Programme de la semaine, par Jean-Baptiste Auxiètre

Billet invité.

Lundi : un attentat dans le pays
Mardi : un viol en bande dans ma ville
Mercredi : un vol spectaculaire dans ma ville
Jeudi : un assassinat dans ma ville
Vendredi : un aléa climatique majeur
Samedi : une guerre
Dimanche : Ah ! c’est le jour des pauvres perdus en mer

Une bonne nouvelle cependant : un bébé est né milliardaire dans le pays. Tant mieux pour lui, petit veinard !

Si la semaine s’est bien passée pour vous, estimez-vous heureux, mais exigez quand même davantage d’ordre dans la nation ; voire même un système autoritaire pour que cela se mette en place plus rapidement.

La semaine suivante : même programme !

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Crash, par Jacqueline Hafidi

Billet invité.

Enfermée consentante, avec cet Andréas, dans l’avion dont il a pris les commandes et qu’il dirige seul vers l’anéantissement, je vis en rêve, et vis et revis en boucle ces quelques minutes de descente infernale sans ressentir aucune émotion pour les passagers de l’autre côté de la porte blindée.

Que m’arrive-t-il ? Pourquoi cette invraisemblable jouissance de l’irrémédiable programmé ? Que se passe-t-il pour nous deux dans ce fantasme récurrent ?

Bien entendu les journalistes, les philosophes, les écrivains, les cinéastes vont se gaver, se gavent de l’événement et des détresses qu’il a enfantées, vont décortiquer les restes, morceaux choisis de chairs et d’os qu’Andréas le fragile, obstinément affamé de reconnaissance a décidé par sa mort illustre de leur offrir.

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Crise(s), institutions et institué-e-s, par Olivier Hofman *

Billet invité.

Bonjour,

Après la mort de Jean-Luc, ce SD(F) au quota de nuitées dépassé, les édiles namurois se retournent évidemment vers le comportement de cet homme afin de se dédouaner. Une évidence dont je connais intimement la récurrence, une attitude liée, me semble-t-il, à la différence de classe sociale. Mais, se reposer uniquement sur une différence de classe est peut-être un peu court.

Partons  de rapports au sein d’une même classe sociale. Mon ami Raoul, 87 ans, désirait absolument me rémunérer pour avoir fait ses courses. N’avais-je pas été généreusement payé ? Être reconnu par cet homme avec qui je ne partage rien à première vue me comble de bonheur et sa présence m’offre une reconnaissance telle que je la cherche, c’est-à-dire au-delà de nos nombreuses différences et dans une volonté partagée de ne pas les transformer en différends. Voici pour un plan personnel.

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Un facteur demande aux membres du Congrès de faire « une chose relativement simple ». Il apporte lui-même son message à la Maison blanche en atterrissant sur la pelouse.

I’m trying to galvanize millions of people to do a relatively simple thing : charge the government to build a wall of separation between government and big money so that the government represents the people.

J’essaie de mobiliser des millions de personnes pour qu’elles fassent une chose relativement simple : demander au gouvernement de construire un mur de séparation entre le gouvernement et le pouvoir de l’argent pour que le gouvernement représente le peuple.

Il explique son action dans la vidéo ci-dessous.

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Les chroniques de Jean Peuplu : Je ne vois pas comment en sortir !

Billet invité. J’ai eu un peu de mal à le convaincre mais Jean Peuplu rejoint notre équipe !

Libération : Renseignement : « Difficile de se révolter contre ce que l’on ne perçoit pas »

Atlantico : Loi de renseignement : 63% des Français favorables à une limitation des libertés individuelles pour lutter contre le terrorisme

63% des personnes interrogées sont favorables à une restriction des libertés individuelles sur internet dans le cadre d’une loi renseignement …

À partir de là, on peut toujours lutter contre l’hégémonie culturelle actuelle, mais si on se base sur la défense des libertés individuelles pour cela, il faudra traiter de la question de la peur, sous peine d’impasse.

Le cercle infernal : les politiques néolibérales génèrent l’insécurité, l’insécurité génère la peur, la peur permet des politiques restrictives de libertés individuelles, les politiques restrictives de libertés individuelles renforcent les politiques néolibérales, etc. etc. etc.

Je ne vois pas comment en sortir !

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Prendre un café face à l’infini…, par Damien Rambaud

Billet invité.

