Quoi faire des élections européennes ?, par Daniel Dresse

Un billet invité de Daniel Dresse, troisième d’une série.

Quoi faire des élections européennes ?

Vous savez sans doute que nous sommes convoqués pour célébrer cet estimable rite au mois de juin prochain. Je voudrais vous faire partager ce qu’un nationaliste tiède et européen de raison peut ressentir à 6 mois d’une telle échéance.

Histoire de me moquer gentiment de tous ceux qui se sont pris pour Karl Marx depuis 160 ans, j’ai envie de vous dire que le spectre qui plane sur l’Europe actuellement relève plutôt de l’affliction morale, et porte le nom de désespérance.
S’il restait en effet un espoir de voir l’Europe, en l’état de ses institutions, se préoccuper ne serait-ce que du bout des lèvres du bien être de ses citoyens, il s’est envolé comme un fantôme face à la crise économique mondiale.

La construction européenne, qui fut l’un des piliers de la mondialisation financière, est bien partie pour servir de verrou inviolable face à cette crise. Les peuples paieront tous les pots cassés à la criée par les banques, et les institutions y veilleront. Point final.

Comme sans doute beaucoup d’autres Européens, je me demande même si cela vaudra le coup de se rendre aux urnes au printemps, ce qui est le comble pour l’intégriste du suffrage universel que j’ai toujours été.

Les générations qui ont fait cette Europe, la mienne et la vôtre, ceux qui furent baby boomer avant de tourner oldy looser, ont tous les leviers et toutes les clés pour laisser les choses en l’état : une Commission toute puissante de grands prêtres de la « libre » concurrence, un parlement qui n’a même pas l’initiative des lois, et une banque centrale qui a déjà largement entamé le racket des citoyens sans contrepartie et sans débat.

La contestation, qui se lève ici et là au sein de certains partis à l’intérieur des états, sera étouffée par le consensus général qui prévaut au sein des grands partis européens pour que la statue du commandeur étouffe un peu plus l’espace démocratique des nations.

Les tentations groupusculaires menées par ce qu’il faut bien appeler des dissidents, un Dupont Aignan à droite ou un Mélenchon à gauche, pour sympathiques qu’elles soient (parfaitement, et si l’on pouvait pacser ces deux là je serais leur témoin d’honneur) sont tout autant vouées à l’échec.

La machinerie médiatique à manipuler, à dénigrer, et à décerveler, fera son travail d’écrasement, de par la grâce des forces occultes ou déclarées qui en ont pris le commandement.

Voir se construire une alliance « cheval de Troie », à la fois trans-partis dans sa composition et trans-nationale dans sa vocation, et destinée à investir le parlement européen du plus grand nombre possible de voix contestataires sur la base d’une résolution stratégique commune minimale, relève pour l’instant d’un scénario de nostalgie-fiction. Je pense évidemment au Conseil National de la Résistance qu’avait réussi à bâtir, sur le plan national et dans un bien autre contexte européen, le Général de Gaulle et son commis voyageur héroïque Jean Moulin.

Au mois de Juin prochain donc, après m’être levé très tôt, comme j’ai l’habitude de le faire à chaque élection (2002 était un cas particulier) j’irai marquer, malgré toutes mes préventions, mon attachement au droit de vote en me déplaçant jusqu’au bureau prévu à cet effet. Mais pour le coup, je le ferai d’une manière originale.
Je ramasserai soigneusement, tous les bulletins empilés sur le présentoir, et, dans le réduit de l’isoloir, je les glisserai respectueusement dans ma sacoche.

Je sortirai alors un chèque barré de la même sacoche, daté du 20 septembre 1992 (date de l’adoption du traité de Maastricht chez nous) et endossé au verso (précaution nécessaire, ils seraient capables de l’encaisser). Le montant inscrit sera de 5161.29 € soit le montant estimé de ma contribution aux 320 milliards d’euros garantis jusqu’à présent par la France de Monsieur Sarkozy pour renflouer « nos » banques.

