La vie est un super voyage, par rienderien

Billet invité.

J’ai 56 ans, je suis mère et grand-mère de 8 petits enfants.

Je suis née en 53 au Vietnam un an avant la débâcle française. D’un père français d’origine italienne habitant en Tunisie, et d’une mère vietnamienne dont je ne connais que le nom. A un an, j’ai atterri en Tunisie pour 5 ans, (jusqu’à la guerre d’indépendance) où j’ai été abandonnée et adoptée par un couple de modestes Siciliens.

Chassés de Tunisie, nous sommes arrivés en France, dépouillés, humiliés. « Victime de l’indépendance ». J’ai vécu en pension religieuse et militaire de 9 ans à 14 ans, jusqu’au certificat d’études.

J’en suis sortie comme un chat ébouillantée, mais j’avais un petit bagage culturel qui m’a bien aidée à survivre. A cette époque, il était rare de voir une asiatique, c’était « martien », d’où le fameux « chinoise verte ».

Mai 68 chez des Siciliens ça ne pouvez pas coller. Juge des enfants, mise à […], j’en garde un bon souvenir, à côté des coups des Siciliens, c’était doux : une expérience inoubliable, du meilleur comme du pire.

J’ai donc changé trois fois de nom sans me marier, d’où ma dérision envers ce monde, ce qui ne me permet pas d’avoir des relations normalisées. Par la suite, j’ai fait une école bidon d’étalagiste-décoratrice, financée par un job de pompiste. A cette époque les pourboires étaient intéressants, presqu’une paie.

Une école pour riches filles paumées dans le quartier d’Ainay qui arrivaient en cours en jetant leurs clés d’Austin sur leur bureau, pendant que j’arrivais en mobylette puant le gasoil.

J’habitais au-dessus d’un garage entre le stade de Gerland et les abattoirs qui fonctionnaient encore avant que cela ne devienne le centre culturel Tony Garnier.

Je rêvais d’une famille, je l’ai faite, et ça m’a sauvée. Bien entendu, seul un original pouvait m’attirer. Le père de mes enfants, entrepreneur mais aussi chanteur auteur, compositeur, n’a pas résisté à cet écart, il s’est suicidé en 97 mais nous étions séparés depuis 1985, mes enfants avaient 9-5-3-1 ans.

Depuis je navigue seule.

Deux de mes filles ont chacune trois enfants après avoir arrêté leurs études au brevet.
J’ai été grand-mère à 42 ans. Leurs compagnons de culture musulmane me mettent un peu la pression. Mon fils de 33 ans, papa de jumelles depuis peu, a hérité de la bosse du commerce qui roule depuis sa grand-mère paternelle. Après le décès de son père alors qu’il était en sport études tennis, il s’est lancé à 19 ans sur les marchés avec 5 m de tréteaux dans le prêt-à-porter, Il a déjà monté plus de 6 magasins à […], possède sa marque qu’il fait fabriquer en Chine. Pour l’heure, il va ouvrir sur 1000 m² au centre de […], une restauration rapide.

Une génération conditionnée à l’argent où les chômeurs et les RMIstes sont méprisables. Reste une fille magnifique de 27 ans célibataire, qui avait un avenir prometteur dans la musique comme DJ hip-hop, mais trop intègre dans ce monde macho où le monde de la nuit est violent et faux.

En 93, à […] dans une ville nouvelle où j’ai vécu 19 ans avec mes enfants ; j’avais lancé le temps d’un trimestre, un petit journal au titre de « Pluton, la planète la plus éloignée du soleil ». Il avait pour but de donner la parole à ceux qui ne l’avaient pas, mais aussi de parler écologie.

Depuis, je suis toujours un électron pauvre mais libre et je me sens quand même très heureuse.

La vie est un super voyage.

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Guitare électrique (originellement, dimanche 23 août)

Pour clôturer le weekend en beauté : un peu de guitare électrique en hommage à Les Paul (1915 – 2009), virtuose et inventeur, décédé le 13 août et dont il a été question ici et .

On passera sur Jimi Hendrix dont il a déjà beaucoup été question :
Star Spangled Banner et Purple Haze à Woodstock, Voodoo Child et The Wind Cries Mary.

Duane Eddy

Hank Marvin, originellement des Shadows

Mark Knopfler, originellement de Dire Straits

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Le prix Nobel de physique (originellement, dimanche 23 août)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’ai eu autrefois une copine qui était la petite-fille d’un fameux prix Nobel de physique. Un jour, je lui ai signalé que le prochain exposé d’un séminaire auquel j’assistais régulièrement, celui du département d’histoire et de philosophie des sciences de l’Université de Cambridge, serait consacré à un aspect des travaux de son grand-père. Nous nous y sommes rendus ensemble.

À la fin de l’exposé, elle a voulu intervenir. Personne là ne savait qui elle était. Elle a contredit l’orateur. Celui-ci ne l’a pas très bien pris et lui a répondu vertement quelque chose du genre : « Vous avez l’air bien sûre de vous ! » Sur quoi elle a dit : « Mon grand-père m’a un jour expliqué que… »

Je travaille en ce moment au livre qui sera la suite de « Comment la vérité et la réalité furent inventées », et je suis en train de décrire ce qui m’apparaît non pas comme une erreur mais comme une authentique bourde dans l’œuvre du physicien en question (une proposition cependant prise très au sérieux en son temps). Bourde, parce qu’elle suppose la confusion entre l’objet et le sujet de l’observation. Si j’ai repensé à l’anecdote, c’est parce que je me suis rendu compte que j’étais là depuis un bon moment à m’interroger, au nom certainement de la relation amoureuse d’autrefois, « Comment dire ça gentiment ? »

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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La Tribune, le mercredi 26 août 2009

« Chaque jour, cet été, nous interrogeons un grand témoin de l’actualité sur sa vision de l’après-crise ».

