PRINCIPES DES SYSTÈMES INTELLIGENTS (1989), chapitre 3, réédition en librairie le 23 novembre

Comme un débat intéressant est en train de s’instaurer sur le blog (par opposition au silence pesant qui accueillait la parution d’un livre en 1989), je continue la publication des chapitres de Principes des systèmes intelligents.

3. Caractéristiques d’un système intelligent

Une réflexion portant sur les principes des systèmes intelligents ne peut se concevoir valablement que dans le cadre d’un projet qui en constitue à la fois l’horizon et l’épreuve : la réalisation d’un système intelligent. Définissons donc un cadre à seul fin de référence : tel est l’univers au sein duquel se déploie notre investigation. Ce qui a été dit au chapitre précédent quant à l’attente d’un utilisateur en matière d’intelligence d’un système (prise en compte de son inten- tion, présentation par le système de l’information qui lui est la plus pertinente, acquisition par la machine du savoir qu’il lui propose, négociation par la machine du savoir dont elle dispose), dépasse l’ambition des réalisations actuelles en matière de systèmes intelligents. Ceci n’est pas en soi gênant : pour réserver la part de son enthousiasme et de sa créativité, le chercheur a besoin d’une telle perspective de dépassement, il a besoin d’un authentique projet.

Examinons alors de manière plus fine comment se présente le cadre qui nous servira de référence :

1. Un système intelligent dispose d’un savoir.

Un SI dispose, stocké en mémoire, d’un ensemble d’informations susceptibles d’être augmentées, effacées ou modifiées dans leur contenu. Il va de soi que ces informa- tions sont pour la facilité de leur manipulation organisées d’une certaine manière, soit ce que l’on entend par « base de données ».

2. Un système intelligent est à même de transmettre son savoir.

Un SI est à même de communiquer son savoir à un uti- lisateur, sous une forme que celui-ci comprend. Soit donc l’existence d’une interface en langue naturelle (orientée sorties).

3. Un système intelligent est à même d’acquérir un savoir.

Un SI est à même d’extraire des connaissances de l’information que lui transmet son utilisateur. Ce qui implique au moins l’existence d’un analyseur (parseur). Mais aussi, entre celui-ci et la base de données conçue comme dynamique, un « module d’apprentissage »,

4. Un système intelligent veut apprendre.

Soit aussi, l’existence d’un « module d’interrogation de l’utilisateur » connecté (sorties) avec le module d’apprentissage.

5. Un système intelligent n’impose pas son savoir mais le négocie avec son utilisateur.

Soit l’existence de deux interfaces en langue naturelle capables d’interpréter la logique intersubjective qui lie nécessairement deux interlocuteurs, permettant au système et à l’utilisateur de négocier les connaissances qu’ils échangent : un « module d’entrée » capable d’interpréter le degré d’adhésion de l’utilisateur aux propositions qu’il soumet au système, un « module de sortie » permettant au système de présenter ses affirmations selon un degré variable de négociabilité, correspondant au caractère plus ou moins révisable pour lui des connaissances correspondantes.

6. Un système intelligent a une personnalité propre.

La structuration du réseau sémantique sur laquelle repose un SI s’opère systématiquement à partir des connaissances déjà enregistrées. Un SI a donc une histoire1 irréversible et celle-ci porte sur l’inscription successive des connaissances dans sa dimension affective ou émotionnelle aussi bien que dans sa dimension cognitive.

Illustrons cette considération un peu abstraite : un système intelligent qui a a acquis successivement la médecine et l’art de l’ingénieur abordera les problèmes d’une autre manière que celui qui aura parcouru l’itinéraire inverse : disons que le premier aura tendance à concevoir la réalisation d’un ouvrage comme une situation à traiter à l’exemple d’une cure, alors que le second tendra à envisager un patient comme un problème structurel à résoudre.

Qu’on ne prenne cependant pas cet exemple imaginaire trop à la lettre : ce que j’entends suggérer, c’est que les premiers savoirs acquis par un système lui impriment une tendance à aborder les problèmes qui se poseront à lui ensuite selon la prégnance (en réalité, la configuration topologique) des premières inscriptions en mémoire, celles qui correspondraient – s’il s’agissait d’un être humain – à la mémoire infantile, dont la psychanalyse a souligné l’importance capitale pour la connaissance comme pour l’affect.

