L’actualité de la crise : Valses hésitations devant l’obstacle, par François Leclerc

Billet invité.

VALSES HESITATIONS DEVANT L’OBSTACLE

L’information la plus importante aujourd’hui ? Sans conteste les nouvelles « tensions » sur les marchés obligataires. Les rendements, qui avaient atteint des planchers historiques en décembre, n’ont cessé de grimper en janvier, passant de 2,304% avant l’investiture, à 2,844% vendredi pour le bon à dix ans, et de 2,894% à 3,603% pour le bon à trente ans. 2.500 milliards de bons du Trésor vont être présentés sur le marché en 2009, selon les analystes, ce qui devrait encore amplifier le mouvement. La demande est encore restée deux fois supérieure à l’offre, lors de la dernière émission de la semaine dernière, mais elle avait tendance, en décembre, à être trois fois supérieure.

Non seulement le financement des déficits va, comme prévu, coûter de plus en plus cher (et pas seulement pour les USA), mais le crédit hypothécaire, indexé sur les taux longs, va lui aussi grimper, laissant le marché immobilier dans l’état désastreux où il est, faisant obstacle à la relance économique aux USA. La tentation de la planche à billet va devenir de plus en plus forte dans le monde entier.

Cette situation explique également les atermoiements renouvelés des Allemands à propos de la création de leur bad bank. Le porte-parole adjoint du gouvernement, Thomas Steg, a déclaré hier qu’il « ne fallait pas s’attendre à une solution à court terme ». L’hypothèse d’une bad bank « n’était plus d’actualité », selon ce dernier, car trop lourde pour les finances publiques. C’est l’impasse, pour le moment.

Le Trésor US n’a pas ces scrupules, ou pas les moyens de les avoir devant la situation du système bancaire américain. Selon le Wall Street Journal de vendredi, il réfléchit à une double approche pour stabiliser le système financier, qui consisterait à la fois à reprendre des actifs à problèmes des banques et à offrir des garanties sur les autres. Une réunion à laquelle participaient le secrétaire au Trésor Timothy Geithner, le président de la Fed Ben Bernanke et la présidente de la FDIC (l’organisme de garantie des dépôts bancaires) Sheila Bair aurait eu lieu cette semaine afin de discuter de ce plan, toujours selon le quotidien. Exit, donc, d’éventuelles nationalisations évoquées deux jours auparavant dans le même journal, en tout cas pour l’instant. Car des désaccords sont clairement apparus à Washington à propos de la meilleure manière de procéder et rien n’est toujours annoncé. Il n’est pas non plus garanti que l’administration Obama puisse éviter d’avoir à reprendre sa copie ultérieurement.

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Histoire du système bancaire du Grand-Duché de Gerolstein (I)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Vous vous souvenez du Grand-Duché de Gerolstein, dont la Grande-Duchesse fut immortalisée par Offenbach ? Eh bien, j’ai décidé de m’intéresser à l’histoire bancaire du Gerolstein, et au cours des semaines qui viennent, je vous rapporterai différents faits que j’ai pu glaner.

La banque centrale du Gerolstein fut fondée en 1853, la Banque Commerciale du Gerolstein (BCG) existait elle depuis 1812. La monnaie officielle est le florin gerolsteinois créé en 1853 qui remplaça un ensemble de monnaies diverses. Le florin a été émis en 1853 à hauteur de 100 millions. Il n’existait bien entendu pas de monnaie électronique à l’époque et toutes les transactions se faisaient en florins : lors des règlements entre la BCG et la banque centrale, les billets se transportaient dans des valises et les pièces dans des seaux.

En 1854, 50 millions de florins étaient déposés à la BCG sur des compte-courants. La banque avait le droit de prêter l’argent sur ces comptes, ce qu’elle ne se privait pas de faire. La banque centrale du Gerolstein imposait des réserves obligatoires « fractionnaires » de 10 % et 5 millions de florins se trouvaient donc sur un compte de la BCG auprès de la banque centrale du Gerolstein.

Siegfried von Grossmacht, le Chancelier gerolsteinois, ayant voulu connaître la masse monétaire du Grand-Duché, il lui fut expliqué que M0 se montait à 105 millions de florins et M1 à 155 millions. Comme il n’y avait que 100 millions de florins en circulation, il voulut qu’on lui explique les deux sommes, ce qui fut fait lors d’une réunion houleuse présidée par Werner von Grossgeld, le gouverneur de la banque centrale.