Au verso du chèque, sous ma signature, sera également écrite la mention suivante :
« Reçu pour ma contribution à l’Europe des banquiers et de la finance assistée ».

Je leur dois bien ça à ces braves gens. Après tout, le livret A à mon nom dont ils se servent actuellement n’a pu être rempli que grâce à l’épargne dégagée par tous les transferts sociaux dont j’ai pu bénéficier depuis des décennies par la sollicitude de tous les philanthropes de l’économie libérale (je laisse de côté les dents et les lunettes, il est irresponsable et malsain d’embrouiller les choses, ne scions pas la branche sur laquelle nous sommes assis etc.). Et puis, sûr, ils me le rendront au centuple.

L’idée « d’assistance » me plaît aussi beaucoup. Il est bon que les plus faibles dans la société prennent bien conscience de tous les efforts qui ont été et sont encore consentis à leur endroit par l’ensemble de la collectivité. Du reste, personne ne souhaite revenir aux temps maudits (1688) de La Bruyère :

L’on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine, et en effet ils sont des hommes ; ils se retirent la nuit dans des tanières où ils vivent de pain noir, d’eau et de racine : ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu’ils ont semé.

Les Caractères « De l’homme » 11, 128.

Je vais maintenant me moquer ingénument de ceux qui, depuis quarante ans, se prennent pour Martin Luther King, même pour annoncer à leur conjoint qu’il (elle) ferait bien de faire aussi la vaisselle de temps en temps.

Bref, j’ai fait un rêve (« I had a dream »).

J’ai rêvé qu’en ce jour fatidique de juin 2009, qui restera désormais plus connu dans l’histoire comme « La Journée des Chèques », rien qu’en France, douze millions de chèques auront été retirés des urnes, le parti des « nuls » (désigné ainsi avec mépris par la presse à cause de leurs bulletins) mettant ainsi en échec celui des gens raisonnables, et ouvrant le premier acte de la Grande Révolution Pacifique Européenne des Nations.

Toute rêverie mise à part, il faudra de toute façon passer par des actions extraordinaires, pour que les peuples placent l’Europe devant une alternative simple :

« Protection ou Sécession »

Amen,

D.D.

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50 réflexions sur « Quoi faire des élections européennes ?, par Daniel Dresse »

  1. @Scaringella, A. et Oliver
    Bon, maintenant voilà que je me sens obligé de défendre Olivier 
    Jugez-le sur ce qu’il nous écrit plutôt que sur le lien qu’il nous a proposé. Sans doute la lecture de « L’insurrection… » entre-t-elle en écho avec sa propre rébellion mais il nous dit aussi qu’il ne partage pas l’entièreté des propos et son témoignage est teinté de plus d’humanisme que de nihilisme.
    Face à la désespérante descente sociale et environnementale à laquelle nous assistons depuis 30 ans, le rejet du système est normal. Mais l’élevage des chèvres sur les Causses, l’enrégimentement dans les Brigades rouges ou le contresens antihumaniste d’une écologie dévoyée à la Pacalet ne sont évidement pas des solutions.
    Le fond de la question me semble la stratégie. Elle est certes nécessaire mais il ne faut la pas confondre avec l’existence d’un projet collectif vers lequel il serait bon d’aller. La diversité des possibles alternatives au capitalisme néolibéral est grande et aucun consensus ne semble se dégager à court et moyen terme. Aussi, importe-t-il que ceux qui croient qu’un mieux est possible et souhaitable ne se tirent pas dans les pattes et ne se découragent pas mutuellement. Seuls le défaitisme et la division sont mauvais.
    Pour une stratégie efficace sans « lendemains qui chantent » je me dois de vous conseiller la lecture de Miguel Bensayag. Sa logique du combat dans la joie « Malgré Tout » le désespoir qui menace de nous envahir est redynamisante. Parmi ses ouvrage, j’ai beaucoup aimé «Parcours, engagement, et résistance, une vie » (Calmann-Lévy, 2001) (mais si, Olivier, un bon livre d’analyse peut être utile, tout comme un commentaire « coup de gueule » sur un blog). Cordialement.

