PRINCIPES DES SYSTÈMES INTELLIGENTS (1989), réédition en librairie le 23 novembre

La survie de l’espèce sera officiellement en librairie le 2 novembre. Le 23, paraîtra la réédition aux Éditions du Croquant de Principes des systèmes intelligents. Cela me fait très plaisir : c’est celui parmi mes livres, qui contient le plus d’« invention » proprement dite. Je vous en ai déjà présenté l’Avant-propos 2012, le texte du livre lui, n’a pas été modifié, en voici l’Introduction.

Introduction

La capacité de l’ordinateur à traiter de l’information en quantité considérable joue aujourd’hui un tour à l’intelligence artificielle : en ne forçant pas – ou quasiment pas – à restreindre la taille des projets, ni dans le nombre des données stockées ni quant à la complexité des algorithmes conçus pour les traiter, elle autorise aujourd’hui à ignorer l’ancien souci d’économie. Or, la nécessité d’économiser les moyens fut toujours mère de l’ingéniosité.

Les problèmes posés par la conception de systèmes intelligents ne sont pas simples – faute surtout d’une théorisation qui permette de les concevoir clairement. C’est pourquoi il est impératif de contenir la complexité et la complication des solutions autant que faire se peut, sans quoi l’homme perd la maîtrise d’un outil dont il ne domine plus le concept et que toute tentative de modification conduit à la dégradation gracieuse ou le plus souvent, disgracieuse.

C’est le souci d’économie qui oblige à s’interroger sur le degré de complexité et le degré de complication acceptés comme allant de soi dans les projets d’intelligence artificielle. « Tout programme qui modélisera avec succès ne serait-ce qu’une petite partie de l’intelligence sera intrinsèquement massif et complexe » affirme une préface à la collection « The MIT Press Series in Artificial intelligence » dirigée par Winston et Brady. S’agit-il là d’une loi nécessaire ou d’une observation portant sur les projets réalisés jusqu’ici? Autrement dit, des solutions plus simples ont-elles jamais été envisagées, ou bien la difficulté apparente des questions a-t-elle fait croire que la complication et la complexité des réponses seraient des maux
nécessaires ?

Les projets les plus ambitieux de systèmes intelligents (on pense à l’exemple d’EURISKO de l’équipe de Douglas Lénat; Lénat 1980) s’efforcent d’intégrer conjointement le corpus complet de la langue sous ses aspects syntaxique et sémantique, le système entier de la logique et l’ensemble du sens commun. Les coûts et les difficultés rencontrées par des entreprises de ce type ont conduit des groupes concurrents à s’interroger sur l’existence éventuelle de raccourcis qui permettraient à des équipes moins nanties de rivaliser avec les plus grandes. L’auto-organisation apparaît comme la formule magique qui permettrait d’opérer ces raccourcis fabuleux, et le succès dans l’opinion du groupe Parallel Distributed Processing doit beaucoup aux espoirs d’économie en moyens qu’il a fait naître.

Que l’homme pense à l’aide de son cerveau est une vérité aujourd’hui établie et une réflexion portant sur l’auto- organisation s’est rapidement interrogée sur les capacités émergentes des réseaux de neurones. Que l’homme pense à l’aide des mots de sa langue est une vérité non moins établie. Mais pourrait-on élucider le mécanisme des mots comme on élucide celui des neurones ? Les mots semblent immatériels, et bien qu’il n’y ait que nous, êtres humains, pour les prononcer, ils nous paraissent extérieurs à nous- mêmes. On s’est sans doute laissé fasciner par le fait que l’auto-organisation puisse émerger de cellules indifférenciées telles que les neurones formels, et l’on en est venu à oublier qu’elle peut émerger bien plus aisément encore d’unités spécialisées. Or, les mots ne sont rien d’autre: chacun d’entre eux tient son rôle, incomparable : sa signification, et de sa combinaison avec d’autres naissent autant de significations originales, qui sont des multiplications de sens davantage que des additions.

Nous pensons aux mots comme à des outils dont nous disposons et qui ne seraient rien si nous ne les pliions à nos objectifs. C’est oublier qu’ils nous préexistent, que nous naissons au sein d’un univers de mots sur lequel notre pouvoir est minime voire inexistant. Une espèce sans langage est une espèce dont l’histoire se résume à son évolution biologique. L’histoire humaine est une histoire de paroles échangées : paroles heureuses et paroles malheureuses, bénédictions et malédictions, aussi nécessaires à rétablir la paix qu’à initier la guerre.

