Quoi faire des élections européennes ?, par Daniel Dresse

Un billet invité de Daniel Dresse, troisième d’une série.

Quoi faire des élections européennes ?

Vous savez sans doute que nous sommes convoqués pour célébrer cet estimable rite au mois de juin prochain. Je voudrais vous faire partager ce qu’un nationaliste tiède et européen de raison peut ressentir à 6 mois d’une telle échéance.

Histoire de me moquer gentiment de tous ceux qui se sont pris pour Karl Marx depuis 160 ans, j’ai envie de vous dire que le spectre qui plane sur l’Europe actuellement relève plutôt de l’affliction morale, et porte le nom de désespérance.
S’il restait en effet un espoir de voir l’Europe, en l’état de ses institutions, se préoccuper ne serait-ce que du bout des lèvres du bien être de ses citoyens, il s’est envolé comme un fantôme face à la crise économique mondiale.

La construction européenne, qui fut l’un des piliers de la mondialisation financière, est bien partie pour servir de verrou inviolable face à cette crise. Les peuples paieront tous les pots cassés à la criée par les banques, et les institutions y veilleront. Point final.

Comme sans doute beaucoup d’autres Européens, je me demande même si cela vaudra le coup de se rendre aux urnes au printemps, ce qui est le comble pour l’intégriste du suffrage universel que j’ai toujours été.

Les générations qui ont fait cette Europe, la mienne et la vôtre, ceux qui furent baby boomer avant de tourner oldy looser, ont tous les leviers et toutes les clés pour laisser les choses en l’état : une Commission toute puissante de grands prêtres de la « libre » concurrence, un parlement qui n’a même pas l’initiative des lois, et une banque centrale qui a déjà largement entamé le racket des citoyens sans contrepartie et sans débat.

La contestation, qui se lève ici et là au sein de certains partis à l’intérieur des états, sera étouffée par le consensus général qui prévaut au sein des grands partis européens pour que la statue du commandeur étouffe un peu plus l’espace démocratique des nations.

Les tentations groupusculaires menées par ce qu’il faut bien appeler des dissidents, un Dupont Aignan à droite ou un Mélenchon à gauche, pour sympathiques qu’elles soient (parfaitement, et si l’on pouvait pacser ces deux là je serais leur témoin d’honneur) sont tout autant vouées à l’échec.

La machinerie médiatique à manipuler, à dénigrer, et à décerveler, fera son travail d’écrasement, de par la grâce des forces occultes ou déclarées qui en ont pris le commandement.

Voir se construire une alliance « cheval de Troie », à la fois trans-partis dans sa composition et trans-nationale dans sa vocation, et destinée à investir le parlement européen du plus grand nombre possible de voix contestataires sur la base d’une résolution stratégique commune minimale, relève pour l’instant d’un scénario de nostalgie-fiction. Je pense évidemment au Conseil National de la Résistance qu’avait réussi à bâtir, sur le plan national et dans un bien autre contexte européen, le Général de Gaulle et son commis voyageur héroïque Jean Moulin.

Au mois de Juin prochain donc, après m’être levé très tôt, comme j’ai l’habitude de le faire à chaque élection (2002 était un cas particulier) j’irai marquer, malgré toutes mes préventions, mon attachement au droit de vote en me déplaçant jusqu’au bureau prévu à cet effet. Mais pour le coup, je le ferai d’une manière originale.
Je ramasserai soigneusement, tous les bulletins empilés sur le présentoir, et, dans le réduit de l’isoloir, je les glisserai respectueusement dans ma sacoche.

Je sortirai alors un chèque barré de la même sacoche, daté du 20 septembre 1992 (date de l’adoption du traité de Maastricht chez nous) et endossé au verso (précaution nécessaire, ils seraient capables de l’encaisser). Le montant inscrit sera de 5161.29 € soit le montant estimé de ma contribution aux 320 milliards d’euros garantis jusqu’à présent par la France de Monsieur Sarkozy pour renflouer « nos » banques.

Au verso du chèque, sous ma signature, sera également écrite la mention suivante :
« Reçu pour ma contribution à l’Europe des banquiers et de la finance assistée ».

Je leur dois bien ça à ces braves gens. Après tout, le livret A à mon nom dont ils se servent actuellement n’a pu être rempli que grâce à l’épargne dégagée par tous les transferts sociaux dont j’ai pu bénéficier depuis des décennies par la sollicitude de tous les philanthropes de l’économie libérale (je laisse de côté les dents et les lunettes, il est irresponsable et malsain d’embrouiller les choses, ne scions pas la branche sur laquelle nous sommes assis etc.). Et puis, sûr, ils me le rendront au centuple.