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L’actualité de la crise : FERME SUR LES PRINCIPES POUR LES UNS, SOUPLE POUR LES AUTRES !, par François Leclerc


Billet invité.

Retour sur le désendettement et le renflouement des banques les plus dans le besoin. Sous les injonctions des autorités européennes, le gouvernement espagnol à créé une bad bank afin d’assainir le bilan des banques nationalisées. Elle va être capitalisée à hauteur de 90 milliards d’euros pour acquérir un gros paquet d’actifs douteux. Mais l’État doit en posséder moins de la moitié du capital afin qu’elle ne figure dans son périmètre d’endettement ; il faut donc attirer des investisseurs privés pour qu’ils entrent au capital à plus de 50%, et pour cela bien habiller la prétendante.

C’est chose faite, espère-t-on à Madrid, après avoir un imposé aux banques une décote variant de 45,6 à 79,5% de la valeur des actifs (selon leur nature), dont elles vont se délester en les cédant à la bad bank. Permettant aux autorités de promettre, vu son ampleur, un retour à terme sur investissement de 15%, selon un scénario présenté comme « conservateur ». On va voir si les investisseurs privés se pressent dans ces conditions à la porte des coffres, à moins que de discrètes garanties ne leur soient proposées, entre gens du monde…

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CDS : POSITIONS NUES SUR DETTE SOUVERAINE DÉSORMAIS INTERDITES EN ZONE EURO

Les positions nues sur les Credit-Default Swaps portant sur de la dette souveraine seront interdites en zone euro à partir de demain.

Bonne nouvelle : on se souvient du rôle déclencheur qu’avaient joué ces positions spéculatives sur le début de la crise dans la zone euro, la spéculation à la baisse sur la valeur de la dette souveraine grecque ayant utilisé ces positions nues sur CDS comme moyen de grossir artificiellement le montant de la prime de risque inclue dans le coupon (le taux) des instruments de dette émis par la Grèce, précipitant la chute de celle-ci (si cela ne vous dit rien, relisez par exemple l’un de mes billets : Cronos dévorant l’un de ses enfants, mon intervention sur BFM Radio, le lundi 8 février 2010).

L’Expansion consacre à cela ce matin, un article largement inspiré d’une dépêche de l’Agence France Presse : CDS, ventes à découvert: deux techniques spéculatives désormais mieux encadrées.

On lit par exemple dans cet article (j’ai conservé le sous-titre, à mi-citation) :

Pour Frédérik Ducrozet, économiste au Crédit Agricole, « cette mesure est largement anticipée depuis un an, les investisseurs ont eu largement le temps de se débarrasser de leurs CDS +à nu+ et de se couvrir. L’entrée en vigueur devrait donc n’avoir qu’un faible impact ».

GOUTTE D’EAU

D’autant que ce marché n’est qu’une goutte d’eau par rapport à l’immensité du marché obligataire.

Les encours actuels sur les CDS en France s’élèvent à 15,4 milliards d’euros, un montant dérisoire face aux 1.400 milliards d’euros d’obligations d’Etat actuellement en circulation, selon les chiffres de Natixis.

« Goutte d’eau » ? « Montant dérisoire » ? Quel rapport entre les volumes de positions de CDS et ce dont on parle ? c’est le montant de la prime du CDS (sur lequel influent les positions nues prises) qui sera interprété par les marchés comme indicateur de risque et donc étalon de la prime de risque comprise dans le coupon (le taux) exigé des pays émetteurs de dette.

Bonne nouvelle donc, mais quel besoin pour L’Expansion et l’AFP dont elle s’inspire, d’aller claironner une fois encore la propagande des spéculateurs ? Ceux-ci n’ont donc pas désarmé, et doivent se délecter de voir leurs arguments spécieux, étalés une fois de plus dans les journaux – alors que chacun se réjouit de les voir enfin (même si ce n’est que très partiellement) mis au pas.

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PHILIA & CABERDOUCHE – À PROPOS DE « MISÈRE DE LA PENSÉE ÉCONOMIQUE », par Un Belge

Billet invité. Rencontre entre un fidèle du blog – « Un Belge » – et Paul Jorion, le 22 octobre, au café Le Vicomte à Bruxelles, à propos de Misère de la pensée économique.