Le samedi midi, j’avais l’habitude de prendre mon café en lisant la version papier du Monde. Ce moment du café le samedi midi était un vrai moment de pause, une sorte de pivot entre la semaine et le week-end. En bref : un vrai moment de détente. Un jour, cependant, le journal papier étant absent de ma cuisine, j’ai lu Le Monde sur l’ordinateur. La semaine suivante, j’ai fait pareil… et, les semaines passant, j’ai changé mon habitude. C’est ainsi que j’ai pu constater quelques mois plus tard que ma pause du samedi midi n’était plus ce qu’elle était : le café était toujours là mais la sensation de pause, elle, avait disparu !

Ce petit texte est une tentative d’explication de ce phénomène.

Dans notre univers de tous les jours, il existe désormais une nouvelle catégorie d’objets qui n’était pas là il y a encore quinze ans : ce sont tous ces petits gadgets numériques qui nous accompagnent désormais : lecteur MP3, smartphone, ordinateur… Ces objets physiquement de plus en plus compacts ont pourtant en commun une caractéristique qui n’existait pas jusqu’alors : ils peuvent potentiellement monopoliser notre attention pendant un temps infini ! L’ordinateur connecté à internet, le lecteur mp3 qui contient autant de musique que le magasin de votre ancien disquaire, l’appareil photo capable d’emmagasiner trois mille photos dans la journée et, d’une manière générale, tout objet numérique dont les capacités dépasse de très loin la quantité d’information que le cerveau humain peut traiter dans un temps raisonnable est un « objet-infini ».

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« Pollution : un plan pour mieux respirer ! », par François Corre

Billet invité.

« Pollution : un plan pour mieux respirer »…?
Un nouveau pic de pollution attendu ce mercredi à Paris

En résumé :

* Déclenchement d’office du seuil d’alerte au bout de trois jours de persistance de la pollution – autrement dit, lorsque c’est déjà trop tard…
* Réduction de la vitesse automobile de 20% – quelle nouveauté !
* Verbalisation pour les automobilistes ne respectant pas cette exigence préfectorale – une plaisanterie…
* Verbalisation aussi en cas de non respect de l’interdiction d’épandage en période de ‘pic de pollution’ – petite nouveauté effectivement, mais autre plaisanterie.

Tant qu’on y est, pourquoi pas l’interdiction des tondeuses à moteur thermique…?  :-)
Enfin, on en parle un peu plus (politiques et médias), c’est un petit début…

Pour info, prévisions du 9 avril, PM10 moyenne journalière (à peu près identique pour les PM 2,5)

Pollution 9 avril
 

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Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? par Luc Baudoux

Billet invité.

Gramsci disait que la crise, c’est un monde qui meurt tandis que le nouveau n’est pas encore né. C’est dans une période comme celle-ci que nous vivons. Pour comprendre, cela fait bientôt sept ans que je me nourris ici d’avis, de constats et de débats. Intellectuellement, c’est passionnant.  Les analyses livrées sur le blog de Paul Jorion ont beaucoup contribué à ma prise de conscience. Le cercle de ceux qui savent s’élargissant, j’étais convaincu que toute cette manne finirait par percoler dans la foule des citoyens électeurs, et par ricochet, influencerait nos dirigeants. Tragiquement peu, en réalité !

Devant ce constat amplement partagé, les actions concrètes pour le changement se font de plus en plus nombreuses dans des domaines très divers, qu’elles soient lancées par des ONG ou des citoyens ordinaires. Un peu comme si l’utopie de John Holloway (Change The World Without Taking Power, 2002)  pouvait devenir réalité ! Il y prétend notamment que les brèches dans le système capitaliste proviendront d’initiatives locales, dès maintenant. Lancé en mars 2013 en Belgique, le projet d’une nouvelle banque éthique sous forme coopérative, NewB, rentre dans cette mouvance en visant à influencer positivement les pratiques bancaires. Mais Luc Coene, le gouverneur de la Banque Nationale de Belgique, n’a pas vraiment fait mystère de ses réticences. Lors d’une interview en octobre dernier, il a affirmé qu’il y avait trop de petites banques en Belgique. Il lui suffit de laisser le dossier de demande d’agréation dormir tranquillement dans le bas de la pile pour ne pas devoir notifier un refus. Car les initiateurs du projet jouent maintenant contre la montre, tandis que leurs adversaires mesurent tranquillement l’assèchement progressif des liquidités de NewB. La finance durable n’ayant rien de commun avec le maraîchage bio à l’échelle locale,  il faudra trouver autre chose !

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 27 FÉVRIER 2015 – (retranscription)

Retranscription de Le temps qu’il fait le 27 février 2015. Merci à Olivier Brouwer !

Bonjour, on est le vendredi 27 février 2015. Et dans la bande-annonce, je vous ai parlé de plein de choses dont j’ai envie de parler, et finalement, je vais vous parler d’autre chose. D’abord, parce que ça prendrait beaucoup trop de temps de parler de ça, et je peux en parler dans des billets, d’ailleurs j’ai commencé à le faire.

