Qui étions-nous ? Nous étions une manifestation du vivant. Et nous le savions.

Dans Le dernier qui s’en va éteint la lumière, j’ai tenté de faire un pas en arrière par rapport à ce que fait habituellement l’anthropologue, en portant sur nous en tant que genre humain, le regard d’un anthropologue extra-terrestre. Dans Qui étions-nous ?, je tenterai de faire un pas en arrière de plus.

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Lycée d’État Jean Zay à Paris, « Comment la vérité et la réalité furent inventées », le 24 mars 2015

Je n’étais pas au courant que cette conférence l’année dernière, à propos de mon livre « Comment la vérité et la réalité furent inventées » (2009), avait donné lieu à vidéo. C’est l’un d’entre vous qui attire mon attention sur son existence.

Lapsus : c’est Socrate et non Aristote, comme je le dis là, qui est présenté comme « sophiste » par Aristophane dans sa pièce Les nuées.

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Le monde prenant conscience de lui-même

Ouvert aux commentaires.

Dernier_JorionSchelling (1775 – 1854) parlait du genre humain comme du moyen découvert par le monde pour prendre conscience de lui-même.

Nous saurons à 16h30 si l’existence d’ondes gravitationnelles a été détectée. Si oui, il y aura là un pas de géant – extraordinaire ! – dans la prise de conscience du monde par lui-même.

Le genre humain demeurera hélas de son côté aussi nul qu’il l’est en ce moment sur tous les autres plans.

Mise à jour (16h36) : les ondes gravitationnelles auraient été détectées. M’est avis qu’il faudra choisir entre elles et le boson de Higgs mais bon, c’est juste les twopence d’un lecteur avide de philosophie des sciences !

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 11 DÉCEMBRE 2015 – (Retranscription)

Retranscription de Le temps qu’il fait le 11 décembre 2015. Merci à Olivier Brouwer !

Bonjour, nous sommes le vendredi 11 décembre 2015. Et ce matin, en me levant, j’avais une idée assez précise de ce dont je voulais vous parler, qui était du fascisme en général et des élections en particulier, et puis, c’est François Leclerc qui m’a fait complètement dérailler, je me suis mis à penser à tout à fait autre chose (à parler aussi, vous allez voir).

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Le temps qu’il fait le 11 décembre 2015

Ex_machina, film de Alex Garland

Paul Jorion :

Principes des systèmes intelligents (1989)
La crise du capitalisme américain (2007)
Comment la vérité et la réalité furent inventées (2009)
Le prix (2010)
Penser tout haut l’économie avec Keynes (2015)

Pablo Servigne et Raphaël Stevens : Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel collapsologie (2015)

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Analyser les faits économiques dans une perspective véritablement scientifique

Ouvert aux commentaires.

L’occasion vous est donnée à vous, lecteurs du Blog de PJ, de lire les messages de soutien qui me parviennent ici sous la forme de commentaires aux billets que j’ai consacrés à mon licenciement par la VUB. Vous restent inaperçus, les messages qui me sont directement adressés sous la forme d’appels téléphoniques ou de mails. À mon grand réconfort, j’en ai reçu plusieurs dizaines dont la teneur, malgré les variations dans la forme est très semblable. L’un, que je viens de lire, et à qui je viens de répondre, détone pourtant par rapport aux autres et j’ai envie d’en dire deux mots.

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L’intelligence logico-mathématique comme paradigme finissant de la pensée occidentale, par Pascal

Billet invité.

Parce quelle peut se mesurer, l’intelligence logico-mathématique est devenue prédominante dans la pensée occidentale pour atteindre son apogée au XXème siècle.

Son efficience redoutable a fait naître une pensée scientifique qui est à l’origine du « monde moderne » occidental. Dans la langue française, ce sont plus de 240 mots qui finissent par le suffixe « logie ».

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C’est quoi ce monde ?, par Roberto Boulant

Billet invité.

L’espace, le Temps, la Matière, existent-ils vraiment ? Oui – pour Albert Einstein, qui formalise une trame spatio-temporelle emprisonnant la matière sous toute ses formes. Oui mais – pour la physique quantique, qui décrit un monde microscopique où une particule peut se trouver en plusieurs endroits et en plusieurs états à la fois, et dont les caractéristiques multiples ne deviennent uniques qu’au moment de l’observation (ce que les physiciens nomment la réduction du paquet d’ondes).

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Lycée d’État Jean Zay à Paris, « Comment la vérité et la réalité furent inventées », le mardi 24 mars à 20h

Au Lycée d’État Jean Zay
10, rue du Docteur Blanche 75016 Paris
métro : Ranelagh

mardi 24 mars 2015 — Grand salon 20h

Comment la vérité et la réalité furent inventées

par Paul Jorion

Titulaire de la chaire « Stewardship of Finance » à la Vrije Universiteit Brussel, Docteur en Sciences Sociales de l’Université Libre de Bruxelles. A enseigné aux universités de Cambridge, Paris VIII et de Californie (Irvine).

