Une explication « écono-territoriale » des Trente Glorieuses, par Timiota

Billet invité.

Il est courant de considérer les Trente Glorieuses avant tout dans un contexte historico-politique au sein de la montée inexorable des techniques (le « progrès »): la mise au pas d’une industrie et dune finance capitalistes qui certes assuraient de fortes croissances potentielles, mais venaient aussi d’accompagner deux Guerres Mondiales et la Grande Dépression.

De cette mise au pas, et d’un rapport de force rétabli entre travailleurs et capitalistes à la faveur de la peur du communisme, une grande redistribution des richesses, vers une large classe moyenne prospère, produisit des décennies de stabilité économique et de croissance, gommant rien moins que les secousses des indépendances des ex-colonies, ou que les doutes anti-consuméristes de 1968.

Je propose ici une vision complémentaire, basée sur des échelles spatiales et leur temporalité associées, ainsi qu’un « structuralisme de l’inégalité ».  Pour dire l’essentiel, des échelles momentanément ajustées entre politique et économie me semblent en effet une bonne clé d’explication aux Trente GlorSieuses .

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Massacres de SétifHier, par Zébu

Billet invité.

Hier s’est tenue une cérémonie en hommage aux victimes algériennes des massacres commis par les forces armées et les milices françaises en mai 1945 en Algérie, presque jour pour jour 70 ans après, et pour la première fois après de premières déclarations officielles en 2005 sur ces faits.

Plusieurs milliers d’Algérien(nes), selon les dernières estimations d’historiens, ont été assassiné(e)s en quinze jours, quand dans le même temps des dizaines d’Européens, dont parfois des partisans de la ‘troisième voie’ (communistes, résistants), furent massacrés.

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Certains vrais Prix Nobel n’ont rien à envier aux faux

Ouvert aux commentaires.

Pour me mettre de bonne humeur, je lis en ce moment les œuvres de Jacques Tardi consacrées à la Grande guerre.  😉

Je lis ainsi dans Putain de guerre ! 1917-1918-1919 (Casterman 2009), à la page 30 :

En décembre [1918], l’Allemand (*) qui avait mis toute sa science durant quatre ans, à rendre plus efficaces les gaz de combat allait recevoir le prix Nobel de chimie !

Nous nous plaignons amèrement ici des Prix Nobel d’économie attribués à des canailles (von Hayek en 1974, Milton Friedman en 1976), des margoulins (Becker en 1992) ou des faussaires (Scholes en 1997), supposant que la raison en est peut-être qu’il s’agit avec le Prix Nobel d’économie, d’un « faux » Nobel, en l’occurrence, d’un « Prix de la Banque de Suède à la mémoire d’Alfred Nobel », mais certains vrais Prix Nobel n’ont apparemment rien à envier aux faux. Sans compter  un fameux Prix Nobel de la paix attribué de manière prématurément anticipée en 2009…

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(*) Fritz Haber (1868 – 1934)

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Le temps qu’il fait le 23 janvier 2015

Sur Dailymotion, c’est ici.

L’effondrement

L’annonce de Mario Draghi à la Banque centrale européenne, le 22 janvier 2015

Blog de PJ : France Culture, Journal de 12h30, le jeudi 22 janvier 2015

François Roddier, Thermodynamique de l’évolution, Parole Editions 2012

Joseph A. Tainter, L’effondrement des sociétés complexes, Le retour aux sources (1988) 2013

Blog de PJ : LE NON-ÉVÉNEMENT DE LA BCE : AIDER CEUX QUI N’EN ONT PAS BESOIN, par François Leclerc, le 22 janvier 2015

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Keynes : « Lloyd George peut-il y parvenir ? » (1929)

« Can Lloyd George Do It ? » (Keynes et Henderson, 1929)

Créer un emploi en génère d’autres

« Can Lloyd George Do It ? » est un pamphlet publié en 1929, écrit conjointement par Keynes et Hubert Henderson (1890-1952), l’un des premiers étudiants de Keynes à Cambridge.