Le texte est ici : On applique des rustines pour préserver l’ancien monde.

Chaque jour, cet été, nous interrogeons un grand témoin de l’actualité sur sa vision de l’après-crise. Aujourd’hui, pour le sociologue et anthropologue Paul Jorion, la crise est loin d’être terminée et la sortie de crise très incertaine, faute de mesures efficaces et énergiques. Le pouvoir politique a, selon lui, abdiqué face au monde de la finance.

Paul Jorion sociologue et anthropologue

Comment voyez-vous le monde de l’après-crise ?

La crise est loin d’être terminée, elle a à peine commencé en France et je ne vois pas comment aujourd’hui nous en sortir. Malgré le climat d’euphorie qui règne actuellement, la sortie de crise me paraît d’autant plus incertaine que les mesures prises par les États pour réformer la finance et relancer l’économie sont tout à fait inappropriées. Aux États-Unis, l’immense vague d’espérance suscitée par l’élection de Barack Obama s’est vite brisée sur les puissants lobbies de Wall Street. Il manque toujours quelques voix au Congrès pour adopter des textes encadrant mieux l’activité des banques. Ce n’est pas surprenant : le Parti démocrate a toujours eu de nombreux soutiens dans le monde de la finance alors que le Parti républicain a traditionnellement l’appui des grands industriels, notamment du complexe militaro-industriel.

Aucune leçon ne pourra donc être tirée de la crise ?

J’ai plutôt le sentiment que l’on applique des rustines pour tenter de remettre l’ancien système sur les rails. Il existe aux États-Unis un grand écart entre le discours et la réalité. C’est également le cas en Europe. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont eu le courage de dire que la crise était plus grave que l’on imagine. Mais je doute qu’ils aient les moyens de mener des actions efficaces, surtout dans une Europe aussi désunie. Le politique a totalement abdiqué. C’est le principal enseignement de la crise et la grande différence par rapport à la crise de 1929, où l’État a su imposer des réformes radicales, comme aux États-Unis, avec la stricte séparation des activités de banque d’investissement et de banque commerciale. Rien de tel aujourd’hui : les politiques sont toujours convaincus des vertus autorégulatrices des marchés et ont délégué leur pouvoir aux banques centrales, alors même qu’elles sont sous influence de l’industrie financière. Pire, les politiques ont fait pression pour que les règles comptables soient modifiées, de telle sorte que personne n’est en mesure aujourd’hui de connaître exactement l’étendue réelle des pertes. C’est même renier l’un des principes du capitalisme, la transparence de l’information.

Selon vous, une meilleure régulation de la finance aurait-elle permis d’éviter la crise ?

Sans aucun doute. L’État de Caroline du Nord a, par exemple, très vite réglementé les crédits subprimes et le maintien du Glass-Steagall Act aurait empêché que la crise des subprimes ne tarisse l’ensemble des crédits à l’économie. Aujourd’hui, il faudrait changer de paradigme, comme dans les années 30, et cesser de se focaliser sur la liquidité des marchés. La priorité devrait être désormais donnée à la solvabilité des entreprises et des ménages. Il est tout à fait illusoire de croire que les dettes privées pourront être un jour remboursées. Par conséquent, il ne sert à rien de rééchelonner : il faut remettre les compteurs à zéro. Ce qui suppose bien évidemment la nationalisation du secteur bancaire et la disparition de nombreuses banques. Autre priorité : rééquilibrer la répartition entre profits et salaires de manière à ce que les ménages ne soient plus contraints de vivre perpétuellement à crédit. C’est tout le système d’endettement aux États-Unis, organisé autour de l’immobilier, qu’il faut par conséquent remette en cause. Enfin, il faut prévenir toute nouvelle dynamique de bulle financière. Pour cela, il convient enfin de prendre en compte les méfaits de la spéculation qui prélève sur l’économie une dîme injustifiée. Des décisions simples peuvent être prises, comme interdire l’accès des marchés à terme aux opérateurs n’ayant pas le statut de négociant. Mais les mesures les plus efficaces sont souvent les plus difficiles à prendre du point de vue politique. On se contente alors de « verdir » l’économie pour préserver l’ancien monde. Cela n’est évidemment pas à la hauteur du drame qui se joue actuellement.

Vous avez, dans l’un de vos livres, prédit la fin du capitalisme américain…

Oui, et on peut même mettre une date sur son acte de décès : le 18 mars 2009. La banque centrale américaine avait alors annoncé son intention de racheter des bons du Trésor américains sur des montants considérables. Autrement dit, les États-Unis ont décidé d’avaler leur propre dette, ce qui signe la fin du mythe du dollar sur lequel a prospéré le capitalisme made in Wall Street. Mais tout est fait pour dissimuler la portée de cette décision historique !

La relance de l’économie mondiale passe- t-elle par la Chine ?

