La victoire de David Cameron, par Michel Leis

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

La victoire de David Cameron aux élections en Grande Bretagne est un très mauvais signal adressé au monde politique. Avec la réélection de Merkel en 2013, elle tendrait à servir d’exemple à un personnel politique européen tout entier tourné vers l’accomplissement d’une carrière dans les sphères du pouvoir (je parle ici des partis traditionnels). Il suffirait d’une relative prospérité économique mesurée essentiellement par le taux de croissance (1,6 % en Allemagne et 2,6 % au Royaume-Uni pour une moyenne européenne à 0,9 %) et un taux de chômage (4,8 % en Allemagne et 5,5 % au Royaume-Uni contre 9,9 en moyenne européenne) un peu plus bas que dans le reste de l’Union Européenne pour emporter sinon l’adhésion, du moins le consentement de la majorité de la population et des classes moyennes en particulier. Dans ces conditions, on comprend l’importance de marteler ce discours sur le retour de la croissance en Europe.

Étrange illusion en vérité. Les conditions dans lesquelles ces résultats sont obtenus traduisent le renforcement d’un darwinisme social exacerbé.  Le Royaume-Uni compte près de 5.2 millions de travailleurs pauvres, c’est l’un des pays les plus inégalitaires du monde occidental, tandis que l’Allemagne compte près de 15 % de sa population en dessous du seuil de pauvreté.  Tout se passe pourtant comme si la croissance retrouvée et un chômage bas redonnaient une vigueur apparente à quelques messages pourtant démentis par les faits : cela ira mieux demain, celui qui a envie peut s’en sortir, l’ascenseur social est toujours présent. Ce message de la réussite des individus est entre parenthèses le message de toutes ces émissions de télé qui envahissent nos écrans où l’élimination progressive des candidats donne l’illusion qu’un talent quelconque permet de s’imposer aux autres.

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France 24 : La semaine de l’éco, Paul Jorion en duplex de Bruxelles, le vendredi 31 octobre de 15h15 à 16h

L’émission de Stéphanie Antoine « La semaine de l’écho » sur France 24.

J’ai un peu eu l’impression de mon côté d’entendre dans ce que disent certains autres intervenants les communications du ministère de la propagande. J’espère faire penser quant à moi au petit garçon qui voit passer l’empereur victime d’un courtisan trop flatteur.

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SORTIR DE L’IMPASSE, par Jean-Pierre Pagé

Billet invité.

Plus les années passent, plus s’accroît la sensation que l’Europe s’enfonce dans une impasse redoutable vers laquelle la dirige l’indigence des autorités de la Zone Euro. L’on a le sentiment extrêmement pénible que l’Europe est en train de reproduire le processus des « années 30 ». En témoignent plusieurs traits de la situation actuelle.

En premier lieu, en ce qui concerne notre pays, l’obligation, à laquelle ses gouvernants se croient tenus d’obéir pour « rester dans les clous » de la voie tracée par les autorités de Bruxelles, de passer au crible toutes les composantes du Pacte résultant des accords sociaux signé après la Seconde Guerre Mondiale, qu’il s’agisse, par exemple, du régime de l’allocation-chômage dont l’actuel ministre de l’Economie a clamé haut et fort qu’il ne saurait constituer un tabou, de la remise en question du régime de l’emploi à vie des fonctionnaires, élément capital de la fonction de « service public, ou encore, de la prime à la naissance, clef de voûte de la politique familiale qui est l’une des « réussites françaises ».

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LE MONDE : « Keynes nous jugerait sévèrement », lundi 6 – mardi 7 janvier 2014

Ma chronique mensuelle : La leçon du vrai Keynes

Que dirait Keynes revenu parmi nous des politiques économique et financière qui sont les nôtres ? Je parle ici du véritable John Maynard Keynes, et non des économistes contemporains que l’on appelle par facilité de langage, « Keynésiens » et dont la pensée est très éloignée, pour la plupart, de celle du Keynes historique.

Il serait consterné, comme il le fut toujours, devant les politiques d’austérité et rejetterait avec horreur notre invocation sentencieuse d’un impératif de « compétitivité », l’aimable euphémisme auquel nous recourons pour désigner la politique cynique du « moins-disant salarial ».

Le niveau atteint par les salaires était jugé par Keynes non révisable à la baisse et ceci pour deux raisons, l’une purement économique, l’autre « d’ordre moral » selon ses termes, mais nous pourrions dire tout aussi bien d’ordre « sociologique » ou « politique ».

La raison d’ordre économique est que l’appel à une baisse des salaires est révélateur d’un contexte déflationniste où l’exigence d’une « réduction des coûts du travail » est l’un des symptômes du problème qui se pose. Or la déflation doit être traitée en tant que telle par une politique monétaire et fiscale et non en s’attaquant à l’un de ses symptômes, stratégie vouée à l’échec car se contentant d’effleurer la surface des choses en ignorant leurs causes profondes.