L’idée « d’assistance » me plaît aussi beaucoup. Il est bon que les plus faibles dans la société prennent bien conscience de tous les efforts qui ont été et sont encore consentis à leur endroit par l’ensemble de la collectivité. Du reste, personne ne souhaite revenir aux temps maudits (1688) de La Bruyère :

L’on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine, et en effet ils sont des hommes ; ils se retirent la nuit dans des tanières où ils vivent de pain noir, d’eau et de racine : ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu’ils ont semé.

Les Caractères « De l’homme » 11, 128.

Je vais maintenant me moquer ingénument de ceux qui, depuis quarante ans, se prennent pour Martin Luther King, même pour annoncer à leur conjoint qu’il (elle) ferait bien de faire aussi la vaisselle de temps en temps.

Bref, j’ai fait un rêve (« I had a dream »).

J’ai rêvé qu’en ce jour fatidique de juin 2009, qui restera désormais plus connu dans l’histoire comme « La Journée des Chèques », rien qu’en France, douze millions de chèques auront été retirés des urnes, le parti des « nuls » (désigné ainsi avec mépris par la presse à cause de leurs bulletins) mettant ainsi en échec celui des gens raisonnables, et ouvrant le premier acte de la Grande Révolution Pacifique Européenne des Nations.

Toute rêverie mise à part, il faudra de toute façon passer par des actions extraordinaires, pour que les peuples placent l’Europe devant une alternative simple :

« Protection ou Sécession »

Amen,

D.D.

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Dop Bles (1883 – 1940)

Seul
Deux arbres nus
Au milieu du vert verger
Chauve solitude

Ceci est un haiku de Herman Van Rompuy, le nouveau premier ministre belge.

Ce haiku a été traduit du néerlandais par mes soins. C’est court, donc ce n’a pas été très compliqué. Vous avez dû voir que j’aime bien traduire des poèmes, des chansons, en général de l’anglais en français. Je suis fasciné par la distance qui existe entre une bonne traduction et une traduction littérale. Ma traduction préférée, la traduction « fidèle », c’est bien sûr celle où rien n’a été traduit littéralement, alors seulement l’esprit des deux langues a été entièrement respecté.

Un de mes grands-oncles, Adolf « Dop » Bles, était poète et dramaturge, mais aussi traducteur, il traduisait de la poésie française en hollandais. Il a ainsi traduit Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand. Son premier succès littéraire, à 22 ans, fut le faux journal d’une jeune fille : Mijn dagboek par Ina de Wilde. Son meilleur ami était le peintre Mondrian, dont sa fille, Lily Bles, fut la compagne.

Il est mort en janvier 1940. Aurait-il vécu plus longtemps, je ne l’aurais pas connu de toute manière : ses frère et sœurs sont morts dans des camps.

J’aime bien penser que j’ai hérité d’un peu de son talent mais on dit de moi dans la famille que je suis le portrait craché, tempérament et tout, de son frère Martinus, un… colonel de l’armée hollandaise. Enfer et damnation !

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Report and Recommendations Pursuant to Section 133 of the Emergency Economic Stabilization Act of 2008: Study on Mark-To-Market Accounting

La SEC (Securities & Exchange Commission) en conjonction avec la OCC (Office of the Comptroller of the Currency) vient de publier son rapport sur la valorisation des produits financiers (Fair Value).

Le sujet, c’est celui que j’évoquais dans « Juste prix » et « juste valeur » et dans L’implosion (Fayard 2008 : 188-202), et la problématique, c’est celle-ci : les entreprises américaines ont cherché à ce que soit suspendue la valorisation comptable des produits financiers selon leur prix de marché, jugeant que les circonstances sont exceptionnelles et que ces prix sont déprimés de manière « irréaliste », ne reflétant pas leur « valeur réelle ».

Ce rapport est épais (255 pages) mais le sujet en étant le « pricing », ma spécialité en tant qu’ingénieur financier, j’en ferai une analyse détaillée dont je vous livrerai la substantifique moelle dans un billet ici. Si mon analyse complète, en tant qu’établissement financier ou cabinet d’études, vous intéressait, signalez-le moi (pauljorion@ucla.edu).

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Financité, décembre 2008

Page 16 du Numéro 12.

Une constitution pour l’économie

Entretien avec Paul Jorion, propos recueillis par Antoinette Brouyaux

Paul Jorion est Docteur en Sciences Sociales de l’ULB. Il est diplômé en sociologie et en anthropologie sociale. Il vit depuis 11 ans à Los Angeles où son immersion dans l’industrie hypothécaire américaine lui a permis de nourrir un raisonnement pédagogique stimulant sur les raisons de la crise financière actuelle. Pour en sortir, il faut changer de paradigme, dit-il : et s’entendre sur une « constitution », soit un cadre de référence global pour une finance domestiquée, au service de l’économie et de l’humain, sur une planète aux ressources limitées.

