LE CULBUTO NE SE REDRESSE PAS ! par François Leclerc

Billet invité.

Rien n’y fait, en dépit de toutes les mesures prises par la direction chinoise pour tenter de stabiliser les cours boursiers, la dernière en date étant d’autoriser les fonds de pension à y investir. La correction boursière que l’on a cru discerner est devenue une véritable déroute et les bourses s’en ressentent dans le monde entier. Mise en perspective avec les épisodes précédents, celle-ci reflète une profonde crise économique de la seconde puissance mondiale, aux conséquences planétaires. La formation d’une gigantesque bulle d’endettement accompagnée d’une bulle immobilière non moins imposante l’ont précédé.

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Une explication « écono-territoriale » des Trente Glorieuses, par Timiota

Billet invité.

Il est courant de considérer les Trente Glorieuses avant tout dans un contexte historico-politique au sein de la montée inexorable des techniques (le « progrès »): la mise au pas d’une industrie et dune finance capitalistes qui certes assuraient de fortes croissances potentielles, mais venaient aussi d’accompagner deux Guerres Mondiales et la Grande Dépression.

De cette mise au pas, et d’un rapport de force rétabli entre travailleurs et capitalistes à la faveur de la peur du communisme, une grande redistribution des richesses, vers une large classe moyenne prospère, produisit des décennies de stabilité économique et de croissance, gommant rien moins que les secousses des indépendances des ex-colonies, ou que les doutes anti-consuméristes de 1968.

Je propose ici une vision complémentaire, basée sur des échelles spatiales et leur temporalité associées, ainsi qu’un « structuralisme de l’inégalité ».  Pour dire l’essentiel, des échelles momentanément ajustées entre politique et économie me semblent en effet une bonne clé d’explication aux Trente GlorSieuses .

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LES ÉMERGENTS SOUFFRENT ET LA RUSSIE EST AU TAPIS, par François Leclerc

Billet invité.

Sonnés, les dirigeants russes se tâtent pour vérifier s’ils sont entiers. Les grandes entreprises exportatrices ont été mises à contribution pour vendre les devises dont elles disposent et contribuer à la stabilisation du rouble, afin d’épargner la Banque de Russie qui a dépensé plus de dix milliards de dollars depuis le début du mois, et dont les réserves abondantes ne sont pas inépuisables. Dans l’attente d’autres mesures, elle va faciliter l’accès aux devises étrangères et protéger les banques de leurs pertes comptables.

Le premier ministre Dmitri Medvedev affirme aujourd’hui qu’aucune mesure d’encadrement des changes ne sera prise, afin de ne pas porter atteinte aux principes du marché, dit-il. Mais, en tout état de cause, le rouble aura perdu la moitié de sa valeur depuis le début de l’année, et rien ne pourra empêcher la Russie d’entrer dans une franche récession, et de connaître simultanément une flambée inflationniste des prix. Le système bancaire va être soumis à rude épreuve en raison de l’endettement des entreprises et des particuliers en devises étrangères. Composé d’une myriade de petits établissements côtoyant une poignée de grands établissements, ce système est très fragile et va devoir être restructuré dans l’urgence. Enfin, Vladimir Poutine – qui s’est tenu à l’écart afin de se démarquer du gouvernement, seul responsable selon lui de la conduite de la politique économique – tirera demain les leçons politiques et essayera d’en faire autant avec les marrons du feu en faisant une fois de plus appel au chauvinisme russe, sa carte favorite.

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ANNONCE DE TRÈS GROS TEMPS, par François Leclerc

Billet invité.

RoubleAprès avoir chuté de 9,5% hier, le rouble a perdu 20% de sa valeur aujourd’hui et continue de s’effondrer. La situation devient « critique » selon la Banque de Russie qui annonce d’autres mesures non précisées, après avoir relevé cette nuit son taux directeur sans effet. A New York, le baril de pétrole poursuit sa chute et ouvre à 55 dollars.

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Observer l’état ou la dérive du monde ?, par Cédric Chevalier

Billet invité.