Je mentionne le magazine International Times parmi les publications britanniques importantes dans les années 1966-68, ainsi que le magazine Oz.

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COMPARAISON DONNE PARFOIS RAISON, par François Leclerc

Billet invité.

Peut-on parler de la catastrophe de Fukushima et de la crise financière comme de deux sujets n’ayant rien à voir, ou faut-il déceler dans leur nature commune l’expression du système dans lequel nous vivons ? De profondes similitudes ont déjà été relevées entre les deux industries de l’électronucléaire et de la finance : une opacité partagée, assortie de conduites endémiques de secret, et le caractère oligarchique de leurs systèmes de pouvoir. La comparaison ne s’arrête pas là, en raison de l’ampleur des catastrophes et des désastres humains qui peuvent être dans les deux cas déclenchées. C’est déjà beaucoup, mais cela ne s’arrête toujours pas là.

Car, pour prendre la question par l’autre bout, qu’y a-t-il de commun entre la réglementation financière de Bâle III et les nouvelles normes de la NRA (Nuclear Regulatory Authority) japonaise, qui vient de succéder aux deux anciens organismes trop compromis, la NISA et le NSC ? Tout simplement l’idée bien ancrée que les catastrophes ne peuvent pas être empêchées et qu’il est au mieux possible de créer des cordons sanitaires. Dans un cas en renforçant les fonds propres et les normes de liquidité des établissements bancaires, afin de circonscrire les crises, et dans l’autre de protéger les populations, en élargissant les périmètres et moyens d’évacuation en cas de gros pépins. Si on voulait employer les grands mots, on dirait que c’est l’expression de la même philosophie, en plus terre à terre de la même famille.

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NOUS AVIONS RETIRÉ NOTRE PLANÈTE DE L’ÉQUATION

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Le tsunami au Japon l’année dernière, l’ouragan Sandy sur la côte Est des États-Unis, aujourd’hui, la nature se rappelle à notre bon souvenir, mais non plus une nature extérieure à ce que nous sommes : une nature que nous modifions par notre présence brouillonne et envahissante. Un ouragan à New York, est-ce la nature toute seule ou la nature un peu poussée par nous ? Un tsunami au Japon, c’est bien la nature toute seule (en attendant un tsunami dans un lac provoqué par l’exploitation du gaz de schiste), mais des centrales nucléaires bâties sur des failles sismiques, c’est bien nous, décidant d’ignorer la manière dont notre planète est faite.

Un débat a lieu en ce moment sur le blog à propos du nucléaire civil et il est vrai que le nucléaire sur le papier, c’est formidable ! mais sur une vraie planète avec des tremblements de terre, des ouragans, des tsunamis, sans oublier des êtres humains admirateurs de Milton Friedman, pour qui une firme travaille uniquement pour le profit de ses actionnaires, c’est une tragédie planétaire qui menace en permanence.

L’image du soliton dévastateur dont j’ai fait le fil conducteur de Misère de la pensée économique (2012), semble frapper les esprits. Le deuxième élément de sa combinaison mortifère, c’est la complexité que nous avons cessé de maîtriser, le troisième, c’est la machine à concentrer la richesse que nous plaçons avec enthousiasme au coeur de nos systèmes économiques et financiers, mais le premier, c’est la manière dont nous prétendons ignorer la planète que nous habitons, et notre destinée d’animaux colonisateurs et opportunistes (pp. 64-71) : notre comportement détruit la planète que nous habitons, qui par nature est déjà beaucoup moins clémente que nous n’aimons l’imaginer. Le retour du refoulé est toujours douloureux. Ou pire encore.

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PRINCIPES DES SYSTÈMES INTELLIGENTS (1989), chapitre 2, réédition en librairie le 23 novembre

Pour signaler hier la réédition prochaine de Principes des systèmes intelligents (1989) aux éditions du Croquant, j’ai reproduit son introduction. Je ne sais pas si je mettrai en ligne en feuilleton la totalité des chapitres du livre, quoi qu’il en soit, voici le second, où je réponds avec vingt-trois ans d’avance, à certaines des objections qui m’ont été faites hier au seul vu de l’Introduction de 1989.