En janvier 2007, Paul Jorion publiait « Vers la crise du capitalisme américain ? » (éd. La Découverte) où il expliquait de manière anticipée le « scénario catastrophe » de la crise financière. Le second ouvrage de sa trilogie, « L’implosion – La finance contre l’économie – ce que révèle et annonce la crise des subprimes» (Fayard, mai 2008), décortique les phases de cette crise jusqu’au 31 mars 2008. Enfin, depuis le 3 novembre 2008, « La crise – des subprimes au séisme financier planétaire » est en librairie : ce troisième ouvrage de la trilogie constate l’ampleur du désastre et prend de la hauteur quant aux conclusions à en tirer…

Paul Jorion, la crise des subprimes n’était-elle pas une tragédie annoncée ?

En effet, il fallait s’attendre à voir déraper ce système où ceux qui accordent des crédits à risque comme les subprimes, vendent aussitôt la responsabilité de récupérer les sommes prêtées, en titrisant ces créances. C’est parce que cette responsabilité a été diluée que les vendeurs de crédits ont pu proposer tant de prêts (principalement hypothécaires) à des familles qui n’avaient pas les moyens de les rembourser. Tant que les prix de l’immobilier étaient à la hausse, cela pouvait fonctionner, car la valeur du gage – l’immeuble – augmentait. Mais ce faisant, on a créé une bulle, et les bulles finissent toujours par exploser. Une fois que les prix ont dégringolé, le château de cartes s’est effondré.

Vous avez été l’un de premiers experts francophones à tirer la sonnette d’alarme au sujet de cette crise des crédits immobiliers aux Etats-Unis. Est-ce parce que vous n’êtes pas économiste mais anthropologue ?

Effectivement, ces derniers mois, divers média se sont étonnés du fait que la plupart des économistes avaient été incapables d’anticiper la crise financière. Pour ma part, je ne m’en étonne guère. Comment et pourquoi ceux qui légitimaient le système l’auraient-ils remis en cause ? Il faut dire que les entreprises fournissent aux experts (les universités notamment) des données filtrées, manipulées. Il n’est que de voir la façon dont sont établis les bilans comptables. Ainsi, si vous pouvez sortir d’un bilan des créances que vous transformez en titres pour les vendre, la situation financière de votre entreprise est tronquée. Bref, si la science économique n’a pas pu concevoir qu’un système global pourrait engendrer une crise globale, elle doit être remise en cause.

Comment déterminer à qui incombe la responsabilité de la crise financière ?

C’est compliqué car il s’agit de tout un système, légitimé par des élections démocratiques. Tant que tout le monde est complice, on ne peut pas faire grand chose. Lorsque la crise financière a éclaté aux Etats-Unis, des journalistes ont interpellé des régulateurs en les accusant de n’avoir rien fait. Ceux-ci se sont défendus en expliquant qu’ils ont été souvent traînés devant les tribunaux. A chaque fois, les tribunaux leur ont donné raison. C’est logique : la même administration donne des ordres aux tribunaux et aux régulateurs…

En Europe, nous n’avons pas voté pour cette administration. Or nous subissons nous aussi les conséquences de la crise financière…

Les citoyens européens ne sont-ils pas clients de banques qui ont contribué à ce système financier ? Les banques belges, néerlandaises et luxembourgeoises ont toutes acheté des titres toxiques. Vous, les Belges, vous êtes voisins du Luxembourg. Et vous regardez faire l’évasion fiscale sans rien dire… Mais il est inutile de s’empêtrer dans la recherche des « coupables ». Le problème est surtout qu’on a développé des produits de plus en plus complexes, en omettant une analyse globale. A présent, celle-ci est incontournable et il faut que soit pris un ensemble cohérent de mesures, plutôt que quelques palliatifs.

Comment peut-on réintroduire la notion de responsabilité dans la finance ? En s’inspirant du principe du pollueur-payeur ?

Oui mais là on retombe sur le problème d’attribuer les responsabilités. Il est indéniable que les banques centrales ont une lourde responsabilité. Mais elles sont tellement liées aux gouvernements que ça n’a pas de sens de les taxer. On ne va pas taxer l’état lui-même.

Quelles mesures faut-il mettre en place pour éviter que des bulles se forment ?

Une mesure qui pourrait être très efficace serait d’interdire les paris sur l’évolution des prix. Ca n’a l’air de rien, mais en appliquant cette mesure, le système peut déjà changer à 90%. Une fois encore, cela n’est envisageable que dans le cadre d’une analyse globale et d’une réorientation plus générale.