Je vais vous parler d’autre chose. De l’idée d’un récit, d’un texte autobiographique. Voilà. Ça ne date pas d’aujourd’hui : la première demande m’est venue fin 2008, début 2009, je ne sais plus [P.J. en fait 2009], où une revue d’anthropologie m’avait demandé : « Comment devient-on l’anthropologue de la crise ? » Alors, j’ai pris ça tout à fait littéralement, et j’ai fait un texte qui s’appelle : « Comment on devient l’anthropologue de la crise », et cette revue m’a dit : « Non, ce n’est pas du tout à ça qu’on [pensait]. » Alors, le malentendu n’a toujours pas été levé ! Je ne sais pas, je crois que j’ai compris : il ne fallait pas parler, en fait, il fallait dire comment on devient l’anthropologue de la crise, mais uniquement en troisième personne, en s’effaçant comme sujet. Alors, ce n’est pas ça que j’avais fait, j’avais pris littéralement la question et j’y avais répondu.

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Le système est une véritable pieuvre qui modifie complètement nos systèmes cognitifs, par Alexandre Letourneau

Billet invité.

Bonjour M.Jorion,

Je prends toujours autant plaisir à lire le blog. Dans une vidéo, vous expliquez que, des fois, vous avez l’impression de prêcher dans le désert. Je pense que les pics d’audience correspondent à la croyance soudaine que c’est « enfin peut être la mort du système ». Voyant le système se restaurer, de nombreuses personnes repartent les mains dans les poches avec en tête « circulez ! il n’y a plus rien à voir ».

Le problème c’est que de mon point de vue, le blog aborde beaucoup ce système (idéologie néolibérale poussée à son paroxysme) dans ce qu’il a de plus invisible pour les gens et le plus technique : la finance. Or, en réalité, le système ne se limite pas à cela, il est une véritable pieuvre qui modifie complètement nos systèmes cognitifs :

– Il est dans le marketing en nous répétant à tue tête que nous sommes incomplets mais que nous pouvons devenir meilleur en consommant.

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Hallucinations en altitude. À Davos, des super-riches se font des films, par Lazarillo de Tormes

Billet invité.

The Guardian nous en informe : une bulle immobilière est en gestation en Nouvelle-Zélande. Des super-riches reniflant l’odeur de poudre, se préparent à prendre celle d’escampette et à émigrer chez les kiwis avec armes, bagages et jets privés pour devenir fermiers. Il faudrait au moins ça pour qu’ils ne doivent pas entendre le fzzzzz-tchak des guillotines de leurs délires paranoïaques autrement que via des connexions haut-débit. Aucune médiocrité de leur part, pensez-vous mais perdre la tête plus d’une fois, au contraire de la face qui est recyclable à l’envi, ça ne se fait pas chez ces gens-là.

Dans “The Machinist” (2004) Christian Bale joue magistralement un personnage immergé dans les profondeurs troubles de la double contrainte. Le hic c’est qu’il n’y a pas de solution au fond du cul-de-sac de la double contrainte et que l’échappatoire combine l’extrême simplicité et l’immense complexité. Dans le domaine, ni les mauvais choix, ni les non-choix ne résolvent le problème, ils l’aggravent grave comme le symbolise de façon spectaculaire un Christian Bale squelettique, au bord de la folie après des mois à mariner dans son cul-de-sac.

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« Vivre ensemble » : Nous devons savoir d’où nous venons pour savoir qui nous sommes, par Pascal

Billet invité.

CHANTS POUR LES PETITS

Paroles de Lucie Delarue-Mardrus

MON OMBRE

Mon ombre est un petit nègre,
Qui me suit toujours partout
En rampant comme un toutou
Un peu maigre.

Né là-bas au pays du rhum,
Dans la case de l’oncle Tom,
Me lécher les pieds, c’est son rôle.
Avoir un nègre Ah ! que c’est drôle !

Il y a nos Monstres mais il y a aussi nos Fantômes. Ces Fantômes sont ces images véhiculées dans notre enfance par la société, la culture familiale et le milieu social. Ils font partie de la construction de notre représentation du monde, c’est notre passé conscient ou inconscient. Certains de ces Fantômes pourront grandir jusqu’à faire partie de nos Monstres. Mais d’autres, resteront là, tapis dans l’ombre de notre mémoire. Ils participent des nombreux filtres qui modifient notre perception du monde. Dans notre mémoire, le passé n’est parfois pas si loin.