  2. @ Fab sur la Commune :

    Il existe des sociétés sans Etat. Clastres, un anthropologue, en avait étudié en Amazonie. Ce sont des petits groupes où le chef n’a aucun pouvoir de coercicion. Il peut seulement rappeller les principes des ancêtres. Peu ou prou, je pense, (en même temps je n’ai lu que la conclusion) que c’est à ce genre de modèle que les auteurs se réfèrent.

    Quel serait le ciment d’un tel groupe ? L’amitié. Le sens de leur action collective ? Vivre selon leurs principes, ce qui est un acte de courage.

    Sur le cas Coupat
    Personnellement, je n’exclue pas qu’il soit la victime, non d’un complot, mais d’une banale erreur judiciaire.

    Sur les moyens d’action présentés dans la conclusion de ” l’insurrection qui vient”.
    – La dégradation de biens est légitime selon l’usage qu’il est fait de ces biens :

    + exemple 1 : les champs de blé OGM. Il convient d’outrepasser la Loi lorsque cette dernière s’oppose aux principes qui la légitiment. En l’occurence, les multinationales abusent de la liberté de commercer puisqu’elles visent à la constitution de monopoles sur le vivant et que leurs produits représente un danger pour la santé publique. Il s’agit là de lutter pour préserver deux libertés : celle de commercer en tenant en échec les tentatives de constitution d’un pouvoir de marché exorbitant et de priver une personne morale d’agir car les actes sont susceptibles d’attenter à la santé publique.

    + exemple 2 : brûler une agence immobilière. C’est un cas limite. Certes, le problème du mal logement exige une action résolue et ferme. Mais pourquoi s’en prendre qu’ à un maillon au risque de priver d’emploi les salariés de l’agence ? La question qui se pose alors est de trouver une cible et d’en faire un symbole à la façon de José Bové contre le Mac Do de Millau en 1999.

    – La fraude aux allocations :
    + c’est un procédé juste car vivre selon ses principes implique nécessairement des choix de vie qui peuvent être radicaux. En l’occurence, la participation à la société actuelle la renforce. La constitution d’une contre-société, non par la violence, mais par un genre d’organisation qui la contourne et qui permet une vie en accord avec ses principes est une conséquence, courageuse et audacieuse, de ses idées.
    + un idéal de vie est une vie où la domination serait exclue. L’exploitation économique est forme de domination. Par conséquent, vivre du RMI afin de participer à une “entreprise” collective dont la finalité est l’érection d’une organisation sans domination est plus courageux et plus digne que de participer, par sa force de travail, à une société, certes vivable et désirable (je préfère vivre sous Tatcher que sous Castro), mais détestable parce qu’elle prive un nombre non négligeable d’invidus des fruits de leurs efforts au profit d’une minorité. La force de la société actuelle est qu’elle permet aux dominés d’accepter leurs conditions d’existence en leur faisant miroiter la possibilité de franchir la barrière et de passer du bon côté. La lutte des classes existe mais elle n’est pas centralisée. Elle est diffuse à l’intérieure de la société où les positions de dominés et de dominants peuvent se cumuler.

  3. @ Tous.

    “L’insurrection qui vient” peut légitimement provoquer un désaccord. Or, comme Oliver l’a fait remarquer, “c’est un livre de stratège”. Aujourd’hui l’action politique est d’abord une action symbolique. Cela est d’autant plus vrai qu’en présence d’un rapport de force défavorable et que hors des structures de lutte convetionnelles, il est très difficile de faire passer un message à la population. En effet, l’accès aux médias est difficile et en outre, les propos que l’on y tient peuvent être facilement détournés et caricaturés.