Que pensez-vous des déclarations de certains chefs d’état concernant les hedge funds et les paradis fiscaux?

Les hedge funds ont un rôle indirect. Mais l’opinion publique réclame des têtes, alors Sarkozy et d’autres responsables politiques désignent ceux qui payeront les pots cassés : les grands patrons et leurs parachutes dorés, les hedge funds… En fait, si les personnes qui ont produit les problèmes se retrouvent en charge de les résoudre, il ne faudra pas en attendre plus que du « replâtrage ».

Quel est le remède à la crise, selon vous ?

Les vieilles recettes ne sont plus de mise parce que la finance moderne s’est métamorphosée en un outil d’une puissance et d’une complexité inédites. Les produits financiers modernes ont eu un tel effet de levier sur les chances de gain et les risques de pertes, qu’une régulation à l’ancienne ne pourra suffire. Il faut rendre à l’économie réelle un système sanguin sur lequel elle puisse compter ! Dont ce soit elle qui dicte les termes. Et veiller à ce que le système financier se conforme à ce cadre.

C’est pourquoi vous proposez une « constitution pour l’économie » ?

La finance est encadrée par un lacis de lois, de règlements et de normes dont le seul but est de contenir son comportement spontané, à savoir sa prédisposition intrinsèque à l’excès. Les institutions politiques quant à elles, sont régies par une démocratie représentative qui est un facteur de stabilité parce qu’il assigne un rôle déterminant aux électeurs du centre. Cette construction humaine a une longue histoire. En comparaison, le système économique est une survivance de la nature livrée à elle-même, dans la concurrence de tous avec tous, réglée seulement par les rapports de force : le plus fort élimine le plus faible…

C’est pourquoi je propose une « constitution pour l’économie » : il ne s’agit pas de faire un ramassis des lois existantes (on parlerait dans ce cas de « constitution économiste »). Il s’agit au contraire de définir un cadre de référence global évitant l’écueil des règles particulières, complexes et peu pérennes. Ce projet en rencontre un autre, celui du développement durable. Une chance historique se présente à nous : la prise de conscience que l’ensemble des problèmes à résoudre sont liés.

Alors, pour un nouveau Bretton Woods ?

Oui mais cette fois, ce ne sera plus pour ancrer le dollar à l’or, comme en 1944. L’or est une richesse, mais n’en représente pas fidèlement le tout. Quant au dollar, il serait avantageusement remplacé par un panier de devises. En tout cas, le moment est venu pour les monnaies de représenter la richesse effective, celle qui est renouvelable et celle qui ne l’est pas. Car jusqu’à présent, le calcul de la richesse n’a jamais intégré le coût de la perte de l’irremplaçable, la réparation de l’empoisonné. Là se trouve le véritable enjeu d’un nouveau Bretton Woods : prendre la vraie dimension d’un monde aux ressources finies.

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Il y a inégalités et inégalités

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand on me dit : « Il y aura toujours des… », mon poil se hérisse, j’ai le sentiment qu’on m’intime : « Circulez, y a rien à voir ! » et je dresse le cou pour apercevoir le corps gisant sur la chaussée qu’on cherche à me cacher. D’abord, il n’y a plus de mammouths, et donc il n’est pas certain qu’« Il y aura toujours des… », quels que soient les « des » en question. Ensuite, qu’est-ce qu’on aimerait bien que je ne voie pas ?

Donc quand je lis dans vos commentaires : « Il y aura toujours des inégalités », je vais automatiquement y voir d’un peu plus près. Je ne vois sans doute pas bien comment il pourrait ne plus y en avoir mais c’est peut–être dû à mon manque de talent. Pourquoi ne veut-on pas en tout cas que j’approfondisse la question ?

Pourquoi dit-on de moi : « l’homme qui ne croit pas à la loi de l’offre et de la demande » ? Parce que je l’ai remplacée il y a près de vingt-ans [1] par une interprétation des phénomènes qu’elle est censée expliquer en termes de rapport de force. Quand l’offre et la demande sont homogènes, il n’est pas gênant d’agréger les chiffres globaux de l’offre et de la demande et de les confronter, mais quand il y a « granularité », quand il y a, par exemple, du côté de l’offre, cent vendeurs, dont un représente 99 % du marché et 99 se partageant le 1 % restant, devinez comment va se former le prix ?

L’approche classique consiste à dire : « l’offre et la demande déterminent le prix ; PS : il existe évidemment des situations de monopole et d’oligopole qui faussent ceci ». La mienne consiste à dire : « Le prix se fixe selon le rapport de force entre vendeurs et acheteurs ». Point à la ligne. Pas besoin de norme et d’exceptions à la norme.

