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L’actualité de demain : LA FUITE EN AVANT DE LA DÉVALUATION COMPÉTITIVE, par François Leclerc

Billet invité.

C’était fatal, la « guerre des monnaies » vient de monter d’un cran ! Opposant initialement les États-Unis aux Chinois, coupables de maintenir artificiellement bas le cours de leur monnaie, elle s’est ensuite étendue, les Américains ayant joué le dollar faible tout en s’en défendant. À ces jeux de bascule, les monnaies convertibles des émergés ont immanquablement grimpé.

Enregistrant des déficits commerciaux, les dirigeants japonais viennent d’entrer à leur tour dans la guerre et de la généraliser. Conséquence : le yen descend par rapport au dollar, l’euro monte vis-à-vis de l’un comme de l’autre. Levant haut l’étendard de l’indépendance des banques centrales, choqué par l’interventionnisme du gouvernement japonais à l’égard de la sienne, Jens Weidmann a répliqué au nom de la Bundesbank. Il a déploré de voir s’engager ce qu’il a appelé « une politisation plus forte des taux de change », ajoutant « jusqu’à présent le système monétaire international a traversé la crise en évitant une course à la dévaluation et j’espère beaucoup que cela reste ainsi. »

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 3 AOÛT 2012 (« LES PRIMES DE M. DRAGHI »)

Je garde le titre, j’aurai tout essayé pour faire une vidéo convenable, mais cette fois-ci, c’était trop dur. Alors, je recours au texte – avec des mots – pour vous expliquer « Les primes de M. Draghi ».

Vous vous souvenez sans doute de mon billet Mario Draghi : Et s’il s’agissait d’un abominable malentendu ?, ou je disais qu’on n’avait rien compris à ce qu’il avait voulu dire le 26 juillet. Il avait parlé de « prime de convertibilité » comprise à l’intérieur des taux exigés de l’Italie et de l’Espagne, et tout le monde s’était dit : « Prime de quoi ? … Il veut surement dire que la BCE va reprendre ses achats d’obligations de ces deux pays ! » Or tout le monde se trompait : il parlait vraiment de la « prime de convertibilité ».

Vous vous souvenez peut-être d’un autre de mes billets récents : Le seul moyen qui reste encore de sauver l’euro. J’y écrivais : « J’aimerais m’adresser plus particulièrement à mes confrères ingénieurs financiers… » Pourquoi m’exprimer de cette manière inhabituelle ? Pour attirer l’attention sur le fait que ce que j’allais dire avait un sens technique très particulier. Pour qu’au cas ou quelqu’un m’objecterait : « Oui, mais le carré de l’hypoténuse… », je puisse répliquer : « Je parle de quelque chose de très précis… et j’avais prévenu que je le ferais ! »

Si le marché des capitaux exige en ce moment des taux plus élevés pour des emprunts italiens ou espagnols qu’allemands ou francais par exemple, c’est parce qu’il y a pour les premiers, un risque plus élevé. Tout le monde est bien d’accord là-dessus.

Mais ce que M. Draghi a dit le 26 juillet – et pour éviter tout malentendu, il aurait du ajouter comme moi : « et je m’adresse ici aux spécialistes uniquement » – c’est qu’il y a en ce moment deux risques pour ces deux pays et par conséquent deux primes de risque exigées par le marché des capitaux pour prêter à ces deux pays, et incluses dans les taux qu’on leur réclame : une prime de risque de crédit « classique », c’est-à-dire de non-remboursement et, en ce moment, une prime de risque « exceptionnelle » de convertibilité.

Le risque de convertibilité, c’est le risque que l’Italie revienne à la lire et l’Espagne à la peseta, et qu’elles remboursent un jour les sommes qu’elles ont empruntées dans ces devises dévaluées auxquelles elles seraient revenues. Et ce risque-là, s’était écrié M. Draghi, nous pouvons l’écarter purement et simplement en déclarant haut et fort : « AUCUN PAYS NE SORTIRA DE LA ZONE EURO ! » Ce qu’il était effectivement en train de faire.

C’est ce que les épistémologues de la finance appellent la « performativité » : faire quelque chose du simple fait qu’on le dit. Encore faut-il – comme M. Draghi l’apprend aujourd’hui à ses depens – que ce qu’on dit soit compris.

Au temps pour la prime de risque de convertibilité. Et quid de la prime de risque de crédit ? Suffit-il que la BCE achète des obligations italiennes et espagnoles en quantités pour faire monter leur prix et du coup, baisser mécaniquement leur taux ? Non, parce qu’il s’agit du risque de non-remboursement de ces emprunts et pour imaginer que cet aspect-là de la chose puisse se régler par l’offre et la demande pour ces emprunts, il faut vraiment ne pas comprendre grand-chose à la question.