    L’intérêt de cette oeuvre est qu’elle se présente comme un manuel pratique d’organisation et de communication d’actions subversives. Pour ma part, l’action politique traditionnelle garde son intérêt, bien que je conçoive aisément que les manoeuvres d’appareil puissent détourner des bonnes volontés des partis politiques. Mais l’action politique traditionnelle ne suffit pas. Il ne s’agit pas de gagner des élections. C’est certes nécessaire, mais c’est insuffisant. il faut dominer l’espace politique et pour cela il faut dominer symboliquement.

    Dans un rapport de force défavorable, cela passe par des actions dont la finalité est d’interpeller les consciences individuelles engourdies par la société de consommation.

  4. @ A
    vous dites: “en présence d’un rapport de force défavorable (…), il est très difficile de faire passer un message à la population. En effet, l’accès aux médias est difficile et en outre, les propos que l’on y tient peuvent être facilement détournés et caricaturés.”. Votre phrase résume tout le problème. Comment (cela insiste sur la manière) changer de paradigme?
    Si dans les années 30, Keynes a su imposer ses idées, ce n’est pas parce que tout à coup les dirigeants d’alors, plusieurs années après le début de la crise de 1929, se sont mis à être intelligents. C’est parce que le régime soviétique montrait des résultats jugés alors convaincants. Au chômeur de Steinbeck répondait Stakhanov. Après 1945, si le welfare state s’est mis en place partout, si en France le CNR a beaucoup écouté les communistes, c’est parce que les chars soviétiques étaient à Berlin. Aux portes de Paris en sommes. N’oublions jamais que le néolibéralisme n’a pu avoir une audience mondiale qu’à partir du moment où le mur de Berlin s’effondrait. Auparavant, à l’avènement néolibéral de Réagan et Tatcher pouvait encore répondre les projets keynésiens de Mitterrand. Il y avait encore débat. Depuis 1989, il n’y a plus débat. Le débat ne renaîtra en Europe que le jour où nos gouvernants auront intérêt à écouter. Et ils n’écouteront que lorsqu’ils auront peur. D’un système concurrent (par exemple le communisme au XXè) ou d’une émeute (c’est finalement les émeutes en Grèce qui ont fait reculer le gouvernement…en France!). Finalement, il en va de la fixation des politiques comme des prix: c’est d’abord une question de rapport de force. Jamais de morale. Ou de main invisible providentielle. Tout cela m’amène à une conclusion paradoxale: si un jour les gens qui animent ce blog arrivent à faire entendre leurs idées, peut-être cela sera-t-il dû au fait qu’il avait un allié objectif: Julien Coupat.

  5. Bonsoir A.,

    Vous dites : “La force de la société actuelle est qu’elle permet aux dominés d’accepter leur condition d’existence en leur faisant miroiter la possibilité de franchir la barrière et de passer du bon côté.”, et je pense que vous attachez de l’importance à cette phrase.
    Je dirais : La force de la société actuelle est qu’elle donne aux dominés l’illusion que leur vie consiste à essayer de franchir la barrière et de passer du bon côté. Plus précisément, elle donne aux dominés le sentiment d’être dominés. C’est pour cet énoncé que je m’attarde sur la notion de religion, de carotte, de sens de la vie. La crise actuelle est une crise de foi*. Sans besoin de réflexion, dans les deux sens, le sentiment d’un non-sens est présent pour beaucoup. Alors que faire pour nous redonner la foi ? Quelle sera d’après vous la prochaine religion ? Nous nous sommes rendu compte que nos frontières avaient des limites. Tant les frontières géographiques que les frontières de l’intérêt que l’on peut porter à l’innovation technologique. Que faire ? Quelle sera notre prochaine quête ? J’aime à espérer qu’elle sera spirituelle, l’autre solution que j’imagine étant un saut de la science qui nous ouvre de nouveaux horizons : la solution spirituelle me paraît avoir de meilleures chances (c’est égoïste), étant plus tranchante puisque passant par une acceptation de sa condition de mortel et de passager. Passager, comme le disait M. Jorion, sur une petite planète bleue. C’est con à dire. Mais on n’a rien trouvé de mieux ! Alors à nouveau, que faire ?