 

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Académie Royale de Belgique, « Comment la vérité fut inventée par les philosophes grecs », à Namur le jeudi 12 mars à 17h

Je commenterai le passage suivant de La naissance de la tragédie (1872) de Nietzsche :

« Un phénomène merveilleux, qu’il appelle son « démon », nous permet de voir plus au fond de la nature de Socrate. Dans des circonstances exceptionnelles, lorsque l’extraordinaire lucidité de son intelligence paraissait l’abandonner, une voix divine se faisait entendre, et lui prêtait une assurance nouvelle. Lorsqu’elle parle, toujours cette voix dissuade. Dans cette nature tout anormale, la sagesse instinctive n’intervient que pour entraver ici et là le progrès de l’entendement conscient. Tandis que chez tous les hommes productifs, c’est l’instinct qui est la force positive, créatrice, et la raison consciente une fonction critique, dissuasive, chez Socrate, l’instinct se révèle critique, et la raison est créatrice, — véritable monstruosité per defectum ! Et, en effet, nous constatons ici un monstrueux défaut de toute disposition naturelle au mysticisme, de sorte que Socrate pourrait être considéré comme le non-mystique par excellence, chez qui, par une superfétation particulière, l’esprit logique eût été développé d’une façon aussi démesurée que l’est, chez le mystique, la sagesse instinctive. »

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Audencia – Les rencontres du Louvre : Comment la vérité et la réalité furent inventées, le lundi 13 octobre 2014 à 9h

Vérité et réalité

Pour étoffer le dépliant des Rencontres du Louvre, il m’est demandé un bref résumé de Comment la vérité et la vérité furent inventées (Gallimard 2009). Le voici :

Aux yeux de l’anthropologue qu’est Paul Jorion, familier de la variabilité des institutions humaines, toute production culturelle mérite une explication, y compris celles de la culture qui est la nôtre.

Rien qui ne soit plus évident pour nous que les notions de « vérité » et de « réalité ». Pourtant nous savons quand et comment elles furent inventées. Alors voyons de quelle manière ! Rien qui n’aille davantage de soi que la logique ou les mathématiques. Elles ont cependant une histoire, pleine de bruit et de fureur. Examinons donc celles-ci !

John Maynard Keynes avait qualifié Newton-alchimiste de « dernier des magiciens », Paul Jorion rapproche lui la démarche de Kurt Gödel démontrant l’incomplétude de l’arithmétique, de celle de Quesalid, le chamane kwakiutl.

 

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Comprendre notre rapport au temps, par Pierre-Yves Dambrine 

Billet invité.

On en revient toujours à cette lancinante question du temps. N’y-a-t-il pas en jeu un certain rapport au temps dans cette crise ? Le temps qui presse et le temps qui délivre, tout un. Nous semblons comme obligés de prendre parti pour l’un ou pour l’autre comme facteur causal. Ne faudrait-il pas au contraire considérer leur relation réciproque ?

La crise c’est étymologiquement le temps de la décision, du partage des choses entre les choses essentielles et celles qui ne le sont pas. D’où, l’importance, reconnue sur ce blog, de l’appréhension des choses, en amont. L’amont de ce point de vue, c’est ce qui procède de la distension, de la dislocation d’un cadre ancien de plus en plus ressenti comme carcan. L’hubris c’est alors, selon le point de vue que l’on adopte, à savoir, soit à l’intérieur du cadre, soit à l’extérieur, aussi bien l’ancien cadre qui se défait, que ce qui ouvre un nouveau possible. C’est un fait objectif : même ceux qui n’appréhendent pas les solutions en amont perçoivent l’existence d’un carcan.

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PIQÛRE DE RAPPEL : ANTHROPOLOGUE INCLASSABLE, Journal des Anthropologues, N°126-127 : 335-339

Un entretien avec Laura Ferré. Je suis depuis quelques semaines en dialogue avec une personne qui veut s’initier à l’anthropologie pour comprendre son environnement de travail. J’allais lui signaler ce texte ce matin et, le relisant, je me suis dit que cela pouvait intéresser certains d’entre vous qui ne l’auraient pas lu.

Comment définissez-vous un anthropologue ?