J’ai parlé avec des amis de « peak everything », mais je ne pense pas que ce soit nécessairement la bonne expression. En effet, « to peak » est défini comme « atteindre son niveau le plus élevé ». Or rien n’indique a priori que la consommation d’énergie, l’érosion des sols, la concentration en Gaz à Effet de Serre (GES) dans l’atmosphère et d’autres variables de ce type aient atteint leur maximum. Le phénomène tendanciel général que j’observe serait mieux caractérisé par un « grow everything ». C’est-à-dire le constat qu’au sein du système « Terre/biosphère/Humanité », de nombreuses variables critiques évoluent de manière significative (en grandeur absolue, en taux de croissance, et en taux de variation du taux de croissance) dans la direction néfaste (augmentation ou baisse de la variable dans la « mauvaise direction »). Pourquoi néfaste ? Parce que ces évolutions poursuivies conduisent inexorablement à des grandeurs de certaines variables insoutenables pour un régime viable « Terre/biosphère/Humanité ». Un exemple parmi d’autres : le niveau actuel de GES dans l’atmosphère, son taux de croissance, et le taux de variation de ce taux de croissance actuels, s’ils voient leurs tendances poursuivies, conduisent inexorablement à un niveau de GES destructeur a priori pour l’Humanité. Idem pour le taux de mercure dans l’océan, le stade d’érosion des terres arables, le taux de pollution des eaux potables, le stock d’énergie fossile, la quantité de déchets accumulés, le niveau de la biodiversité, l’état des écosystèmes, etc etc.

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L’actualité de demain : DES DISCOURS USÉS JUSQU’À LA CORDE, par François Leclerc

Billet invité

Devinez quelle place accueille le marché des métaux : aluminium, cuivre, zinc, mais aussi or et argent ? La réponse est Londres ! Intéressez-vous à la fixation de leurs prix, vous constaterez qu’une fois de plus un nombre restreint de banques et de courtiers est en charge. Alors, même cause, mêmes effets ?

Cela se pourrait bien, car à son tour le LME (London Metal Exchange) est suspecté par les parlementaires britanniques du Treasury select committee (l’équivalent de la Commission des finances en France) d’abriter des manipulations des cours, et une demande d’enquête a été formulée au régulateur à ce propos. À quand le jus d’orange ? C’est à ce demander si un seul marché échappe aux manipulations des prix !

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BONJOUR MADAME LA TERRE, le dimanche 11 août 2013 à 8h39

Sur YouTube, c’est ici.

Un Keynes pour aujourd’hui
La réinvention de l’accaparement
Trouver des responsables (de préférence étrangers) pour notre incurie personnelle

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L’actualité de demain : NE RESPECTENT-ILS DONC RIEN ? par François Leclerc

Billet invité.

Après le Libor, l’Euribor et le Tibor, le tour de l’or et de l’argent serait-il venu ? Selon le Wall Street Journal, la CFTC (Commodity futures trading commission) – le régulateur américain des marchés à terme des matières premières – se penche sur la fixation des cours de l’or et de l’argent. Cinq banques internationales pour le premier et trois pour le second l’établissent quotidiennement à Londres par le biais d’une téléconférence, et la CFTC s’interroge sur « la transparence » de la procédure, mais aucune enquête n’a formellement été engagée.

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LE RÉGULATEUR (S’ADRESSANT À NOUS) : « Si c’est comme ça, qu’est-ce qu’vous voulez que j’fasse ? »

Vous vous souvenez de l’affaire du LIBOR ? Un ensemble de banques se voient demander quels sont les taux qu’exigent leurs consœurs pour leur prêter à diverses échéances, et au lieu de communiquer les vrais chiffres, elles transmettaient ceux qui les arrangeaient. Parfois même, des autorités leur suggéraient de le faire pour « aider la conjoncture », c’est-à-dire pour soutenir le moral des troupes.

Elles ont fini par être pincées. On ne leur a pas interdit de continuer de le faire – elles sont trop systémiques, trop susceptibles d’entraîner le système tout entier dans leur chute, et donc parfaitement invulnérables – on leur a infligé de très fortes amendes (et ce n’est pas fini). Bien sûr, ce sont leurs clients, c’est-à-dire vous et moi, qui paieront ces amendes, mais enfin, on leur a quand même tapé sur les doigts et on les oblige de recalculer leur chiffre d’affaires prévisionnel (ce qui n’est pas une mince affaire !).