Les salaires ne baissent jamais parce que les salariés y consentent, souligne Keynes, ils baissent parce que la déflation cause du chômage, lequel modifie le rapport de force entre employeurs et employés, forçant ces derniers à consentir à une baisse des salaires contraints et forcés. Cette situation est intolérable du fait que dans le partage de la nouvelle richesse créée entre ce que Keynes appelle la « classe des investisseurs », la « classe des affaires » et la « classe de ceux qui gagnent leur vie » (Earning Class), le rapport de force est, même dans un contexte économique optimal, défavorable à ces derniers : les salariés.

Le niveau des salaires est, dans les terme de Keynes : « poisseux » (sticky). Pareil en cela au niveau des profits ou des loyers, il réagit aux pressions économiques dont il est l’objet : il résiste à la baisse – résultat bien entendu de la résistance collective des intéressés, travailleurs, commerçants ou propriétaires d’immeubles.

Pour Keynes, les salaires ne peuvent constituer une variable d’ajustement : ce sont les autres variables, en particulier le taux de change et le niveau des prix qui doivent s’adapter au niveau des salaires et non l’inverse. La raison de cela, il l’expliqua dans un pamphlet publié en 1925, The Economic Consequences of Mr Churchill :

Nous nous situons à mi-chemin entre deux théories du tissu économique. Selon l’une d’elles, le niveau des salaires devrait se fixer en fonction de ce qui est « juste » et « raisonnable » dans le rapport entre les classes. Selon l’autre théorie – la théorie du rouleau compresseur (juggernaut) économique – le niveau des salaires sera déterminé par la pression économique, encore appelée la « dure réalité », et notre grosse machine devrait progresser imperturbablement, sans autre considération que son équilibre comme un tout, et sans accorder une attention quelconque aux conséquences hasardeuses du voyage pour l’un ou l’autre groupe de la population.

La contrainte « sociologique » selon Keynes est le maintien d’un consensus sociétal : si des équilibres économiques peuvent apparaître dans différents types de configuration, le critère pour en viser l’un plutôt qu’un autre c’est ce que cet équilibre signifie en termes de consensus global. L’objectif est une minimisation du dissensus produit par le ressentiment accumulé entre classes sociales. Aussi hétérogène que puisse être l’ordre social existant, il est impératif qu’aucune composante de la société n’en vienne à juger la situation comme désormais intolérable – une considération devenue étrangère à nos dirigeants, obnubilés qu’ils sont aujourd’hui par les caprices du marché des capitaux.

Keynes s’irritait du fait que quand une conjoncture économique difficile oblige de se tourner vers la nation pour lui réclamer des sacrifices, seule « la classe de ceux qui gagnent leur vie » soit mise à contribution, la « classe des investisseurs » et celle « des affaires » étant épargnées comme une chose allant de soi. Cette constatation l’avait conduit en 1925, dans son pamphlet visant Churchill alors Chancelier de l’Échiquier, ministre des finances, à proposer malicieusement – sachant pertinemment qui dans l’édifice social pousserait aussitôt des cris d’orfraie – une baisse des salaires, à condition que la mesure s’accompagne d’« un impôt additionnel de 1 shilling par livre [soit 5 %] sur l’ensemble des revenus autres que les salaires, impôt à maintenir jusqu’à ce que les salaires effectifs aient retrouvé leur niveau antérieur ».

Par cette provocation à l’égard des nantis, Keynes attirait l’attention sur le fait que dans notre représentation des processus économiques, les revenus de la « classe de ceux qui gagnent leur vie » sont considérés comme compressibles et à tout moment négociables, alors que ceux de la « classe des investisseurs » et de la « classe des affaires » sont spontanément jugés eux comme non-négociables et non-compressibles : si le « moins-disant salarial » s’est vu conférer, sous le nom pompeux de « compétitivité », le statut de dogme, les dividendes et le profit sont eux protégés d’un tabou (décrété autrefois, on le suppose, par le fameux Veau d’Or !). Le moment est venu de remettre en question ce postulat inique.

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LA COTE D’ALERTE EST DÉPASSÉE, par Jean-Pierre Pagé

Billet invité.

Cela a retenti comme un coup de tonnerre ! un sondage concernant les élections européennes, le Front National devancerait l’UMP et le Parti Socialiste arriverait en troisième position.

Et ce phénomène n’est pas spécifique à la France. L’hypothèse selon laquelle le regroupement des partis « populistes » dans l’Union européenne obtiendrait la majorité relative au Parlement européen l’an prochain ne saurait être écartée.

Voilà à quoi ont mené bientôt quatre ans de politiques suicidaires en Europe. Et ceci ne peut pas être imputé uniquement à l’aveuglement néo-libéral des eurocrates de Bruxelles, mais résulte de la décision des chefs d’Etats et de Gouvernements réunis en Conseil.