M0 lui expliqua-t-on est constitué de la monnaie fiduciaire (billets + pièces) et des réserves sur un compte banque centrale. Les 105 millions proviennent du fait que 5 millions de florins sont comptés deux fois : une fois en tant que monnaie fiduciaire et une deuxième fois en tant que réserves sur un compte banque centrale. On a donc 95 millions comptés une seule fois, plus 5 millions comptés deux fois, ce qui fait 105 millions.

M1 lui expliqua-t-on, c’est M0 plus l’argent sur des compte-courants, soit 105 millions plus 50 millions, égale 155 millions. Ici aussi ajouta-t-on, certains florins sont comptés plusieurs fois : 50 millions sont comptés une seule fois, 45 autres millions sont comptés deux fois et 5 millions sont comptés trois fois : 50 + (45 x 2) + (5 x 3) = 155. L’explication en est la suivante : 50 millions des 100 millions de monnaie fiduciaire en circulation sont déposés à la banque, 50 autres ne le sont pas, comptons ces derniers d’abord. Parmi les 50 sur des comptes-courants, 45 sont disponibles pour être prêtés, et 5 sont en réserve à la banque centrale. Les 45 sont comptés deux fois : une fois en tant que partie des 100 millions de monnaie fiduciaire en circulation et une deuxième fois en tant que dépôt sur un compte-courant. Quant aux 5 millions en réserve sur un compte en banque centrale, ils sont comptés trois fois : une première fois en tant que monnaie fiduciaire, une deuxième fois en tant que dépôt sur un compte-courant et une troisième, en tant que réserve sur un compte en banque centrale.

« À quoi servent ces coupages de cheveux en quatre ! », s’écria von Grossmacht en colère lors de la réunion. « Ils sont cruciaux », lui répondit von Grossgeld, sans se départir de son calme, « et ceci pour la raison suivante… »

(à suivre…)

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Constitution pour l’économie : un autre pas dans la bonne direction

On recherche : chien de garde financier international

Fri Jan 30, 2009 2:48pm EST

Par Mike Dolan and Stella Dawson

Davos, Suisse (Reuters) – L’Allemagne et la Grande-Bretagne ont appelé vendredi à la création d’un organisme de surveillance international aux pouvoirs accrus chargé de prévenir plutôt que de réagir passivement aux crises financières susceptibles de déboucher sur des récessions à l’échelle planétaire.

La chancelière allemand Angela Merkel a déclaré au Forum Economique Mondial réuni dans la station suisse que la coopération entre les institutions financières internationales avait échoué à prévenir la crise financière la plus dévastatrice qu’ait connu le monde depuis des dizaines d’années et qu’une nouvelle charte était nécessaire. « Ceci pourrait même déboucher sur un Conseil Economique des Nations-Unies, sur le modèle du Conseil de Sécurité créé après la Deuxième Guerre Mondiale », a-t-elle ajouté.

Le premier ministre britannique Gordon Brown a affirmé de son côté que des initiatives audacieuses étaient requises qui fassent que les banques accordent à nouveau des crédits : « Nous sommes prêts à envisager des options radicales. Les approches anciennes ont échoué. Il faut que nous rebâtissions le système financier ». Et il ajouta : « Ce dont nous avons besoin, c’est d’un organisme chargé de la prévention des crises plutôt que de leur résolution ».

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Rions un peu – Les banquiers (I)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

« Le jour viendra pour eux de faire des bénéfices, et le jour viendra pour eux de recevoir des bonus. Mais ce jour n’est pas encore venu ».

C’est le président Obama qui a dit ça aujourd’hui, à propos des banques renflouées par le contribuable américain qui utilisent cet argent pour des bonus à leurs dirigeants. Il ajouta même : « C’est une honte ! » Les bonus à Wall Street en 2008 furent de 18,4 milliards de dollars, une baisse dramatique (faut-il dire « tragique » ?) de 44 % par rapport à 2007.

Une pensée émue pour Citigroup qui vient d’annuler la commande d’un jet privé valant plusieurs millions de dollars après que l’administration Obama lui rappelle que « ce n’est pas une bonne idée ». Une pensée émue également pour John Thain, ex-président de Merrill Lynch, récemment débarqué par Bank of America pour cause de bonus extravagants (4 milliards de dollars alors que Merrill Lynch capotait), qui débloqua l’année dernière 1,2 millions de dollars pour que l’on refasse son bureau.

« Vous savez, le peuple américain a compris que nous sommes au fond d’un grand trou et qu’il faut que nous trouvions le moyen d’en sortir, mais cela lui déplaît que certains soient en train d’agrandir le trou alors qu’il s’efforce de le combler ». Ah ! cet Obama, quel rabat-joie !