Le match va effectivement se jouer entre une Chine qui monte et une Amérique sur le déclin. Mais permettez à l’anthropologue que je suis de rappeler que la croissance chinoise sera stoppée par les limites du monde ! L’homme a jusqu’ici prospéré grâce à une approche colonisatrice de son environnement. Aujourd’hui, nous détruisons massivement nos ressources, nous polluons comme jamais, nous créons des outils, comme l’informatique ou la monnaie, que nous ne maîtrisons plus. Notre ingéniosité et notre agressivité nous ont permis de survivre, elles risquent désormais de nous perdre. Le moment est venu pour la solidarité. Pour nous préserver de l’extinction.

 

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« La crise financière, un an après… »

J’étais hier à la Cité des Sciences pour un entretien d’une demi-heure. Sept autres spécialistes de la crise ont été interrogés comme moi dans ce cadre et des vidéos reproduisant nos exposés seront accessibles à la Villette du 20 octobre au 29 novembre. Nos commentaires seront également présentés thématiquement, répondant à des questions particulières.

Aspects qu’il ma été demandé d’exposer plus spécialement : le comportement colonisateur de notre espèce et son auto-domestication par l’instauration de la démocratie ; l’économie et la finance laissées pour compte de la démocratie et la nécessité de les domestiquer à leur tour par une constitution pour l’économie ; pourquoi il n’y a en finance ni autorégulation ni auto-adaptation ; la perversion de la démocratie par l’argent et la transformation par l’argent de la science économique en discours idéologique.

Vous devinez à ces thèmes que mes interlocuteurs : producteur, réalisateur et preneur de son, étaient de fins connaisseurs de mes écrits et qu’ils entendaient mettre en avant ce qui en eux les distinguent de ceux des sept autres.

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Recherche archéologue(s) fou(s)

Vous êtes nombreux à me faire savoir que vous regrettez que l’activité du blog dimanche ait été perdue.

En fait, je reçois par courriel copie de pratiquement tous les commentaires. Seuls manquent à l’appel ceux qui furent considérés comme spam par le logiciel qui gère le blog et envoyés à la poubelle… et que je sauve in extremis de ce sort indigne !

Il serait donc théoriquement possible de reconstituer la quasi-totalité de la journée de dimanche. Ce serait un sacré boulot et c’est ce qui me fait évoquer des « archéologue(s) fou(s) ».

Je regretterais personnellement que soit perdue la discussion qui était née autour de Chostakovitch et vous m’avez déjà signalé vos propres favoris à la ressuscitation.

Alors si l’épithète d’« archéologue fou » ne vous fait pas reculer, manifestez-vous : il y a peut-être moyen de se partager le travail – le mien en l’occurrence ne serait pas négligeable non plus !.

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Réparé !

Merci Jean-Baptiste. Une partie est malheureusement perdue : ce qui s’écrivait à l’époque où le blog s’est mis à ressembler à HAL (je crois qu’il avait un autre nom en français) à la fin de « 2001 Une odyssée de l’espace ». Je vais voir ce que je peux récupérer.

Merci en tout cas pour vos messages d’inquiétude et de soutien immédiats !

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L’actualité de la crise : Quadratures du cercle, par François Leclerc

Billet invité.

QUADRATURES DU CERCLE

C’est avec des mots choisis que les temps prochains nous sont contés. « USA : le patron de la banque centrale mise sur une reprise à court terme » titrait hier encore une dépêche d’agence, à propos de la réunion des banquiers centraux de Jackson Hole (Wyoming) ; mais seule la lecture de celle-ci nous apprenait toutes les réserves que Ben Bernanke mettait à la réalisation de cette perspective, ainsi que la modestie de la reprise pour laquelle il formulait ses vœux. Au fil de la lecture des titres de la presse internationale, il est flagrant de constater combien de nombreux journalistes, ces temps-ci, aimeraient bien pouvoir annoncer de bonnes nouvelles. A leur décharge, ces titres de leurs papiers ne sont généralement pas rédigés par eux-mêmes, mais par les secrétariats de rédaction, ou les desks pour les agences.

Au-delà des phrases alambiquées qui sont employées par les « décideurs » pour annoncer la suite des événements, que les médias reproduisent, effets de leurs recherches soutenues de la formule qui pourra signifier que cela repart, alors que ce n’est pas encore le cas, un fait est considéré comme assuré et ne fait l’objet d’aucun débat : l’économie devrait redémarrer, mais le chômage va encore progresser. Ne cherchez pas dans leurs propos une explication à ce phénomène singulier, vous n’en trouverez pas ! Tout au plus vous sera-t-il explicité qu’il y a un temps de latence (du à l’écoulement des stocks, nous disent-ils), que c’est normal et c’est comme cela, et puis que cela ira mieux ensuite. Nul part la croissance qui nous est promise est analysée. D’où proviendra-t-elle donc ? Mystère, son moteur n’est pas décrit, le secteur d’activité qui en sera responsable pas cerné. Les plus explicites des commentateurs procèdent par élimination et, après avoir en premier lieu tous biffé d’un trait la relance par la consommation, en arrivent à la même conclusion : ce sont des exportations que viendra la délivrance, sans hélas préciser quels seront les pays importateurs ! Dans un premier temps, la Chine avait été chargée de cette lourde mission, mais l’accumulation de ses propres problèmes a fait réfléchir. On en est à l’Amérique Latine, excusez-nous du peu ! En réalité, la seule croissance que l’on connaît est celle des services financiers, et l’on s’attend – des hausses notables étant déjà constatées dans le secteur des « commodities » (matières premières, dont les énergétiques et les alimentaires), alors que l’économie est en pleine récession – à une nouvelle flambée des prix. Une relation de cause à effet serait-elle envisageable entre les deux ?