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L’actualité de demain : APRÈS LA GRÈCE, LE PORTUGAL ? par François Leclerc

Billet invité.

En attendant le tour de la Grèce, retardé le plus possible parce qu’encore plus dérangeant, le Portugal est de retour sur la sellette, n’ayant comme perspective que de suivre la même pente après avoir été longtemps présenté comme le bon élève de la classe. La Troïka a entamé sur place un nouvel examen des résultats du programme de rigueur, reporté étant donné la crise politique, tandis que le vice-premier ministre en charge du dossier, Paulo Portas, réclame un assouplissement de 4% à 4,5% des objectifs de réduction du déficit fin 2014, déjà demandé mais pas obtenu après deux assouplissements successifs, en septembre de l’année passée et mars dernier. « Il faudra qu’on nous explique comment on va pouvoir passer d’un déficit de 5,5% en 2013 à un déficit de 4% en 2014 » s’est interrogé Antonio Saraiva, le patron des patrons portugais. Tenir l’objectif de fin d’année de 5,5% n’est même pas garanti.

Anibal Cavaco Silva, le président, est intervenu de manière inaccoutumée pour demander à la Troïka de « faire preuve de bon sens ». A la clé, le déblocage d’une tranche de crédit de 5,5 milliards d’euros. Le retour sur le marché du pays, prévu pour juin 2014, apparaît de plus en plus compromis, le taux à 10 ans de la dette du pays atteignant un insoutenable 7,4%, se rapprochant de son niveau de juillet dernier au plus fort de la crise politique. Comment, dans ces conditions, se présenter sur le marché pour emprunter afin de commencer à rembourser les 78 milliards d’euros d’aide au total accordées par l’Union européenne et le FMI, les banquiers publics du pays ? Afin d’éviter l’affichage politique désastreux que représenterait un nouveau plan de sauvetage, un habillage pourrait être trouvé sous la forme d’une ligne de crédit.

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L’AFFAIRE REINHART ET ROGOFF OU LA « SCIENCE ÉCONOMIQUE ORDINAIRE »

François Leclerc y a fait allusion dans un billet vendredi : l’une des nouvelles de la semaine dernière, c’est l’échec d’une tentative faite par une équipe d’économistes de l’université du Massachusetts à Amherst de reproduire les conclusions d’un article de Reinhart et Rogoff affirmant qu’une fois que la dette souveraine des États dépasse les 90% de Produit Intérieur Brut, une récession est inéluctable. Données manquantes, formules erronées dans le tableur Excel, conclusion extrapolant de beaucoup ce que révèlent les chiffres, toute la panoplie s’y trouve des vices de la « science » économique, dans son emploi comme ici de « science économique ordinaire »

Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff sont les auteurs de This Time is Different. Eight Centuries of Financial Fallacy, une analyse historique fameuse des défauts sur dette souveraine au fil des siècles. L’ouvrage, publié par Princeton University Press en 2009, s’est à ce point imposé rapidement comme un monument, que Reinhart et Rogoff sont apparus un moment comme favoris au « Nobel d’économie » 2012 (les lauréats furent Alvin Roth et Lloyd Shapley).

Il se fait que cette proposition des 90% a abondamment servi de justification aux politiques d’austérité mises en application en Europe depuis quelques années.

Vendredi soir, dans le cadre de son émission Ce soir (ou jamais !), Frédéric Taddéi s’est fait expliquer l’incident par Philippe Askénazy, économiste atterré et chroniqueur comme moi au Monde-Économie, sur quoi, Alain de Benoist, philosophe de l’ex-« Nouvelle droite », a commenté : « Ce qui est formidable, c’est que cet incident est une confirmation extraordinaire de ce qu’écrit Paul Jorion dans son livre sur la science économique paru chez Fayard » (pour les puristes : à 14m02s).

La fausseté globale des modèles économiques et l’usage de la « science » économique comme simple discours de justification des financiers quand ils s’adressent à la classe politique, est en effet la thèse principale de Misère de la pensée économique, paru en octobre dernier chez Fayard. Le fait est qu’à mon sens, la quasi-totalité des tentatives de reproduire les résultats d’une étude économique ou financière, déboucheraient de la même manière sur un échec : les libertés prises par rapport aux données sont en effet massives, quand il ne s’agit pas tout simplement de ce que j’appelle l’« imperméabilité aux faits » caractérisant de façon générale la « science » économique.

Paraît dans l’édition papier du Financial Times aujourd’hui, une tribune de Wolfgang Münchau intitulée : Perils of placing faith in a thin theory, ou « du danger d’accorder foi à une théorie mince ». Le sous-titre affirme : « Reinhart et Rogoff ont raconté aux politiques ce que ceux-ci voulaient entendre », une manière de situer le rapport de force un peu plus en faveur de ces derniers que je ne le fais moi d’habitude, mais à part ça, une thèse très proche de la mienne.