Cela, c’est quand cela se passe bien pour le régulateur. Quand cela se passe mal, on met au point les mesures à prendre, puis on en informe les intéressés, qui répondent : « Pas question ! » et le régulateur se tourne alors vers nous d’un air penaud en disant : « Si c’est comme ça, qu’est-ce qu’vous voulez que j’fasse ? »

Je vous en avais brièvement rapporté deux exemples le mois dernier dans mon billet Les lobbystes et nous. Voici ce que j’y disais :

Une nouvelle loi américaine oblige à mentionner sur les produits contenant certains minéraux que leur extraction alimente les conflits en Afrique centrale.

Trop cher pour les entreprises ont dit les lobbyistes ! À la trappe !

La Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés financiers aux États-Unis, a mis au point un ensemble de mesures permettant d’empêcher que ne se reproduise l’effondrement du marché des capitaux à court terme (money market), dont coût, plus de six cents milliards de dollars aux contribuables américains, plus quelques centaines de milliards d’euros aux contribuables européens.

Trop cher pour les banques ont dit les lobbyistes ! À la trappe !

Nouvel exemple ces jours-ci d’un cas où cela se passe mal pour le régulateur : le prix des produits pétroliers.

L’année dernière, le G20 avait demandé à l’IOSCO (International Organisation of Securities Commission) qui fédère les régulateurs nationaux sur le marché des titres, de proposer une réglementation du marché du pétrole. Une réunion vient de se tenir à laquelle ont participé l’Agence Internationale de l’énergie, l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) et les compagnies Total et Shell.

Une belle unanimité s’est fait jour parmi tous ceux-ci : ils ont dit qu’ils n’avaient aucune envie d’être réglementés. Les compagnies pétrolières présentes ont ajouté que si on continuait à leur faire des misères, elles cesseraient tout simplement de transmettre les données relatives aux prix.

Les banques prises la main dans le sac à manipuler les taux du LIBOR, n’ont pas fait preuve du même cran. Je suppose que la différence vient du fait que l’option de mettre à l’amende l’Agence Internationale de l’énergie, l’OPEP, et les compagnies pétrolières dans leur ensemble, est plus difficile à mettre en place.

Que vient de faire l’IOSCO ? Hé, vous connaissez déjà la réponse : elle se tourne vers nous d’un air penaud et nous dit : « Si c’est comme ça, qu’est-ce qu’vous voulez que j’fasse ? »

 

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LE MONDE-ÉCONOMIE, Le retour de l’opinion publique, lundi 27 – mardi 28 août 2012

Finance : Le retour de l’opinion publique

Le 6 août, Standard Chartered, cinquième banque britannique, se voit accusée par l’État de New York d’opérations illicites avec l’Iran pour un montant de 250 milliards de dollars. Elle réagit alors brutalement : l’accusation est selon elle sans fondement et pour porter un coup d’arrêt à des pratiques attentatoires à la bonne réputation des banques, elle envisage une réplique inédite : poursuivre le régulateur américain devant les tribunaux.

Quelques jours plus tard, la banque reconnaît que des opérations proscrites ont bien eu lieu mais à hauteur de 14 millions de dollars seulement, une fraction négligeable de la somme évoquée dans l’accusation.

Le 14 août, coup de théâtre : Standard Chartered annonce qu’un accord à l’amiable est intervenu et qu’elle s’acquittera d’une amende de 340 millions de dollars. Elle admet également avoir engagé des opérations avec l’Iran pour le montant mentionné initialement.

Que s’est-il passé ? Les principaux actionnaires de la banque, effarouchés par la publicité négative qui pourrait résulter des passes d’armes à venir, lui ont enjoint de mettre un point final à l’affaire.

Parallèlement, dans un autre secteur de la finance, les fonds d’investissement portant sur des denrées alimentaires connaissent une défection massive. Le mouvement s’est amorcé au cours du premier trimestre 2012 pour s’accélérer au cours du second, alors qu’il était pourtant déjà clair que des opportunités spéculatives apparaissaient sur le marché des céréales en raison de la sécheresse sévissant aux États-Unis, en Russie, en Ukraine et au Kazakhstan.

Volksbanken en Autriche, Commerzbank en Allemagne, annoncent qu’elles cessent d’offrir à leurs clients des produits financiers indexés sur le prix des denrées alimentaires. Deutsche Bank fait savoir qu’elle gèle son activité dans ce secteur en attendant le résultat d’une étude relative à l’impact éventuel de la spéculation sur les prix – une concession inédite dans le monde financier où l’on clamait jusqu’à très récemment que l’innocence de la spéculation dans ce domaine était une chose démontrée.

