Archives par mot-clé : OMT

Europe : DEUX PÉTARDS DONT LES MÈCHES SONT ALLUMÉES POUR DE VRAI, par François Leclerc

Billet invité.

Nul besoin d’emphase pour prédire que la période à venir va être un peu mouvementée en Europe. Inutile également de fouiller en tous sens les grands dossiers qui restent désespérément ouverts et sans solution pour le montrer.

On en saura plus dès demain sur le programme d’achat d’Asset-backed securities (ABS) de la BCE, de plus en plus présenté comme sa dernière carte à jouer avant l’utilisation de l’arme atomique : un programme massif de création monétaire reposant sur l’achat de titres souverains. Il ne s’agit pas encore de cela, il s’en faut, mais cela coince déjà fortement entre la majorité des gouverneurs de la BCE d’un côté, et la Bundesbank dont le président est l’un d’entre eux ainsi que le gouvernement allemand de l’autre. Sans même éclairer tous les ténébreux recoins de cette tentative de l’avant-dernière chance, il est clair que les obstacles rencontrés par le président de la BCE sont nombreux et que ses chances de réussite ne le sont pas.

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Taux d’intérêt et situation de la zone euro (II) Le cadre restreint des alternatives

Le cadre théorique ayant été posé, nous disposons des éléments qui nous permettent de faire un exposé à la fois cohérent et suffisamment complet de la situation présente de la zone euro pour évoquer ensuite la dynamique des cas de figure envisageables.

L’originalité de la zone euro réside dans le fait qu’à la zone économique dont l’euro est la devise ne correspond pas une zone unifiée d’un point de vue fiscal et que du coup, les dettes souveraines libellées en euro des différents pays de la zone se voient associer des primes de crédit et de convertibilité propres, reflétant la santé économique et financière spécifique de chacun des pays. Cet aspect de la question, qui est aujourd’hui la source de tensions susceptibles de faire exploser la zone, a été ignoré par les architectes de l’euro qui ont imaginé que l’unité fiscale se ferait d’elle-même et que l’on tendrait pour les pays de la zone à un taux d’intérêt unique par maturité, les primes de crédit et de convertibilité étant de facto de valeur zéro pour l’ensemble des pays constitutifs de l’union. À l’origine d’une telle candeur se trouvait l’optimisme qui a présidé à la création de la monnaie commune.

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CE QUI SE PASSE EN CE MOMENT À LA COUR CONSTITUTIONNELLE DE KARLSRUHE

Mon opinion sur le débat qui a lieu en ce moment à la cour constitutionnelle de Karlsruhe se trouve exprimée dans mon billet en date du 2 mai.

J’y écrivais entre autres :

Le fait que [Jens] Weidmann [patron de la Bundesbank, la banque centrale allemande] ait une fois de plus sur cette question une opinion qui se distingue de celle de ses confrères européens n’est pas tellement due – comme on l’imagine toujours – au fait qu’il représente l’Allemagne, mais au fait qu’il comprend les mécanismes monétaires. Sa candeur, c’est de croire que tout le monde les comprend aussi bien que lui et de ne jamais prendre la peine du coup d’expliquer son raisonnement.

Et

Est-ce en effet à M. Draghi [patron de la Banque centrale européenne] de faire tomber la « prime de crédit » des pays de la zone euro en difficulté en assurant que celle-ci mutualisera tout risque de défaut ? Est-ce à lui de neutraliser toute « prime de convertibilité » en jurant ses grands dieux qu’aucun pays de la zone euro n’aura à la quitter ? Poser ces questions, c’est bien entendu y répondre, et donner raison du même coup au patron de la Buba.

L’enjeu, on l’aura compris, c’est que les décisions politiques qui nous affectent dans la vie de tous les jours, continuent d’être prises par des élus (quelle que soit la médiocrité du service qu’ils nous rendent en ce moment dans cette capacité) et non par des personnalités cooptées par d’autres personnalités, cooptées elles par les milieux financiers.

Jens Weidmann est l’un des derniers démocrates toujours en vie dans ce petit monde, cultivons-le !

P. S. : L’exercice d’une cour constitutionnelle est lui nécessairement un processus démocratique essentiel.

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L’actualité de demain : LES CONTRADICTIONS DE LA POLITIQUE ALLEMANDE, par François Leclerc

Billet invité

La Cour constitutionnelle allemande mène des auditions à propos du programme OMT (1) de la BCE, afin de déterminer s’il est conforme à la Constitution. Celle-ci n’étant pas sous la juridiction de la Cour de Karlsruhe, l’enjeu est ailleurs comme vient de le déclarer Jörg Asmussen, membre du directoire de la BCE, qui craint que la décision de la Cour ait des « conséquences graves », qu’il ne précise pas.