Münchau termine son billet en écrivant : « La règle des 90% est […] incroyablement inconsistante. Mais bien qu’ayant été réfutée, elle continuera de déterminer les politiques pendant un certain temps », là aussi, à quelques nuances près, une autre manière d’exprimer l’« imperméabilité aux faits » de la « science » économique.

 

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VENIR VOIR LA VIE À ATHÈNES, par Pierre Bousquet

Billet invité.

– « Viens à Athènes, viens voir la vie ici, c’est important de pouvoir témoigner… ».

C’est ainsi, que répondant à l’invitation d’une amie pharmacienne à Athènes je suis arrivé en Grèce alors que les yeux de la communauté internationale était plutôt tournés vers Chypre.

Que signifie concrètement une baisse de 25 % du P.I.B. en quelques années ? quelles sont les conséquences sanitaires d’un chômage de plus de 25 % (et de 60 % chez les moins de 25 ans), comment agir face à la pénurie de médicaments ?

Et bien, j’ai été édifié.

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LE TONNEAU DES DANAÏDES (II), par Michel Leis

Billet invité

L’image du tonneau des danaïdes de mon précédent billet renvoie à cette impossibilité apparente de combler les fuites du système. Le discours dominant de la classe politique insiste sur la nécessité de réformes structurelles dans l’économie réelle et se focalise sur deux sources de fuite : le déficit chronique de la balance commerciale, synonyme de sortie permanente de capitaux dans certains pays, et le déficit public des États nécessitant un recours constant à l’emprunt. Ce même discours dominant insiste sur deux remèdes présentés comme incontournables : la compétitivité et l’austérité.

Dans le précédent billet, j’ai tenté de montrer en quoi la spécialisation relative des pays fondateurs de l’espace européen s’est opérée en fonction de deux modèles dominants, marques et enseignes. Une spécialisation relative sur le mode enseigne s’accompagne le plus souvent d’un déficit commercial structurel lié entre autres aux caractéristiques inhérentes à ce modèle. Tout d’abord, l’investissement est plus atomisé, ce qui ne favorise pas la remontée des capitaux dans les maisons mères, ensuite la politique d’achat est déterminante et se fait souvent au détriment des producteurs nationaux. Avec l’élargissement de l’Europe, la spécialisation s’est faite bien plus sur les avantages comparatifs, bien que des considérations de marché n’étaient pas absentes pour les pays du sud. Dans cette nouvelle donne, les nouveaux entrants de l’ex-bloc de l’Est siphonnent petit à petit une partie de la production des pays fondateurs et des pays du sud rentrés plus tardivement en Europe.

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CHRONIQUES D’UN HIVER EUROPÉEN – 3ème ÉPISODE, par Étienne Haug

Billet invité. Voici le troisième épisode radiophonique du périple initié par Étienne Haug pour raconter l’Europe de l’austérité. Le sujet est toujours la Grèce, ce qui coïncide avec les enjeux des élections qui se tiennent aujourd’hui même.

Le site d’Étienne Haug, pour suivre son parcours.

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CHRONIQUES D’UN HIVER EUROPÉEN – 2ème ÉPISODE, par Étienne Haug

Billet invité. Voici le deuxième épisode radiophonique du périple initié par Étienne Haug pour raconter l’Europe de l’austérité

Le site d’Étienne Haug, pour suivre son parcours.

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L’actualité de la crise : LE REJET ET LA COLÈRE, par François Leclerc

Billet invité

Les manifestations d’Athènes de ce week-end ne doivent pas occulter celles qui viennent de se dérouler au Portugal et en Espagne, où la tension sociale continue de monter. Partout, rien ne garantit que la résignation l’emportera sur une révolte de moins en moins contenue, alors que la situation de l’emploi et le niveau de vie continuent de se détériorer, précipitant dans la pauvreté des couches entières de la société. Parmi les paris qui sont tenus, celui-ci n’est pas le moindre.

Venant par cars entiers de tout le pays, des dizaines de milliers de manifestants – 300.000, selon la CGTP, la plus grande centrale syndicale – sont venus protester dans les rues de Lisbonne, afin de « pouvoir respirer, vivre et travailler », selon Armenio Alves Carlos, son secrétaire général. Une nouvelle journée d’action est prévue pour le 29 février prochain, alors qu’est annoncée la venue des représentants de la Troïka pour effectuer un bilan des mesures de rigueur prises par le gouvernement Passos Coelho : hausses d’impôts, baisse de prestations sociales, augmentation du tarif des transports et révision du code du travail.