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PressLib’ donations

Je vous ai dit que je ferais le point de la formule « Donations » après six mois. Comme je m’étais fixé comme objectif d’essayer de payer le loyer, j’indique en dernière colonne, le rendement obtenu de ce point de vue là (la référence, c’est 2210 $ : le loyer très raisonnable que je paie pour un petit appartement dans un immeuble à Santa Monica).

Précisions :

La 1ère colonne ce sont les mois, la 2è ce sont vos dons en euros (il faut soustraire 150 euros du mois de janvier 09, ce sont apparemment les droits d’auteurs que m’a versé une publication qui reproduit certains de mes billets), la 3è colonne, c’est l’argent que je touche effectivement : en dollars moins la commission de PayPal, la 4è colonne, c’est le pourcentage de mon loyer que représente la somme reçue ce mois-là.

Le loyer de 2.210 $ est bon marché pour LA en raison principalement du contrôle propre à Santa Monica : pas d’augmentation annuelle supérieure à l’inflation.

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L’actualité de la crise : Rounds d’observation, par François Leclerc

Billet invité.

ROUNDS D’OBSERVATION

En reprenant la dépêche de Bloomberg, Paul Jorion a incontestablement donné l’information la plus importante de la journée. La proposition de loi de Colin Peterson à propos des CDS tranche en effet sur la litanie des nouvelles de la crise financière. Le sort qui lui sera réservé est une autre affaire, mais, au moins, on est entré dans le vif du sujet. Car pour le reste, cela n’avance pas beaucoup.

George Soros, à Davos, vient de nouveau de joindre sa voix à tous ceux qui expliquent qu’il n’y a pas d’autre solution pour sortir de cette crise que de créer une bad bank, puis de nationaliser les banques. Certains disent en totalité, d’autres seulement quand cela est inévitable. La nuance ne résistant pas nécessairement à l’épreuve du feu, selon les premiers. Les problèmes et les résistances qui sont à cet égard actuellement rencontrés ne sont qu’un avant-goût de ce que nous allons voir, lorsque le sujet de la régulation future sera pleinement abordé.

Sans même attendre, le secrétaire au Trésor Timothy Geithner, a déclaré lors d’un point de presse à Washington, non sans une certaine prudence : « Nous avons un système financier qui est aux mains d’actionnaires privés, mené par des institutions privées, et nous aimerions faire de notre mieux pour préserver ce système ». L’idée était visiblement de s’en tenir au rachat des actifs toxiques, sans avoir à injecter du capital dans les banques, mais les choses vont très vite à Washington semble-t-il. De nombreux commentateurs de Davos voient d’ailleurs dans le fait que ce forum ait été ouvert par Vladimir Poutine et Wen Jiabao tout un symbole de ce qui se prépare inévitablement, étant donné le rôle prééminent que joue l’Etat dans leurs deux pays.

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Constitution pour l’économie : un pas dans la bonne direction

Un projet de loi américain prohiberait la plupart des Credit–Default Swaps (1)

Par Matthew Leising

Janv. 28 (Bloomberg) – Un projet de loi en attente au Congrès qui modifierait la manière dont les produits dérivés sont réglementés prohiberait la plus grande part du marché des CDS s’élevant à 29.000 milliards de dollars.

Colin Peterson du Minnesota, Président du Comité pour l’Agriculture de la Chambre des Représentants a divulgué aujourd’hui la mise à jour d’un projet de loi prohibant le trading des CDS à moins que les investisseurs ne détiennent les obligations sous-jacentes (2). Le projet, communiqué par e-mail par le personnel du comité à Washington, forcerait également toutes les opérations de gré à gré sur le marché américain des produits dérivés, s’élevant à 684.000 milliards de dollars, à passer par une chambre de compensation.

[…]

Bon, je ne sais évidemment pas si ça passera. Si la loi est promulguée une bombe à retardement gigantesque aura été désamorcée. Cela signifierait aussi qu’on n’est pas là à s’égosiller dans le désert et que des mesures interdisant les marchés aux spéculateurs et au risque systémique qu’ils amènent avec eux peuvent être prises. Ce serait très encourageant.

––––––––––––––––––––––
(1) Voir Glossaire ci-dessus et Les CDS : le monstrueux contraire d’une assurance. En septembre dernier, à l’époque où je rédigeais mon billet, le marché des CDS se montait encore à 62.000 milliards de dollars. Le marché a rétréci depuis en raison des consolidations de positions intervenues (voir Avis de recherche : CDS disparus) et de ceux qui se sont retirés.