    C’est la question que je pose. Elle me paraît d’actualité. Et d’importance.

    Mais vous proposez une adaptation du système actuel, une égalisation des avantages, passant par la non-exploitation économique. Est-ce viable ? Et j’en reviens à ma question de carotte.

    * C’est ce qu’on appelle un raccourci.

  6. Pour ce qui est de la “foi” poser la question des fins me paraît essentiel et motivant : Pourquoi est-ce que nous faisons ce que nous faisons ?

  7. @ 2Casa

    Merci pour votre remarque indulgente. Si cela peut vous rassurer, je ne suis pas franchement en condition d’apprendre à écrire autrement (la minute que je vous consacre actuellement intervient entre deux vérifications de chambre). Restez bien droit dans la tempête !

  8. @ Daniel

    Euh je ne sais pas comment sont perçus certains messages, ni mon humour – pas toujours drôle. En l’occurrence, je suis sincère et pratique l’auto-dérision.

    Merci pour cette minute.

  9. Daniel Dresse dit le 2 janvier 2009 à 22 : 11

    “” (…) rien ne se fera sans une fiscalité commune et puissante (….)””

    Une réponse en vitesse.
    Une société civile qui aura repris, ou pris le contrôle de la création monétaire, le contrôle de SA création monétaire, ce qu’elle pratiquera bien sûr sous compétences financières et bancaires, verra son sytème fiscal se métamorphoser. En effet, je l’ai dit bien des fois et le redis (avec d’autres): si les banques ne prêtaient QUE l’argent de leurs déposants, et ce, avec une couverture: 100%-monnaie, et que la création monétaire et son émission ne soit effectuée que par, appelons ça un office national, ou plurinational d’émision, le sytème fiscal perdrait sa raison d’être. Car l’État, alors largement allégé de ~50%, se trouvera, par comparaison, comme le boulanger qui mange son propre pain qu’il fabrique lui-même bien meilleur marché, n’ayant comme frais que les matières premières et les ingrédients (et encore) au lieu de l’acheter hors de prix à un confrère. L’État, ou ce qui en tiendrait lieu, créerait la monnaie dont il a besoin pour tous ses frais et charges (déjà très allégées par rapport à aujourd’hui) sans être “obligé” de passer par l’emprunt aux banques privées (la loi scélérate en France de janvier 1973, devenue l’article 104 du traité de Maastricht, passée dans “Lisbonne”, ça ne vous dit rien?) . Ne perdez jamais de vue que c’est une combinatoire Banques-État qui tire toutes les ficelles et que la société qui fabrique tous les produits sauf les – permis de les acheter – (pourquoi donc??) est largement capable de fabriquer son argent au lieu de l’emprunter à un coût ruineux pour tous à des institutions dont le but est de faire des bénéfices. Ici tout est frelaté et faux. C’est la loi fiscale perverse qui récolte notre argent pour alimenter les banques et les fonds français et étrangers créanciers de l’État français.

    La loi fiscale française au service des actionnaires des créanciers de l’État!! Et ça vous laisse indifférent??