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30 JANVIER 2012 : UN ACCORD MAL CONÇU, par Jean-Pierre Pagé

Billet invité

Des économistes de plus en plus nombreux démontrent, jour après jour, l’inanité d’une politique exclusivement fondée sur l’austérité. Pourtant, à l’exception de deux trublions, la Grande Bretagne et la République tchèque, les dirigeants des « 27 » viennent d’adopter un Traité impliquant, comme disposition essentielle, une « règle d’or » contraignant tous les pays-membres à inscrire dans leur constitution l’obligation de revenir à l’équilibre budgétaire. Tel est, en effet, le principal élément de cet accord, celui que l’on retient.

Ce n’est pas le principe de la recherche de l’équilibre budgétaire qui est ici en question, mais la manière dont il est formulé. Car, en effet, l’économie ne fonctionne pas comme l’entendent les concepteurs de la règle d’or, surtout dans un cadre pluriel. Comme le rappellent, là encore, plusieurs économistes, le bon équilibre peut exiger de certains pays, à certaines époques, que leurs budgets soient déficitaires en fonction de leur situation économique. Formuler ceci n’est pas faire preuve de keynésianisme sommaire. Peut-on concevoir une union de 27 pays dont tous les budgets seraient en équilibre en même temps ? De même, peut-on imaginer que toutes les entreprises d’un pays puissent présenter à un même moment des situations d’endettement nul ? Certaines d’entre elles sont endettées en vue de financer les investissements nécessaires à leur progression future, quand d’autres sont excédentaires en raison de résultats exceptionnels du passé. En outre, faut-il rappeler que, dans le « Flash Economie » publié par Natixis le 6 janvier 2012, Patrick Artus démontre que, au delà d’un certain stade, des politiques budgétaires trop restrictives, en raison de la réaction des économies considérées à ces politiques, déclenchent un processus pervers selon lequel l’activité économique s’affaiblit dangereusement et le résultat recherché n’est plus obtenu, les politiques budgétaires ne réduisant plus les déficits publics. Ceci est manifeste dans le cas de la Grèce, mais la même évolution de dessine en Espagne et pourrait survenir plus tard dans d’autres pays (Portugal, par exemple).

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COURTES IMPRESSIONS DU SÉJOUR À ATHÈNES, par Étienne

Billet invité. Il y a quelques semaines, le blog de Paul Jorion s’est associé à l’initiative d’Étienne d’un webdocumentaire radiophonique sur l’austérité en Europe. Étienne livre ici (ainsi que sur son blog) ses premières impressions depuis son arrivée en Grèce

Me voici depuis presque une semaine à Athènes, découvrant la réalité de la situation. Au premier regard, et sans avoir de connaissances antérieures de la ville, rien ne semble bien différent d’une autre grande métropole, mis à part de petites affichettes jaune et rouge. Et ce n’est pas une surprise, la vie continue ici, bien entendu. Mais avec un arrière-goût amer. C’est en discutant avec les gens, rencontrés au hasard, qu’on se rend compte de l’incroyable de la situation. Apparemment, c’est depuis l’été dernier que tout s’accélère : c’est ma plus grosse surprise, moi qui croyais que la crise progressait constamment depuis deux ans.

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CE QUE VEULENT LES MARCHÉS ET CE QUE VEULENT LES AUTRES

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La différence entre ce que veulent les marchés et ce que veulent les autres fut particulièrement visible dans les rues d’Athènes hier, après que le parlement grec vota les mesures d’austérité réclamées par les premiers.

On entendit dire hier en Grèce ce qu’on avait entendu dire en Belgique il y a quelques mois : que ce que les marchés désirent est plus essentiel que ce qu’expriment les citoyens par leur vote. Ce n’est pas neuf : on a pu lire dans le Salammbô de Flaubert que le désir du dieu Moloch de dévorer les enfants de Carthage était plus important que le souci de leurs parents de les maintenir en vie.

Les « marchés », ce sont les investisseurs : ceux qui disposent du capital. Autrement dit, un sous-ensemble des citoyens. Faire passer leurs désirs avant ceux des autres revient à remplacer la démocratie du suffrage universel par celle du système censitaire. Cela doit être dit.

Pour ceux qui n’auraient pas lu le roman de Flaubert : c’est une histoire brutale qui finit très mal.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’ANNEE 2010 : LA DERNIERE CARTOUCHE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Article paru dans L’ENA hors-les-murs, janvier 2011

L’année financière 2010 s’est caractérisée par le rétrécissement des options pour toutes les nations.