Le discours sur le chômage fait donc l’objet d’une unanimité pas vraiment rassurante, mais le mot qui fâche n’est pas encore prononcé. Il n’est pas encore explicité que celui-ci va inévitablement être structurel pour partie, une manière de dire permanent ou, tout du moins, très difficile à résorber. Car ce n’est pas la « prime à la casse », dont le gouvernement américain vient d’ailleurs d’annoncer la fin, qui va régler durablement les problèmes (également structurels) de l’industrie automobile, par exemple. Et, d’une manière générale, rien ne va venir efficacement contrarier l’essor industriel des pays « émergents », ainsi que ses conséquences sociales dans les pays « développés », si la reprise est au rendez-vous, même faiblement. Par ailleurs, les économistes reconnaissent que les ménages vont continuer d’avoir des « difficultés d’accès » au crédit (une expression anodine qui signifie insolvabilité accrue des uns et durcissement des conditions de prêt des autres), ils disent craindre que les particuliers, par précaution, vont consacrer d’avantage leur revenu à l’épargne qu’à la consommation. Dans ce panorama peu engageant, le haut niveau persistant du chômage ainsi que la faiblesse de la consommation sont déplorés par des commentateurs navrés, mais il n’est pas encore parlé de la poursuite de la montée des « nouveaux pauvres ». Cela va venir, car on va vite reparler de la fracture sociale.

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Préface pour la réédition de « La crise du capitalisme américain »

Publié à mille exemplaires en janvier 2007, « Vers la crise du capitalisme américain ? », était épuisé dès mars 2008. Son éditeur, La Découverte, prit alors la décision de ne pas procéder à un deuxième tirage.

Il ressort en octobre sous son titre original « La crise du capitalisme américain » aux Éditions du Croquant.

Préface pour la réédition de « La crise du capitalisme américain »

« La crise du capitalisme américain » parut en janvier 2007, soit six mois avant que la crise n’éclate véritablement. L’ouvrage avait été écrit d’octobre 2004 à février 2005. J’avais perdu mon emploi de Directeur de l’Analyse du Risque chez Westlake Financial à Los Angeles en octobre 2004. En novembre 2005, je serais recruté par Countrywide, le principal établissement de crédit immobilier américain, bientôt au cœur de la tourmente et pour lequel je travaillerais alors jusqu’en octobre 2007.

Le capitalisme américain étant triomphant à l’époque où je soumis mon manuscrit aux éditeurs français, celui-ci n’essuya que des refus et demeura dans les limbes entre février 2005 et juin 2006 quand Alain Caillé prit la décision de le publier dans la collection du MAUSS aux éditions La Découverte. Un peu sceptique toutefois, il en modifia le titre, qui devint « Vers la crise du capitalisme américain ? » Le livre a repris son titre original dans la présente réédition.

La « crise des subprimes » éclata en août 2007. Le crédit s’était soudain tari sur les marchés interbancaires quand les prêts immobiliers américains, plusieurs milliers d’entre eux étant reconditionnés à la fois sous forme d’une obligation unique (le processus de « titrisation »), cessèrent de trouver acheteurs. La raison en était simple : ces titres se dépréciaient désormais rapidement, de trop nombreux emprunteurs appartenant au secteur à risque des « subprimes » se révélant incapables de faire face à leurs engagements dans un contexte où le prix de l’immobilier résidentiel amorçait une baisse vertigineuse qui se poursuit toujours au moment où j’écris (chute de 47 % en Californie entre juillet 2007 et juillet 2009).

La crise du capitalisme americain

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Le temps qu’il fait, le 21 août 2009

Les problèmes de serveur de l’autre jour semblent liés à Seesmic. En attendant que la question soit clarifiée, la vidéo est hors service.

Vous pouvez cependant la trouver ici.

Qui sommes-nous ?

L’article de Lordon dont je parle se trouve ici.

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Constitution pour l’économie : soutenir la démarche, l’alimenter, la diffuser, par Jean-Pierre Castel

Billet invité. Il m’arrive de temps à autres de vouloir donner une visibilité particulière à l’un de vos commentaires pour faciliter un débat plus général, c’est le cas de celui-ci.

Bonjour, je découvre ce blog, extrêmement riche, et m’excuse à l’avance de ne pas avoir (encore) lu tout ce que Paul Jorion a écrit sur la formation des prix.

Si je me permets de résumer ma compréhension de la proposition de Paul Jorion, ce serait d’interdire les marchés secondaires sur les marchés à terme de commodités, au motif que ces marchés secondaires faussent la détermination du signal prix, signal indispensable à la bonne marche de tout système économique.

Je suis très sensible à cet argument, d’autant que cette question va trouver une nouvelle actualité dans le cadre des marchés du CO2. Ceux-ci ont pour finalité de produire un signal prix du CO2 de nature à motiver les émetteurs de CO2 à réduire leurs émissions. Or à cet effet ils devront engager des investissements, donc avoir une vue raisonnable du prix moyen futur de la tonne de CO2. Comment espérer que des systèmes de Cap and Trade comme celui de l’ETS européen ou celui envisagé aujourd’hui aux USA, systèmes où l’offre est fixée par les gouvernements, ex ante, suivant des critères incluant prévisions, choix politiques, marchandages opaques, et une demande qui elle sera fonction de la conjoncture en temps réel, systèmes sur lesquels se greffent déjà en Europe des marchés à terme et des marchés secondaires, systèmes régionaux sans coordination internationale, puissent fournir un tel signal ?