  10. @ Rumbo
    Il y a un malentendu entre nous qui porte encore une fois sur les mots, puisque, comme je l’ai dit à d’autres ici, je perçois à travers le filtre de l’histoire des notions que vous avez appris à aborder frontalement de longue date, semble-t-il. Sous vos lumières, à vous et à d’autres (Etienne, AJH etc.), j’ai très bien suivi le débat qui eut lieu ici-même sur la loi Giscard de 1973 et sa gravure dans le marbre par l’article 104 du traité de Masstricht (je vous rappelle au passage qu’à l’époque de Masstricht, Philippe Seguin -il n’était pas encore mort- avait très bien perçu la relation perverse de ces dispositions sur la dérive de la dette publique).
    Quand je dis : “Rien ne se fera sans une fiscalité commune et puissante”, j’entends que riens ne se fera sans une fiscalité commune et SOUVERAINE, la puissance étant pour moi la puissance PUBLIQUE, attribut du peuple SOUVERAIN, à travers l’état qui en est l’expression et qui est censé garantir la protection et la paix pour tous. Je ne suis donc en aucune manière indifférent à “la loi fiscale française au service des actionnaires des créanciers de l’Etat”. Bien au contraire cette loi ,je l’abhorre !
    Mais, les forces politiques et géopolitiques à l’oeuvre en France, en Europe, et dans le reste du monde, étant ce qu’elles sont, je me pose simplement (et inlassablement) la question du COMMENT et du POSSIBLE. Je ne crois pas non plus aux paradis perdus (les années soixante étaient tout sauf un paradis), mais il me semble que, durant cette brève période, les rapports entre l’Etat, la banque centrale et les banques privées étaient plus équilibrés en faveur du bien commun qu’à partir de janvier 1973, date dont vous soulignez vous-mêmes l’importance.
    Merci pour ce que vous faites.

  11. Quelques réflexions…

    Il est désormais bien compris que toute guerre entre puissances nucléaires détruirait ces États et probablement l’humanité avec. Ce qui rend la maxime de Richelieu « L’état fait la guerre et la guerre fait l’état » inopérante aujourd’hui. Il est d’ailleurs intéressant de constater que la stabilisation des frontières et l’établissement du pouvoir central fut obtenu, par Louis XI, plus par la diplomatie et un jeu d’alliances que par l’épée. Ce qui n’est pas étrange puisque la guerre a souvent pour caractéristique de ruiner les belligérants et donc d’éveiller les ambitions de voisins moins puissants. Richelieu avait sans doute ses propres intérêts financiers pour pousser à la guerre (je crois que le personnage était richissime).

    L’Histoire est faite d’États nations ou de cités États ou de peuples qui, un temps, conquièrent et dominent de vastes territoires en inféodant plus ou moins les nations et peuples dominés. Parfois les structures politiques sont supprimées, les religions interdites et les peuples mélangés et déportés en masse, c’est le cas de l’empire Assyrien remplacé par l’empire Perse, Cyrus, plus tolérant, qui permit aux population de retrouver leurs anciennes terres, coutumes, et organisations politiques.

    Après la guerre de 39-45 tous les pays occidentaux étaient ruinés, sauf les USA qui avaient produit une machine industrielle capable de gagner deux guerres simultanément. Ce géant libérateur et pacificateur et devenu par force et évidence le centre de la reconstruction du nouveau monde de l’après guerre.

    Quelques principes simples, quelques digues, devaient permettre d’éviter de retomber dans la spirale infernale, crise financière entrainant une crise économique puis sociale puis politique, conduisant à l’affrontement général.

    Depuis le début des années 70 on a vu ces barrières relevées les unes après les autres et l’économie repasser aux mains des financiers, le crédit, l’industrie, le commerce, n’étant plus destinés à réaliser du profit par la production mais par la financiarisation qu’elle permet. Les entreprises devenues des machines exploitables, corvéables à merci et jetables en cas de rendement insuffisant, doivent se concentrer, agir sur des marchés de plus en plus vastes, vendre des produits de plus en plus standardisés, abaisser les couts de production coute que coute…

    Le contrôle des moyens de production est presque total, le pillage de l’économie systématique, la liberté, sans entrave politique et sans frontière (l’idéal marxiste ultime en quelque sorte ; la production en autogestion libérée de la tutelle de l’État, la redistribution des richesses en moins).
    Cette machine, apatride, apolitique, amorale, qui met en compétition; systèmes de protection sociale et législation, inféode les États.

    C’est un impérialisme, organisé ou inorganisé, mais un impérialisme; qui côtoie la démocratie par interférences discrètes, patiemment organisées, mais en dehors.