Tout ce que je dis là, il faut que je le précise, je ne suis pas seul à le dire. Il y a en effet en Allemagne, un monsieur qui s’appelle Jens Weidmann, et qui est à la tête de la Bundesbank, la banque centrale allemande, qui le dit aussi de son coté. Vous le trouverez facilement aux nouvelles : on vous y explique en long et en large que c’est un emmerdeur, un empêcheur de danser en rond, qui manifestement ne comprend absolument rien à la crise de la zone euro.

O tempora o mores !

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MARIO DRAGHI : ET S’IL S’AGISSAIT D’UN ABOMINABLE MALENTENDU ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

The English version of this post can be found here.

Je faisais la sieste tout à l’heure, assoupi du sommeil du juste, quand je me suis réveillé en sursaut, mon cœur battant la chamade, et le front couvert de sueur, en proie à une vive émotion : et si nous n’avions rien compris aux propos de Mario Draghi, président de la Banque Centrale Européenne, avant-hier : et s’il avait dit tout autre chose que ce que nous l’avons entendu dire ?

C’est très loin d’être impossible : durant la période 1997-2006, j’ai lu consciencieusement chacun des discours que prononçait M. Alan Greenspan, alors à la tête de la Fed, et je l’ai très souvent entendu dire des choses dont je ne trouvais aucune trace ensuite dans la presse qui imaginait cependant résumer consciencieusement ses propos. Vous trouverez des exemples de cela dans mon livre La crise du capitalisme américain (2007).

Chacun a cru entendre dire jeudi par Mario Draghi que la BCE achèterait autant de dette espagnole et italienne qu’il serait nécessaire pour que le taux exigé sur leurs emprunts par le marché des capitaux revienne à un niveau raisonnable.

C’est ce que j’avais cru l’entendre dire moi-même, et j’avais ânonné dans ma vidéo d’hier, à l’unisson de la presse internationale, que M. Draghi ferait tourner la planche à billets européenne autant qu’il serait nécessaire.

Mais cela n’avait aucun sens si l’on songe que jamais M. Jens Weidmann, à la tête de la Bundesbank, n’accepterait une telle hérésie monétaire.

Bien sûr, le prédécesseur de Weidmann à la tête de la vénérable institution, Axel Weber avait démissionné en avril 2011 plutôt que d’avaler davantage de couleuvres en ce sens, et Jürgen Stark, économiste en chef de la Bundesbank, avait lui aussi démissionné pour la même raison et ceci en septembre de l’année dernière.

D’où certainement mon réveil en sursaut et en sueur : ce n’est pas de planche à billets que Draghi parlait mais de convertibilité, il a prononcé le mot : « Ces primes ont à voir, comme je l’ai dit, avec la liquidité, mais elles ont à voir aussi, et de plus en plus, avec la convertibilité, avec le risque de convertibilité » !

De convertibilité ! Du fait que les taux invraisemblables que le marché des capitaux exigeait de l’Espagne et de l’Italie jusqu’à ce qu’il énonçât ses propos rassurants jeudi, n’étaient pas dus à une prime de risque de non-remboursement mais à une prime de convertibilité : à la perte qu’essuieraient les prêteurs du fait d’un retour à la peseta et à la lire !

Pour empêcher cela, il suffisait que Draghi déclare : « Tout sera fait pour préserver l’euro ! » (ce qu’il fit) et que l’on croie alors à ce qu’il affirme en raison de la fermeté de sa voix. Foin d’achats par la BCE de dette italienne et espagnole ! Foin de Jens Weidmann et son orthodoxie monétaire ! Foin de la cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe, réfléchissant sur les plages jusqu’en septembre à la constitutionalité du MES !

Personne n’avait entendu ce que Mario Draghi avait effectivement dit : « Faites-moi confiance : on ne laissera pas tomber l’euro –  et ce que je dis-là devrait suffire amplement à ce que la prime de convertibilité tombe à zéro, puisqu’un retour à la peseta et à la lire est hors de question, foi de président de la BCE ! ».

« On ne laissera pas tomber l’euro ! ». « On » ? J’espère seulement qu’il ne s’agit pas de la même « bande de ons » qu’évoquait le poète ! Sans quoi la dette à 10 ans espagnole repassera rapidement la barre des 7%, dès qu’on se rendra compte qu’il s’agissait bien malheureusement des même « ons ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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