2. Principes des systèmes intelligents

La fonction d’un principe est de définir un cadre général, plutôt que de s’attarder sur les particularités de telle ou telle variété de système. « Systèmes intelligents », pour borner le domaine dont on parle, soit – et en deux mots pour commencer – une famille de systèmes informatiques, interactifs, en temps réel et dispensant à un utilisateur une information que celui-ci juge éclairante : utile et pertinente.

Il y a mille et une façons de caractériser un système intelligent : une définition envisageable est qu’il s’agit d’un système interlocuteur susceptible de jouer vis-à-vis de son utilisateur le rôle de collaborateur intelligent. Tout ce qui existe aujourd’hui en matière de systèmes experts, de bases de données multimédias, d’interfaces sophistiquées en langues naturelles, de systèmes de reconnaissance de forme et de systèmes d’apprentissage, semble couvert par une telle définition.

Le mot « principe » suggère un pas fait en arrière, une certaine distanciation, un regard critique par rapport à la simple description. Autrement dit, une perspective épistémologique qui ne prend pas pour argent comptant l’approche courante, mais s’interroge aussi sur le comment et le pourquoi des catégories, des stratégies et des finalités.

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L’actualité de la crise : VOYAGE AU CENTRE DE LA PLANÈTE FINANCE, par François Leclerc

Billet invité.

Tandis qu’en surface le marché interbancaire semble s’apaiser et que les fonds monétaires américains reviennent faire leur marché en Europe après s’être évanouis, certains s’installent déjà dans cette accalmie en oubliant que la BCE, qui en est à l’origine, a elle-même tracé les limites de ce qu’elle pouvait faire. Mais le système financier est ainsi fait que ce qui règne en haut ne répond pas toujours à ce qui se développe par en-dessous. Une petite exploration n’est pas de trop.

Par les temps qui courent, on s’arrache le collatéral (les actifs apportés en garantie) et les banques raclent les fonds de tiroir ! Les banques centrales l’amassent en contrepartie de leurs prêts aux banques, les investisseurs privés en réclament pour souscrire aux émissions obligataires, tandis que les régulateurs exigent que prochainement les banques en disposent suffisamment pour faire face à un coup de tabac. Mais le tout n’est pas seulement d’en avoir en quantité suffisante, mais aussi qu’il soit considéré de qualité adéquate pour remplir sa fonction de garantie, ce qui suppose d’en apprécier la valeur potentielle et donc le risque qu’elle recèle. Or cette perception a changé du fait de la crise, la donne a été bouleversée.

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PRINCIPES DES SYSTÈMES INTELLIGENTS (1989), réédition en librairie le 23 novembre

La survie de l’espèce sera officiellement en librairie le 2 novembre. Le 23, paraîtra la réédition aux Éditions du Croquant de Principes des systèmes intelligents. Cela me fait très plaisir : c’est celui parmi mes livres, qui contient le plus d’« invention » proprement dite. Je vous en ai déjà présenté l’Avant-propos 2012, le texte du livre lui, n’a pas été modifié, en voici l’Introduction.

Introduction

La capacité de l’ordinateur à traiter de l’information en quantité considérable joue aujourd’hui un tour à l’intelligence artificielle : en ne forçant pas – ou quasiment pas – à restreindre la taille des projets, ni dans le nombre des données stockées ni quant à la complexité des algorithmes conçus pour les traiter, elle autorise aujourd’hui à ignorer l’ancien souci d’économie. Or, la nécessité d’économiser les moyens fut toujours mère de l’ingéniosité.

Les problèmes posés par la conception de systèmes intelligents ne sont pas simples – faute surtout d’une théorisation qui permette de les concevoir clairement. C’est pourquoi il est impératif de contenir la complexité et la complication des solutions autant que faire se peut, sans quoi l’homme perd la maîtrise d’un outil dont il ne domine plus le concept et que toute tentative de modification conduit à la dégradation gracieuse ou le plus souvent, disgracieuse.