Aussi quand on me dit : « Il y aura toujours des inégalités », je réponds : « Il y a une différence entre 5 % de la population trustant 57,7 % du patrimoine (USA 2001) et 5 % de la population en possédant 34 % (France 2000) » [2]. 34 %, cela fait toujours beaucoup, mais il n’est pas impossible que le seuil entre ce qui est tolérable par un système économique (et la population qui le vit) et ce qui ne l’est pas, passe entre 34 % et 57,7 %.

Parce que les taux d’intérêt sont déterminés par le rapport de force entre investisseurs (« capitalistes ») et dirigeants d’entreprise (« patrons ») [3], combien ils sont de chaque côté compte, mais compte surtout la concurrence qu’ils se font entre eux, chacun dans leur camp : plus il y a concentration dans un camp, plus ce camp est à même de dicter ses conditions [4]. Ne serait-ce que parce que, comme l’avait déjà fait remarquer Adam Smith à propos des salaires, ils sont moins nombreux : « Il n’est pas difficile cependant de prédire laquelle de ces deux parties l’emportera ordinairement dans la contestation et forcera l’autre à se soumettre aux termes qu’elle veut imposer. Les maîtres, étant moins nombreux, peuvent s’entendre plus facilement… » [5].

Les optimistes disent « Ce que nous expliquons est tout à fait vrai – dans un contexte de concurrence parfaite ». Je leur dis « Montrez-moi un contexte de concurrence parfaite et nous en reparlerons – promis ! En attendant – excusez-moi – je continuerai d’expliquer les choses en termes de rapport de force et quand vous me dites : « Il y aura toujours des inégalités », je vous réponds « Il y a inégalités et inégalités, ne confondons pas ! » ».

–––––––––––––––––––-
[1] Déterminants sociaux de la formation des prix de marché. L’exemple de la pêche artisanale, La Revue du MAUSS, n.s., 9, 1990 : 71-106 ; n.s., 10 : 49-64.

[2] Vers la crise du capitalisme américain ?, La Découverte, 2007 : 128.

[3] L’implosion. La finance contre l’économie : ce que révèle et annonce la « crise des subprimes », Fayard 2008 : 224-226.

[4] Statut, rareté et risque, Recherches Sociologiques, vol XXVI, 3, 1995 : 61-76.

[5] Adam Smith, An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations, 2 vol., Oxford : Oxford University Press, 1976 [1776] : 83-84.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Le 1er mai

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Mon billet du 15 septembre s’intitulait On ne va pas pouvoir rabibocher. Qu’avons-nous vu depuis : précisément du replâtrage, du rafistolage, du ravaudage, à la pelle et à concurrence de centaines de milliards d’euros et de dollars. Nous a-t-on proposé quoi que ce soit qui s’attaque au fond des problèmes ? Des mesures en vue d’une meilleure redistribution des revenus et du patrimoine ? Une mise au pas de la spéculation ? Une redéfinition du rôle des banques centrales ? Une réflexion sur le crédit à la consommation ? Les moyens d’une évaluation de la croissance au sein d’un monde endommagé et ayant épuisé ses ressources ? Non : rien ! Attali utilise l’image de l’accident de la circulation : on donne de l’oxygène au blessé au bord de la route… depuis un an et demi déjà.

Est-ce à dire que personne au plus haut niveau n’ait pris la mesure du désastre ? C’est peu probable. Hypothèse optimiste : chacun sait pertinemment que l’Amérique est la locomotive – même s’il s’agit d’une locomotive très essoufflée – et qu’il faut attendre de voir ce que fera Obama. On prend traditionnellement la mesure de ce qu’un président américain accomplira au cours de son mandat à partir de ce qu’il parvient à réaliser durant ses cent premiers jours. Ce qui nous mène au 1er mai. Si à cette date l’accidenté n’est pas arrivé à l’hôpital, il est soit mort, soit en tout cas à l’agonie.

Bien sûr, je ne me faisais guère d’illusions : « On ne va pas pouvoir rabibocher ! », c’était une exhortation pure et simple. Mais l’exhortation ce n’est pas rien : c’était une invitation à se mettre à réfléchir furieusement parce qu’il faut bien le reconnaître, la réflexion n’était pas très avancée non plus.

Je parlais hier à l’un d’entre vous qui se désespérait devant le replâtrage navrant auquel nous assistons en ce moment et qui me disait de l’avenir : « Ce sera comme avant mais en pire ! » et je lui dis non : l’analyse progresse, elle avance à grands pas. Et non seulement elle avance, mais elle se diffuse : on la retrouve partout. « Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port ».

