Lycée d’État Jean Zay à Paris, « Comment la vérité et la réalité furent inventées », le mardi 24 mars à 20h

Au Lycée d’État Jean Zay
10, rue du Docteur Blanche 75016 Paris
métro : Ranelagh

mardi 24 mars 2015 — Grand salon 20h

Comment la vérité et la réalité furent inventées

par Paul Jorion

Titulaire de la chaire « Stewardship of Finance » à la Vrije Universiteit Brussel, Docteur en Sciences Sociales de l’Université Libre de Bruxelles. A enseigné aux universités de Cambridge, Paris VIII et de Californie (Irvine).

 

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Académie Royale de Belgique, « Comment la vérité fut inventée par les philosophes grecs », à Namur le jeudi 12 mars à 17h

Je commenterai le passage suivant de La naissance de la tragédie (1872) de Nietzsche :

« Un phénomène merveilleux, qu’il appelle son « démon », nous permet de voir plus au fond de la nature de Socrate. Dans des circonstances exceptionnelles, lorsque l’extraordinaire lucidité de son intelligence paraissait l’abandonner, une voix divine se faisait entendre, et lui prêtait une assurance nouvelle. Lorsqu’elle parle, toujours cette voix dissuade. Dans cette nature tout anormale, la sagesse instinctive n’intervient que pour entraver ici et là le progrès de l’entendement conscient. Tandis que chez tous les hommes productifs, c’est l’instinct qui est la force positive, créatrice, et la raison consciente une fonction critique, dissuasive, chez Socrate, l’instinct se révèle critique, et la raison est créatrice, — véritable monstruosité per defectum ! Et, en effet, nous constatons ici un monstrueux défaut de toute disposition naturelle au mysticisme, de sorte que Socrate pourrait être considéré comme le non-mystique par excellence, chez qui, par une superfétation particulière, l’esprit logique eût été développé d’une façon aussi démesurée que l’est, chez le mystique, la sagesse instinctive. »

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Audencia – Les rencontres du Louvre : Comment la vérité et la réalité furent inventées, le lundi 13 octobre 2014 à 9h

Vérité et réalité

Pour étoffer le dépliant des Rencontres du Louvre, il m’est demandé un bref résumé de Comment la vérité et la vérité furent inventées (Gallimard 2009). Le voici :

Aux yeux de l’anthropologue qu’est Paul Jorion, familier de la variabilité des institutions humaines, toute production culturelle mérite une explication, y compris celles de la culture qui est la nôtre.

Rien qui ne soit plus évident pour nous que les notions de « vérité » et de « réalité ». Pourtant nous savons quand et comment elles furent inventées. Alors voyons de quelle manière ! Rien qui n’aille davantage de soi que la logique ou les mathématiques. Elles ont cependant une histoire, pleine de bruit et de fureur. Examinons donc celles-ci !

John Maynard Keynes avait qualifié Newton-alchimiste de « dernier des magiciens », Paul Jorion rapproche lui la démarche de Kurt Gödel démontrant l’incomplétude de l’arithmétique, de celle de Quesalid, le chamane kwakiutl.

 

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Comprendre notre rapport au temps, par Pierre-Yves Dambrine 

Billet invité.

On en revient toujours à cette lancinante question du temps. N’y-a-t-il pas en jeu un certain rapport au temps dans cette crise ? Le temps qui presse et le temps qui délivre, tout un. Nous semblons comme obligés de prendre parti pour l’un ou pour l’autre comme facteur causal. Ne faudrait-il pas au contraire considérer leur relation réciproque ?

La crise c’est étymologiquement le temps de la décision, du partage des choses entre les choses essentielles et celles qui ne le sont pas. D’où, l’importance, reconnue sur ce blog, de l’appréhension des choses, en amont. L’amont de ce point de vue, c’est ce qui procède de la distension, de la dislocation d’un cadre ancien de plus en plus ressenti comme carcan. L’hubris c’est alors, selon le point de vue que l’on adopte, à savoir, soit à l’intérieur du cadre, soit à l’extérieur, aussi bien l’ancien cadre qui se défait, que ce qui ouvre un nouveau possible. C’est un fait objectif : même ceux qui n’appréhendent pas les solutions en amont perçoivent l’existence d’un carcan.