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QUE FAIRE DE NOS MONSTRES ?, par Pascal

Billet invité.

Je voudrais mettre en parallèle l’intervention de Régis Debray et de Boris Cyrulnik sur les « évènements » de la semaine dernière.

Les propos de ces hommes, Boris Cyrulnik mais également l’intervention de Régis Deray sur cette tragédie sont d’une telle richesse. Il y aurait tellement à dire, à débattre et surtout tellement à travailler notre intellect pour faire progresser notre perception du monde. Je serais bien présomptueux de vouloir commenter leurs propos. Propos avec lesquels d’ailleurs, on peut ne pas être en accord sur tout.

Ces deux hommes qui ont chacun perdu un ami dans cette tragédie font preuve d’un recul incroyable mettant de côté (non, pas de côté), en dépassant leur émotion certainement immense, pour remettre en ordre leurs idées et nous proposer de grandir dans nos têtes, de ne pas nous laisser bercer (ou berner ?) par la « vox médiatica » qui ne nous propose qu’un regard simpliste destiné aux enfants que nous sommes aussi.

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OÙ S’ARRÊTERA LE GÉNIE HUMAIN ? par François Leclerc

Billet invité.

Le démon étant toujours vivace, la menace de défaut s’est déplacée aux États-Unis : le crédit automobile et les prêts étudiants sont désormais suivis attentivement par les empêcheurs de tourner en rond. Il est estimé que plus de 20 % des prêts ayant permis d’acheter une voiture présenteraient un risque de défaut de payement, un pourcentage en hausse constante. Mais, en ces temps de Consumer Electronics Show à Las Vegas et de promesses miraculeuses des objets connectés, l’un d’entre eux retient l’attention, dont on a peu parlé.

Initialement destiné aux voitures de luxe à la demande des assurances, un dispositif électronique télécommandé a trouvé un second usage et un marché bien plus conséquent. Il permet en effet aux huissiers de couper le fonctionnement du moteur d’une voiture dont une traite est impayée, ainsi que de la localiser pour la récupérer. Il paraît qu’il est prévu pour n’être activé que lorsque le véhicule est à l’arrêt, moteur stoppé et après injonction de payer, rassurent les fabricants ! Plus de deux millions de véhicules en seraient déjà munis.

L’objectif est de faire passer le payement des traites devant les autres dépenses, ne pas disposer de voiture étant aux États-Unis souvent un véritable handicap dans la vie courante. L’arbitrage forcé pourra se faire au détriment des dépenses médicales par exemple. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Les valises des transporteurs de fonds sont munies d’un dispositif qui macule d’encre les billets de banque en cas d’agression, à quand le frigidaire qui en fera autant des aliments, ou le verrou de la porte d’entrée qui se bloquera une fois sorti, si le loyer n’est pas payé ?

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Emporté par la foule…, par Pascal

Billet invité.

Cette anecdote entendue un jour : à la libération de Paris, alors que le Général De Gaulle, depuis un balcon surplombant une place, se faisait ovationner par une foule heureuse et en liesse, un de ses conseillers le félicita (en voici l’esprit, ce n’est pas une citation) : « Mon Général, cette foule tout entière qui vous acclame, c’est vraiment magnifique. Le peuple français est avec vous. » Et le Grand Charles de répondre à peu près ceci : « Vous savez, mon ami, il y a quelques temps à cet endroit, c’étaient les mêmes qui acclamaient Pétain ».

Je me souviendrai toujours d’un soir Gare de Lyon à Paris, tous les panneaux d’affichages étaient éteints. Il devait être un peu après 17h et sur l’esplanade devant les quais. La foule s’amassait, s’amassait au rythme des métros qui se vidaient. Il y avait au moins un millier de personnes fatiguées de leur journée qui n’aspiraient qu’à une chose : monter dans leur train de banlieue pour rentrer chez eux. Mais impossible, rien ne s’affichait. La masse semblait enfler à l’excès. Dans les bureaux qui surplombaient l’esplanade, un gars en chemise regardait ce spectacle, certainement comme tous les jours. Seulement, d’habitude personne ne le voyait, mais ce jour-là, il était soumis au regard de la foule inquiète. Je pense qu’il ne s’en rendait pas compte. À un moment, il a souri ou rigolé sûrement d’une blague d’un copain dans le bureau. Mais la foule, dans son corps vivant, a perçu ce rire comme une moquerie. Une puissante rumeur est montée de cette masse surchauffée par ce soir d’été. Je me suis dit : si quelqu’un trouve un pavé ou quelque chose à lancer, il y a droit. Juste à ce moment là, les panneaux d’affichages se sont mis tous en même temps à cliqueter et à afficher la destination de leur train. Le monstrueux corps social se dégonfla rapidement et se répandit en un flot d’individus le long des quais. Il aurait suffi de quelques secondes de plus… Que serait-il arrivé ?