C’est le souci d’économie qui oblige à s’interroger sur le degré de complexité et le degré de complication acceptés comme allant de soi dans les projets d’intelligence artificielle. « Tout programme qui modélisera avec succès ne serait-ce qu’une petite partie de l’intelligence sera intrinsèquement massif et complexe » affirme une préface à la collection « The MIT Press Series in Artificial intelligence » dirigée par Winston et Brady. S’agit-il là d’une loi nécessaire ou d’une observation portant sur les projets réalisés jusqu’ici? Autrement dit, des solutions plus simples ont-elles jamais été envisagées, ou bien la difficulté apparente des questions a-t-elle fait croire que la complication et la complexité des réponses seraient des maux
nécessaires ?

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LA SURVIE DE L’ESPÈCE – LE FEUILLETON (VI)

Il en a été question ici pour la première fois en août 2010, et La survie de l’espèce paraît le 2 novembre sous la double enseigne Futuropolis et Arte. Deux ans de travail pour Grégory Maklès, et pour moi-même. On a l’habitude de dire pour l’un : « dessinateur », et pour l’autre : « scénariste ». On s’aperçoit bien vite qu’il s’agit d’une simplification abusive et que les deux doivent impérativement maîtriser à la fois la mise en scène et l’adaptation. Prendre des bouts de mes billets ou de mes livres, et les « illustrer » n’aurait rien donné, il fallait faire une vraie BD ou un « récit graphique » comme on dit aujourd’hui quand on veut souligner qu’il ne s’agit « pas seulement d’une histoire pour les gosses ».

Cette sixième livraison reprend les toutes premières planches et les aficionados aimeront comparer l’avant et l’après grâce à la magie de l’URL.

Cliquez sur les pages pour les voir au format de la BD.

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BRUSSEL DEZE WEEK, Ethisch bankieren is hot, le 24 octobre 2012

L’article se trouve aux pages 6 et 7.

Avec une photo de la très douée Saskia Vanderstichele :

 
Le texte de l’entretien avec Arthur Debruyne :

 « Ethisch bankieren is hot »

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Chaire « Stewardship of Finance », leçon inaugurale : Why Stewardship of Finance?, le 4 octobre 2012

Le texte de la leçon inaugurale de la chaire « Stewardship of Finance », que j’ai donnée à la Vrije Universiteit Brussel, le 4 octobre 2012.

Why Stewardship of Finance?

When in the Autumn of 2011 I was first approached by Michel Flamée on behalf of the Vrije Universiteit Brussel about the chair I’m privileged to speak from today, the question of how it would ultimately be called was still undecided. The Flemish phrase used in the early discussions was “ethisch financieren”: financing in an ethical manner.

“Ethical finance”, “responsible finance”, “sustainable finance”, so many different phrases have been used to name chairs with similar intent as this one. The difficulty I see however with such ways of speaking is that they have been used in the past sometimes as mere euphemisms when referring to investors in search of a good conscience in the choice of an investment out of a mere concern for political correctness.

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L’actualité de la crise : USAGES ET ARGUMENTS DANS LE BEAU MONDE, par François Leclerc

Billet invité.

Regroupant la quasi totalité des entreprises françaises du CAC 40, les membres de l’Association française des entreprises privées (Afep) ne manquent pas d’aplomb. Dans un appel à François Hollande paru dans le Journal du Dimanche, ils proposent leur version optimisée du « pacte pour la croissance et l’emploi ». Elle consiste à préconiser que l’Etat réalise dans les 5 prochaines années 60 milliards d’euros d’économies. Ils demandent une baisse des cotisations sociales de 30 milliards d’euros en deux ans en faveur des entreprises, visant les salaires moyens et financée par un relèvement à 21% de la TVA ainsi qu’une baisse des dépenses publiques. Auquel s’ajouterait une baisse de l’impôt sur les sociétés, au prétexte d’une remise à niveau européenne. Il est parallèlement proposé de débloquer le dossier du gaz de schiste, afin de judicieusement réduire notre production de CO2 et notre exposition au nucléaire, et d’en faire autant de la facture énergétique des entreprises (ce qui n’est pas mentionné).

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TU N’AS RIEN VU À FUKUSHIMA

Je lis les comptes d’apothicaire auxquels se livrent certains d’entre vous pour tenter de comparer les risques que font courir aux populations, d’une part le nucléaire civil et d’autre part d’autre secteurs, tels que l’aviation civile, et je découvre avec désespoir bien que sans surprise, refaites à cette occasion, les mêmes erreurs que celles qui affligent la finance et dont je viens de faire un relevé partiel dans Misère de la pensée économique (2012).