Je ne me faisais guère d’illusions en septembre et je ne m’en fais guère non plus sur ce qui aura été accompli d’ici au 1er mai. Nous aurons bien besoin d’une analyse approfondie des problèmes et d’une vision très claire de leurs solutions (je ne parle pas de rustines, on m’aura compris), vienne le 1er mai.

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Fortis : De la pagaille au Grand Projet, par Pierre Lang

Je ne connais de l’affaire Fortis que ce qu’en disent les journaux. Pierre Lang m’a contacté il y a quelques jours avec un projet de lettre ouverte. Il m’a fait connaître ses motifs et cela m’a fait chaud au cœur de savoir que mon blog donne à certains le sentiment de « redevenir intelligent ». J’ai été sensible à son désir de lancer une initiative issue de la base à propos de la banque Fortis. Je lui laisse donc la parole.

Hier in het Nederlands.

Fortis : De la pagaille au Grand Projet

Dans quelques mois, nos dirigeants divisés clameront tous sur tous les toits : « il faut trouver un projet fédérateur pour monopoliser les forces vives du pays et sortir de la crise ». Ce projet est devant nos yeux, mais personne ne semble l’avoir remarqué ! Les contribuables, les employés, les actionnaires, le CA et les déposants de Fortis ont-ils un autre dénominateur commun que celui de se dresser lamenta¬blement les uns contre les autres à l’instar de nos élus et pouvoirs démocratiques, attitude que nous condamnons tous ? Question subsidiaire : qui a envisagé l’éventualité d’un « remake » de la reprise de Sabena par Swissair ?

Bruxelles, Noël 2008

Crise politique. Débat politique télévisé. Bonnes intentions unanimes en langue de bois : « il faut donner la priorité aux vrais problèmes des citoyens ». Les caméras et les micros se remettent sur « OFF ». Chacun reprend sa laborieuse croisade verbale pour défendre ses intérêts personnels, même aux dépens de son propre parti politique. Est-ce avec ces courants d’air que la confiance sera rétablie pour que la consommation fasse redémarrer l’économie ? Nous voulons des actes éclatants. Pour cela, il faut que l’imagination prenne le pouvoir !

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Les bons et les mauvais coupables

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Imaginons que vous êtes persuadé que le versement d’intérêts est une chose néfaste. Vous êtes parvenu à cette conclusion par le raisonnement ou en étant convaincu par les arguments de l’une des religions qui prêchent ce message : le christianisme et l’islam.

Je précise tout de suite que je ne fais pas partie de ces personnes : je considère les intérêts comme un excellent moyen de partager – dans certaines circonstances – la fructification d’un capital entre celui qui a avancé ce capital et celui qui l’a fait fructifier.

Vous vous penchez sur l’histoire de l’économie et vous constatez avec tristesse que toutes les tentatives d’éradication des intérêts se sont soldées par un échec. Vous lancez une investigation, à la recherche des coupables.

Première hypothèse : Les banques commerciales créent de la monnaie ex nihilo. Alors le mécanisme est simple : elles perçoivent des intérêts sur ces flux, et les banquiers sont responsables.

Seconde hypothèse : Les banques jouent un rôle d’intermédiation : elles mettent en contact ceux qui ont du capital en excès et ceux à qui il fait défaut, elles perçoivent les intérêts des emprunteurs et les reversent aux prêteurs. Elles perçoivent au passage la « marge bancaire » : elles versent moins aux prêteurs que ce qu’elles reçoivent des emprunteurs, la « marge » couvre leurs frais et leur assure un profit qui rémunère la fonction d’intermédiation qu’elles procurent. Dans un système où les intérêts n’existeraient pas, la « marge bancaire » serait remplacée par une simple commission.

Dans cette second hypothèse, les bénéficiaires des intérêts sont les prêteurs : les investisseurs, les épargnants, les pourvoyeurs en capital, c’est-à-dire les « capitalistes ».

Imaginons maintenant que vous souscriviez initialement à la première hypothèse mais que la seconde vous paraît désormais préférable. La situation est frustrante : vous cherchiez des coupables, et vous les aviez trouvés : « les banquiers », un petit groupe, aisément circonscrit – et dont vous ne faites pas partie. La seconde hypothèse vous propose à la place un groupe énorme, diffus à l’intérieur de l’ensemble de la population, allant du plus gros financier au plus petit épargnant. Pire : pour peu que vous possédiez un livret-épargne ou quelques actions, vous êtes vous-même un « petit rentier », un « petit spéculateur », c’est-à-dire, l’un des coupables.