Ce qui ne veut pas dire que les mots recèlent un pouvoir magique – sans les hommes pour les échanger, ils ne sont rien – mais leur existence et leur évolution au cours des dizaines de millénaires accompagne l’adaptation lente d’une espèce inventive à un environnement double- ment hostile : d’une part du fait de la Nature où l’homme regroupe tout ce qu’il exclut de sa proximité familière et d’autre part du fait des autres hommes dont la fréquentation est toujours périlleuse.

Mais, dira-t-on, cette lente adaptation de l’homme à son monde résulte du fait que l’homme pense et non tellement du fait qu’il parle. Et si les mots suffisaient à penser ? Et si la pensée émergeait d’elle-même d’un univers de mots soumis à des contraintes? Autrement dit, et si la pensée résultait de l’auto-organisation d’un univers de mots ?

C’est cette dernière hypothèse qui sera explorée ici, comme l’éventualité d’un raccourci vers l’intelligence artificielle. Concevoir le comportement intelligent d’un système informatique comme la production d’un discours cohérent résultant de l’exercice dynamique de contraintes sur un espace de mots, voilà qui mérite sans doute examen : si la voie devait se révéler féconde, les bénéfices seraient considérables et si elle devait s’avérer stérile, il ne pourrait plus être dit qu’un raccourci plausible a été ignoré sans examen. Cette voie n’est pas sans présenter ses propres difficultés, mais elle possède cet avantage considérable, par rapport aux sentiers déjà battus, de mobiliser pour son exploration un savoir disponible mais que la recherche en intelligence artificielle n’a pas encore pensé à pleinement consulter.

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27 réflexions sur « PRINCIPES DES SYSTÈMES INTELLIGENTS (1989), réédition en librairie le 23 novembre »

  1. au début il y avait « le verbe » ! (c’est une récidive). Mais les mots sont le flux de la pensée verbalisée pour la communiquer, il y a une profonde interdépendance des mots et des pensées.

  2. Voilà des prémisses originales et stimulantes : on va lire ça !

    L’objection qui vient immédiatement à l’esprit, c’est que votre approche écarte, par son principe même, les formes de pensée intelligentes qui se passent des mots, la pensée animale intelligente, par exemple, mais aussi l’intelligence humaine non verbale. Vous pourriez affirmer que ces dernières n’existent pas, mais je pense, quant à moi, que vous ne pourriez le faire que par une restriction drastique du sens que l’on accorde généralement au mot intelligence.

    On peut penser que l’intelligence est une qualité de pertinence ou d’adaptation qui présente un spectre continu, depuis l’amibe jusqu’aux plus doués des hommes (non, pardon : jusqu’aux plus douées des femmes! 😉 ). Le langage représente certainement un ressaut dans cette continuité, et aussi une bifurcation, à partir de laquelle on doit considérer qu’une partie de l’intelligence appartient au groupe culturel, et survit à l’individu. Mais affirmer qu’il s’agit d’une discontinuité, que l’intelligence avec langage est seule à mériter ce nom, revient, selon moi, à adopter un point de vue « anti-copernicien ».

    En fait, c’est votre titre qui me fait tiquer, parce qu’il suppose une forme d’universalité. Si j’ai bien compris votre introduction, vous auriez peut-être du écrire « Principes des systèmes de langage intelligents ».

    Mais si l’on parle de systèmes de langage intelligents, une autre objection saute à l’esprit : les mathématiques ont produit des langages formels, qui se prêtent au traitement informatique automatique, et à partir desquels on a déjà réalisé une partie de votre programme. La dynamique d’auto-assemblage des symboles d’un langage formel a été largement explorée, me semble-t-il. Pour autant, les produits peuvent-ils être qualifiés « d’intelligents » ?

    L’intelligence ne suppose-t-elle pas une confrontation à la contingence du « réel », à l’expérience ? Y a-t-il une autre façon de produire du sens ?

  3. « ….et si la pensée résultait de l’auto-organisation d’un univers de mots ? »

    C’est tentant comme hypothèse, mais les neurobiologistes nous apprennent que la conscience prend sa source dans la représentation du corps dans le monde, via les sensations (visuelles, auditives, olfactives… mais aussi somesthésiques; pression sanguine, température, satiété, concentrations hormonales, tensions musculo-squelettiques…)
    C’est l’ensemble de ces signaux qui constituent le socle de la représentation du Soi, et la représentation du Soi est elle-même la condition nécessaire à l’émergence de la conscience.

