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Philip K. Dick : le prophète qui se fit passer pour romancier (II)

Suite et fin.

Il y a donc dans VALIS (« Vast Active Living Intelligence System » – 1981) un très étonnant dédoublement de la personnalité : un personnage correspondant en tout point au véritable Philip K. Dick, dont ses compagnes successives et amis de l’époque affirment avec un bel ensemble qu’il était fou et, en retrait, l’auteur de cette quasi autobiographie, maître de ses moyens, faisant preuve d’une stupéfiante lucidité, disséquant avec la froideur clinique d’un médecin-légiste le comportement de ce fou, dont rien ne suggère qu’il soit autre que le même Philip K. Dick. 

Dans une lettre datée de 1981, Dick prolongeait l’exercice : « Tous ceux qui ont lu mon récent roman VALIS savent que j’ai un alter ego nommé Horselover Fat, qui reçoit des révélations divines (du moins le croit-il : il pourrait s’agir de simples hallucinations, comme le pensent les amis de Fat). […] Eh bien, Fat a eu une autre vision : celle qu’il attendait. […] Pauvre Fat ! Sa folie est maintenant achevée car il suppose que dans sa vision il a vu le nouveau sauveur. J’ai demandé à Fat s’il était sûr de vouloir parler de cela car il ne ferait que corroborer le caractère pathologique de son état. Il m’a répondu : « Non, Phil, ils vont penser que c’est toi ». Maudit sois-tu, Fat ! de m’avoir conduit dans ce double bind (double contrainte anxiogène car combinant deux exigences contradictoires) » (1995 : 314).

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Philip K. Dick : le prophète qui se fit passer pour romancier (I)

En deux parties.

Lorsqu’ils assistèrent le 24 septembre 1977 à une conférence qui deviendrait fameuse, intitulée « Si vous jugez ce monde mauvais, vous devriez voir certains des autres » (1995 : 233-258), les auditeurs présents dans une salle comble de l’hôtel de ville de Metz imaginaient entendre un auteur de science-fiction évoquer ses livres. Au lieu de cela, ils furent confrontés à un gourou leur expliquant ce que Jésus de Nazareth entendait dire quand il avait affirmé : « Mon royaume n’est pas de ce monde », à savoir qu’il existe un monde parallèle au nôtre où nous pouvons rejoindre Dieu par un simple glissement latéral, à condition bien sûr que nous en exprimions le désir, et que Dieu réponde à notre souhait par un geste charitable de sa part. Il n’y avait en ce temps-là que les initiés à connaître Philip Kindred Dick (1928-1982), peut-être le plus fameux aujourd’hui des auteurs de science-fiction, mais fêté à cette époque par les seuls aficionados de ce genre littéraire. 

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XLIIIème Journées nationales de la psychiatrie privée : « Emprises. Quand ça pense pour moi ! », à Strasbourg le 4 octobre 2014

Merci à la personne qui a présenté hier mon exposé, et qui ne m’en a pas (trop) voulu que je parle d’emprises sans évoquer les « algorithmes ».

Merci à mes voisins de table au dîner en soirée à l’Auberge Pont Saint-Martin, qui ont, tous ensemble avec moi, discuté du sens de la vie, ainsi que de celui de la mort à la pêche en mer, tel qu’évoqué en particulier ce dernier par Roger Vercel dans La caravane de Pâques (1948).

Merci à Georges-Arthur Goldschmidt de m’avoir fait comprendre hier soir par une seule phrase terrible et secrète comment il est possible d’être amoureux de la race humaine après avoir pourtant traversé les pires épreuves de son fait.

Et merci aux trois psychiatres avec qui j’ai discuté ce matin au petit déjeuner du Glass-Steagall Act, de la spéculation et des produits dérivés synthétiques, et que j’ai dû interrompre pour aller prendre le train qui me ramenait vers Bruxelles.

Tout cela vous fait compter pour rien les huit heures de train qui rendent ces conversations possibles.

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