Premier type d’erreur : tirer correctement des conclusions qui s’avéreront fausses parce que le modèle est faux. Exemple : la transposition de la logique assurantielle dans la titrisation (pp. 118-134). Deuxième type d’erreur : tirer des conclusions fautives d’un modèle correct. Troisième type d’erreur : tirer incorrectement des conclusions d’un modèle lui-même faux. Exemple : le modèle de Black-Scholes de valorisation des options (pp. 96-104).

Je n’ai pas donné d’exemple du deuxième type dans Misère de la pensée économique : tirer des conclusions incorrectes d’un modèle satisfaisant. En voici un : le VaR (Value at Risk : montant exposé à un risque), modèle statistique permettant d’associer pour un portefeuille d’actifs, un niveau de pertes à la probabilité qu’une perte de ce niveau sera un jour essuyée. Erreur ici – répandue dans toute la profession financière – le niveau de pertes associé à la probabilité qu’elle soit subie un jour est interprété comme un niveau maximum alors que le modèle implique qu’il s’agit au contraire d’un niveau minimum.

Je vais rendre ceci plus explicite par une illustration. Probabilité d’occurrence : un jour sur mille pour la firme Acmé ; pertes : 5 millions d’euros.

Interprétation commune de la VaR : il existe une chance sur mille pour la firme Acmé de subir un jour quelconque une perte de 5 millions d’euros. Commentaire : « Une chance sur mille de perdre 5 millions… bof ! ».

Interprétation correcte : il existe une chance sur mille pour la firme Acmé de subir un jour quelconque une perte d’au moins 5 millions d’euros – le montant réel se situant entre 5 millions et un maximum plafonné seulement par le total des avoirs de la firme Acmé. Commentaire : « Euh… vous êtes tout à fait sûr ? »

Passons provisoirement à la comparaison avec les accidents d’avion. Combien de morts possibles dans un accident d’avion ? Tous ceux qui sont dans l’avion, plus la population maximale des quatre pâtés de maison les plus peuplés de la ville la plus peuplée du monde sur lesquels l’avion pourrait s’écraser. Allez, à la louche, ne soyons pas chien : 5.000.

Combien de morts possibles si la piscine du réacteur N°4 à Fukushima venait à se vider de son eau ? L’équivalent de 5.000 bombes de Hiroshima affirme un expert japonais. Ne soyons pas chien ici non plus, admettons qu’il soit un exagérateur notoire, et disons à la louche : 1.000 bombes de Hiroshima. Plus, toute la crasse qui se retrouvera comme radioactivité dans l’air et dans l’eau (mais ira heureusement s’arrêter au bord des frontières nationales LoL).

On l’a vu durant les premières semaines qui ont suivi l’accident à la centrale de Fukushima : les bonnes dispositions de la nature humaine font qu’elle raisonne toujours en termes de « ce ne sera jamais aussi pire que… », en l’occurrence, on s’en souvient, « pire que Tchernobyl ». On a vu ce qui s’est passé en réalité. La mémoire de l’espèce est courte malheureusement, sans quoi le critère de comparaison devrait plutôt être, par exemple, l’impact d’un astéroïde qui a conduit à la disparition des dinosaures.

Un jour sur un million, les pertes humaines dues à une catastrophe nucléaire sont d’un million de morts. (Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima : trois accidents sur 12.000 jours).

Interprétation commune : il existe une chance sur un million pour la planète Terre de subir un jour quelconque du fait d’une catastrophe du nucléaire civil, une perte de un million d’habitants. Commentaire : « Une chance sur un million de perdre un million d’habitants… bof ! ».

Interprétation correcte : il existe une chance sur un million pour la planète Terre de subir un jour quelconque une perte d’au moins un million d’habitants – le chiffre réel se situant entre un million et un maximum déterminé par la population totale du globe. Commentaire : « Euh… vous êtes tout à fait sûr ? ».

Ce ne sont pas les un sur un million qui doivent retenir l’attention (l’astéroïde qui nous a débarrassés des dinosaures est bien tombé après tout) mais le nombre maximum des victimes, et là, il n’y a aucune comparaison possible entre les accidents d’avion et ceux potentiellement dus aux accidents nucléaires.