Or ce marché du CO2 risque de devenir le plus important marché de commodités, certains caressent même l’idée de faire du CO2 le nouvel étalon monétaire ! Mais personne ne semble mettre en garde contre le fait que ce signal prix sera hautement volatile et imprévisible, donc inexploitable pour la finalité prévue, à savoir justifier les investissements nécessaires pour réduire les émissions de CO2.

Je reviens à la proposition de Paul Jorion, pour souligner qu’aujourd’hui (comme je l’ai fait remarquer par ailleurs sur ce blog) l’affirmation selon laquelle les marchés secondaires faussent le signal prix, que je crois pour ma part vraie, reste une position marginale, contestée par l’establishment non seulement financier, mais aussi universitaire (voir d’ailleurs certaines réactions sur ce blog, ainsi que la position de personnalités comme J. Attali).

La première étape ne devrait-elle pas consister à faire de la pédagogie sur cette question, à la démontrer, à l’illustrer, à l’évaluer (j’ai cité un cabinet qui fait ce travail de façon très claire sur les métaux du LME), et à répondre aux objections ? Bref montrer la pertinence du diagnostic et chiffrer les effets induits, en vue de convaincre ?

Ensuite l’interdiction des marchés secondaires est-elle la seule parade ? Une telle mesure a-t-elle des précédents ? Il me semble que ce sont uniquement les « indexed funds », les nouveaux supports mis en place depuis 2004/2005 sur la base des indices de matières premières publiés par les grandes banques d’investissement, et les « long only investors » qui les utilisent, qui, par leur montée en puissance depuis 2006/2007, ont déréglé le signal prix, alimenté leur flambée d’avant la crise, et sans doute leur reprise depuis mars 2009.

N’y aurait-il pas un moyen plus ciblé d’interdire ces seules pratiques ? Par ailleurs l’un des risques d’une telle idée est qu’elle ne contribue à entretenir une illusion, celle qui consiste à croire que la volatilité des prix des commodités peut être jugulée. Même s’il est vrai que les « long only investors » ont accru cette volatilité, ils n’en sont pas, et de loin, la seule cause. Toutes les tentatives précédentes de stabilisation des cours des matières première, par le biais des stocks stratégiques, ont échoué. Et j’imagine que la mondialisation, l’intervention de nouveaux acteurs comme la Chine, l’Inde, la Russie, ne peut contribuer à la croissance de la volatilité. Paul Jorion, qui a beaucoup réfléchi aux mécanismes de formation des prix, a sûrement une vue très aiguisée sur la question.

Or cette volatilité des prix est une gêne croissante à la prise de décisions rationnelles. A ce titre elle a participé au passage de l’économie des trente glorieuses, où le long terme orientait les décisions industrielles, à notre économie à court terme dirigée par le casino des marchés financiers. La proposition de Paul Jorion ne vise qu’à donner un exemple d’article de la constitution économique qu’il appelle de ses vœux. L’un des objectifs majeurs de cette nouvelle constitution ne devrait-il pas être un équilibre sain entre long terme et court terme dans les prises de décision ? De ce point de vue, l’interdiction des marchés secondaires est-elle l’exemple le plus pédagogique, ou n’y aurait-il pas d’autres mesures plus parlantes pour le public non spécialisé, voire plus ambitieuses, pour s’attaquer à cette dérive court termiste ?

Paul Jorion cite par exemple, si j’ai bien compris sa réponse à ma question d’hier, le retour à un meilleur équilibre entre taxation des dividendes et des plus-values. L’idée ambitieuse d’une constitution pour l’économie et des propositions courageuses pour s’attaquer aux causes racines des dérives actuelles sont les initiatives dont nous avons de toute évidence le plus grand besoin. Il faut donc soutenir la démarche, l’alimenter, la diffuser.

Mon propos ci-dessus vise seulement à insister sur l’immense effort de pédagogie que cela nécessitera. Je suis sûr que Paul Jorion connaît des forums de qualité, pourvus de moyens et d’influence, et qui pourraient peut-être contribuer à cet effort de validation et de diffusion. Je cite, au gré de mes fortunes sur internet :

– le Glasshouse Forum (exemple de publication : Short-termism in the long run).

– l’Institut Aspen : (exemple de publication : The Aspen Principles: a better way forward: a critical mass of ‘strange bedfellows’ came to market in 2007 with a plan to reverse the destructive pull of short-termism (SHAREHOLDER VALUE))

Merci à Paul Jorion pour votre indulgence par rapport à ces propos : merci en particulier de prendre mes affirmations pour des questions, et mes erreurs de jugement pour un appel à des compétences telles que les vôtres.

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L’actualité de la crise : Déflation ou pas ?, par François Leclerc

Billet invité.

DEFLATION OU PAS ?