    Je crois que les seuls points de rencontre de ces deux mondes, les seuls lieux ou il serait possible de procéder collectivement à un rééquilibrage, ce sont les quelques institutions internationales ou de vaste ampleur comme l’Europe les Gx, l’ONU…

    Je crois aussi que ces points de fabrication d’une légalité (ou d’une dé-légalisation) internationale sont hautement stratégiques et détermineront l’avenir selon qu’un seul camp continuera à y faire son miel ou que d’autres valeurs y seront mises dans la balance.

    J’ai bien peur que quels que soirnt les renoncements à consentir (qui restent à identifier), le petit sentier de l’avenir passe par la capacité de l’humanité à s’organiser plus et mieux, et à se protéger contre ses vieux démons…

  12. Daniel Dresse dit :
    5 janvier 2009 à 01:35

    Merci de votre réponse. D’ailleurs celle-ci confirme ce que, malgré mon interpellation, je supposais. Mais cela va toujours mieux en le disant.
    Sans virer à l’obsession, c’est l’argent-dettes qui, sans jamais le dire ni l’annoncer est LE problème ici bas. Certes, ce n’est pas le problème plus élevé, mais c’est le problème pratique et central, celui qui nous indique (heureusement de plus en plus clairement à présent) sans détour (enfin!) où est la pierre d’achoppement, et que le temps de se laisser crétiniser politiquement (et pas seulement) est terminé.

  13. @ Daniel, qui demande “COMMENT ?”

    C’est simple, c’est vraiment très simple :

    Il faut cesser –par un excès de confiance qui confine à la sottise– de laisser écrire les règles du pouvoir par les hommes au pouvoir.

    Les abus de pouvoir ne sont pas imputables aux pouvoirs (qui sont naturellement câblés pour ça), mais à ceux qui renoncent à leur imposer des limites.

    Tant qu’on ne fixera pas nous-mêmes les limites, la norme qui fait peur aux pouvoirs, la Constitution, norme rigoureusement inaccessible aux pouvoirs qu’elle doit dominer, tant qu’on négligera ce point décisif, on se fera écrabouiller – et probablement envoyer à la guerre.

    Bien fait pour nous.

    Fallait être moins bêtes.
    Et c’est si simple…

    Étienne.

    .
    Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir
    Pour bâtir une vraie démocratie, l’Assemblée constituante devra être tirée au sort, au moins partiellement.

  14. @étienne
    Mais comme les hommes de pouvoir se tuent entre eux pour garder le plus longtemps possible l’avantage du pouvoir (cf la mort de Mike Connell, instigateur de la victoire de Bush en 2004 en tant que responsable présumé des tripatouillages des votes électroniques en Ohio)
    http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=49236
    on voit que les chances qu’ un jour une constituante s’organise simplement par la force de la raison déclinent au rythme de la crise.
    Ce n’est peut être pas si grave s’ils parviennent tous à s’éliminer pour de bon.
    La politique en amérique est devenue une farce macabre, la contagion à l’Europe est pour bientôt si ce n’est en route.
    A nous d’être vigilant et bravo pour votre travail
    mikl

  15. @Shiva

    Intéressantes réflexions, avec quelques réserves. Vous semblez croire que l’option guerrière ou diplomatique résulte d’un libre choix pouvant être fait en toute circonstance historique (en gros la raison sage contre l’atavisme reptilien). Ce fut parfois vrai. L’engrenage qui mena à la première guerre mondiale peut être considéré comme un énorme et effroyable ratage diplomatique. Ici vous auriez raison, il eut été possible d’éviter ce carnage si les politiques ne s’étaient pas laissés influencés par les lobbies militaires.