            Je dirais que c’est simplement quelqu’un qui a obtenu un diplôme en anthropologie délivré par une université. Comme l’enseignement est très différent d’un endroit à l’autre, un anthropologue peut être beaucoup de choses différentes. Dans mon expérience, en Belgique et en France, les professeurs d’anthropologie enseignent un peu ce qu’ils connaissent et ce n’est pas très structuré, donc ça peut très bien être une mosaïque de différentes choses. Donc ça laisse une énorme liberté pour se définir comme étant anthropologue. Dans le monde anglo-saxon, que j’ai connu en particulier à Cambridge, c’est beaucoup plus précis. Les choses sont très claires : il y a une discipline extrêmement délimitée avec une histoire, une épistémologie, des écoles qui se succèdent de manière très tranchée etc. Ça c’est différent, être anthropologue britannique c’est une chose très précise, être anthropologue français ou belge c’est une chose beaucoup plus difficile à définir. Je ne sais pas si je serais devenu anthropologue si j’avais été étudiant de première année en faculté en Angleterre. En fait, mon choix de l’anthropologie « sur le continent », c’était lié au fait que ça vous permettait un peu de lire tout ce qui vous plaisait : de la philosophie, de la linguistique, de la psychanalyse, tout ce qui vous passait par la tête. On vous disait: « Oui, oui, c’est de l’anthropologie! ». Plus tard, je me suis fort identifié, à partir du moment où je me suis intéressé à la théorie des prix, à l’anthropologie économique en tant que telle. Mais par ailleurs j’avais toujours un intérêt pour ce que j’appelais l’anthropologie des savoirs parce qu’il n’y avait pas véritablement un champ ou une sous-discipline qui correspondait à ça. En Angleterre, c’était plus clair : il y avait des gens qui faisaient des recherches dans un domaine qu’on appelait « rationality ». En France, c’était plus flou parce qu’on avait dans ce domaine, deux maîtres essentiellement: il y avait Lévy-Bruhl avec ce qu’il avait fait sur La mentalité primitive et d’autre part il y avait par contraste, son opposé, avec Lévi-Strauss et La pensée sauvage. C’était en fait deux tentatives dans des directions tout à fait opposées. Ceci dit on n’est pas laissé à soi-même puisqu’il y existe tout un champ qu’on appelle « l’histoire et la philosophie des sciences » qui donne le cadre dans lequel ces réflexions peuvent s’inscrire. Par exemple quand j’ai écrit Comment la vérité et la réalité furent inventées (2009), j’ai pris les maîtres que sont Lévy-Bruhl et Lévi-Strauss, mais j’ai complété ça avec tout ce qui existait dans l’histoire et la philosophie des sciences. D’ailleurs à Cambridge, les deux bâtiments étaient contigus entre anthropologie sociale et histoire et philosophie des sciences. Et je participais à tous les séminaires d’anthropologie mais aussi à tous ceux de philosophie des sciences. Je m’étais conçu une sorte de boîte à outils où les deux se trouvaient. Quand on fait de l’anthropologie des savoirs, les données viennent surtout d’Amérique du Sud, d’Océanie, d’endroits assez reculés d’Asie, d’Afrique etc. Alors qu’évidemment si on fait de l’histoire et de la philosophie des sciences on peut faire comme je l’ai fait, c’est-à-dire entrer carrément dans l’histoire, l’histoire des mathématiques, de la physique etc., des choses qui ne relèvent pas normalement du monde de l’anthropologie. Dans mon bouquin, j’ai tout traité ensemble. J’ai fait un parcours autour de deux notions, vérité et réalité, et j’ai utilisé tout le matériel dont on peut disposer.

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Élire nos représentants ou les tirer au sort ?

Le régime démocratique qui est le nôtre aujourd’hui est bien entendu entièrement déséquilibré par le poids qu’exerce sur lui l’argent. Un autre de ses défauts majeurs est le carriérisme des élus du peuple. Aussitôt élus, le souci de représenter les électeurs qui les ont élus s’efface, semble-t-il, comme par enchantement de leur entendement, pour être remplacé par celui de s’accrocher bec et ongles à leur poste conçu par eux comme la sinécure tant convoitée, en termes d’argent ou de pouvoir, l’un des deux pouvant d’ailleurs être aisément transformé en l’autre.

Invoquant le cas de la Grèce antique, nombreux sont ceux – et apparemment de plus en plus nombreux – qui proposent que l’élection soit remplacée par le tirage au sort. Que faut-il en penser ?

C’est Cornelius Castoriadis qui rappelait que le choix de représentants du peuple par tirage au sort en Grèce antique se cantonnait à des secteurs bien spécifiques de la vie sociale et que quand il s’agissait de certaines décisions comme celle pour Athènes de déclarer la guerre à Lacédémone, il était hors de question de confier la décision à des citoyens tirés au sort. La décision était confiée dans ce cas-là à ce que nous appelons aujourd’hui des « experts » : à des citoyens bien particuliers dont on considère qu’ils possèdent sur la question dont il faut décider, un savoir spécifique, et il s’agit dans ce cas-là des généraux.

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