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PIQÛRE DE RAPPEL : ANTHROPOLOGUE INCLASSABLE, Journal des Anthropologues, N°126-127 : 335-339

Un entretien avec Laura Ferré. Je suis depuis quelques semaines en dialogue avec une personne qui veut s’initier à l’anthropologie pour comprendre son environnement de travail. J’allais lui signaler ce texte ce matin et, le relisant, je me suis dit que cela pouvait intéresser certains d’entre vous qui ne l’auraient pas lu.

Comment définissez-vous un anthropologue ?

            Je dirais que c’est simplement quelqu’un qui a obtenu un diplôme en anthropologie délivré par une université. Comme l’enseignement est très différent d’un endroit à l’autre, un anthropologue peut être beaucoup de choses différentes. Dans mon expérience, en Belgique et en France, les professeurs d’anthropologie enseignent un peu ce qu’ils connaissent et ce n’est pas très structuré, donc ça peut très bien être une mosaïque de différentes choses. Donc ça laisse une énorme liberté pour se définir comme étant anthropologue. Dans le monde anglo-saxon, que j’ai connu en particulier à Cambridge, c’est beaucoup plus précis. Les choses sont très claires : il y a une discipline extrêmement délimitée avec une histoire, une épistémologie, des écoles qui se succèdent de manière très tranchée etc. Ça c’est différent, être anthropologue britannique c’est une chose très précise, être anthropologue français ou belge c’est une chose beaucoup plus difficile à définir. Je ne sais pas si je serais devenu anthropologue si j’avais été étudiant de première année en faculté en Angleterre. En fait, mon choix de l’anthropologie « sur le continent », c’était lié au fait que ça vous permettait un peu de lire tout ce qui vous plaisait : de la philosophie, de la linguistique, de la psychanalyse, tout ce qui vous passait par la tête. On vous disait: « Oui, oui, c’est de l’anthropologie! ». Plus tard, je me suis fort identifié, à partir du moment où je me suis intéressé à la théorie des prix, à l’anthropologie économique en tant que telle. Mais par ailleurs j’avais toujours un intérêt pour ce que j’appelais l’anthropologie des savoirs parce qu’il n’y avait pas véritablement un champ ou une sous-discipline qui correspondait à ça. En Angleterre, c’était plus clair : il y avait des gens qui faisaient des recherches dans un domaine qu’on appelait « rationality ». En France, c’était plus flou parce qu’on avait dans ce domaine, deux maîtres essentiellement: il y avait Lévy-Bruhl avec ce qu’il avait fait sur La mentalité primitive et d’autre part il y avait par contraste, son opposé, avec Lévi-Strauss et La pensée sauvage. C’était en fait deux tentatives dans des directions tout à fait opposées. Ceci dit on n’est pas laissé à soi-même puisqu’il y existe tout un champ qu’on appelle « l’histoire et la philosophie des sciences » qui donne le cadre dans lequel ces réflexions peuvent s’inscrire. Par exemple quand j’ai écrit Comment la vérité et la réalité furent inventées (2009), j’ai pris les maîtres que sont Lévy-Bruhl et Lévi-Strauss, mais j’ai complété ça avec tout ce qui existait dans l’histoire et la philosophie des sciences. D’ailleurs à Cambridge, les deux bâtiments étaient contigus entre anthropologie sociale et histoire et philosophie des sciences. Et je participais à tous les séminaires d’anthropologie mais aussi à tous ceux de philosophie des sciences. Je m’étais conçu une sorte de boîte à outils où les deux se trouvaient. Quand on fait de l’anthropologie des savoirs, les données viennent surtout d’Amérique du Sud, d’Océanie, d’endroits assez reculés d’Asie, d’Afrique etc. Alors qu’évidemment si on fait de l’histoire et de la philosophie des sciences on peut faire comme je l’ai fait, c’est-à-dire entrer carrément dans l’histoire, l’histoire des mathématiques, de la physique etc., des choses qui ne relèvent pas normalement du monde de l’anthropologie. Dans mon bouquin, j’ai tout traité ensemble. J’ai fait un parcours autour de deux notions, vérité et réalité, et j’ai utilisé tout le matériel dont on peut disposer.