C’est le sujet de la rentrée. Rappel : certains analystes, au premier rang desquels les experts de la BCE, ont ces derniers temps insisté sur le fait qu’il y a avait déflation et déflation, ne pas confondre ! Que ce que nous enregistrions en avait certes l’apparence, mais que celle-ci était trompeuse. Qu’il ne fallait pas se fier aveuglément aux chiffres (pour une fois que ce sont eux qui le disent !) et prendre en compte que le niveau historiquement très élevé des prix du pétrole, il y a un an, faussait la comparaison. Tout va rentrer dans l’ordre à la fin de l’année, prédisent-ils, sans expliquer si c’est de la hausse du pétrole, et d’une manière générale des matières premières, qu’il va falloir attendre cette amélioration des données de l’inflation, effaçant un peu magiquement la déflation constatée. Car cela serait alors tomber de Charybde en Scylla, la déflation ne serait peut-être plus aux portes (ce qui reste à vérifier), mais la hausse du prix des « commodities » ferait en contrepartie obstacle à la relance économique. De fait, la hausse du prix des matières premières est attendue par de nombreux commentateurs financiers. Comme il sera difficile de l’expliquer par une forte demande résultant d’une croissance économique échevelée, les mauvais esprits considéreront certainement qu’elle résultera de la spéculation financière. Arguant du fait qu’il faut bien se refaire une santé et qu’il n’y a pas tant de terrains de jeux disponibles, depuis qu’un certain nombre d’entre eux sont désertés. Mais n’anticipons pas !

Quoi qu’il en soit, le Financial Times, vient d’annoncer que les prix des produits industriels avaient chuté de 7,8 % en un an en Allemagne, ce qui ne s’était jamais vu depuis la fin de la seconde guerre mondiale (1949), « éclairant la faiblesse des pressions inflationnistes dans toute l’Europe », précise le journal avec une de ces formules contournées qui sont l’apanage des financiers et le privilège de ceux qui ne veulent pas employer les mots qui blessent. Le même article, signé de Ralph Atkins, correspondant à Francfort, considère que cette donnée « renforce la crainte que les forces déflationnistes se renforcent dans la principale économie européenne. » Le mot est finalement dit.

L’appréciation des données déflationnistes n’est pas un exercice d’école. Les économistes sont familiers avec la notion de « core inflation » (noyau de l’inflation), qui exclut du calcul de celle-ci le prix de l’énergie et des produits alimentaires, considérés comme les plus volatiles et pouvant être trompeurs. Le malheur veut que cette mesure du noyau de l’inflation est déjà négative en Irlande et qu’il est difficile de soutenir que ce n’est pas un signe inquiétant qui pourrait se révéler précurseur. Selon Eurostat, l’office de statistiques Européen, les prix à la consommation, et donc le taux d’inflation (incluant pétrole et produits alimentaires), sont négatifs à -0,6% en juillet (sur une année), accentuant le – 0,1% du mois de juin précédent. Il ferait bien voir que ces pourcentages modestes ne puissent pas être considérés comme significatifs, alors que l’on fait des gorges chaudes de modestes pourcentages identiques lorsqu’ils mesurent la croissance (en Allemagne et en France).

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Justifier l’interdiction des paris relatifs à l’évolution d’un prix

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je suis épaté des réactions au billet précédent Un appel à l’action ? En voici un ! : le sujet de l’interdiction des paris relatifs à l’évolution d’un prix avait déjà été évoqué à plusieurs reprises dans le passé, comme en témoignent d’ailleurs les trois billets auxquels j’ai renvoyé en cours de route, mais cette fois, « la mayonnaise à l’air de prendre ».

Vous avez raison : il faut aller plus loin, et beaucoup plus systématiquement. La première façon de le faire, c’est de faire progresser la question d’une constitution pour l’économie. Le moyen là, c’est de poursuivre l’effort entrepris grâce à ECCE (Espace Collaboratif vers une Constitution pour l’Economie).

La seconde manière, c’est en approfondissant la proposition « interdire les paris relatifs à l’évolution d’un prix ».

Il y a deux facettes à cela :

1) offrir une version « vulgarisée », dans le bon sens du terme, des implications positives de la mesure : les faire comprendre par des exemples, des illustrations, examiner toutes les conséquences qu’elle aurait d’un point de vue économique et social.

2) faire une étude de faisabilité d’un point de vue strictement financier : examiner dans le détail la « séparation chirurgicale » que la mesure opérera de la fonction assurantielle – qui sera conservée – de la fonction spéculative – qui sera éliminée – dans le cas des instruments de dette et des produits dérivés, sur l’ensemble des marchés et sur les marchés à terme en particulier (spéculation sur les matières premières), ainsi que la métamorphose du secteur financier qui en résultera (réduction dramatique de sa taille et des ponctions qu’il opère aujourd’hui sur l’économie). Pour ce qui touche à cet aspect particulier de la tâche, seuls ceux qui possèdent une bonne formation d’ingénieur financier seront malheureusement à même de participer.

Les deux aspects dépendent bien sûr l’un de l’autre et il faudra donc progresser par enrichissements successifs.

Nous ne sommes ni une école, ni une fondation, ni un think-tank, nos seuls fonds propres sont ceux que vous me procurez par vos donations, mais nous sommes capables de faire ici un aussi bon boulot que celui fait précédemment sur des aspects très pointus du fonctionnement du système bancaire. Bon courage à tous !

