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FAVORITISME OU MAINTIEN DE L’ORDRE ?

A propos du film Goldman Sachs, La banque qui dirige le monde, auquel j’ai consacré ma vidéo d’hier, il faut que j’ajoute deux remarques.

Première observation : une des thèses du film est que quand AIG fait faillite en septembre 2008 et que les CDS qu’elle avait émis sont réglés rubis sur l’ongle (honorés à 100 %) sans tentative même de restructuration (qui consisterait à ne régler que X centimes par dollar, en fonction des fonds disponibles), l’ardoise étant réglée par le contribuable américain, la raison en aurait été – selon le film de Jérôme Fritel et Marc Roche – que Goldman Sachs était l’un des principaux créanciers. L’explication de cette largesse serait donc le favoritisme.

Je commence par rappeler qu’à l’époque on évoquait plutôt comme explication, le risque d’incident diplomatique, la première « victime » potentielle du défaut étant la Société Générale, devant même Goldman Sachs ; voir mon billet du 25 janvier 2010 : Les bénéficiaires secrets du sauvetage d’AIG (récapitulatif).

L’explication à mon sens est plus générale : ce sont les banques dans leur ensemble qu’on a voulu protéger, et à travers elles, les investisseurs, et parmi eux encore, et surtout, les rentiers : les « petits rentiers » aux États-Unis se confondant avec les « classes moyennes » et les retraités, catégories chéries des partis en quête de réélection.

Rappelez-vous que la crise éclate en février 2007 quand les emprunteurs subprime connaissent des difficultés en raison de l’éclatement de la bulle de l’immobilier, que la crise de liquidité des banques éclate elle en août, et que l’effondrement du marché des capitaux à court terme a lieu en septembre 2008. Quand a lieu le première restructuration de la dette grecque en décembre 2011, il s’agit d’une première dans la période qui s’est ouverte en février 2007 : jusque-là TOUS les crédits ont été remboursés. On a fait en sorte depuis le début de la crise (au prix de rendre les États exsangues, comme on le voit aujourd’hui) qu’aucun rentier au monde ne perde un centime (du moins sur le papier).

Le renflouage à 100 % des créanciers d’AIG, n’est pas du favoritisme envers Goldman Sachs (même si cela a bien arrangé la banque), c’est une opération de sauvetage du capitalisme aux yeux des « petits rentiers » qui constituent ses fantassins, autrement dit, c’est une opération de maintien de l’ordre !

Seconde observation : il n’est fait aucune allusion dans Goldman Sachs, La banque qui dirige le monde, au fait qu’elle pourrait être associée d’une manière ou d’une autre au gouvernement-même des États-Unis, chose que j’évoque assez souvent de mon côté, et qui pourrait expliquer son extraordinaire impunité. J’écrivais ainsi il y a moins d’un mois, dans mon billet L’affaire Goldman Sachs : Une justice corrompue ou un secteur financier devenu intouchable ? :

J’ai rapporté ici au fil des années les hypothèses de différents traders par ailleurs blogueurs ou autrement médiatiques, selon qui Goldman Sachs est le bras armé de l’État américain dans la manipulation en vue de créer un « vent d’optimisme » sur les marchés boursiers, autrement dit l’instrument du « Plunge Protection Team », l’équipe de protection contre la plongée, comme on surnomme le « Groupe de Travail sur les Marchés Financiers » constitué du Secrétaire au Trésor, du Président de la Fed, de la Présidente de la Securities and Exchange Commission (le régulateur des marchés au comptant) et du Président de la Commodity Futures Trading Commission (régulateur des marchés à terme). Il n’existe pas de preuves de telles allégations, les esprits curieux consulteront cependant régulièrement le site de la firme de collecte d’information relative aux transactions financières qu’est Nanex.

 

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TOUS COMPLICES (suite et fin), par Zébu

Billet invité

C’est l’histoire d’une maison. Une maison dont les habitants étaient tous propriétaires. Cette copropriété n’allait pas forcément de soi et de temps en temps on voyait sortir tel pavé, tel drapeau rouge au rez-de-chaussée ou au contraire entendait-on les cris des propriétaires de l’étage du dessus qu’on « égorgeait la propriété privée ». On y avait nationalisé le chauffage et l’électricité mais aussi le chemin qui y menait et en sortait, les moyens de déplacements et même le crédit qui permettait à tout un chacun de pouvoir investir pour l’avenir, sachant néanmoins que les risques liés aux vicissitudes de la vie étaient pris en charge par l’effort de solidarité entre copropriétaires. Puis un marchand d’allumettes passa.