Ce texte de soutien à David Lloyd George est un peu inattendu si l’on pense à ce que Keynes avait écrit à propos du Président du parti libéral britannique dix ans auparavant, quand l’un de ses collègues à Cambridge lui avait conseillé de retirer du manuscrit de The Economic Consequences of the Peace (1919), la qualification de celui qui était alors Premier ministre en Grande-Bretagne, de « représentant de l’homme néolithique ».

Sur le plan de son argumentation, « Can Lloyd George Do It ? » est très faible, il s’agit en fait d’un simple effort de communication pour soutenir un manifeste du parti libéral intitulé « We Can Conquer Unemployment » : nous pouvons vaincre le chômage. Keynes a investi dans son pamphlet l’entièreté de son talent rhétorique, mais si l’on y trouve beaucoup d’effets de manche, on n’y trouve que très peu de preuves, si ce n’est des preuves par l’absurde.

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Le style de Keynes

Le ton de Keynes dans l’expression de ses pensées était bien particulier. Les Américains ont toujours craint de se voir « bamboozled » par lui : embobinés. Il existe une expression en anglais : « too clever by half », trop malin de moitié, qui semble avoir été faite pour lui.

Le style dans lequel Keynes écrit nous est connu alors que le style dans lequel il parlait nous est lui aujourd’hui essentiellement inconnu, si l’on excepte une vidéo d’une minute environ où Keynes lit un texte à l’occasion en 1931 de l’abandon définitif de l’étalon-or en Grande-Bretagne, une grande victoire pour lui comme nous avons eu l’occasion de le voir. Il existe cependant quelques endroits où l’on peut découvrir ce style : dans les retranscriptions de discussions auxquelles il participa. Je vais citer quelques passages de l’une de celles-ci pour tenter de communiquer au lecteur ce qui caractérisait le ton très personnel de Keynes.

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« Nous les Jorion… »

Les Jorion sont originaires d’un triangle formé de Tournai et Mons en Belgique et Valenciennes en France.

Un jour, quand j’étais gosse, mon père avait arrêté la voiture à Bon-Secours, un poste-frontière au centre de ce triangle, et avait montré à ma sœur et moi ébahis, que quoique nous voulions acheter, ce serait toujours à l’enseigne d’un « Jorion ».

Aujourd’hui Bon-Secours fait partie de l’agglomération de Péruwelz, mais si j’en crois Google, rien n’a vraiment changé.

Donc aucun doute sur où se trouvent les Jorion. Ce que leur nom veut dire est moins clair : « Ça a à voir avec Georges », nous disent doctement les généalogistes. Soit.

Quand il était question de Gaulois, mon père faisait invariablement la remarque : « Oui mais nous les Jorion, nous sommes des Francs ». Ah ?

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Keynes, un homme pour notre temps ?

Je termine ces jours-ci mon ouvrage consacré à une réflexion économique à partir de Keynes (à paraître chez Odile Jacob). Voici un extrait de la conclusion.

Keynes, un homme pour notre temps ?

Oui, certainement !

Mais si Keynes est un homme pour notre temps, c’est en raison du style qui était le sien bien davantage que pour le contenu intrinsèque de son œuvre. Et non parce qu’il avait fait du plein-emploi l’objectif seul qui permette de minimiser le dissensus au sein de nos sociétés, objectif qui nous est aujourd’hui clairement devenu hors de portée, puisque c’est lui précisément qui, dès 1930, nous avertissait de la menace du chômage structurel, quand il écrivait :

« Nous souffrons d’une nouvelle maladie dont certains de mes lecteurs n’auront pas même encore entendu mentionner le nom, mais dont ils entendront abondamment parler dans les années qui viennent – à savoir le chômage technologique. Ce qui veut dire le chômage dû au fait que nous découvrons des moyens d’économiser l’utilisation du travail à un rythme plus rapide que celui auquel nous parvenons à trouver au travail de nouveaux débouchés ».

Si son style peut nous inspirer davantage, c’est parce que l’édifice théorique qu’il a bâti de bric et de broc et non sans une grande désinvolture, est trop mal assuré pour nous être d’un grand secours.

