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Un fléau qui ne nous affligerait que depuis vingt ans ?, par Zébu

Billet invité.

La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement un bulletin dans une urne, à déléguer les pouvoirs à un ou plusieurs élus, puis à se désintéresser, s’abstenir, se taire, pendant cinq ans. Elle est action continuelle du citoyen, non seulement sur les affaires de l’État, mais sur celles de la région, de la commune, de la coopérative, de l’association, de la profession. Si cette présence vigilante ne se fait pas sentir, les gouvernants (quels que soient les principes dont ils se recommandent), les corps organisés, les fonctionnaires, les élus, en butte aux pressions de toutes sortes de groupes, sont abandonnés à leurs propres faiblesses et cèdent bientôt soit aux tentations de l’arbitraire, soit aux routines et aux droits dits acquis. Le mouvement, le progrès ne sont possibles que si une démocratie généralisée dans tout le corps social imprime à la vie collective une jeunesse constamment renouvelée. La démocratie n’est efficace que si elle existe partout et en tout temps. Pierre Mendès France, La République moderne, 1962

Un fléau qui ne nous affligerait que depuis vingt ans ?

Plutôt depuis des centaines, des milliers d’années sans doute …

Ceux-ci ? Ils ont le même visage que ceux qui soutiennent telle autre faction dans la « lutte pour le pouvoir ».

J’ai eu la chance (je pense que c’est une chance) de voir ce phénomène à l’œuvre de l’intérieur, d’assister par erreur à des réunions auxquelles je n’aurais pas dû assister. Et si l’on saisit bien la chose, de comprendre que c’est ainsi partout et depuis toujours.

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La lettre de Jacques Seignan au Président de la République

Billet invité.

le 4 juillet 2013                                                                                                       Copie : M. H. Désir, PS

 
Monsieur le Président de la République,

Je sais que cette lettre d’un citoyen au citoyen qui est devenu notre président de la République ne servira à rien.

Mais je l’écris pour l’honneur.

Vous avez à votre disposition des analystes, des sondeurs, des communicants, des spin doctors ; vos conseillers, vos ministres et leurs collaborateurs sont des gens brillants issus du même moule et donc vous savez tous mieux que nous, les Français de la base, un peu stupides, ce qu’il faut faire pour la France.

Pour mieux expliquer ma démarche, d’abord quelques mots sur moi.

J’ai 61 ans et je suis retraité depuis peu, après une période de chômage de trois ans, car j’ai fait partie de cadres éliminés en 2009 pour améliorer la compétitivité de la société où je travaillais.

Depuis que j’ai pu voter, en 1974 à 22 ans pour mon premier vote, j’ai voté socialiste : évidemment pour François Mitterrand quatre fois et jamais je n’oublierai ma joie le 10 mai 1981. Ensuite j’ai toujours voté socialiste sauf en 2002 car j’ai obéi, nolens volens, au front républicain et j’ai dû voter pour M. Chirac.

Il y a eu ces terribles années avec un président libéral au service des riches, pour le dire simplement mais clairement, et j’ai voté pour vous trois fois (en tenant compte du 2ème tour de la Primaire) de façon positive : pas seulement contre votre prédécesseur mais pour ‘le changement, c’est maintenant’. Vivant en banlieue parisienne je suis allé à votre meeting de Vincennes et à celui de Bercy ; je retrouvais le ‘peuple de gauche’ si chaleureux. Un deuxième président socialiste ! J’avais en 2007 soutenu Madame Royal activement et je l’avais même dit lors d’un diner avec des collègues de ma société et de cadres d’un distributeur : ma déclaration avait fait le même effet que si j’avais avoué être un tueur en série. J’en ris encore.

Enfin j’étais heureux que la France ait un président honnête, cultivé, pondéré et parlant français correctement.

Et puis… il me faudrait plusieurs pages pour dire mon immense déception qui bien sûr s’accompagne d’une complète désapprobation de votre politique en général. Je me sens humilié d’avoir soutenu votre candidature auprès de tant de gens autour de moi.