CalSTRS, le fonds de pension des enseignants californiens, le second en taille aux États-Unis, a réduit en deux ans ses investissements dans les matières premières, de 2,5 milliards à 150 millions de dollars, en raison de protestations d’initiative citoyenne.

Ici aussi donc, une question d’image. Le fait que les investisseurs en matières premières s’étaient retrouvés au banc des accusés durant l’été 2008 en raison de hausses spectaculaires, alors que se déroulaient des émeutes de la faim aux quatre coins du monde, avait laissé un souvenir cuisant.

On imaginait à l’automne 2008, dans la période qui avait suivi l’effondrement des marchés financiers, que l’opinion publique serait entendue. Elle avait au contraire été mise K.O. par le monde de la finance rapidement requinqué par l’aide publique qui lui avait été accordée sans conditions. Bob Diamond, le PDG de la Barclays, forcé à la démission le 3 juillet à la suite du scandale du LIBOR, avait déclaré dans une allocution fameuse en janvier 2011 : « Il y eut pour les banques une période de remords et de plates excuses, selon moi cette période doit maintenant prendre fin ».

C’est l’opinion publique qui reprend aujourd’hui du poil de la bête à l’occasion d’une nouvelle série de scandales bancaires auxquels participent en sus de celles déjà citées, la banque américaine J.P. Morgan Chase en raison d’une gestion du risque catastrophique et la britannique HSBC, inculpée pour blanchiment d’argent de la drogue. Au point d’ailleurs que ce retour en force de l’opinion commence à inquiéter les régulateurs, ainsi que ceux qui les supervisent. Ainsi M. Andrew Tyrie, le président du comité parlementaire britannique qui enquêta sur l’affaire du LIBOR, déclarant le 18 août à l’occasion de la publication du rapport produit par son comité que « Les régulateurs ne doivent pas déterminer la composition des comités de direction en fonction des gros titres des journaux ». Un paragraphe de ce rapport explique :

Il n’est pas dans les attributions de la FSA (Financial Services Authority : le régulateur britannique), ni de la Banque d’Angleterre, de révoquer des dirigeants de banques en vue de satisfaire l’opinion publique, médiatique ou parlementaire. Des situations ne manqueront pas d’apparaître où il leur sera nécessaire d’intervenir sans que le soutien de l’opinion publique soit requis pour justifier leur initiative. En d’autres occasions, les autorités de régulation devront au contraire se montrer fermes et s’abstenir d’intervenir en dépit des pressions exercées par l’opinion publique ou par le pouvoir politique.

Dont acte. De tels principes devraient-ils toutefois être rappelés si les régulateurs ne s’étaient montrés aussi inefficaces durant la période qui déboucherait sur les événements dramatiques de l’automne 2008 ? C’est Benjamin Lawsky, le Procureur de l’État New York qui vient de faire plier Standard Chartered, qui observait en juin que les relations entre régulateurs et les établissements financiers dont ils supervisent l’activité évoquent jusqu’ici celles qui prévalent « dans un dîner aux chandelles entre amoureux ».

 

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QUESTIONS À RÉSOUDRE (III) « ÉBULLITION DU MONDE » ET PROPRIÉTÉ PRIVÉE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Deux questions doivent être résolues initialement : dans la production de biens et de services, de la richesse nouvelle est-elle créée et si oui, comment en détermine-t-on le volume et le montant ? De plus, parmi les parties antagonistes qui se partagent dans notre monde contemporain la richesse nouvellement créée, toutes ont-elles une justification à en recevoir une part et si oui, d’où leur vient leur droit, et quel est la fondation conceptuelle de ce droit ?

Premier élément de réponse : de la richesse est nécessairement créée dans le processus de production puisqu’elle est consommée ensuite.

Jusque-là tout le monde s’accorde. On constate aussi que des efforts humains se conjuguent, sans qu’il soit pour autant certain que certains d’entre eux ne sont pas consentis en vain, en pure perte, qu’ils ne constituent pas seulement de l’agitation inutile. Agitation éventuellement inutile pour atteindre le résultat observé mais pas pour autant inutile pour ce qui est précisément d’être récompensés par une rémunération.