En raison d’une concentration excessive de la richesse, le financement des entreprises, le revenu des ménages, avaient été partiellement remplacés par des crédits. En 2008, le château de cartes du crédit s’est écroulé. On a parlé de « crise de liquidité » au lieu d’insolvabilité pour permettre aux États de renflouer les banques en catimini en leur avançant des fonds à taux zéro ou à peu près par le biais de leur banque centrale. Au lieu de prêter cet argent-là à des entreprises ou à des particuliers, qui auraient été bien incapables de les rembourser le temps venu dans le contexte de récession qui s’était créé, les banques commerciales ont remis cet argent en pension auprès des banques centrales ou ont acheté des emprunts d’État. Comme les États s’étaient surendettés pour renflouer les banques, et s’étaient portés garants de leur solvabilité, et que leurs rentrées baissaient du fait de la récession, le taux exigé sur leur dette par le marché des capitaux grimpait et la valeur de leurs emprunts baissait parallèlement. Du coup, le portefeuille des banques se dévalorisait. Ce qui les obligeait à se recapitaliser. Les banques s’affaiblissaient parce que leur portefeuille était bourré d’emprunts d’État qui perdaient de leur valeur parce que les États s’étaient affaiblis en venant à la rescousse des banques : une spirale infernale s’était amorcée.

Aux États-Unis, les autorités, comme les économistes, et comme la population toute entière, ont guetté anxieusement en 2010 les signes d’une reprise qui ne fut jamais au rendez-vous. La chasse quotidienne aux indices de rebond constituait un spectacle particulièrement navrant. Que des profanes en matière économique imaginent qu’un indice isolé, comme un chiffre du chômage un peu meilleur que d’habitude, ou un prix de l’immobilier en hausse légère, puisse représenter à lui tout seul un signe de reprise est excusable puisque la complexité de la machine économique peut très bien leur être inintelligible, mais que des économistes professionnels succombent à de telles illusions (s’ils sont dupes) ou participent à de telles campagnes de propagande (s’ils ne le sont pas) était spécialement inquiétant.

Devant un chiffre du chômage bloqué au taux officiel de 10 % et officieux de 17 %, et un stock immobilier qu’il faudrait près de neuf ans pour écouler (107 mois), l’Amérique était hantée par le spectre de la déflation. Elle n’ hésita pas : elle eut recours à l’arme ultime qu’est l’assouplissement quantitatif, euphémisme utilisé pour désigner la planche à billets, arme que le statut de monnaie de référence et de réserve de sa devise lui offrait, quitte à exporter ses problèmes à la surface du globe sous la forme de dollars dévalués de fait cherchant à se placer dans des économies en moins mauvaise posture que la sienne. La manœuvre ne fut guère appréciée à l’étranger. Au sommet du G20 à Séoul en novembre, les États-Unis se sont retrouvés dans une situation inédite : isolés face à une coalition constituée du reste du monde. Il n’en est pour autant rien sorti : devant la détérioration économique de l’Occident et le dynamisme du reste du monde, le G20 qui promettait monts et merveilles en matière de gouvernance mondiale a confirmé en 2010 l’impuissance qui est la sienne depuis sa mise en place en 2008.

L’Amérique n’a évoqué à aucun moment la crainte de la déflation comme sa motivation pour recourir à la planche à billets : elle a parlé plutôt de relancer son économie. Pendant ce temps-là, l’Europe de la zone euro choisissait d’accorder la priorité au règlement de sa dette publique, quitte à sacrifier la relance, puisque l’austérité, freinant la consommation, entraîne nécessairement une contraction de l’économie.

L’Europe, comme les États-Unis d’ailleurs, avaient fait le choix depuis 2008 de sauver les investisseurs à tout prix. Choix dont il faudra un jour écrire l’histoire et analyser les motivations et les ressorts. La première fausse note de cette partition viendrait d’Angela Merkel, le premier ministre allemand, qui engagea la zone euro dans une voie inédite : mettre à contribution les investisseurs en cas de difficultés à partir de 2013. Les prêteurs aux États européens se sont en effet vu annoncer qu’à partir de cette date, la prime de risque qu’ils intègrent dans le coupon réclamé sur la dette d’État deviendra pour de bon ce qu’ils ont toujours affirmé qu’elle était en réalité, à savoir une prime de risque à proprement parler, censée couvrir le risque de défaut de l’emprunteur. Reste à voir si les prêteurs seront heureux d’être pris au mot – même si c’est sur le tard dans l’histoire du capitalisme – et toujours aussi nombreux dans le nouveau cadre défini par ce codicille.

Bien sûr la zone euro n’avait d’ores et déjà plus d’autre choix, s’étant engagée avec le sauvetage de la Grèce au printemps 2010 et de l’Irlande à l’automne, dans une voie sans issue : celle où viennent en aide aux nations qui défaillent – dont le nombre croît sans cesse –, le groupe des survivants parmi les seize nations – dont la taille diminue dans la même proportion. C’est qu’après la Grèce et l’Irlande, le Portugal et l’Espagne apparaissaient eux comme immédiatement menacés.