Souvenez vous de l’été dernier : le monde était la proie de la spéculation sur le pétrole et sur l’ensemble des matières premières, le grain venait du coup à manquer, des émeutes de la faim éclataient en Égypte, en Côte-d’Ivoire, en Haïti, le monde en colère réclamait la tête des coupables. L’enquête fut lancée et on les découvrit sans trop de peine : les fonds de pension, les universités, les musées, les hôpitaux. Zut ! Même topo : les coupables n’étaient pas ceux que l’on attendait (espérait ?) !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Le scandale des sélénites qui prennent les banques pour des soucoupes volantes…, par Daniel Dresse

Dans la série “billets invités” : un nouveau texte de Daniel Dresse, cette fois sur notre débat sur la monnaie.

Le scandale des sélénites qui prennent les banques pour des soucoupes volantes…

Face à l’ampleur et la fréquente véhémence des interventions, j’en suis venu à me demander, en fin de compte, qu’est-ce qui pouvait déchaîner tant de passion dans votre débat sur la monnaie. Avec mes critères de jugement simples, j’en suis venu à séparer vos intervenants en deux camps :

– A ma gauche (sans que ce positionnement ait une quelconque signification), les « créationnistes scandalisés », ceux qui, s’appuyant notamment sur les écrits de Pépé le Momo (Allais), soutiennent mordicus que le scandale réside dans le pouvoir de création « ex nihilo » de monnaie par les banques. Comme vous l’avez souligné vous-même, leurs démonstrations s’appuient généralement sur l’empilement complexe et déroutant de notions redondantes comme monnaie, moyen de paiement, dépôt, crédit, jeux d’écriture etc.

– A ma droite, les « scandalisés anti-créationnistes », regroupés sous votre bannière, qui soutiennent que cette prétendue création monétaire n’existe qu’en trompe l’œil. Pour eux, tous les instruments décrits par l’autre bord ne seraient que des avatars d’un même phénomène : la vitesse de la circulation monétaire. S’ils admettent la réalité d’une création dans ce processus, c’est à la marge, sur l’articulation entre les intérêts pratiqués par les banques et leurs besoins en monnaie nouvelle, tenues qu’elles sont d’en appeler à la banque centrale pour répondre à ceux-ci.

Ce qui me frappe dans cette opposition, c’est qu’elle se forge sur l’identification d’un mécanisme économique et non pas sur ses conséquences politiques.

En effet, vous appartenez tous, de toute évidence, à la grande famille des « scandalisés ». Tous, vous tombez d’accord sur le fait que, création « ex nihilo » ou pas, le jeu de la circulation monétaire aujourd’hui tourne au bénéfice éhonté d’une minorité d’individus et à la mauvaise santé générale du système – en attendant le transport au cerveau !

J’en viens donc logiquement à me demander si ce désaccord sur la mécanique du phénomène, ne vous conduirait pas à des positions inconciliables sur la nature des remèdes à lui apporter.

C’est bien là, je crois, que le bât blesse, et vous n’arriverez jamais à une clarification du débat tant que vous n’aurez pas mis à plat ces implications là. Elles ne sont pas anodines, loin de là, puisqu’elles peuvent vous mener ni plus ni moins à un constat d’incompatibilité politique entre vous (notion qui ne semble donc pas avoir été abolie par le doux consensus propre au règne de la gouvernance). De là cet acharnement que vous mettez tous, l’épée encore au fourreau, à essayer de vous convaincre mutuellement.

Qu’implique donc, au bout du compte, la croyance dans le pouvoir qu’auraient les banques de démultiplier à l’infini la monnaie sans contrepartie tangible ? Tout simplement que la solution aux désordres et injustice du monde résiderait dans un simple détournement de cette industrie là (puisqu’il est communément admis de parler « d’industrie financière »). La manne financière serait alors dirigée vers les zones de déshérence irrigables comme un fleuve miraculeux, et la révolution à faire ne serait qu’une vaste opération de redistribution de ce qui, dit-on, ne coûte absolument rien à émettre.

On rejoint ici l’opinion souvent émise notamment après des mouvements d’extrême-gauche, pour lesquels, il coule de source que l’on peut en créer de l’argent à profusion selon les besoins.

Cette sorte « d’alter-monétarisme » se satisfait en réalité de la mondialisation telle qu’elle apparaît dans l’instant, si seulement elle pouvait rester figée en l’état pour l’éternité. Il suffirait alors d’en changer les bénéficiaires –au lieu de d’une poignée d’ultra privilégiés, on pourrait ainsi imaginer (Ô Soleil Vert !) une masse immense d’allocataires, avec pour seule raison de vivre de « s’occuper » – et, suivant la prédiction de Charles Fourier, les eaux boueuses du fleuve se changeraient en torrent de limonade.