On voit aussi que des ressources naturelles sont mises à contribution, telles des matières premières ou de l’énergie que l’on peut se procurer sans travail ou par un travail minime, ou dont on peut se contenter d’en obtenir le bénéfice, comme, par exemple, le soleil, la pluie ou le vent.

La capacité du monde à contribuer de la richesse « naturellement », c’est ce que Georges Bataille appelait dans « La part maudite » (1949), l’ébullition du monde.

Les matières premières naturelles comme le pétrole, le minerai, se distinguent du soleil, de la pluie et du vent par le fait de ne pas être renouvelables, étant fossiles ou proprement géologiques, résultant d’un long processus de sédimentation ou de la constitution-même de notre planète par agrégation de matière à son origine cosmique.

Nous avons cependant trouvé le moyen de nous approprier cette ébullition « spontanée » du monde grâce à l’institution de la propriété privée qui permet à un propriétaire de réclamer pour lui une part de la richesse nouvellement créée, en se prévalant simplement d’un titre, c’est-à-dire d’une déclaration garantie par les appareils institutionnels légaux de sa communauté : judiciaire et policier, affirmant que cette part de l’ébullition ne vient pas simplement « du monde » mais lui appartient bien en propre « à lui ».

(à suivre…)

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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LES DÉFIS DE L’AGRICULTURE DU 21ème SIÈCLE, par Gilles Domenech

Billet invité

Au cours du XXème siècle, l’agriculture a vu sous toutes les latitudes des changements radicaux dans les pratiques qui sont devenues un peu partout de plus en plus intensives. Cette intensification se traduit par l’emploi de plus en plus important d’intrants provenant de l’industrie chimique (engrais minéraux et pesticides), par l’intensification du travail du sol, par une mécanisation croissante et par une sélection génétique très poussée (incluant l’hybridation F1 et les OGM) permettant d’atteindre de très haut rendements, à condition que les itinéraires techniques leur conviennent en termes de fertilisation et de traitement.

Grâce à cette évolution, la production mondiale a fortement augmenté, permettant de produire suffisamment pour nourrir 7 milliards d’humains (aujourd’hui les problèmes de famine sont uniquement dus à des problèmes politiques et non agronomiques).

Cependant, ces évolutions ont des conséquences dramatiques sur le plan social et sur le plan environnemental : destruction du tissu social traditionnel, déforestation, pollutions des eaux, dégradation et érosion des sols, etc.).

Nous voici donc devant une problématique majeure : quel modèle de réflexion pour faire avancer l’agriculture vers des pratiques alliant durabilité des systèmes, respect de l’environnement et productivité ?

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 22 JUILLET 2011

Retraites par répartition et capitalisation
Achever l’Europe des marchands
Éliminer l’État-providence
La « science » économique
Friedrich List (1789-1846) et l’École historique allemande Roscher (1817-1894), Hildebrand, Knies (1821-1898)
« Common decency »
Une science économique n’est pas possible mais…
une réflexion sur nos sociétés l’est
« Le prix » (2010)
John Brown (1735-1788)
L’OR

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LES POLITIQUES ET LES FINANCIERS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Les résultats de Goldman Sachs au cours du deuxième trimestre sont intéressants parce qu’ils offrent en quelque sorte un cliché de la situation financière de la planète. On ne sera pas surpris d’apprendre par exemple que la firme a perdu de l’argent sur les crédits hypothécaires de l’immobilier résidentiel et commercial américains, ces deux baromètres de la bonne santé économique du pays continuant d’indiquer la tempête, et avec le chômage reparti à la hausse, les particuliers ne sont pas prêts à se remettre à payer leurs traites ou à refréquenter les centres commerciaux.

L’activité spéculative n’est plus ce qu’elle était non plus : le spéculateur trouve ses délices dans le développement de belles tendances à la hausse ou à la baisse, mais le désordre mondial ne permet même plus cela : le désarroi des politiques et leurs réactions désordonnées provoquent la pagaille. Goldman Sachs a du coup accusé des pertes même dans la spéculation sur l’or et l’argent. David Viniar, le directeur financier de Goldman Sachs, l’une des vedettes de l’audition des dirigeants de la firme devant une commission du sénat américain l’année dernière, affirme au Wall Street Journal qu’il est très difficile pour le spéculateur de naviguer dans la mer hâchée que nous connaissons en ce moment parce que « beaucoup de choses dépendent de questions politiques », un environnement « très dur à analyser, très difficile pour nous », ajoute-t-il. Résultat : les bénéfices de Goldman Sachs liés au trading sont en baisse de 53% par rapport à l’année dernière et la firme s’apprête à licencier 1.000 membres de son personnel.