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Puisque je reparle de Blois…

Ceux qui comme moi aux Rendez-vous de l’histoire de Blois passèrent la nuit dans cette bonne ville, furent invités à dîner au château. Celui-ci, comme vous pouvez le constater, arborait cette nuit-là ses couleurs d’apparat.

Blois 2

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L’économie aux rendez-vous de l’histoire : « Penser l’économie autrement », à Blois le 11 octobre 2014

Une salle comble, cela fait toujours très plaisir. Des personnes qui voulaient assister et qui se font refouler, faute de place, c’est beaucoup moins sympathique. Merci aux organisateurs d’avoir improvisé une solution pour que tous ceux qui voulaient être là puissent l’être.

Je n’ai jamais encore utilisé le mot « ferveur » pour caractériser mon auditoire lors d’une de mes conférences. Peut-être le mot est-il inadéquat, c’est lui pourtant qui me vient à l’esprit pour vous décrire, vous qui étiez là hier à Blois dans l’« amphi rouge ».

Au même moment dans la ville, un homme politique éminent, s’affirmant lui aussi de gauche, mais peut-être insuffisamment convaincant sur le plan des actes, se faisait accueillir m’a-t-on dit à son arrivée, par des sifflets. Durs moments pour nos démocraties !

Tout-à-l’heure, à 11h30, je participerai à la table-ronde « 1914 – 2014 », dans le même « amphi rouge ».

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 10 OCTOBRE 2014 (retranscription)

La retranscription de Le temps qu’il fait le 10 octobre 2014. Merci à Olivier Brouwer !

Bonjour, nous sommes le vendredi 10 octobre 2014. Et si vous habitez Bruxelles, vous pouvez m’entendre ce soir discuter, débattre, avec Vincent Decroly. Ça se passera au Botanique, ce sera après la projection d’un film que je n’ai pas vu, d’Henri Storck, mais Henri Storck, c’est le grand documentariste belge des années 40, des années 50, et ça doit être très intéressant. Il a fait un film très caustique sur les débuts de l’Europe : de l’Europe unie, Marché Commun et compagnie. Ça doit être très amusant, alors venez, et après, on débattra, Decroly et moi, sur ce sujet-là.

Et demain et après-demain, vous me verrez aux Rendez-vous de l’histoire à Blois. Je parle samedi, c’est à 17h30. Là je parle tout seul du bouquin que nous avons fait, Bruno Colmant, Marc Lambrechts et moi, et qui s’appelle : « Penser l’économie autrement », et qui provoque un grand débat en Belgique en ce moment. Et le lendemain, je ferai partie d’une table-ronde avec entre autres Jacques Mistral, Jean-Marc Daniel, Nicolas Baverez, sur ce qui ressemble et ce qui ne ressemble pas, maintenant, à ce qui se passait en 1914 : bruits de bottes et compagnie, situation économique, financière etc. Et en fait, il s’agit de deux invitations indépendantes, il n’y avait pas de coordination, j’étais invité à faire un exposé en solo demain, et j’ai été invité à participer à cette table-ronde, et les gens qui m’invitaient, eh bien, se sont rendus compte par la suite qu’il y avait deux invitations, voilà.

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Le temps qu’il fait le 10 octobre 2014

Sur DailyMotion, c’est ici.

L’appel au boycott des Rendez-vous de l’histoire de Blois par Edouard Louis et Geoffroy de Lagasnerie en raison de l’exposé de Marcel Gauchet sur les rebelles.

Mes propres interventions à Blois

Geneviève Delbos et Paul Jorion, La transmission des savoirs (1984)

Pierre Bourdieu

Michel Foucault, Georges Canguilhem, Louis Althusser

Michel Foucault, Naissance de la clinique : une archéologie du regard médical (1963)

Steve Keen

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Le bon choix, par Woody Allen

L’un d’entre vous m’envoie une citation de Woody Allen, ce qui me remet en mémoire la phrase d’entrée de sa fameuse « Allocution aux nouveaux diplômés » :

Davantage encore aujourd’hui qu’aux autres moments de l’histoire, l’humanité est à un carrefour. L’une des voies qui s’ouvre devant nous conduit aux pensées suicidaires et au plus profond désespoir. L’autre, débouche sur l’extinction totale. Prions Dieu qu’il nous accorde la sagesse de faire le bon choix !