    Je crois cependant que l’une ou l’autre option s’imposent plutôt par les contraintes et les opportunités particulières du contexte en question. L’exemple que vous citez –la politique habile de Louis XI- en est d’ailleurs un exemple. L’intérêt de Louis XI et du Duc de Bourgogne (Le Téméraire) était moins de se faire la guerre que d’alimenter en sous main la guerre civile (la terrible et interminable Guerre des Deux Roses) qui neutralisait leur ennemi commun l’Angleterre.
    Il arrive aussi, je sais que c’est dur à avaler, que la guerre s’impose contre toute solution diplomatique. J’ai évoqué la première guerre mondiale mais quid de la seconde ? Face à un dément tel qu’Hitler, les pitoyables reculades diplomatiques inspirées par Chamberlain ne servirent qu’à reculer pour mieux sauter d’encore plus haut, et il eut probablement mieux valu se résigner à la solution extrême dès la guerre d’Espagne.

    Vous dites que la maxime de Richelieu, pour cause de cataclysme nucléaire, est « inopérante aujourd’hui » (j’espère au passage que vous ne pensez pas que je m’identifie à Richelieu, dont vous avez aussi oublié qu’il avait un maître infiniment moins falot et intéressé qu’on ne l’a dit : Louis XIII).
    Je ne suis pas si sûre que cette sagesse là, où cette inhibition, soit réellement inscrite dans les gènes de l’humanité, certains –Konrad Lorenz par exemple- ont même tenté de démontrer le contraire. Je serais plutôt porté à rejoindre le pessimisme d’Etienne là-dessus, mais avec le sentiment que l’on est d’abord condamné à faire avec des outils imparfaits pour enrayer l’engrenage funeste.

    Vous semblez aussi diviser le monde en deux, avec d’un côté l’impérialisme de la machinerie économique phagocytée par la finance, et de l’autre la démocratie, à charge des institutions internationales de rééquilibrer ces deux pôles et de fixer des règles du jeu entre ces deux mondes parallèles.
    Je crois moi que la marche de l’histoire peut très bien rendre caduque cette alternative. L’impérialisme économique actuel peut très bien s’effondrer de par sa logique mortifère, et surtout faute de bras armé. Souvenez-vous de l’avis de certains experts militaires américains qui prévoyaient pour les troupes américaines en Irak un désastre comparable à Dien Bien Phû en cas d’attaque de l’Iran.

    Quant à la démocratie, l’angélisme de l’occident risque d’être bien lourd de désillusions, qui voit dans ce système une sorte d’onde irrésistible, sortie de je ne sais quel big band historique, et extensible au monde entier de par sa dynamique propre. Il est pourtant facile de constater combien son image a été détériorée par le système économique qui la sous tendait. C’est bien simple, des pans entiers de la planète n’en veulent pas !

    L’histoire –puisque vous vous êtes placé sur ce terrain là, ce dont je vous remercie- est toujours truffée de ruses et de mauvaises surprises. L’impérialisme actuel peut très bien muter, comme de nouveaux impérialismes peuvent surgir. Je reste marqué par le billet de Paul, qui évoquait une possible similitude des systèmes économiques américains et chinois à un horizon très bref. Qu’en sera-t-il alors des systèmes politiques ? Je crains alors que les impérialismes futurs n’agissent comme ils l’ont toujours fait par le passé : en se fichant comme d’une guigne des institutions internationales.

    Mais je suis pessimiste. Je sais. J’aimerais tellement que vous ayez raison !

    @ Etienne

    Que vous dire ? Que vous avez raison sur le fond, mais que je ne vois pas, mais alors vraiment pas, les pouvoirs actuels ne serait-ce que vous laissez prêcher en faveur de la Norme dont vous rêvez (pour l’avoir éprouvé, vous le savez aussi bien que moi de toute façon). Il faudra donc mener des combats bien plus douteux. Il n’y a pas le choix…

  16. Bonne année et bonne santé à tous les p’tites lopettes et joyeux loufiats qui, comme moi, fréquentent ce blog de très bonne qualité.
    quant à Toi, ô grand Paul, continue à nous montrer la Voie….

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