Dans la zone euro, l’État le plus affaibli, la Grèce, a crié au secours le premier. On a créé tant bien que mal après des atermoiements coûteux, un fonds de garantie européen. On était en mai, les choses se sont tassées. Cinq  mois plus tard, l’attention s’est tournée vers l’Irlande dont le secteur bancaire, nationalisé à divers degrés, continuait de réclamer un soutien abyssal, représentant pour 2010 pas moins de 32 % du Produit Intérieur Brut de la petite nation de 4,5 millions d’habitants, une somme qui pourrait atteindre au total 150 milliards d’euros.  Dans les conversations entre l’Allemagne et la France, le mot « restructuration » cessa bientôt d’être tabou quand on parlait de la dette de l’Irlande, de la Grèce, et des prochains dominos à tomber qu’étaient le Portugal et l’Espagne. Et sinon la « restructuration », du moins le « rééchelonnement » – ce qui du point de vue des créanciers veut dire la même chose : qu’une partie de la somme escomptée manquera à l’arrivée. Quoi qu’il en soit, ce seraient les détenteurs d’emprunts d’État – au premier rang desquels les banques – qui paieraient cette fois. Du moins si elles peuvent encaisser la perte. Si elles ne le peuvent pas et si elles figurent au palmarès des vingt banques « Too Big to Fail », trop grosses pour faire défaut – entendez « sans que tout ne s’effondre » – établi par le Conseil de Stabilité Financière du G20, il faudra que les États les sauvent. Avec quel argent ? Excellente question : serait-ce en faisant régler l’ardoise des vingt plus grosses banques du monde par le Fonds Monétaire International, le payeur de dernier ressort ? Impossible puisque, vivant des cotisations des États membres, ses ressources à lui ne sont pas non plus infinies.

De leur côté, les nations émergentes communément appelées BRIC (pour Brésil, Russie, Inde et Chine) eurent à lutter contre les capitaux spéculatifs venant rechercher sur leurs marchés des taux que les nations déclinantes ne pouvaient plus offrir. La Chine parvenait encore à retirer son épingle du jeu, retrouvant un taux  de croissance d’avant-crise. Sa situation n’était pas simple cependant, cherchant sa voie à tâtons entre les pesanteurs bureaucratiques du communisme d’antan et l’aventurisme du capitalisme sauvage. « Traverser le gué en s’assurant d’une pierre à la fois », avait dit Deng Xiaoping, à l’époque où il inaugurait la nouvelle politique. Mais le gué devient traître avec la pluie qui grossit le flot.

Et les peuples dans tout cela ? L’année se terminait sous le signe de leur rébellion. Le 6 mai, le passage en boucle sur les écrans des salles de marché du spectacle des émeutes en Grèce avait provoqué aux États-Unis un « krach-éclair ». Les Français avaient manifesté en masse et à plusieurs reprises à l’automne. Les Anglais, dont on admirait jusque-là la placidité, manifestaient eux aussi contre la suppression brutale de l’État-Providence par David Cameron à la tête d’un gouvernement de coalition dirigé par les Conservateurs. En Espagne, la grève des contrôleurs aériens conduisait à déclarer l’état d’urgence. Aux États-Unis, les familles dont le logement était menacé de saisie, se rebiffaient à la faveur d’une confusion née d’un double système d’enregistrement des titres de propriété. Enfin, l’Europe des gouvernants se mettait à trembler devant les appels à la révolution et à sa mise en œuvre par la panique bancaire, que lançait Éric Cantona, gloire du football international. Il rejoignait à la même époque dans la catégorie des modernes Robin des Bois, Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks qui provoquait de son côté la panique dans la diplomatie internationale en diffusant 250 000 messages échangés entre les ambassades américaines et leur Département d’État, révélant en particulier que ce dernier, rivalisant désormais avec la CIA et la NSA, se consacrait tout entier et à plein temps à l’espionnage.

En 2010, les dépenses occasionnées par la crise : sauvetage du secteur bancaire, relance, ajoutées au manque à gagner dû à la récession, ont entraîné les États à la suite de leur secteur bancaire. On se retrouvait dans une situation ubuesque où les banques détenaient de la dette d’État dépréciée en raison de l’aide et de la garantie que les États leur offraient, chacun tirant l’autre par le fond. Où cela s’arrêtera-t-il ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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BFM RADIO, LUNDI 27 DECEMBRE A 10h45 – L’ANNEE QUI S’ACHEVE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

D’abord, un petit rappel. Le cadre global, c’est celui d’un système où l’argent manque en général là où il est nécessaire. Il faut alors l’emprunter et payer des intérêts. Comment se détermine le niveau des taux d’intérêt ? C’est le produit d’un rapport de force où interviennent trois facteurs : 1) l’offre et la demande de capitaux, 2) le rendement de l’économie (on est « partageux » quand le choses vont bien, beaucoup moins quand elles vont mal) et 3) le risque de contrepartie, c’est-à-dire le risque de non-remboursement. (Les économistes mentionnent aussi l’anticipation de l’inflation. Une « anticipation » est une représentation, elle peut déterminer le degré de résolution individuelle mais elle n’a aucun impact sur le rapport de force entre prêteur et emprunteur).