Woody Allen, My Speech to the Graduates, The New York Times 1979

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PIQÛRE DE RAPPEL : La nuit du 4 août 1789 ou l’invention de la liberté en temps réel, par Annie Le Brun

Billet invité. Originellement publié le 5 août 2013.

Je n’aime pas les anniversaires. Dans la plupart des cas, il n’y a pas de quoi se réjouir. Quant aux célébrations, elles participent trop souvent de la reconnaissance du signe au détriment de la chose signifiée. Il est pourtant une date que je ne laisse pas passer sans émotion, c’est la nuit du 4 août 1789, la nuit de l’Abolition des privilèges.

Événement capital de la Révolution française, on l’a dit et redit et non sans souligner que l’initiative en revient à quelques jeunes nobles. Pourtant, je ne sais si a été mesuré l’impact de cette abolition des privilèges par qui en jouissait. Je ne sais si a été mesurée la force déflagratoire de cette entrée en scène de ceux qui ont tout à perdre aux côtés de ceux qui n’ont rien à perdre. Chateaubriand le sent et le dit, en quelques lignes dans Les Mémoires d’outre-tombe :

« La monarchie fut démolie à l’instar de la Bastille, dans la séance du soir de l’Assemblée nationale du 4 août. Ceux qui, par haine du passé, crient aujourd’hui contre la noblesse, oublient que ce fut un membre de cette noblesse, le vicomte de Noailles soutenu par le duc d’Aiguillon et par Mathieu de Montmorency, qui renversa l’édifice, objet des préventions révolutionnaires… Les plus grands coups portés à l’antique constitution de l’État le furent par des gentilshommes ».

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PIQÛRE DE RAPPEL : Séance de la nuit du 4 août 1789 à l’Assemblée Nationale Constituante : premières interventions

J’ai reproduit ici, le 4 août, un extrait des mémoires du marquis de Ferrières relatif aux interventions qui suivirent à l’Assemblée nationale constituante, celles du vicomte de Noailles et du duc d’Aiguillon. L’extrait est haut en couleurs, d’une part en raison de l’atmosphère électrique de la nuit, d’autre part en raison de la désapprobation exprimée par de Ferrières envers les événements qui sont en train de se dérouler. Voici maintenant, suivant une ouverture de la séance par Target, les deux premières interventions : celles du vicomte de Noailles et du duc d’Aiguillon.

M. Target : L’Assemblée nationale, considérant que, tandis qu’elle est uniquement occupée d’affermir le bonheur du peuple sur les bases d’une Constitution libre, les troubles et les violences qui affligent différentes provinces répandent l’alarme dans les esprits, et portent l’atteinte la plus funeste aux droits sacrés de la propriété et de la sûreté des personnes ;

Que ces désordres ne peuvent que ralentir les travaux de l’Assemblée, et servir les projets criminels des ennemis du bien public ;

Déclare que les lois anciennes subsistent et doivent être exécutées jusqu’à ce que l’autorité de la Nation les ait abrogées ou modifiées ;

Que les impôts, tels qu’ils étaient, doivent continuer d’être perçus aux termes de l’arrêté du 17 juin dernier, jusqu’à ce qu’elle ait établi des contributions et des formes moins onéreuses au peuple ;

Que toutes les redevances et prestations accoutumées doivent être payées comme par le passé, jusqu’à ce qu’il en ait été autrement ordonné par l’Assemblée ;

Qu’enfin les lois établies pour la sûreté des personnes et pour celle des propriétés doivent être universellement respectées.

La présente déclaration sera envoyée dans toutes les provinces, et les curés seront invités à la faire connaître à leurs paroissiens, et à leur en recommander l’observation.

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L’ABSENCE DE RANCŒUR DE KEYNES VIS-À-VIS DE L’ALLEMAGNE

On a reproché à Keynes d’avoir été beaucoup trop aimable envers l’Allemagne, qu’il s’agisse de l’attitude qu’il a envers elle pendant et après la Première guerre mondiale ou pendant et après la Seconde guerre mondiale.