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Élire nos représentants ou les tirer au sort ?

Le régime démocratique qui est le nôtre aujourd’hui est bien entendu entièrement déséquilibré par le poids qu’exerce sur lui l’argent. Un autre de ses défauts majeurs est le carriérisme des élus du peuple. Aussitôt élus, le souci de représenter les électeurs qui les ont élus s’efface, semble-t-il, comme par enchantement de leur entendement, pour être remplacé par celui de s’accrocher bec et ongles à leur poste conçu par eux comme la sinécure tant convoitée, en termes d’argent ou de pouvoir, l’un des deux pouvant d’ailleurs être aisément transformé en l’autre.

Invoquant le cas de la Grèce antique, nombreux sont ceux – et apparemment de plus en plus nombreux – qui proposent que l’élection soit remplacée par le tirage au sort. Que faut-il en penser ?

C’est Cornelius Castoriadis qui rappelait que le choix de représentants du peuple par tirage au sort en Grèce antique se cantonnait à des secteurs bien spécifiques de la vie sociale et que quand il s’agissait de certaines décisions comme celle pour Athènes de déclarer la guerre à Lacédémone, il était hors de question de confier la décision à des citoyens tirés au sort. La décision était confiée dans ce cas-là à ce que nous appelons aujourd’hui des « experts » : à des citoyens bien particuliers dont on considère qu’ils possèdent sur la question dont il faut décider, un savoir spécifique, et il s’agit dans ce cas-là des généraux.

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L’envie de découvrir comment cela fonctionne vraiment, par Boris Verhaegen

Juste une petite remarque suite à la vidéo du Temps qu’il fait du 13 décembre 2013 concernant le milieu scientifique que Hugh Everett a quitté, dégoûté du sort que l’on faisait à sa théorie. Il se fait qu’il n’est pas le seul à avoir tenté d’expliquer les superpositions d’états surprenantes que l’on peut observer dans le monde de l’infiniment petit.

Si les reproches qu’on fait à sa théorie sont légitimes – c’est-à-dire pour l’essentiel sa construction qui par essence ne permet pas de le placer dans le cadre du falsificationnisme popperien -, d’autres théories tout aussi originales mais plus pragmatiques ont subi le même sort. La théorie d’Everett n’est cependant pas la plus plausible pour expliquer les superpositions d’états car d’autres y arrivent avec moins de subterfuges. Comme on le suppose dans le milieu, plus une théorie explique les choses de manière simple, et plus elle a de chance d’exprimer une réalité concrète – ce qui rend si beau l’égalité d’Einstein E=mc2. Ainsi, une autre théorie résout la plupart des incohérences avec un seul univers supplémentaire, un univers gémellaire : jumeau.

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Le capitalisme : un socialisme utopique scientifique à l’intention de la classe des rentiers, par Nadir (Nadj Popi)

Billet invité.

On peut voir ici l’entretien de Friedrich von Hayek (1899 – 1992) avec Leo Rosten dans lequel l’intellectuel autrichien reconnaît en Walther Rathenau (1867 – 1922) une influence majeure. Fait confirmé dans le livre de Robert Leeson : Hayek : A collaborative biography (Palgrave Macmillan 2013).

Rathenau influença également Ludwig von Mises (1881 – 1973) : ses écrits sur le socialisme et le libéralisme au début des années 20 correspondent à la diffusion des œuvres de Rathenau sur le nouveau socialisme qu’il appelle de ses vœux.

Le révisionnisme historique opéré par von Mises vise donc à séparer, comme le fit von Hayek , le libéralisme de sa tradition socialiste et donc de la logique de classe inhérente au néolibéralisme. Le libéralisme est donc un socialisme utopique scientifique : un programme de transformation radicale de la société.

Il existe sur ce plan un révisionnisme historique consistant à considérer von Mises comme la figure tutélaire de von Hayek alors qu’ils furent , ensemble, façonnés par les écrits de Walther Rathenau. À cet égard la thèse de Serge Audier dans Néo-libéralisme(s) – Une archéologie intellectuelle, (Grasset 2012) sur la nécessité de déshomogénéiser le néolibéralisme s’apparente beaucoup au révisionnisme néolibéral qui vise à désolidariser le néolibéralisme de sa tradition socialiste.