De fait, les habitants de cette maison n’en avaient guère besoin, puisque le chauffage et l’éclairage collectif couvraient largement les besoins de la maisonnée, mais le vendeur était pugnace et faisait bruler ses allumettes, montrant combien les jolies petites flammes faisaient aussi de jolies lumières. Ces allumettes étaient dite de sécurité, c’est-à-dire qu’elles ne pouvaient pas s’enflammer toutes seules. Pour plus de sécurité encore, elles étaient enfermées dans une boîte.

Les copropriétaires délibérèrent et acceptèrent que les allumettes du marchand leur soient vendues. Le marchand revenait régulièrement car la demande augmentait et proposa bientôt des cheminées à chacun, qui permettaient de chauffer individuellement, en plus du chauffage collectif. Les allumettes permettaient ainsi d’allumer de beaux feux dans ces cheminées, d’autant plus beaux et grands que le chauffage central, dont les copropriétaires s’étaient progressivement désintéressés, tombait de plus en plus en panne car il était de moins en moins entretenu, chacun rechignant à verser les cotisations nécessaires pour les charges communes.

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TOUS COMPLICES ! (Deuxième épisode), par zébu

Billet invité.

‘Tous complices’, bien que provocateur, n’avait pas pour vocation uniquement de provoquer. Ni même de ne pointer du doigt que ceux-là même que je souhaite faire réagir : voici le bouc-émissaire, tuons-le !

D’autres le font très bien et surtout avec l’intention évidente d’en faire un, de bouc émissaire. Cela a été dit, à juste raison, car cela se fait d’ores et déjà : on a commencé par les immigrés, on continue avec les pauvres (allocataires du RSA), demain, à qui le tour ?

Or, l’objet fondamental du billet est de montrer que nous sommes dans un jeu à somme nulle, dès lors que les participants à ce jeu en sont les prisonniers (cf. théorie des jeux).

Car dès que la fumeuse croissance, celle qui alimente la ‘classe moyenne’ en emplois plus nombreux, en augmentation de salaire, en pouvoir d’achat plus généreux, etc. est en panne, nous sommes bien dans un jeu à somme nulle : pour croitre, l’un des participants doit prendre à un autre.

Jusqu’ici, la ‘classe moyenne’ fut relativement ‘épargnée’ par la crise (comparativement à d’autres classes sociales) mais demain ?

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TOUS COMPLICES, par zébu

Billet invité.

Tous ?

Non.
Quelques millions seulement : les ‘rentiers’.
Non, pas ceux qui ont suffisamment de revenus pour ne pas sentir l’haleine visqueuse de la crise, que ce soit en salaire et/ou en revenus mobiliers. Pour ceux-là, si l’enfer doit arriver, il arrivera bien assez tôt pour ne pas profiter dès maintenant de ces revenus.
Ne parlons pas non plus des ultra-riches, ceux qui ont hérité ou qui ne savent plus quoi faire de leur pognon durement acquis ‘sur les marchés’. Ils se délocalisent aussi bien que leurs capitaux.
Non.
Les fumeuses ‘classes moyennes’, celles qui n’ont que leurs salaires comme revenus et dont le reliquat, ce qui reste quand la crise n’a pas tout bouffé, est ‘placé’.
Attention, ce ne sont pas non plus ‘les épargnants’ : ceux qui versent le ‘reliquat’ sur des comptes d’épargne réglementée.
Ceux là savent que ce qu’ils versent n’est qu’un supplément pour les vieux jours comme le petit chocolat avec le café, pour les coups durs de la vie, juste pour pouvoir avoir la bouche à la surface de l’eau, si nécessaire.
Rien à voir avec ceux qui ‘placent‘, le plus souvent en assurance-vie (mais ce peut aussi être dans l’immobilier locatif défiscalisé, …) : rentable, défiscalisée, sûre.
Ceux là, ils escomptent le surplus que produit l’intérêt pour pallier les faiblesses ou aux absences des salaires qu’ils ont, pour pallier aussi les faiblesses des retraites qu’on leur promet et même pour pouvoir payer les études, de plus en plus chères, des gamins. Et si tout va bien, léguer, en sus, d’un patrimoine immobilier durement payé durant de longues années, un surplus dont ils espèrent qu’il permettra à leur descendance de survivre plus confortablement face à la compétition généralisée de tous contre tous.
Ceux là
comptent sur les intérêts produits par leurs contrats, comptent sur la sécurité qu’on leur garantit, comptent sur la défiscalisation pour adoucir l’impôt (qu’ils payent) et comptent sur l’absence de droits de mutation sur ce patrimoine en cas de décès.
Et quand on a autant de gens qui
comptent, on ne fait pas le nombre : on s’incline.

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