Peut-être germent-elles déjà, à la lecture d’un article de la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) faisant état d’une déclaration de la BCE devant la Cour. Selon celle-ci, l’OMT serait un programme non pas « illimité », ainsi que cela a été officiellement affirmé, mais dans la pratique plafonné à 524 milliards d’euros, ce qui en diminue considérablement la portée potentielle. Cela serait dû au fait qu’il ne concerne que l’achat d’obligations assorties d’une maturité au maximum de trois ans et que le montant évoqué est celui des obligations de cette catégorie émises par le Portugal, l’Espagne, l’Italie et l’Irlande. Cette estimation ne prend cependant pas en compte, peut-on remarquer, que ces États pourraient émettre davantage de titres à faible maturité pour couvrir le roulement de leur dette, avec comme inconvénient d’en diminuer la maturité moyenne.

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Notes en vue de l’entretien avec Martine Orange publié par MEDIAPART le 30 avril

J’étais dans le train lorsque j’ai reçu un mail de Martine Orange me proposant un entretien pour Mediapart au sujet d’un billet incendiaire de Yanis Varoufakis, accusant Jens Weidmann, le gouverneur de la Bundesbank, de vouloir détruire l’euro. Je me suis immédiatement mis à rédiger des notes. Comme celles-ci couvrent des points qui ne furent pas évoqués durant l’entretien, je les reproduis maintenant dans leur intégralité.

Les conclusions de Yanis Varoufakis au billet alarmiste qu’il poste sur son blog sont probablement bonnes mais pas pour les raisons qu’il avance. Il ne comprend pas comment se détermine le taux associé à la dette souveraine, du coup est incorrecte son interprétation de l’opinion soumise par la Bundesbank à la cour constitutionnelle de Karlsruhe qui permettra à celle-ci de se prononcer le 12 juin sur la constitutionnalité du mécanisme OMT.

Il n’y a en effet aucun scoop dans le rapport que publie le Handelsblatt, déposé le 10 décembre : l’opinion de Jens Weidmann qu’on y trouve est celle qu’il exprime depuis qu’il est à la tête de la Buba, telle qu’on la trouve par exemple dans l’entretien qu’il a accordé le 14 avril au Wall Street Journal. Et tout particulièrement la défiance qu’il exprime envers le mécanisme OMT (Outright Monetary Transactions) qui permet en principe d’agir sur les taux longs de la dette souveraine mais qui dans le cas des dettes souveraines des pays individuels de la zone euro serait – comme il le voit très bien – parfaitement incapable de jouer ce rôle.

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L’actualité de demain : LE BONHEUR DES UNS…, par François Leclerc

Billet invité

Qu’il est dur de faire le bonheur des gens malgré eux ! C’est ce que doivent se dire les responsables politiques européens, voyant leurs homologues italiens traités de zombies par Beppe Grillo, alors qu’ils tentent de sauver du naufrage non pas l’Espagne, comme prétend y être parvenu Mariano Rajoy, mais leur stratégie de désendettement en affichant sa réussite.

Elle ne va pourtant pas de soi. En Espagne, précisément, le déficit public aurait atteint 10,2 % du PIB en 2012, et non 6,7 % comme annoncé par le premier ministre, si l’on tient compte du sauvetage des banques qui a transité par le budget de l’État. Le gouvernement reconnait une récession de -1,4 % du PIB, qui va se poursuivre cette année, des chiffres qu’il faut tous prendre avec des pincettes. Le fond de la crise immobilière est loin d’être touché et les 40 milliards d’euros d’aide européenne destinés à renflouer les banques ne seront pas suffisants. La recherche d’une assistance financière à la Sareb, la bad bank espagnole, déstabilise paradoxalement les banques, car les décotes des actifs qu’elle annonce – pour attirer en son sein les investisseurs – sont très largement supérieures à celles que les banques ont adoptées ! C’est cela ou faire intégralement supporter par les finances publiques le risque que représente la Sareb, qui est destinée à recevoir 60 milliards d’actifs… Les pertes doivent toujours se trouver quelque part !

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L’actualité de demain : CE N’EST PAS TOUT D’Y ENTRER, IL FAUT AUSSI EN SORTIR…, par François Leclerc

Billet invité.

Placés devant l’échéance de la sortie de leur plan de sauvetage, respectivement en 2013 et 2014, les gouvernements irlandais et portugais engagent des préparatifs et des négociations afin d’y parvenir, tandis que celui de Madrid ne demande toujours pas à y entrer, n’ayant pas obtenu de la BCE de garantie sur le taux d’intérêt auquel ses émissions obligataires seraient assujetties dans le cadre du programme OMT. Dans l’immédiat, le gouvernement espagnol accélère son programme d’émissions obligataires de l’année, afin de profiter de la détente actuelle sur les taux : un moindre mal.

Les uns et les autres testent prudemment le marché obligataire, privilégiant la formule des prêts syndiqués (des banques sont chargées de les placer directement auprès d’investisseurs qu’elles recherchent), enregistrant la poursuite d’une détente qui, pour significative qu’elle soit, maintient le coût du roulement de leur dette et du financement de leur déficit à un niveau restant très élevé sur le marché. Lisbonne et Dublin ont également demandé en début de semaine à l’Eurogroupe le rallongement du calendrier de remboursement des prêts européens, arguant dans le cas du Portugal du fait que de lourdes échéances se présentent en 2014, 2015 et 2016. Mais ils devront repasser devant l’Ecofin, où siègent les ministres des finances des 27.

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