J’ai déjà eu l’occasion de reproduire ce qu’il écrivait en novembre 1940, alors que la Bataille d’Angleterre faisait encore rage et que l’issue de celle-ci demeurait incertaine :

… j’ai indiqué que sous de nouveaux auspices, l’Allemagne sera autorisée à renouer avec cette part de leadership économique en Europe centrale qui découle naturellement de ses qualifications et de sa position géographique. J’imagine mal comment le reste de l’Europe pourrait espérer une reconstruction économique effective si l’Allemagne en est exclue et demeure une masse purulente en son sein ; une Allemagne reconstruite renouera nécessairement avec son leadership. Une telle conclusion est inévitable, à moins que nous n’ayons l’intention de confier la tâche à la Russie (Keynes [1940] 1980 : 9).

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NAUFRAGE DE KEYNES À LA FIN DE SA VIE

Comme je pose à la fin de ce billet une question de pharmacologie, je laisse les commentaires ouverts. Merci d’avance pour vos éclairages éventuels !

La dernière mission diplomatique de Keynes fut un abominable fiasco. De septembre à novembre 1945 (il mourrait six mois plus tard en avril 1946), Keynes dirigea à Washington la délégation britannique chargée d’obtenir auprès des États-Unis un prêt au montant considérable de 6 milliards de dollars de l’époque.

Les Britanniques cherchaient à obtenir des États-Unis un prêt sans intérêt ou mieux encore un simple don, qui serait dans les termes dans lesquels ils se représentaient les choses, leur récompense pour avoir mené de manière anticipée et par procuration sur le front européen, la guerre que les États-Unis ne se décidèrent à mener officiellement qu’à partir de décembre 1941, au soir de la destruction de leur flotte à Pearl Harbor à Hawaï. Les Américains envisageaient ce prêt dans une tout autre perspective : comme le moyen de créer une fois pour toutes une zone de libre-échange entre les deux nations, et de mettre fin à la rivalité entre le dollar et la livre sterling par l’élimination de cette dernière sur la scène internationale, entérinement de l’état de banqueroute de fait dans lequel se trouvait la Grande-Bretagne en 1945. Les Américains eurent gain de cause.

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Un système ayant épuisé son concept

Dans le cours de l’histoire, le moment de la conservation d’un peuple, d’un État, des sphères subordonnées de sa vie, est un moment essentiel. C’est ce qui est assuré par l’activité des individus qui participent à l’œuvre commune et concrétisent ses différents aspects. Mais il existe un autre moment : c’est le moment où l’ordre existant est détruit parce qu’il a épuisé et complètement réalisé ses potentialités, parce que l’histoire et l’Esprit du Monde sont allés plus loin. Nous ne parlerons pas ici de la position de l’individu à l’intérieur de la communauté, de son comportement moral et de ses devoirs. Ce qui nous intéresse, c’est seulement l’Esprit avançant et s’élevant à un concept supérieur de lui-même. Mais ce progrès est intimement lié à la destruction et la dissolution de la forme précédente du réel, laquelle a complètement réalisé son concept. Ce processus se produit selon l’évolution interne de l’Idée, mais, d’autre part, il est lui-même produit par les individus qui l’accomplissent activement et qui assurent sa réalisation. C’est le moment justement où se produisent les grands conflits entre les devoirs, les lois et les droits existants et reconnus, et les possibilités qui s’opposent à ce système, le lèsent, en détruisent le fondement et la réalité, et qui présentent aussi un contenu pouvant paraître également bon, profitable, essentiel et nécessaire. Ces possibilités deviennent dès lors historiques ; elles contiennent un universel d’une autre espèce que celui qui est à la base de l’existence du peuple ou de l’État. Cet universel est un moment de l’Idée créatrice, un moment de l’élan de la vérité vers elle-même.

G. W. F. HEGEL, La Raison dans l’histoire, (trad. K. Papaioannou, UGE : 120)

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