(2) Seules les personnes véritablement exposées à un risque seront autorisées à contracter des CDS ; autrement dit les spéculateurs, ceux qui créaient un risque là il n’existait pas, en vue d’un gain éventuel, n’auront plus le droit de passer ces opérations.

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Une lettre persane

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Un voyageur venu d’un autre système stellaire a récemment visité la Terre et a tenu à informer les siens de ce qu’il avait pu y observer. Arrivé sur notre planète alors qu’y fait rage une crise profonde, il en informe ses correspondants lointains dans les termes que voici :

« Il existait ici il y a quelques années seulement un grand commerce de biens appelés « ABS adossées à des prêts subprime » dont on s’aperçut un jour que leur valeur avait tant baissé qu’ils se vendaient désormais beaucoup plus cher que ce qu’ils valaient. Les acheteurs éventuels disparurent aussitôt et plus personne n’entendit traiter avec ceux qui détenaient de tels biens en grande quantité de peur qu’ils ne fassent bientôt banqueroute. Certains ayant caché de tels ABS au sein d’autres produits appelés CDO (pour Collateralized–Debt Obligations), chacun soupçonna alors chacun de vouloir le gruger et plus personne n’entretint commerce avec personne. Or les habitants de la Terre ont pour habitude d’utiliser pour toutes leurs entreprises, plutôt que leur argent propre, celui qui appartient à quelqu’un d’autre, usage très dispendieux cependant car il leur faut payer un loyer pour l’argent qu’ils empruntent et le montant de ces « intérêts » ne manque pas de se retrouver alors en proportion importante dans le prix de tout ce qui se vend et s’achète.

Je demandai à un Terrien pourquoi ne pas utiliser son propre argent plutôt que celui des autres et il m’apprit alors que la plupart de ceux qui ont besoin de cette commodité en manquent, soit qu’il s’agisse pour eux de l’utiliser au titre d’avances pour se procurer les matières premières et les outils nécessaires à leurs tâches, soit qu’il s’agisse de consacrer un tel argent à l’achat d’un bien dont ils ont besoin pour survivre ou pour vivre, sommes qu’ils rembourseront et dont ils acquitteront les intérêts à partir de leurs gages. La question que je lui posai alors fut celle qui eut le plus l’heur de le surprendre : « Comment se fait-il », lui demandai-je, « que l’argent ne se trouve pas là où il est le plus nécessaire ? » Il me fit la réponse suivante : « Cet argent dont nous parlons, on l’appelle quand on ne l’a pas : « capitaux ». Ceux qui en disposent en grandes quantités et qui se font spécialité de les prêter, nous les appelons : « capitalistes » et c’est pour cela que nous appelons « capitalisme » la façon dont nous organisons nos sociétés ».

Je lui expliquai que l’argent devant être emprunté pour s’acquitter des tâches les plus communes et pour vivre au jour le jour, il n’était pas surprenant que toute activité s’interrompe aussitôt que ceux qui en disposent refusent de s’en défaire et le grand désarroi où est plongée sa planète me semblait causé par ce simple fait.

Je lui demandai alors d’où était née chez eux cette idée de confier l’argent aux seuls capitalistes. « Il ne s’agit pas d’une décision qui fut jamais prise », me déclara-t-il, « mais de la conséquence de la combinaison de deux principes : celui de l’héritage et celui de la propriété privée qui permit l’appropriation des communs par un petit nombre ». « Ne voyez-vous pas », lui dis-je, m’échauffant quelque peu, « que l’appropriation privée des communs n’était tolérable que tant que vous n’étiez que peu nombreux et que votre planète vous apparaissait comme un vaste terrain en friche ? ». Au comble de l’exaspération je m’écriai alors : « Si ces principes mettent aujourd’hui votre existence en péril que n’en changez-vous ! » « La chose fut proposée autrefois », me répondit-il sans se départir de son calme, « par un idéaliste appelé Jean-Jacques Rousseau qui, si j’ai bon souvenir, vivait dans un tonneau, mais nous ne pouvons guère modifier ces principes car ils nous furent confiés par nos aïeux qui les tenaient des leurs et nous dirent de bien nous garder d’en changer, raison pour laquelle nous les appelons : « sacrés » ».

Je ne sus bien sûr que répondre. Quelques jours plus tard cependant je prenais la décision de rentrer au pays ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : Nous allons entendre beaucoup de voix, par François Leclerc

Billet invité.