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RENÉ ALLEAU (1917 – 2013), par Annie Le Brun

Billet invité.

Le 18 octobre dernier disparaissait un des esprits les plus considérables de ce temps. Aujourd’hui peu connu des milieux intellectuels, René Alleau, né en 1917, n’en aura pas moins été celui qui renouvela l’approche de l’alchimie et des savoirs traditionnels, en les dégageant des brouillards occultistes, grâce à une double formation scientifique et philosophique.

Résistant sous l’occupation, il se retrouve quelques années plus tard ingénieur en Afrique, où il s’intéresse, entre autres, aux sociétés secrètes, ne se contentant pas d’avoir auparavant fait une thèse sur l’Alchimie au XVIIe siècle, sous la direction de Gaston Bachelard. Ces quelques éléments biographiques pour donner une idée de la multiplicité des intérêts de René Alleau mais aussi de celle des plans où il s’est trouvé à même de développer une pensée dont l’ampleur de vue aura été servie par une égale ampleur de moyens.

Dès le début, la grande affaire étant en effet pour lui d’accéder à un « surcroît de conscience », il lui paraît évident que « ni notre imagination ni notre raison ne sont capables, même en unissant leurs efforts, de concevoir toute la profondeur réelle des êtres et des choses. Comment pourrons-nous même l’entrevoir si nous opposons ou si nous séparons nos puissances déjà si limitées ? » C’est dans cet état d’esprit qu’il se tourne vers les savoirs traditionnels, non sans mesurer l’enjeu politique de ce choix : « Si j’ai refusé d’enseigner la philosophie avant la guerre, c’est que j’étais intimement persuadé, comme l’étaient aussi Paul Nizan et d’autres jeunes amis normaliens de ma génération, que nous deviendrions tôt ou tard des « chiens de garde » du rationalisme bourgeois… » Car plus que quiconque, René Alleau perçoit combien « nos sciences modernes n’ont fait porter leurs efforts que sur un processus d’abstraction croissante des phénomènes, de façon à pouvoir les formaliser, les axiomatiser et à en exprimer les lois générales grâce au langage mathématique ».

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KEYNES ET LES ÉCONOMISTES : DEUX CONCEPTIONS DU MONDE INCONCILIABLES

Le Treatise on Probability sur lequel Keynes aura travaillé durant huit années avant la guerre de quatorze paraîtra finalement, partiellement réécrit, en 1921. C’est un ouvrage académique, sans rapport dans son style avec son Economic Consequences of the Peace, paru deux ans auparavant, livre au contraire sensationnaliste, accusateur, aux portraits mordants d’hommes d’État vedettes de l’actualité, et qui sera lui un succès de librairie.

Dans son traité, Keynes a rebâti une théorie des probabilités sinon à partir de zéro, du moins à partir de ses fondations dans la période où débute sa mathématisation au XVIe siècle avec Jérôme Cardan (1501-1576), puis au XVIIe avec les Pascal, Huygens, Fermat, etc. Le livre est iconoclaste parce qu’il refuse le jeu habituel qui consiste à considérer que les « autorités » du moment sur la question ont automatiquement raison et qu’il suffit d’élaborer et de broder à partir de leurs enseignements qui contiennent leurs certitudes.

Le lecteur de 1921 se trouve alors devant un choix : soit il aborde le sujet avec les œillères que lui proposent les « autorités » en question et le livre de Keynes lui apparaît sous le jour que celles-ci souhaitent : comme une bizarrerie produite par un excentrique coupé de la profession, soit il aborde le sujet l’œil ouvert et les sens aux aguets et le Treatise on Probability lui semble ce qu’il convient effectivement d’écrire sur le sujet et, par comparaison, les livres contemporains qui parlent de probabilité lui apparaissent guindés, prisonniers des conventions d’une profession académique et de ses « jeux de langage » pour reprendre l’expression de Wittgenstein, et à tout prendre, naïfs.