Ce n’est pas un hasard si je cite Fourier, puisque notre terrible époque, tout comme la sienne, semble propice aux chapelles de consolation et aux millénarismes de toute obédience.

Croire dans la possibilité de créer la monnaie à partir de rien, amène à oublier que la création monétaire est forcément adossée à la production de richesses, quel que soit le sens que l’on prête à cette production et à ces richesses là. Sur ce plan par contre, tout peut évoluer, tout peut être inventé. Mais il n’en est pas moins impossible de faire l’impasse, dans l’immédiat, sur ce que la majorité des acteurs économiques entendent par richesses produites.

Considérer au contraire le réseau bancaire comme un « accélérateur » – certes ô combien lucratif pour certains – de la circulation monétaire me semble moins propice à planifier la mise du merveilleux au service de l’impossible. Vu sous cet angle, il est en effet beaucoup plus difficile de reléguer la production au compte profits et pertes des spéculations intellectuelles, puisque tout ordre de circulation monétaire ne peut se faire, dans un premier temps et par le jeu des réserves fractionnaires, que sur de la monnaie déjà créée, et cela en fonction d’un projet productif déjà réalisé.

Remettre la production réelle au cœur des interrogations sur la monnaie permet aussi de poser les questions qui fâchent, mais ne pourront pas être éludées pour autant. L’accroissement fantastique de la circulation monétaire est lié avant tout au libre échange mondial, et le contrôle plus serré de l’une n’ira pas sans restriction à l’autre. Protectionnisme, le mot est lâché, et pas plus vous que vos blogueurs (certains semblent frappés du mal des ardents à peine son évocation) n’échapperez à son grand retour en question.

Quant au scandale lié au disfonctionnement du système, ou son accaparement par quelques-uns, il est tout aussi aisé à identifier. La relation qui existe entre le client – qui est aussi un citoyen – et son banquier est un contrat à deux fondements. Le premier est l’anticipation sur les richesses produites – la circulation monétaire est une sorte « d’annonce faite à Marie » érigée en principe économique – et le second la confiance mutuelle qui permet précisément à ce principe de fonctionner. Je ne vois pour ma part, dans toutes les crapuleries (comment appeler cela autrement) que vous décrivez et dénoncez dans vos livres qu’une gigantesque extension du délit d’ABUS DE CONFIANCE.

Cette notion d’abus de confiance m’apparaît tout aussi essentielle pour replacer le citoyen au centre de la machinerie.

Je considère désormais la monnaie comme un bien commun, émis de toute façon par une banque centrale, laquelle doit représenter tous les citoyens d’un ensemble politique donné – nations ou confédération de nations – il n’y a pour l’instant pas de Banque Centrale d’émission Universelle, même si certains en rêvent.

Dans cette optique, toute manipulation touchant à la circulation de ce bien commun doit pouvoir rester sous contrôle du citoyen. Sont alors condamnables autant les banques périphériques (d’affaires ou commerciales), qui accordent des crédits à tort et à travers pour les refourguer ensuite au marché sous forme de produits financiers opaques – leur seul souci étant de se sucrer au passage – qu’une banque centrale dite « indépendante » qui n’a de compte à rendre qu’à son directeur – comme c’est le cas pour la BCE.

Le bien commun monétaire étant gagé sur la production commune, il est également capital que tout citoyen puisse trouver toutes les conditions favorables pour pouvoir participer à celle-ci. En particulier, sont constitutionnellement à proscrire ces étranges captations de « plus values négatives du travail » (avec en contrepartie une création de valeur pour l’actionnaire) que constituent les licenciements boursiers. Tout se tient, il n’y a pas plus d’assistanat que d’assistés dans la mécanique de circulation monétaire actuelle, laquelle permet à la centrifugeuse économique libérale et libre-échangiste de concentrer le nectar à titre d’indispensable et de rejeter l’indispensable à titre de déchet. En avoir ou pas ne signifie plus rien, les plus brillants des traders sont eux aussi les « assistés » de tous les « sans », sans emploi, sans couverture santé, sans abri, sans avenir et sans existence.

La réappropriation de leur monnaie par les citoyens, à travers un système bancaire régulé et contrôlé – ce qui ne remet pas en cause sa fonction originelle – doit permettre à chacun de rêver à nouveau en toute confiance, et d’estimer l’avoir bien mérité. Cela s’appelle la DIGNITE. (Si cette analyse vous parait effectivement grossière et simpliste, c’est bien dommage pour moi, car c’est sur cette simplification que j’en suis venu – malgré ma grande réticence au départ- à la conclusion que c’est vous qui avez raison).

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