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La vie n’a jamais été qu’un grand souk !, par Timiota

Ouvert aux commentaires.

Je vous conseille très vivement le livre d’Eric Bapteste « Tous entrelacés », éd Belin. De fait, nous ne voyons de la vie « apprise à l’école en sciences nat » » qu’une vision simplifiée : les animaux les plantes et les êtres unicellulaires dont on va nous dire que ce sont amibes, bactéries et plancton.

Mais les gènes n’ont jamais été fixes en composition ni en « lieu » car ils n’ont pas non plus été créées « une fois pour toute » et il y a du « trafic » de toute sorte dans la vie. Comme il s’agit de disposer de protéines utiles au métabolisme, on peut soit l’assurer par un ADN « chez soi » (dans le noyau, auquel cas il faut aussi assurer le passage de l’enveloppe du noyau…), soit pour des choses « ancillaires », le faire faire par des organites comme les mitochondries ou les chloroplastes. Ce sont probablement d’anciennes formes vivantes dans des soupes antérieures, « domestiquées » par les cellules. Soit enfin le faire faire par d’autres : symbiose, et du coup la notion de « symbionte » pour l’être commun qui est l’union symbiotique des deux. Continuer la lecture de La vie n’a jamais été qu’un grand souk !, par Timiota

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LE VIVANT ET LE SOUFFRANT, par Claude Lévi-Strauss

El JEm suggère que je reproduise à votre intention un extrait d’une conférence que fit Claude Lévi-Strauss à Genève en 1962 à l’occasion du 250e anniversaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau. Je rapporterai une anecdote personnelle en guise de postface à ce texte.

Dans ce monde plus cruel à l’homme, peut-être, qu’il fut jamais ; où sévissent tous les procédés d’extermination, les massacres et la torture, jamais désavoués sans doute, mais dont nous nous complaisions à croire qu’ils ne comptaient plus simplement parce qu’on les réservait à des populations lointaines qui les subissaient, prétendait-on, à notre profit, et en tout cas, en notre nom ; maintenant que, rapprochée par l’effet d’un peuplement plus dense qui rapetisse l’univers et ne laisse aucune portion de l’humanité à l’abri d’une abjecte violence, pèse sur chacun de nous l’angoisse de vivre en société ; c’est maintenant, dis-je, qu’exposant les tares d’un humanisme décidément incapable de fonder chez l’homme l’exercice de la vertu, la pensée de Rousseau peut nous aider à rejeter une illusion dont nous sommes, hélas, en mesure d’observer en nous-mêmes et sur nous-mêmes les funestes effets. Car n’est-ce pas le mythe de la dignité exclusive de la nature humaine, qui a fait essuyer à la nature elle-même une première mutilation, dont devaient inévitablement s’ensuivre d’autres mutilations ?

On a commencé par couper l’homme de la nature, et par le constituer en règne souverain ; on a cru ainsi effacer son caractère le plus irrécusable, à savoir qu’il est d’abord un être vivant. Et, en restant aveugle à cette propriété commune, on a donné champ libre à tous les abus. Jamais mieux qu’au terme des quatre derniers siècles de son histoire, l’homme occidental ne put-il comprendre qu’en s’arrogeant le droit de séparer radicalement l’humanité de l’animalité, en accordant à l’une tout ce qu’il retirait à l’autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d’autres hommes, et à revendiquer, au profit de minorités toujours plus restreintes, le privilège d’un humanisme, corrompu aussitôt né pour avoir emprunté à l’amour-propre son principe et sa notion.

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