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LES ENFANTS « BONS EN MATHS » QUI RESTERONT CEPENDANT SCEPTIQUES QUANT AUX MÉRITES DE CETTE BRANCHE DU SAVOIR

Être « bon en maths » a toujours été une qualité dont parents et éducateurs ont voulu maximiser le potentiel, si bien que tout enfant présentant cette disposition qui n’a pas fini mathématicien, physicien ou ingénieur, ne l’a dû qu’à sa détermination personnelle.

Telles furent les pressions que John Maynard Keynes dut lui aussi endurer. Pour lui, la maîtresse de toutes les formes de connaissance était la philosophie, dont l’une des qualités et non des moindres à ses yeux est sa résistance à toute tentative de restreindre le domaine de sa compétence. En 1901, alors que le jeune Maynard vient de fêter ses dix-huit ans, à la veille d’importants examens de mathématiques, ses répétiteurs – ainsi que son père – découvrent avec stupeur qu’il vient de consacrer la totalité de ses efforts des derniers mois à la rédaction d’un mémoire consacré aux mérites de la poésie en latin médiéval du scolastique Bernard de Cluny.

Le Treatise on Probability à la rédaction duquel Keynes consacra le plus clair des années 1906 à 1913 (l’interruption de la guerre fera qu’il ne sera publié qu’en 1921) est, selon la définition qu’il donne de la probabilité de constituer une branche de la logique, un ouvrage très peu mathématique pour ce qui touche à la contribution originale de Keynes au sein du volume. Il renoue en fait avec la discipline dans l’état qui était le sien avant que les colles astucieuses que le chevalier de Méré posa à Pascal, Huygens, Fermat et quelques autres, sur la façon la plus juste de partager les enjeux d’une partie de cartes interrompue alors qu’elle est déjà entamée, n’ait conduit à assimiler la probabilité d’un événement à une mesure constituant la généralisation de sa fréquence observée.

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HIER SOIR AU LAZARET D’AJACCIO

Hier soir, au Lazaret d’Ajaccio : Marc Lachièze-Rey en fin d’après-midi et moi-même en soirée.

Lachièze-Rey a parlé des grandes questions qui se posent aujourd’hui en physique, à la jonction de la relativité et de la mécanique quantique, soulignant que ces deux approches relèvent de paradigmes différents et qu’une réconciliation passe donc nécessairement par le création d’un paradigme neuf, capable d’englober les deux approches dont la capacité respective à produire des modèles valides est indiscutable. Il mentionna comme piste prometteuse, les réseaux causaux.

Lachièze-Rey évoqua la « matière noire » dans l’univers comme un éventuel artéfact, qui pourrait s’évanouir si l’on examinait la question en termes de la constante cosmologique, proposée initialement par Einstein comme facteur explicatif avant qu’il ne se rétracte à son sujet.

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à l’écoute de cet exposé à l’« effet Max Müller » que j’évoque dans Comment la vérité et la réalité furent inventées (2009) : la possibilité pour un modèle d’engendrer des artéfacts dont de nouveaux modèles devront rendre compte, au risque de produire à leur tour de nouveaux artéfacts…

Quant à moi, prenant comme fil conducteur l’œuvre de Keynes, j’ai exposé quelques-uns de mes thèmes favoris : la machine à concentrer la richesse, le bancor, le nécessaire défaut généralisé de la zone euro, le fixing, la complexité non maîtrisée, la disparition du travail, etc.

Je pris la parole à 21h30. Quand, trois heures plus tard à 00h30, le maître de cérémonie Jean-Noël Ropion mit fin aux questions de la salle, une gentille dame vint se plaindre de cette manifestation arbitraire d’autorité !

L’approbation de mes propos par Jean-Marc Lévy-Leblond me fit très plaisir tout en étant dans la ligne logique de notre longue discussion de la veille, beaucoup plus surprenante à mes yeux fut l’intervention de Pascal Bruckner qui, dans un bref mais magistral portrait de la situation présente, vint conforter celui que j’avais moi-même brossé durant la soirée. Quand il eut fini de parler, je me tus, n’ayant en fait absolument rien à ajouter.

Ce soir, la dernière séance, avec Étienne Klein et Bernard Werber.