Vous pensiez que les politiques s’ingénient depuis plusieurs années à faciliter la vie des financiers, eh bien, détrompez-vous : la panique présente de la classe politique rend en réalité la vie des financiers très compliquée.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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« GARDAREM LA TERRE ET LA MER » à Nant et sur le Larzac du 14 au 17 juillet 2011

Non, ce n’est pas la vidéo du vendredi : c’est un « hors-série », une édition spéciale. Je ne serai pas à Nant dans le Larzac pour le 40e anniversaire (ça ne nous rajeunit pas, mon bon Monsieur !) de la marche contre l’extension du camp militaire en 1971, et pour exiger le retrait de l’autorisation d’exploration en vue d’exploiter le gaz de schiste, mais je serai là par Skype interposé. Le programme des Rencontres « Gardarem la terre et la mer » se trouve ici.

Pierre Vuarin, de la Fondation Charles Léopold Mayer, m’a demandé d’expliquer à l’intention des participants mon projet d’interdiction des paris sur les fluctuations de prix. C’est ce que je fais ici, comme je l’ai fait il y a quelques semaines en anglais au Sommet de Zermatt.

Spéculation – Exception de jeu – Matières premières – Émeutes de la faim – Pascal Canfin à Bruxelles

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FRANCE INFO, « Parlons Net », le 9 juin 2009

Dans ma vidéo de vendredi, j’ai fait référence à cette émission « Parlons Net » du 9 juin 2009, renvoyant à ce que j’y disais de la Chine. J’ajoutais que cette vidéo avait été très regardée et que je me souvenais que – lorsque je l’avais entr’aperçue il y a quelques temps – 65.000 personnes l’avaient vue.

Certains d’entre vous ont alors fait la remarque que cette vidéo n’était plus disponible sur l’internet. J’ai fait ma petite enquête et vous aviez raison. Les lecteurs du blog sont cependant aussi de remarquables archivistes et elle vient d’être remise en ligne.

P.S. : Si cette vidéo devait réapparaître sur le compte « France Info » de Dailymotion, où elle se trouvait autrefois, je la retirerais bien entendu du compte « PaulJorion » où elle a été réinstallée.

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LA DIFFICILE CRITIQUE D’UN RAPPORT CONFIDENTIEL INTÉRIMAIRE SUR LA SPÉCULATION

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Il est nécessairement très difficile de critiquer un rapport confidentiel – en sus, « intérimaire » – dont on n’a pas eu l’occasion de lire le texte. Il m’est du coup quasi impossible de dire quoi que ce soit du « rapport confidentiel remis à Nicolas Sarkozy [qui] juge impossible d’encadrer la spéculation, malgré l’objectif affiché de la présidence du G20 », si l’on en croit un article publié vendredi dans La Tribune relatif à ce rapport. Seul élément permettant un début d’interprétation : quelques phrases prononcées à l’ambassade de France à Londres par Pierre Jacquet, économiste en chef de l’Agence française de développement, précisément chargé du rapport.

Qu’a dit M. Jacquet à Londres, selon La Tribune ? Que « La spéculation fournit deux services : un positif, en apportant de la liquidité ; un négatif, en accentuant les tendances de prix. Le problème est qu’il est très difficile de séparer les deux effets. On ne peut pas en bloquer un, sans bloquer l’autre ».

En est-on vraiment là au Cercle des Économistes, dont M. Jacquet est membre ? Ignore-t-on vraiment que la liquidité que procure la spéculation est concentrée par nécessité logique à ces niveaux de prix « accentuant les tendances », autrement dit… spéculatifs ? Ignore-t-on aussi que ces prix spéculatifs se situent loin du niveau de prix que déterminerait la rencontre de l’offre et de la demande (c’est-à-dire le rapport de force entre les vendeurs et les acheteurs effectifs – par opposition aux spéculateurs) ? Et ceci du fait que le spéculateur ne tire profit précisément que du développement de ces tendances à la hausse ou à la baisse que M. Jacquet considère comme le « service négatif » rendu par la spéculation ? Et qu’en conséquence, il y a « liquidité » et « liquidité », et que celle que procure un spéculateur se situe nécessairement à des niveaux de prix… spéculatifs, et ne présente d’intérêt du coup que pour un autre spéculateur ?