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11 Janvier 2015 : J’Y SUIS ALLÉ, par Pascal

Billet invité.

Nous sommes partis à vélo, il faisait froid. Petit à petit, dans une convergence incertaine, un flot de plus en plus dense nous indiqua que nous allions dans le bon sens, vers ce lieu, la Place de Verdun, qui dans l’imaginaire local se caractérise essentiellement par une grande concentration de bars et de restaurants. Le temps réduit à peu de chose les symboles du passé.

Nous nous sommes glissés, ma femme, mes enfants et moi, dans la procession déjà en branle qui se déversait en continu dans l’avenue Foch. « LA Foch », comme on dit ici, « faire La Foch » signifie habituellement faire son shopping. Aujourd’hui c’était dimanche, tous les magasins étaient fermés. D’un pas lent, la gravité des uns cheminait en côtoyant la jovialité de ceux qui, retrouvant par hasard une connaissance ancienne, ne pouvaient s’empêcher de se souhaiter la « bonne année ». Les habitudes du temps long se percutent parfois avec l’actualité.

J’étais là parce que j’avais choisi d’être là mais la conviction n’y était pas. Alors que faire ? Et si j’en profitais pour faire à mon fils un « cours de manifestation » ! J’entends déjà mon fils de 13 ans : « c’est chiant d’avoir un père enseignant ! ».

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2015, par Younes Jama

Billet invité.

31 décembre 2014, il est 23:59:59. Une petite seconde me sépare du 00:00:00, des cris, des youyous, du champagne à flot, des embrassades, des vœux habituels… et 30 Km à parcourir dans le firmament.

Depuis un an, heure pour heure, j’en ai parcouru presque 930 millions et à minuit, depuis ma planète, ma monture bleue, je vais encore recommencer la même révolution.

La plupart du temps, je n’admire pas le paysage, quelques fois si, la nuit quand j’ai la chance d’être hors de portée des lumières des villes au sommeil fuyant.

Il est toujours le même à ce qu’il me semble, je n’ai pas le moyen de le savoir car le jour, le soleil éclaire autre chose à mon niveau; des choses à découvrir, autrement.

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« Sur la lecture des livres » par John Maynard Keynes

La conclusion de « On Reading Books », sur la lecture des livres, allocution prononcée à la BBC le 1er  juin 1936 :

« Un lecteur doit acquérir une familiarité à la fois vaste et universelle avec les livres en tant que tels, si l’on peut dire. Il doit les aborder avec la totalité de ses sens ; il doit les connaître par leur toucher et par leur parfum. Il faut qu’il apprenne comment les tenir en ses mains, comment faire bruisser leurs pages et obtenir en quelques secondes une première impression intuitive de ce qu’ils contiennent. Il doit, au bout d’un certain temps, en avoir touché plusieurs milliers, au moins dix fois davantage que ce qu’il lira véritablement. Il doit parcourir les livres des yeux comme un berger le fait avec des moutons, et les juger du regard inquisiteur et rapide qu’a le maquignon pour le bétail. Il doit être entouré de davantage de livres que ce qu’il lit, vivre dans la pénombre de pages non-lues, dont il connaît le caractère général et le contenu, virevoltant autour de lui. Telle est la finalité des bibliothèques, la sienne propre et celles des autres, privées et publiques. C’est aussi la finalité des bonnes librairies, de livres neufs ou d’occasion, dont il en reste quelques-unes, et dont on aimerait qu’il y en ait davantage. Une librairie n’est pas comme un guichet de chemin de fer que l’on approche en sachant ce qu’on veut. Il faut y entrer ouvert à tout, presque comme dans un rêve, et permettre à ce qui est là d’attirer et d’influencer librement l’œil. Se promener entre les rayons d’une librairie, en s’y plongeant selon ce que dicte la curiosité, devrait être le divertissement d’une après-midi. Abandonnez toute timidité, tout scrupule à vous y adonner. Les librairies existent pour vous l’offrir, et les libraires l’accueillent volontiers, sachant fort bien comment tout cela se terminera. Il s’agit d’une habitude à acquérir dès son jeune âge ».

Keynes, John Maynard, « On Reading Books », 1936, Donald Moggridge (sous la dir.) The Collected Writings of John Maynard Keynes, Volume XXVIII, Social, Political and Literary Writings. Cambridge : Cambridge University Press, 2013 : 329-335

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