Et… à mon habitude…

1906 – San Francisco a été entièrement détruite par un tremblement de terre et l’incendie qui s’en est suivi. Parmi les survivants, le désespoir domine…

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Un appel à l’action ? En voici un !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Certains se plaignent de ce que je me cantonne à la formule blog : que je me contente de rédiger des billets « contemplatifs ». D’autres ou les mêmes se plaignent aussi quand mes billets ne restent pas strictement focalisés sur la crise économique et financière. J’ai réaffirmé au fil des ans que ce blog était consacré à l’ensemble de mes préoccupations intellectuelles (c’est toujours visible tout en haut : « Anthropologie, économie, sciences cognitives, philosophie ») mais quand je publie par exemple un billet relatif à l’histoire de la physique, l’indignation est à son comble devant ma trahison d’« un blog consacré à l’économie » (voire consacré uniquement à la Bourse dans l’esprit de – je l’espère – une minorité !) Pire encore, quand je consacre – comme j’ai l’habitude de le faire – un billet à une chanson où à un chanteur, je vois apparaître dans les commentaires des appels à ce que l’on me pende haut et court pour introduire ainsi des diversions non seulement coupables mais quasiment criminelles dans le contexte actuel.

Il faudrait donc que j’appelle plutôt à l’action.

Or j’ai appelé à l’action, il y aura deux ans le mois prochain, dans une tribune du journal Le Monde. J’ai appelé à une constitution et j’ai renouvelé cet appel dans d’autres journaux ainsi que dans des entretiens. On trouve aussi une version plus longue de mon appel dans mon livre L’implosion. La finance contre l’économie. Ce que révèle et annonce la crise des subprimes (2008), aux pages 311 à 322.

Le point focal de mon appel à une constitution est l’interdiction des paris relatifs à l’évolution d’un prix. C’est clair, c’est net, cela opère une coupe claire immédiate en interdisant certains produits financiers à certains acteurs. Cela n’interdit pas les produits dérivés, cela n’interdit pas même les maudits CDS (credit-default swaps), non, cela change simplement fondamentalement la nature du capitalisme pour en faire tout autre chose.

On m’oppose à cela deux choses : on me dit « Vous voulez interdire la spéculation, or tout le monde spécule ! » Et quand je demande d’expliquer ce que cela veut dire, que « tout le monde spécule », on me répond en m’offrant une définition de la spéculation essentiellement centrée sur la rêverie métaphysique : « c’est parier que les choses seront plutôt comme ceci qu’autrement ». Non : ce n’est pas de cela que je parle. Je parle des paris relatifs à l’évolution d’un prix, impliquant deux parieurs, dont l’un gagnera le pari et l’autre le perdra. Ce n’est pas très compliqué.

On me dit aussi « Votre interdiction pourra aisément être contournée ! » Ce n’est pas vrai. Mon interdiction pourra aisément être contournée si elle est inscrite dans un règlement ou dans une loi, qui contiendra autant de failles qu’elle comptera de mots. Mais pas s’il s’agit de l’article d’une constitution dont il faut respecter aussi bien l’esprit que la formulation explicite. Et c’est pourquoi je parle toujours de cette proposition comme sertie dans une constitution pour l’économie.

Ce que je dis là, depuis deux ans, tout le monde s’en fout. Ce n’est pas que le sujet n’inquiète pas : le mois dernier, Mrs. Gordon Brown et Nicolas Sarkozy ont exprimé leur crainte qu’une reprise éventuelle soit tuée dan l’œuf par une spéculation sur le prix du pétrole. J’ai répondu, « Messieurs Brown et Sarkozy, la solution est dans l’interdiction des paris relatifs à l’évolution d’un prix, et il n’y en a pas d’autres ».

Alors, si vous êtes en mal d’action, aidez-moi : soutenez la proposition d’interdiction des paris relatifs à l’évolution d’un prix. Ça paraît peu de choses mais le monde en serait changé. J’entends souvent parler ces jours-ci de pendre les banquiers, mais croyez-moi, les banquiers préféreraient de loin être pendus que de voir une telle mesure adoptée ! (à un niveau constitutionnel, je précise).

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Les limitations de la méthode Coué – Le retour

Il suffit d’un petit coup de bourdon à la Bourse (-5,8 % à Shanghai, – 3,8 % à Tokyo, – 1,46 % à Londres, – 2,16 % à Paris, – 2 % à New York) pour que les langues se délient et que tous s’écrient en chœur « Il n’y a pas de signes évidents d’une reprise ! » Je ne l’invente pas : vous le lirez partout.

Le moral ne devait pas être aussi excellent qu’on l’affirmait pour qu’un petit choc suffise à faire sombrer tout le monde dans la déprime.

C’est le problème de fond avec la méthode Coué : on a beau répéter que ça va bien, on n’y croit pas vraiment.

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Antony Hegarty

L’un des avantages de vivre à Los Angeles – capitale mondiale du cinéma – c’est que certains des démarcheurs qui vous abordent dans la rue le font pour une cause excellente : pour vous inviter à visionner un film venant d’être monté. Il y a un prix minime à payer : une fois le film terminé, remplir un questionnaire suggérant comment l’améliorer avant sa sortie. Et cela aussi vous donne un sentiment d’importance, en faisant de vous en quelque sorte un co-auteur de dernière minute…

L’un des films que nous avons vus par ce moyen au fil des ans est Leonard Cohen : I’m Your Man, un documentaire sur le chanteur sorti en 2005 : un long entretien avec lui assorti d’un concert d’hommage en Australie. Si vous ne l’avez pas vu c’est de la très belle ouvrage, avec des interprètes inquiétants comme Martha Wainwright. Mais ce qui nous a soufflés et dont nous parlions essentiellement en sortant de la salle, ce fut la découverte de Antony Hegarty, du groupe Antony and The Johnsons.