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L’AMI QUI PREND PARFOIS TROP SES AISES

J’ai déjà eu l’occasion de mentionner la nouvelle d’Edgar Poe intitulée L’ange du bizarre, où il est question d’un maladroit dans l’art de la sarbacane qui se transperce accidentellement la trachée en aspirant au lieu de souffler.

L’admirable poète, doublé de l’inventeur du roman policier, attire notre attention sur le fait que le bizarre se distingue de la simple anomalie par la complexité invisible qui le sous-tend. L’anomalie n’est parfois rien d’autre en effet qu’une incompatibilité très localisée entre deux logiques globales, alors que le bizarre a lui nécessairement toute une histoire, d’une grande densité psychologique le plus souvent.

Pensons par exemple à la remontrance de M. Christian Noyer lundi, à l’égard de la City, accusée de monopoliser le business financier de l’euro, alors que l’euro, on le sait bien, en fait, non seulement la City s’en fiche, mais elle s’assied dessus.

Anomalie ? Non, certainement pas : bizarrerie caractérisée ! Mais quelle peut bien être l’histoire complexe qui se cache là-dessous ?

Y a-t-il un rapport par exemple entre cette sortie et le fait que le prochain gouverneur de la banque d’Angleterre : M. Mark Carney, sera une fois de plus un ancien de Goldman Sachs ?

Il est vrai qu’après M. Mario Monti à la tête du gouvernement italien, M. Lucas Papademos, récemment premier ministre grec, et M. Mario Draghi à la tête de la Banque Centrale Européenne, on frise la saturation en matière d’anciens d’une banque qui s’est trouvée sous le feu des projecteurs ces années récentes pour une série de malversations.

Mais si l’on ne s’est pas formalisé à l’époque de la nomination de M. Draghi à la tête de la BCE, pourquoi s’offusquer de celle de M. Carney à la tête de la Banque d’Angleterre ?

Parce que trop, ce serait c’est trop ?

Il y a à mon sens quelque chose de cet ordre-là, non pas que Goldman Sachs finisse par taper sur le système de tout le monde mais parce qu’il devient de plus en plus difficile de distinguer ce que fait Goldman Sachs et ce qu’aimerait faire la Federal Reserve Bank of the United States of America si elle était une banque comme les autres.

Mentionnons pour mémoire, parce que trop voyantes, les portes tournantes entre le personnel de Goldman Sachs et celui de l’administration et du gouvernement américains, attachons davantage d’importance à l’impunité systématique dont bénéficient la banque et ses dirigeants : affaire des CDO synthétiques trafiqués en 2008, débouchant sur un non-lieu au plan pénal, malgré l’épaisseur du dossier, affaire du swap de change trafiqué qui permit à la Grèce en 2002 de manipuler son bilan et d’entrer dans la zone euro, non-lieu également aux yeux de M. Ben Bernanke, épisode rocambolesque de l’affaire Sergueï Aleynikov, ce programmeur de la GS inculpé un jour de fête nationale, auteur d’un logiciel qui « en de mauvaises mains permettrait de manipuler les marchés boursiers… malhonnêtement », etc.

On évoque souvent une banque devenue à ce point puissante qu’elle ferait la pluie et le beau temps au sein du gouvernement américain mais il me semble qu’il s’agit plutôt de l’histoire de quelqu’un qui s’est fait prendre la main dans le sac et qui, en échange de la liberté de ses mouvements, rend de menus services à ceux qui possèdent à son sujet un lourd dossier qui pourrait être rouvert, si nécessaire, à tout instant.

À mon sens, l’emportement de M. Noyer se situe au sein d’une tradition française où l’on trouve avant lui les noms de Pierre Mendès France, Charles de Gaulle, François Mitterrand : une tradition où l’Amérique commence parfois à vous courir sérieusement sur le haricot.

On a eu du mal jusqu’ici à comprendre ce qui distingue la politique de M. Hollande de celle qu’aurait menée M. Sarkozy dans un deuxième mandat, mais l’emportement lundi de M. Noyer signale peut-être précisément une différence. L’incident signifie-t-il aussi que la nomination de M. Draghi à la tête de la Banque centrale européenne ne serait pas passée comme une lettre à la poste sous M. Hollande ? On est au moins en droit de se poser la question.

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