    Dès lors, peut-on envisager un langage sans conscience, c’est à dire sans un corps sensible ?
    Ce n’est pas ce que pensent des neurobiologistes comme Damasio par exemple (cf « Le sentiment même de soi » chez Odile Jacob)

    On pourrait même renverser la proposition: et si l’univers des mots résultait de l’auto organisation de la pensée ?
    La pensée étant entendue comme la manifestation de la conscience étendue en action, c’est à dire l’ensemble des processus verbaux et non-verbaux qui permet au cerveau de se re-présenter le Soi dans l’espace et dans le temps, en mobilisant les structures de la mémoire autobiographique, la mémoire de travail, de l’attention, et (mais pas nécessairement) du langage.
    N’oublions pas que le langage est une apparition tardive dans l’histoire de l’humanité et donc la question que vous posez

     » Et si les mots suffisaient à penser ? »

    résulte peut-être d’une illusion qui nous ferait prendre la conséquence pour la cause.

  4. « Gödel, Escher, Bach » : Les Brins d’une Guirlande Éternelle (1979), de Douglas Hofstadter…

    1) La complexité est faite d’éléments simples, par exemple une étude de Chopin.

    2) Il y a pas mal de circuits neuronaux qui s’occupent de covariations, exemple, gérer la perception du paysage qui défile de chaque côté du regard (perspective).

    y = f(x), telle est la loi des prophètes. Même le poisson-archer l’applique.

    Ca me rappelle un film polonais, que je n’ai jamais pu retrouver, « La constante », de Krzysztof Zanussi.

    http://www.imdb.com/title/tt0080561/

     »What you can compute ceases to be a mystery, »

    Nous sommes comme un point qui varie sur y en fonction de t, ou ce qu’on dira dépend de l’humeur au cours de la matinée (Do Androids Dream of Electric Sheep ?).

    1. y = f(x)

      Je ne me lasse pas de relayer ce lien, cité sur ce blog il y a quelques mois :
      La révolution bayésienne en sciences cognitives
      Cycles de conférences au Collège de France, par Stanislas Dehaene. Comme il l’explique dans son introduction, les sciences cognitives ne s’attendaient pas à voir surgir une théorie générale s’appliquant à son champ… Celle-ci vous propose une explication de la correction de la réfraction qu’opère le poisson-archer, mais aussi du mécanisme de l’induction, de l’apprentissage du langage chez l’enfant, des illusions visuelles, de la sous-estimation des risques péjoratifs, etc…

      1. L’auto adaptation du caméléon à son environnement n’est pas une faculté cognitive que je saches. Son étude peut t’elle servir à autre chose qu’a la conception de robots?
        Il faudrait s’entendre sur ce qui signifie le mariage sémantique d’intélligence et d’artificielle, me semble t’il.

        y=f(x) établit un rapport entre les concepts x et y préalablements définis, mais il y a dans le signe = un degré de créativité cognitive, pour faire simple : un raisonnement

  5. Houlà, comme vous y allez…

    A votre place je me renseignerai sur les travaux de gens comme Varela…
    Cette direction n’en n’est pas une.
    Les mots sont des carrefours, ils ont plusieurs entrées, fort différentes selon les langues…

    Bizarre idée

  6. La pensée trouve les mots , les mots forment la pensée ?

    « Le mot

    Ce mot était inconnu
    Inconnu de ceux qui déjà
    s’étaient gonflés d’encre
    puis répandus sur tous les parchemins.
    Sa sonorité semblait celle d’un essaim d’e muets.
    Il n’avait jusqu’alors été fil d’aucun discours,
    d’aucune pensée,
    et son inexistence n’avait jusqu’à présent
    effiloché aucun texte.

    Était-il nom ?
    Ou verbe ?
    Ou n’avait-il pas encore choisi ?
    Entre nom suspendu dans le vide sémantique
    et verbe encore à l’infinitif.