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COMMENT J’AI APPRIS À AIMER LE CATASTROPHISME APOCALYPTIQUE

Deux exposés hier à « Penseurs d’avenir » au Lazaret d’Ajaccio : celui de Pascal Bruckner consacré à La passion de la peur et celui de Jean-Marc Lévy-Leblond, répondant à la question : La pensée scientifique a-t-elle un avenir ?

La thèse de Pascal Bruckner est que la pensée unique serait aujourd’hui le catastrophisme apocalyptique jouant de manière irrationnelle avec notre prédisposition trop naturelle à la peur.

L’exposé s’apparentait à ces exercices de style que l’on impose aux collégiens surdoués : de devoir démontrer une thèse paradoxale telle que « Les vices sont en réalité des vertus, et les vertus, des vices », ce à quoi, comme l’on sait, s’applique le monde financier depuis deux siècles et demi. Dans un cas comme dans l’autre, Bruckner et les banquiers, la démonstration est astucieuse et souvent brillante, mais la conclusion échoue à convaincre.

J’ai posé à Bruckner la question suivante. Les êtres humains disposent d’une centaine d’années tout au plus. Leur vie est menacée tout ce temps. Normal qu’ils aient parfois peur. L’espèce existe elle depuis plus d’un million d’années. Imaginons que la conscience soit attachée à l’espèce plutôt qu’à l’individu, l’espèce aurait-elle raison aujourd’hui d’avoir peur ?

Réponse de Bruckner : il y a en réalité deux peurs, l’une est mauvaise et l’autre salutaire. Celle de l’espèce est justifiée et salutaire. Fort bien. Mais si les mots ont en réalité deux sens opposés, tout paradoxe n’est-il pas aisément prouvé ?

Ce que Jean-Marc Lévy-Leblond nous a proposé, c’est la lecture du chapitre consacré à la science au XXIe siècle, extrait d’un ouvrage publié un siècle plus tard.

Quiconque imagine que le catastrophisme apocalyptique constitue la pensée unique d’aujourd’hui aurait mieux fait de se trouver au Lazaret d’Ajaccio hier soir. La stupeur qui saisit l’auditoire souligna son impréparation à ce qu’il s’entendit dire. Pour la plupart d’entre nous, le monde de Mad Max, c’est encore toujours du cinéma et non le portrait de ce qui nous pend au nez.

Nous avons reparlé lui et moi ce matin du scénario qu’il a présenté hier soir. Le mot qui m’est venu pour le qualifier est celui de « chréode », le mot qu’utilisait C.H. Waddington pour un chemin tout tracé au sein d’une dynamique. Il est possible d’échapper à une chréode mais cela demande un apport énergétique considérable. À bon entendeur, salut !

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La liberté se réduit à une idéologie mise au service d’une classe privilégiée, par Nadir (Nadj Popi)

Billet invité.

J’ai établi une dichotomie assez claire entre l’hystérèse, c’est à dire le « sublime » ou l’« apriorisme » de Kant (théorie pure), le « réel » de Marx (à partir de Hegel) et Lacan (le « Néant » de Sartre et de Hegel, le « sujet qui fâche » de Žižek, etc.), et le processus aliénant de l’ontologie.

L’épistémologie ou la philosophie des sciences consiste à partir de la théorie pure (apriorisme) pour en faire un processus ontologique aliénant universel et nécessaire. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’épistémologie « marxienne » de Popper, von Mises et Hayek.

Popper propose de prendre la théorie pure (métaphysique) ce qu’il appelle « réalisme », qui n’est ni démontrable, ni vérifiable puisque par définition il échappe à tout processus ontologique (de symbolisation), c’est ce que l’on peut appeler « idéologie », et faire de cette théorie pure un processus ontologique qui conférera à la théorie un caractère scientifique.

C’est la raison pour laquelle ce qui traduit le passage de la métaphysique à la science est ce processus d’ontologisation ou de « falsification » ou infirmation. C’est là la logique de la science ou le caractère formel ou ontologisant de la science. Popper ne reprend-il pas dans La connaissance objective (1972), une formule de Marx quand il dit que la théorie est le produit de l’activité humaine (apriorisme) qui transcende et aliène ensuite son propre créateur (processus ontologique).

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