Je n’ose le croire. Je préfère penser qu’il s’agit d’une illusion d’optique due au fait que du contenu de ce rapport intérimaire confidentiel sur la spéculation remis à M. Sarkozy, je ne sais bien entendu strictement rien.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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LA VOIX DU NORD, « Un prix spéculatif est dommageable pour tous », vendredi 13 mai 2011

Un entretien avec Anne-Sophie Hache.

La spéculation sur les matières premières est-elle un phénomène nouveau­?

« Dès le milieu du XIXe, des gens créent un marché à terme essentiellement au début sur les matières agricoles, du blé, du maïs… pour se prémunir contre les variations de prix importantes sur ces marchés qui dépendent de choses aléatoires, comme les conditions climatiques. Producteurs et acheteurs se mettent d’accord à l’avance sur les prix et les quantités. Il y a toujours eu des spéculateurs sur ces marchés à terme, se disant qu’ils pouvaient gagner de l’argent­ : ils achètent et misent sur une hausse des prix ou vendent et misent sur la baisse. »

Si la spéculation n’est pas nouvelle, pourquoi pose-t-elle aujourd’hui problème­?

«­ Parce que récemment, la spéculation sur ces marchés s’est amplifiée. Deux éléments l’ont relancée ­: depuis le début de la crise en­ 2007, on s’est dit que le dollar allait se déprécier (perdre de sa valeur). Du coup, pour se protéger de cette baisse, ceux qui ont des dollars en argent liquide, essentiellement des institutions américaines : États, universités, musées, hôpitaux, fonds de pensions… sont allés les placer sur le marché des matières premières, se disant que même si le dollar baisse, le prix des matières premières va rester stable ou monter. Provoquant une hausse des prix en 2007 et 2008.

Deuxième élément­ : le 6 mai ­2010 s’est produit un mini krach sur le marché boursier américain­ : une vaste fraude –­ liée à des opérations à haute fréquence, des milliers d’opérations factices en quelques secondes­ – a été dévoilée. Du coup, en un mois, 30 % des gens présents sur les bourses américaines en sont sortis et se sont reportés sur les marchés des matières premières. Contribuant à une nouvelle vague de montée des prix entre mai­ 2010 et aujourd’hui. »

Mais la spéculation ne fixe pas seule le prix ? Les « fondamentaux », intempéries, sécheresse, etc. jouent un rôle­ ?

«­ Bien entendu. C’est ce qui fait le rapport de force entre acheteurs et vendeurs. Mais à peu près 80 % du volume des transactions sur la plupart des marchés à terme des matières premières est un volume spéculatif. Or le volume est l’élément déterminant de la fixation du prix. Par conséquent, 80 % de la détermination du prix est spéculative. »

Y a-t-il des matières premières qui échappent à la spéculation ?

«­Par exemple, le riz : il n’y a pas vraiment de marché à terme sur le riz parce que essentiellement les pays qui ont besoin de riz, le produisent eux-mêmes. Surtout, les pays qui dépendent énormément du riz peuvent mettre en œuvre des mesures politiques, du type en interdire l’exportation, par exemple. Ce marché n’est donc pas fiable pour le spéculateur, il n’y va pas.

Pour les pays, il y a un enjeu politique autour de la spéculation sur les matières premières : il ne faut pas que la spéculation devienne un obstacle à la reprise économique d’un pays, en rendant par exemple le prix du pétrole extravagant. Les dirigeants politiques se rendent compte que la spéculation représente plus qu’un problème commercial mais tient aussi du maintien de l’ordre politique.

On parle de plus en plus d’une régulation des marchés à terme pour éviter que les spéculateurs poussent les prix excessivement à la hausse ou à la baisse. »

Peut-on contrôler cette spéculation ?

«­Il faut interdire l’accès de ces marchés à ces gens qui n’ont rien à vendre ou à acheter mais qui sont simplement là pour gagner de l’argent sur la variation des prix. Leur argument, toujours le même, est de dire : « nous apportons de la liquidité », c’est à dire un grand nombre d’acheteurs et de vendeurs, mais ils l’apportent à un niveau de prix spéculatif qui est dommageable pour tout le monde ».

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