoeuvres internes.

La dynamique qui est enclenchée est bien celle de l’éclatement de la zone euro, et il n’est pas certain que la volonté politique existe pour la combattre efficacement, si l’on en croit les dernières déclarations d’Angela Merckel et de Jean-Claude Trichet, la première inquiète mais passive devant cette situation et le second figé dans une intransigeance qui risque d’être demain considérée comme aveugle. Ni la Grèce, ni le Portugal, ni les autres pays qui s’apprêtent à les rejoindre sur la liste de l’infamie, ne peuvent faire face avec leurs seuls moyens à la situation dans laquelle ils se débattent.

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L’actualité de la crise: premières pentes d’une rude montée, par François Leclerc

Billet invité.

PREMIERES PENTES D’UNE RUDE MONTEE

Un suivi de l’actualité des sous-crises grecque et islandaise permet de mieux apprécier les tâtonnements actuels des gouvernements européens, dans leurs premières tentatives de reprendre l’initiative, dans le cadre de la réduction des déficits publics qu’ils tentent d’engager. De comprendre en quoi ils annoncent, de manière encore imprécise, la suite des événements dans tous les pays européens. Car si les situations et les cas sont très dissemblables, c’est la même chose qui va être mesurée tout au long de l’année dans laquelle nous venons de nous engager.

Ce qui est déjà acquis, concernant ces deux pays, c’est qu’en dépit des martiales déclarations que l’on peut continuer d’entendre ici ou là, des compromis plus ou moins sévères devraient à terme intervenir. Tout un chemin reste cependant à accomplir, afin que les rapports de force soient établis et qu’ils puissent être passés.

Après que de premières voix se soient fait entendre dès hier, appelant la Grande-Bretagne et les Pays-Bas à la clémence vis à vis de la petite Islande, d’autres signaux encourageants sont apparus. Une conversation avec David Milliband, le ministre britannique des affaires étrangères, rapportée par son homologue Islandais Össur Skarphedinsson, selon laquelle la Grande Bretagne continue de soutenir la candidature de l’Islande à l’Union européenne. La confirmation de la prudence du FMI, qui a engagé une consultation de ses membres à propos du déblocage de la dernière tranche de son prêt, laissant une porte ouverte. Une première réaction favorable de Jonas Gahr Stoere, le ministre norvégien des affaires étrangères, affirmant l’intention de son pays de poursuivre la mise en oeuvre d’un prêt des pays nordiques de 1,78 milliards d’euros, dans le cadre de la première étape d’une tournée engagée dans ces pays par Steingrimur Sigfusson, le ministre Islandais des finances.

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