Dans Leonard Cohen : I’m Your Man, Antony chante « If It Be Your Will », si tel était ton bon plaisir, une chanson de soumission abjecte comme « Ne me quitte pas » de Jacques Brel. Ces chansons là me font plutôt sourire en temps ordinaire mais là, dans la version d’Antony – qui fait pâlir celle du compositeur lui-même – on est pris de frayeur et on pense : « Mon Dieu, il y a vraiment des gens comme ça ! », car au son de sa voix on imagine qu’une telle humiliation volontaire au plus haut degré lui vient naturellement et même si l’on ne se sent pas le talent de l’égaler on ne peut que compatir devant un être humain terrassé par une telle souffrance.

Antony enseigne la différence à ceux qui n’en auraient pas l’intuition : le déchirement ultime que suggèrent, même avant de les entendre, des titres comme « The Atrocities » ou « Hitler in My Heart ». Vous connaissez peut-être Divine, Harris Glenn Milstead (1945 – 1988), le travesti le plus absurde de toute l’histoire du cinéma, interprète entre autres de la mère dans le premier Hairspray (1988), celui de John Waters en personne (qui joue dans le film le rôle hilarant du psychiatre). Que le personnage délirant de Divine puisse inspirer une des plus belles chansons d’amour qui soit est l’un de ces mystères qui, dépassant de manière démesurée l’entendement, vous font penser au miracle.

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L’actualité de la crise : Installés dans la crise et la déflation rampante, par François Leclerc

Billet invité.

INSTALLES DANS LA CRISE ET LA DEFLATION RAMPANTE

Nous sommes désormais installés dans la crise sans savoir comment en sortir, c’est la seule constatation solide possible dans l’état actuel des choses. La plus optimiste également. Le leadership mondial des Etats-Unis et de l’Europe, menacé par la puissance chinoise, continue bien de s’exercer, mais d’une manière toute particulière, comme premier de la classe dans la crise !

Non pas que la Chine ne rencontre pas ses propres difficultés ; elles sont principalement de quatre natures. Une baisse très importante des exportations, due à la récession mondiale et en particulier américaine (en réalité désormais partiellement structurelle). Un chômage d’ampleur montant, facteur d’instabilité sociale préoccupante pour le régime. Une bulle financière et immobilière résultant des efforts de relance provenant de l’ouverture des vannes du crédit bancaire, qui n’a que très partiellement atteint l’appareil productif. Et, enfin, une grande difficulté à trouver rapidement le chemin d’une croissance « saine » de rechange s’appuyant sur le développement du marché intérieur.

Confrontée à un arrêt brutal de ses exportations et à une lente progression de son marché intérieur, la Chine ne va pas pouvoir renouer de sitôt avec ses taux de croissance fulgurants. Et encore moins « tirer » la croissance mondiale. En prenant la toute récente décision de lancer le crédit à la consommation en Chine, où il n’existait pas, le gouvernement Chinois tente bien d’accélérer le mouvement. Mais c’est s’appuyer sur les couches sociales qui ont bénéficié de l’essor économique de la dernière décennie, et laisser encore une fois le reste du pays dans une situation d’arriération. C’est appliquer le modèle social inégalitaire et déséquilibré qui prévaut déjà dans les autres pays émergents et recèle de nouveaux problèmes, les premiers étant non résolus.

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Update on where we stand

David Hume et Cityislander, en offrant des traductions en anglais de mes billets, sont parvenus à ressusciter mon blog en anglais dont le succès était très loin d’égaler celui en français.

Ceci m’a incité à produire, comme je le fais ici chaque semaine, une petite vidéo, où je fais le point de la situation.

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Appel d’août

Avec 2.000 € je peux me débrouiller – qui ne pourrait ? – la somme est un peu arbitraire et, franchement, a été déterminée en fonction des dons qui furent effectivement versés au cours des mois d’avril et de mai (« La liberté est l’amour de la nécessité », Kant).

Alors voici : pour mai : 2.374 €
Pour juin : 3.099 €
Pour juillet : 2.022 €

Somme (brute) reçue à ce jour (22 août) : 2.147 €

Merci de vos donations en juillet qui ont permis d’atteindre l’objectif. Juillet, c’est bien sûr la saison morte pour la recherche d’emploi donc aucun progrès de ce côté-là. Les occasions de parler à la radio n’ont cependant pas manqué (je vous les ai signalées au passage) et certains de mes blogs ont été reproduits, en particulier par Marianne2 et Rue89. Des propos très flatteurs aussi dans Mediapart. Des mentions au Brésil dans Olhar Direto et 24HoraNews, etc.

Bonnes vacances !

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Elizabeth Warren et le pétrin dans lequel on est

Parfois, il faut bien le dire, je me sens un peu seul… malgré votre présence à tous, dont je vous remercie. Je synthétise ce que je trouve comme information et je vous le communique. Aucune université n’a besoin de mes services, aucune compagnie ni aucun think-tank non plus, je n’ai pas d’autre titre que « blogueur » et auteur.

Alors cela me fait très plaisir de découvrir que quelqu’un ayant l’autorité de parler avec un grand drapeau derrière elle, Mme Elizabeth Warren, la présidente du TARP Congressional Oversight Panel, dit exactement la même chose que moi.

C’est en anglais bien sûr. Désolé pour ceux d’entre vous qui me maîtrisent pas cette langue, nous trouverons peut-être un moyen de traduire cela.

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