L’actualité de la crise: le FMI a pris date, par François Leclerc

Billet invité.

LE FMI A PRIS DATE

De rebondissements en rebondissements, tous les enseignements des tests islandais et grecs sont loin d’avoir été encore tirés.

Dans le cas de la Grèce, il était déjà apparu que la démonstration qui était recherchée par les pays leaders de la zone euro avait abouti à une profonde crise de l’euro qui n’était pas dans les tablettes. On s’aperçoit que, dans celui de l’Islande, le test qui y est mené pourrait également avoir des effets imprévus et se révélant préoccupants pour le Royaume-Uni.

Dans un éditorial daté du 26 février, intitulé « Plus de corde raide », le Financial Times revient sur cette dernière crise, après avoir fait depuis plusieurs semaines campagne auprès des gouvernements britannique et hollandais en faveur d’une solution négociée et d’apaisement avec les Islandais.

Le journal en vient à s’inquiéter, devant l’échec des négociations qu’il analyse comme étant le reflet d’une intransigeance malvenue des premiers, des conséquences inattendues que celle-ci pourrait avoir pour eux. S’inquiétant que, dans leur insistance à présenter faussement l’attitude islandaise comme un futur défaut de payement (assimilant le désaccord sur les modalités de remboursement d’une simple dette à un remboursement de dette souveraine sur le marché), ils contribuent finalement à créer des tensions sur les marchés obligataires, qui pourraient se retourner contre eux et surenchérir leur propre dette.

On a donc l’impression de voir rejouer le même film  !

Un second aspect commun aux deux tests en cours et à l’attitude de certains gouvernements en ces deux occasions doit être relevé : dans les relations entre Etats, ils calquent totalement leur attitude sur celle qu’aurait une banque privée avec l’un de ses clients.

On note en effet que le désaccord opposant Britanniques et Hollandais aux Islandais ne porte pas sur le principe du remboursement dans sa totalité de l’avance effectué par les premiers au second, qui est acquis. Mais sur les intérêts à la charge des Islandais, à qui il est proposé de supporter un intérêt majoré de +2,75% par rapport au LIBOR (le taux interbancaire hors zone euro). Tout comme une banque le ferait, sans aucune considération sur la solvabilité de son client.

Par ailleurs, on apprend que les autorités de Bruxelles vont demander au gouvernement grec des mesures d’austérité supplémentaires par rapport au plan qui a été déjà accepté, au prétexte qu’il est nécessaire de faire un effort en plus. Ce dernier devant désormais prendre en compte les coûts supplémentaires du marché en raison de la hausse des rendements des obligations d’Etat grecques occasionnée par la spéculation financière.

Dans les deux cas, ce sont donc les règles du marché qui font référence et prévalent, comme si elles régissaient désormais les rapports entre Etats, eux-mêmes y étant soumis pour se financer.

C’est à la lumière de cette troublante constatation – et de ses lourdes conséquences – qu’il faut comprendre les différentes initiatives dernièrement prises par le FMI. Soit en proposant, via son économiste en chef, qu’un autre seuil d’inflation soit adopté comme règle de conduite des banques centrales; soit en ouvrant la perspective, via son directeur général, de la mise à la disposition des Etats de nouveaux financements affranchis des contraintes du marché.

La perspective à plus long terme d’une refonte complète du système monétaire international est par ailleurs dessinée, au profit de la création d’une nouvelle monnaie de réserve, qui resterait à créer sous les auspices de la mégabanque centrale que pourrait devenir à l’occasion le FMI. Car, comme on le constate particulièrement à nouveau ces derniers temps, les marchés de la dette obligataire et des devises sont étroitement liés et réagissent entre eux. Et que l’on ne peut pas concevoir de toucher à l’un sans procéder de même pour l’autre.

Ces bouleversements sont certes loin d’être acquis, on peut même s’attendre à ce qu’ils suscitent d’importants tirs de barrage. Si c’est le cas, il faudra alors que la crise de la dette publique s’approfondisse encore, comme cela en prend le chemin, pour que les gouvernements occidentaux en viennent à résipiscence.

Car, après avoir eux-même creusé le fossé qui s’ouvre maintenant sous leurs pas, ils vont devoir le combler d’une manière ou d’une autre. Les expédients dont ils s’apprêtent à user risquant fort d’être difficiles à mettre en place et ne pas suffire, il leur faudra en envisager un autre, beaucoup plus gros. Dans cette attente, le FMI a pris date, vis à vis des Européens aujourd’hui et des Américains demain.

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145 réflexions sur « L’actualité de la crise: le FMI a pris date, par François Leclerc »

  1. Apparemment le siècle des lumières nous éclaire et nous inspire plus trop en société, en serait-on donc arrivé à bout de souffle et d’esprit aux limites des systèmes, mais pas seulement capitalisme.
    Possible, c’est sur cette crise si elle perdure va en conduire beaucoup à se remettre en question et sur pas mal d’idées reçues.

    1. Oui le système atteint ses limites, et justement parce que des économistes se sont mis à parler de système plutôt que de “vivre en société”. Un système c’est de la science physique, soit une interprétation de la réalité pour matheux en quête de modèles. Ce n’est pas comprendre en conscience ce que pourrait être “la vie bonne”.

  2. C’est une tentative mensongère de faire croire aux marchés internationaux qu’en cas de problème, les Etats européens voleront au secours de la Grèce en lui prêtant des milliards d’euros.

    C’est une tentative désespérée pour cacher l’horrible vérité aux marchés internationaux : les Etats européens sont surendettés. Les Etats européens n’ont pas les moyens de sauver la Grèce. Ils ne PEUVENT pas sauver la Grèce.

    1. Un menteur n’existe que parce qu’il y a quelqu’un qui veut le croire et même qui a intérêt à le croire .

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