NOUS ALLONS ENTENDRE BEAUCOUP DE VOIX

A Davos, au 39ème Forum économique mondial, c’est comme dans certains festivals, il y a le « in » et le « off ». Sauf qu’il ne s’agit pas de différencier la programmation officielle de celle qui ne l’est pas, mais de réglementer l’accès des journalistes aux débats. Afin de leur faire croire, grâce à la magie de l’interdit, que des choses décisives se disent en leur absence, dans le « in » où ils sont proscrits. Cette année, les 2.500 « décideurs » réunis ont en effet « cinq jours pour redessiner le monde ».

Une forte participation de banquiers centraux est à signaler. Car, si le débat dominant de Davos va porter sur les moyens de régler la crise et sur le monde qui s’éveillera sur le champ de bataille, à l’aube de la crise, le blog de Paul Jorion ayant modestement pris quelques longueurs d’avance, nul doute que des questions sérieuses, ne faisant pas l’objet de grandes envolées lyriques sur le monde de demain, vont être sérieusement discutées. Notamment celle-ci : qu’allons-nous faire des dettes publiques en train d’être amassées ? Les rembourser, ou plutôt les gérer en les finançant au mieux, ou les effacer par l’inflation ? Où allons-nous placer le curseur, dans un panachage idéal entre ces deux solutions ? A finances mondiales, décisions nécessairement collectives. La réunion de la Fed de Washington, qui se tient à l’heure où j’écris ces lignes, semble pour sa part en débattre intensément, on lira dans le communiqué ce qu’il en sera dit.

A propos des bad banks, sujet également de haute importance à Davos bien qu’il ne sera pas nécessairement publiquement évoqué, le commissaire européen aux Affaires économiques, Joaquin Almunia, a mardi, en lever de rideau de sa réunion, mis le doigt sur l’essentiel a appelant à définir les actifs toxiques détenus par les banques avant de chercher des solutions pour alléger leur fardeau. Puis il a ajouté qu’il faudrait se poser la question de « la meilleure façon de les valoriser » et « du prix qui serait payé pour la transmission de ces actifs toxiques du bilan des banques à la nouvelle bad bank ». Nous y sommes, les bonnes questions sont publiquement posées, mais elles n’ont toujours pas de réponse. Et pour cause.

Les Allemands, en plein débat à ce propos, continuent d’être partagés et, donc rien ne se passe. La crise financière s’avère plus grave que redouté et toutes les mesures prises jusqu’ici n’ont pas réussi à atténuer ses effets, déclare le président de la Bundesbank Axel Weber dans un entretien à Bild. « Cela m’inquiète qu’il n’ait pas été encore possible d’endiguer la crise sur les marchés financiers. De nouvelles failles apparaissent régulièrement, il y a davantage de secteurs touchés et de nouvelles pertes, qui conduisent à de nouvelles dépréciations ».

Sur le devant de la scène, un petit jeu se poursuit qui a tout de la diversion. Celui des prédictions qui se multiplient sur la date où l’on verra « le bout du tunnel », métaphore pour une fois employée au BTP (Bâtiment et Travaux Publics), à moins que ce ne soit une allusion plus sophistiquée à une certaine caverne. On parle d’embellie retrouvée, bien optimiste, on spécule sur fin 2009 ou même fin 2010 en réalité sans savoir. Au nom de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), de l’OCDE, du FMI, ou encore de la Commission Européenne. Plus audacieux pour une fois, le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a estimé lundi que « tant que toutes les banques n’ont pas été nettoyées, on ne peut pas trouver un chemin de sortie » à la crise. Il a regretté que « très peu a été fait » depuis le sommet du G20 en novembre à Washington. « Je ne dis pas que rien n’a été fait. Mais cela bouge très, très lentement », a-t-il regretté.

Petite voix discordante dans le concert des graves et définitifs propos qui s’annoncent ces jours prochains à propos du nouvel ordre mondial, mais nous verrons sa montée en puissance plus tard, le président de l’opérateur boursier allemand Deutsche Börse, Reto Francioni, s’est élevé lundi contre un excès de réglementation des marchés financiers. « Nous devons veiller à ce que les marchés ne soient pas étouffés par une réglementation excessive », a-t-il déclaré lors de ses vœux à la presse. Puis, il s’est opposé à une interdiction totale des ventes à découvert, alors qu’une telle interdiction sur certains titres, décidée le Bafin qui réglemente le marché allemand, court jusqu’au 31 mars.

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