    Sourd à toute apostrophe,
    rebelle à toute ponctuation,
    insoumis au grand ordre alphabétique,
    allergique aux marches forcées des alexandrins,
    inapte même à s’enrôler dans la moindre phrase
    (même la plus licencieuse quant à la grammaire)
    il restait là,
    souriant au milieu d’un silence gêné,
    quêtant le sens de sa vie. »

    in « Épure en âge d’incarnation » –

  7. Je trouve ces citations de Nicolas Boileau particulièrement pertinentes

    « Avant donc que d’écrire, apprenez à penser »

    « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
    Et les mots pour le dire arrivent aisément »

    Mais, en même temps, on peut aussi bien les lire à l’envers :

    Avant donc de penser, apprenez donc à écrire (apprenez donc la signification des mots et à les combiner entre eux pour créer un discours cohérent)

    Ce que l’on énonce bien se conçoit clairement
    Et les idées qui se forment arrivent plus aisément

    Syntaxe et sémantique, signifiant et signifié ? une sorte de machine à penser à mouvement perpétuel et vases communicants.

  8. L’élan intérieur qui fait s’interroger fait un choix machinal de bifurcation et vient se loger entre les rails de la langue. « C’est dans le mot que nous pensons ». Oui, cependant Hegel suggère une dimension de la pensée très réduite, bien que sophistiquée, celle de la pensée conceptuelle, analytique. Dans d’autres traditions elle est beaucoup plus universelle (pour les moines bouddhiste saigner du doigt est une manifestation de la pensée, pour le zen, la base de l’activité mentale ne réside ni dans la pensée consciente ni dans l’égo). Si les mots permettent une pensée ordonnée, qui n’est jamais qu’une petite partie de la pensée, c’est dans les mots que nous restons la plupart du temps, liés par leur pouvoir évocateur. Christian Bobin : « On avait dressé un écriteau en lettres rouges au-dessus de la cage : loups de la région de Cracovie. Les gens étaient plus effrayés par la pancarte que par la bête assoupie au fond de la cage. Mais ils étaient contents, ça leur suffisait comme preuve. Ce sont les noms qui font peur. Les choses sans les noms ce n’est rien, pas même des choses » (la folle allure). Les abstractions et les symboles réduisent l’expérience en unités suffisamment simples pour être manipulables une à une, ce faisant le sens intime et global de celle-ci est perdu. Ce n’est pas dans les mots que j’éprouve les sensations et les intuitions. Lorsqu’ils sont dits ou pensés, les mots expriment le symbole de la chose qu’ils représentent, et suggèrent l’arrière-plan qui donne vie à cette chose (le non-dit de la langue par exemple) et sans lequel le symbole n’est pas compréhensible. La langue détermine ce qui doit être communiqué en l’évoquant en creux et si ce creux est compris, via le symbole, par une communauté humaine c’est que celle-ci expérimente le même arrière-plan. Ce que disent les mots est aussi dans leurs liaisons, c’est-à-dire dans un vide apparent, et ce qui est dit vient aussi de cette absence délimitée par eux. Sans absence de sens, il n’y a pas de sens, voilà qui est étrange. Ce n’est pas moins étrange que de parler des mots au moyen d’autres mots, comme si un panneau indicateur pouvait être son propre objet. Le symbole, raccourci pratique permettant de penser plus rapidement, n’a d’utilité que par les liens invisibles qui lui donnent sens en le reliant à un environnement. Même le symbole mathématique, qui semble pouvoir exister de manière autonome en se satisfaisant des règles de cohérence, épurées de la matière et de l’affect, qui le relient à d’autres symboles de même nature, reste subordonné au contexte qui la vu naître : l’intellect du mathématicien qui, lui-même, est une partie de cet environnement fait de matière, de sensations et d’affects. Que la règle soit formelle, abstraite, ne signifie pas que le terreau qui l’a vu naître ne soit toujours pas là, en arrière-plan, déterminant. Un autre aspect de la langue est sa dynamique, et comme la musique, c’est la création d’un temps. La nature dynamique de ce support d’expression implique obligatoirement i) une projection, ii) une projection dans une dimension irréelle (futur), iii) le risque permanent de se clore sur lui-même en développant des constructions auto-prédictives car répétitives . Alan W. Watts : « […] les philosophes occidentaux constatent toujours avec regret qu’ils ne peuvent penser en dehors de certaines ornières bien tracées, et, quels que soient leurs efforts, leurs nouvelles conceptions ne sont que des reprises de notions anciennes […], et il est impossible d’aborder d’autres concepts sans faire appel aux termes consacrés ». C’est cette musique du temps (quelle que soit la « musique ») qui permet de créer des mondes. D’une certaine manière, le monde désiré finit, à force d’efforts, par devenir une forme de monde apparent. Comme les mots, ce monde reste ambivalent, à la fois familier et rassurant, et inquiétant, jamais achevé, imprévisible. Le mouvement projectif ne s’interrompt que lorsque l’esprit revient dans le réel, c’est-à-dire dans une dimension sans temps. La structure de la langue, sa nature (création d’un temps) ne cesse de poser au penseur qui parle en pensée la question du devenir, puis de la finitude : un « ailleurs » est sans cesse recherché comme malgré soi puisque cet ailleurs est structurellement inscrit dans la nature projective de la langue. Cette nature ne peut donner une réponse que formelle aux questions formelles et l’identification de l’être à la structure de la langue (ou aux pensées) finit par confondre l’impossibilité pour une structure de devenir autre chose qu’elle-même avec l’impossibilité pour l’être d’être. La langue pose la question, et la réponse donnée est la langue. Celui qui la pose voit d’abord le monde avec des mots et pour obtenir une réponse il interroge des mots. L’évocation peut dresser le paysage du domaine de l’être, mais c’est ce dernier qui l’habite, non le symbole.