Ce n’est pas nécessairement la probabilité d’accident qui est trop élevée (encore que des manches comme la direction de la firme Tepco, nous en connaissons tous), c’est le nombre maximum de morts, à savoir dans ce cas-ci, sept milliards. Et la conclusion, c’est que le nucléaire civil n’est pas compatible sur le long terme avec l’existence de l’espèce humaine à la surface de la planète Terre. C’est tout, et aucun coupage de cheveux en quatre s’appuyant sur des modèles mathématiques mal bâtis et/ou mal compris n’y changera jamais rien.

Lui : Tu n’as rien vu à Fukushima. Rien.

Elle : J’ai tout vu. Tout…

 

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L’actualité de la crise : OÙ VONT-ILS CHERCHER TOUT
CELA ?
, par François Leclerc

Billet invité.

Dans la série, « ils peuvent encore parfois nous surprendre », ce sont deux économistes de la Banque des règlements internationaux (BRI) qui attirent aujourd’hui notre attention. Celle-ci a en effet publié un papier de Stephen G. Cecchetti et Enisse Kharroubi, daté de juillet 2012 et resté malencontreusement méconnu jusqu’à ce jour, dont le titre est parfaitement explicite : « Réévaluer l’impact de la finance sur le croissance ».

Une précision s’impose avant d’entrer dans le vif du sujet : comme il est de coutume, un avertissement précède le document qui prévient le lecteur que celui-ci ne reflète pas nécessairement le point de vue de la BRI (sans toutefois l’exclure !). Enfin, pour ceux qui ignoreraient encore ce qu’est cette noble et mystérieuse institution qui gagne à être connue, la BRI est généralement présentée comme « la banque centrale des banques centrales » par les journalistes qui s’estiment ainsi quitte. On en retient que c’est quelque chose de très important et d’assez inexplicable et on en reste généralement là. Erreur, nous allons voir pourquoi !

Afin de rester fidèle aux propos de leurs auteurs, étant donné leur caractère passablement iconoclaste, mieux vaut citer l’abstract qu’ils ont eux-même rédigés, traduit par mes soins : « Cet article examine comment la financiarisation affecte la croissance globale de la productivité. Nous basant sur un échantillon d’économies développées et émergentes, nous montrons d’abord que le niveau de financiarisation n’est positif que jusqu’à un certain point, après quoi il devient un frein à la croissance. Deuxièmement, l’accent étant mis sur les économies avancées, nous montrons qu’un secteur financier en forte croissance est préjudiciable à la croissance globale de la productivité. »

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CELA ?
, par François Leclerc

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FUKUSHIMA : UN SERVICE APRÈS CATASTROPHE À L’IMAGE DU RESTE, par François Leclerc

Billet invité

D’une catastrophe nucléaire à la suivante, le scénario est immuable : la pollution radioactive est minimisée, les mesures officielles sont ensuite mises en question, la confusion s’installe et des populations entières vivent, respirent et mangent sans savoir à quoi elles sont exposées et ce qu’elles ingèrent. Au Japon, cela a contribué à ce que s’installe une profonde crise de confiance dans des autorités politiques soumises à la pression des intérêts de l’industrie électronucléaire et présumées leur complice en raison de liens étroits qui ne se sont pas démentis.

Premier sujet de préoccupation : les eaux contaminées de la centrale de Fukushima fuient dans l’océan, et l’histoire de leur parfaite dilution est une fable. Si le niveau de radioactivité des poissons pêchés sur la côte Est reste « dans la vaste majorité des cas » en dessous des normes officielles, mais néanmoins élevée, 40% des poissons pêchés au large de la centrale ne sont pas comestibles, selon les mêmes normes, d’après une étude américaine publiée par la revue Science. Selon Ken Buesseler, un chercheur de l’Institut océanographique de Woods Hole, aux États-Unis, « nous avons surtout besoin de mieux comprendre les sources de césium et d’autres radionucléides qui continuent à maintenir ces niveaux de radioactivité dans l’océan au large de Fukushima ». Car, pour le reste, la contamination ne peut qu’être constatée et ce, vingt mois après le démarrage de la catastrophe.

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