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IMAGINE, demain le monde : L’argent, en fait, c’est quoi ?, N° 107, janvier-février 2015

IMAGINE, demain le monde, mais aujourd’hui en librairie. Ma seconde chronique pour ce magazine.

L’argent, en fait, c’est quoi ?

On sait que Marx a bâti son ouvrage monumental et magistral Le capital (1867) sur la distinction entre « valeur d’usage » et « valeur d’échange », des notions dont il attribuait la paternité à Aristote. En fait, dans le passage de l’Éthique à Nicomaque où ces notions sont censées se trouver, Aristote n’utilise aucun mot que nous pourrions traduire par « valeur » : quand il évoque ce que nous appelons aujourd’hui la « valeur », dont nous pensons qu’elle justifie le prix réclamé, les termes qu’emploie le philosophe grec sont : « tel que mesuré par le prix ».

Le mérite revient à Sylvain Piron (*) d’avoir découvert la source de cette erreur : il s’agit d’une traduction délibérément fautive due au Scolastique Albert le Grand (1193-1280), qui voulait importer une logique de la valeur dans le texte d’Aristote. Dans les termes que nous utilisons aujourd’hui, nous dirions que l’intention d’Albert le Grand était d’introduire une perspective éthique dans nos considérations sur l’argent. Mal lui en a pris : en suggérant que derrière tout prix se cache une « valeur » qui en est la vérité « cachée », il a introduit le ver dans le fruit : il nous a encouragés à penser que tout ce qui a de la valeur est susceptible du coup d’avoir un prix. Et comme l’on sait, aujourd’hui, grâce à la Grande Marchandisation du consumérisme et de la publicité, l’amitié se monnaie, l’honneur a un prix, et la loyauté s’achète.

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Argent : on a perdu le mode d’emploi, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Nature juridique de l’argent

Paul Jorion rétablit dans L’argent, mode d’emploi la distinction entre argent et reconnaissance de dette, fondamentale pour comprendre la crise. Argent et dette sont conceptuellement différents mais matériellement liés. Schématiquement : Pierre prête un objet de valeur à Paul contre sa promesse non pas de lui rendre mais de lui rembourser la mesure, le prix. Pierre et Paul sont en confiance, se reconnaissent réciproquement comme dignes de confiance et sont d’accord sur la mesure d’équivalence entre ce que l’un prête et l’autre remboursera. A ce stade il y a dette mais pas d’argent. La relation entre Pierre et Paul n’a aucune utilité directe pour la société et le marché.

Ils conviennent maintenant de prendre un tiers à témoin et s’adressent à une banque pour enregistrer leur contrat. La banque s’interpose entre eux par des écritures. Elle enregistre Paul comme emprunteur et Pierre comme déposant pour la quantité convenue entre eux. Dès lors que les compères font clairement savoir à la banque qu’ils sont d’accord sur la chose, le prix et l’échéance, la banque n’a même pas besoin de connaître visuellement ou intellectuellement l’objet et la mesure de l’échange. Elle se contente de témoigner de l’accord indépendamment de son objet en inscrivant la même mesure à son actif et à son passif. L’objet de l’échange et la mesure de son prix qui étaient entre Pierre et Paul une seule et même réalité sont désormais dissociés par l’intermédiation bancaire qui ne connaît qu’un prix et les droits réciproques entre des personnes. L’intérêt de cette intermédiation est que la banque peut affirmer qu’elle dispose de la mesure d’une valeur réelle à terme, celle que Paul a promise et que Pierre a acceptée. Pierre peut en tirer un bénéfice dans l’utilisation immédiate de son dépôt comme moyen de règlement. La banque a actualisé une créance de valeur future en mesure présente de la valeur immédiatement utilisable.

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