Quand, comme aujourd’hui, les taux sont élevés essentiellement parce que la part « prime de risque » est élevée, l’emprunteur se trouve pris dans un cercle vicieux : la prime de risque élevée accroît sa difficulté à rembourser, autrement dit augmente son risque de défaut. C’est le drame de l’Europe aujourd’hui.

L’Europe doit réduire ses déficits, aggravés par la crise financière et économique, d’où l’austérité ; elle doit aussi relancer la machine économique, ce qui exclut l’austérité. Les agences de notation qui mesurent le risque réclament bien entendu les deux. C’est l’impasse ! Pas nécessairement : il existe une solution : augmenter les salaires bas et moyens et baisser parallèlement (pour éviter toute inflation) les revenus du capital et les salaires extravagants. Entre une solution pareille et l’impasse, on n’hésite pas une seconde en haut-lieu : l’impasse fait l’unanimité !

Les États-Unis ont joué cette année sur le statut de monnaie de référence du dollar américain. L’argent ne coûte rien dans ce pays : quand il manque, on en imprime. Cela durera tant qu’il y aura une demande internationale pour le dollar. Si elle s’évanouit, le dollar s’effondre. Les États-Unis doivent aussi relancer leur économie. Ils ont choisi de reconduire une fiscalité amicale aux grosses fortunes. L’argent dégagé de cette manière ne pourra pas s’investir dans une économie déprimée, une partie sera consacrée à l’achat de produits de luxe, l’autre se retrouvera dans la spéculation, c’est-à-dire dans la prédation sur l’économie mondiale. Est-ce bien de cela que nous avons besoin ?

La Chine a entrepris sur le tard sa révolution industrielle. Dans un contexte où une monnaie nationale, le dollar américain, est aussi monnaie de référence, il n’existe qu’une seule solution : celle que la Chine a choisie, ancrer sa devise nationale à la monnaie de référence. Le dollar devient monnaie de singe ? qu’importe, le yuan le devient aussi ! et le commerce entre les deux pays se poursuit sur une base inchangée.

Le mélange de dirigisme et de capitalisme sauvage auquel recourt la Chine en ce moment est détonnant : bulle immobilière aujourd’hui, inflation demain, bulle boursière après-demain, etc. Cela ne peut fonctionner que dans le cadre d’un système politique autoritaire où des changements de cap instantanés sont possibles : séduire les investisseurs aujourd’hui, les assassiner demain, pour les ressusciter après-demain, si nécessaire. Il faut avoir le cœur bien accroché !

La Chine soutient aujourd’hui le système monétaire international tout entier à bout de bras : le dollar cette semaine, l’euro la semaine suivante et le yen la semaine d’après. C’est son intérêt bien compris, dit-on. Le jour où elle cessera de le faire, ce sera parce que cela aura cessé d’être son intérêt bien compris. N’empêche, on l’accusera alors sûrement de tous les maux.

La Chine réclame depuis l’année dernière une refonte du système monétaire international. On ne l’écoute que d’une oreille distraite. Si l’on ignore sa proposition, la guerre sino-américaine aura lieu sur le marché des capitaux et il n’est pas difficile de deviner qui l’emportera. Mais on n’évitera pas les dégâts collatéraux parmi les spectateurs, pour employer l’expression consacrée. Avis aux Européens.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : LA STRATÉGIE DU BRICOLAGE, par François Leclerc

Billet invité

Les trois piliers de la stratégie européenne de gestion de la crise se précisent. Ils ont pour nom austérité, discipline budgétaire et régulation financière. L’avantage est qu’ils vont finir par pouvoir être revendiqués, l’inconvénient est qu’ils présentent dès à présent des défauts de construction.

On n’a pas fini de gloser sur le compromis franco-allemand de Deauville. Non seulement en raison des multiples réactions qu’il suscite, étant ressenti comme un fait accompli par Bruxelles, le Parlement européen et de nombreux autres pays de l’Union européenne. Ainsi qu’une capitulation par les partisans de sanctions « automatiques » en cas de non respect par un pays des ratios de dette et d’endettement. Mais aussi en raison de ses grandes imprécisions. Rappelant de ce point de vue les discussions qui ont précédé la mise sur pied sur fonds de stabilité européen (EFSF).

Tonnant du haut de son magistère et outrepassant les termes de son mandat, Jean-Claude Trichet a signifié son désaccord avec une formule préconisant des sanctions prises à la majorité qualifiée des états membres de la zone euro. Y voyant le reniement de la stricte discipline budgétaire dont il s’est toujours fait l’apôtre. Le deuxième volet d’une politique dont la cohérence – et la limite tout à la fois – repose sur le sauvetage prioritaire des banques, quitte à donner un coup de pouce aux pays qui pourraient en causer la chute en sombrant dans la crise.

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Le temps qu’il fait, le 23 juillet 2010


Paul Jorion – Le temps qu'il fait le 23 juillet 2010
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