Archives par mot-clé : Jürgen Stark

Europe : LE JEU DEVIENT SERRÉ ! par François Leclerc

Billet invité.

Cela ne se passera pas comme ça ! Il ne sera pas donné à la BCE toute liberté pour calibrer à sa guise son programme d’achat d’Asset-Backed Securities (ABS), ces produits financiers de titrisation. D’après le Suddeutsche Zeitung, les ministres des finances allemand et français ont rédigé un « non paper » (selon la terminologie officielle française, une « note libre » qui ne peut être attribuée). Destinée à être discutée lors du prochain Ecofin informel de samedi – la réunion des ministres des finances de l’Union européenne – elle porte sur la revitalisation régulée… du marché des ABS. Une vraie pierre dans le jardin de la BCE !

L’objectif revendiqué respire l’innocence, puisqu’il s’agit de dynamiser ce marché anémique en incitant les banques à titriser leurs actifs, tout en les dissuadant de le faire avec des actifs de mauvaise qualité (des prêts douteux), afin de produire des ABS de bonne qualité. Il est explicitement fait référence à l’émergence de « phénomènes de pré-crise aux États-Unis », allusion à la bulle financière qui s’est développée.

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MARIO DRAGHI : ET S’IL S’AGISSAIT D’UN ABOMINABLE MALENTENDU ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

The English version of this post can be found here.

Je faisais la sieste tout à l’heure, assoupi du sommeil du juste, quand je me suis réveillé en sursaut, mon cœur battant la chamade, et le front couvert de sueur, en proie à une vive émotion : et si nous n’avions rien compris aux propos de Mario Draghi, président de la Banque Centrale Européenne, avant-hier : et s’il avait dit tout autre chose que ce que nous l’avons entendu dire ?

C’est très loin d’être impossible : durant la période 1997-2006, j’ai lu consciencieusement chacun des discours que prononçait M. Alan Greenspan, alors à la tête de la Fed, et je l’ai très souvent entendu dire des choses dont je ne trouvais aucune trace ensuite dans la presse qui imaginait cependant résumer consciencieusement ses propos. Vous trouverez des exemples de cela dans mon livre La crise du capitalisme américain (2007).

Chacun a cru entendre dire jeudi par Mario Draghi que la BCE achèterait autant de dette espagnole et italienne qu’il serait nécessaire pour que le taux exigé sur leurs emprunts par le marché des capitaux revienne à un niveau raisonnable.

C’est ce que j’avais cru l’entendre dire moi-même, et j’avais ânonné dans ma vidéo d’hier, à l’unisson de la presse internationale, que M. Draghi ferait tourner la planche à billets européenne autant qu’il serait nécessaire.

Mais cela n’avait aucun sens si l’on songe que jamais M. Jens Weidmann, à la tête de la Bundesbank, n’accepterait une telle hérésie monétaire.

Bien sûr, le prédécesseur de Weidmann à la tête de la vénérable institution, Axel Weber avait démissionné en avril 2011 plutôt que d’avaler davantage de couleuvres en ce sens, et Jürgen Stark, économiste en chef de la Bundesbank, avait lui aussi démissionné pour la même raison et ceci en septembre de l’année dernière.

D’où certainement mon réveil en sursaut et en sueur : ce n’est pas de planche à billets que Draghi parlait mais de convertibilité, il a prononcé le mot : « Ces primes ont à voir, comme je l’ai dit, avec la liquidité, mais elles ont à voir aussi, et de plus en plus, avec la convertibilité, avec le risque de convertibilité » !

De convertibilité ! Du fait que les taux invraisemblables que le marché des capitaux exigeait de l’Espagne et de l’Italie jusqu’à ce qu’il énonçât ses propos rassurants jeudi, n’étaient pas dus à une prime de risque de non-remboursement mais à une prime de convertibilité : à la perte qu’essuieraient les prêteurs du fait d’un retour à la peseta et à la lire !

Pour empêcher cela, il suffisait que Draghi déclare : « Tout sera fait pour préserver l’euro ! » (ce qu’il fit) et que l’on croie alors à ce qu’il affirme en raison de la fermeté de sa voix. Foin d’achats par la BCE de dette italienne et espagnole ! Foin de Jens Weidmann et son orthodoxie monétaire ! Foin de la cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe, réfléchissant sur les plages jusqu’en septembre à la constitutionalité du MES !

Personne n’avait entendu ce que Mario Draghi avait effectivement dit : « Faites-moi confiance : on ne laissera pas tomber l’euro –  et ce que je dis-là devrait suffire amplement à ce que la prime de convertibilité tombe à zéro, puisqu’un retour à la peseta et à la lire est hors de question, foi de président de la BCE ! ».

« On ne laissera pas tomber l’euro ! ». « On » ? J’espère seulement qu’il ne s’agit pas de la même « bande de ons » qu’évoquait le poète ! Sans quoi la dette à 10 ans espagnole repassera rapidement la barre des 7%, dès qu’on se rendra compte qu’il s’agissait bien malheureusement des même « ons ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : LE NOYAU DUR DES IRRÉDUCTIBLES, par François Leclerc

Billet invité.

Sans manier l’emphase, un épisode important de l’Histoire se fait sous nos yeux, nous emportant nous ne savons pas où. La Crise – qui mérite également sa majuscule – dévoile progressivement les contradictions auxquelles le capitalisme financier se heurte, après avoir implosé. Sans que celui-ci ne parvienne à dénicher sa porte de secours, ni qu’une perspective suffisamment affirmée et partagée n’indique une autre voie pouvant s’y substituer.

La Crise n’emprunte pas des parcours identiques en Europe, aux USA et aux Japon, mais tous ont en commun de ne déboucher sur rien. Les Européens ne savent pas comment démêler le nœud financier qu’ils ont serré en liant très étroitement leur dette publique et privée. Les Américains menacent de rejoindre le Japon dans la trappe à liquidité – quand l’augmentation de la masse monétaire par les banques centrales ne génère plus de relance économique – dont ce dernier ne parvient pas à sortir depuis plus d’une décennie.

Vient s’ajouter, dans le monde nouveau des puissances émergentes, la montée de la bulle financière et de l’inflation chinoise, toujours pas maîtrisées malgré les efforts, aux effets sociaux inquiétants, résultant des énormes injections de liquidité destinées à suppléer à la diminution de la croissance et demande occidentales.

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