    1. Il parait que des enfants qui ont appris jeunes une deuxième langue avec leur maternelle puissent avoir des atouts intéllectuels supplémentaires.

  9. Si le sujet vous intéresse, peut-être que le livre Penser avec la langue, disponible gratuitement en ligne et sur papier, vous intéressera aussi. (livre écrit par mon frère, mais ce n’est pas une objection !)

    1. Passionnant probablement pour qui a le temps de lire un moment .

      Dans la table des matières , pas de référence à la musique des mots .?
      Il faudra sûrement faire un tome 2

  10. Bonjour Paul,
    Comme un champ magnétique qui peut progressivement et insensiblement aller dans le sens contraire de celui du départ, l’assemblage différent dans un message de mêmes mots exprimant chacun un concept bien défini peut aussi exprimer le contraire du message initial, tout en gardant la cohérence grâce à la longueur elle-même du message introduisant la notion de temps, pour respecter l’harmonie. Les différentes branches de la science peuvent de même entrer en harmonie dans un même espace scientifique, tout comme les mots en s’assemblant, et sans doute aussi les hommes dans l’humanité. L’espèce pourrait de même aller progressivement et en paix dans une tout autre direction que celle de sa dérive suicidaire actuelle, tout en gardant sa cohérence et les pieds sur terre.

  11. @ PJ
    « Et si les mots suffisaient à penser ? Et si la pensée émergeait d’elle-même d’un univers de mots soumis à des contraintes? Autrement dit, et si la pensée résultait de l’auto-organisation d’un univers de mots ? »
    Einstein (celui de la relativité générale) et Thom vs Aristote (et Mach). La substance (désignée par un substantif) comme singularité de l’espace-temps (puis d’espaces de plus grandes dimensions) ou l’espace-temps émergeant d’un univers de mots désignant (déixis) la diversité du monde tel qu’il nous apparaît.
    « C’est cette dernière hypothèse qui sera explorée ici, » Thom explore l’autre hypothèse.

  12. Il part de l’unité pour aller à la diversité par différenciations successives, par déploiements successifs. Dans le cas du langage il part du cri initial du nourrisson; la première différenciation (maman, miammiam) correspondant à la reconnaissance de la mère par l’enfant, à la naissance de l’idée de la mère chez l’enfant, naissance associée à la catastrophe de pli. Thom est lamarckien, c’est la fonction qui crée l’organe et « la création de néologismes en est une illustration difficilement réfutable » (Toplogie et signification).
    Pour Thom l’aporie fondamentale des mathématiques est l’antagonisme discret-continu, « et cette aporie domine toute la pensée ». Pour lui le continu précède ontologiquement le discret (le paradoxe des Eléates ne disparaît qu’à cette condition).

    Pour moi c’est le fonctionnel qui donne sons sens au structurel. Thom: « D’énormes progrès dans le langage ont été faits quand l’homme a commencé à parler pour ne rien dire ». Quand le structurel a pris le pas sur le fonctionnel?

    PS: C’est du bâclé car j’ai à la maison une modératrice à coté de laquelle JA est une passoire… Mais je pense que vous voyez ce que je veux dire. Voir aussi ES p.245 (Matériel donc spatial) et p.211 (Il est curieux…). Pour Thom les maths ont été une lente reconquête du continu par le discret. Pour lui la topologie est à la géométrie ce que le signifié est au signifiant. Les matheux ont pris de l’avance…

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