CREATE A BETTER WORLD – CRÉER UN MONDE MEILLEUR

Un dessin humoristique paru dans USA Today qui invite à faire preuve de discernement dans les efforts que l’on déploie ! Merci à Hélène Nivoix de l’avoir signalé.

Create a better world

Bannière en haut à gauche : « Sommet sur le climat »

Texte projeté : « Indépendance énergétique, préservation des forêts équatoriales, développement durable, emplois verts, villes « vivables », énergies renouvelables, eau et air non pollués, enfants en bonne santé, etc. »

Le spectateur qui prend la parole : « Et si tout cela n’était qu’un gros canular et que nous créions un monde meilleur pour rien ? »

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L’actualité de demain : L’INSTABILITÉ FINANCIÈRE EN TOILE DE FOND DU DÉSÉQUILIBRE POLITIQUE, par François Leclerc

Billet invité

La pêche aux transfuges du PDL éloigne ce matin la perspective des élections en Italie ; le revers électoral du PSD portugais au test municipal du week-end est plus fort que prévu ; l’extrême-droite progresse en Autriche et son leader en Grèce est en prison à Athènes. Les crises politiques nationales se poursuivent au jour le jour, les rafistolages succédants aux phases aigües. Chacune d’entre elles, à sa manière, est susceptible de mettre en péril le fragile équilibre de l’ensemble. Ce lundi matin, les taux obligataires se tendaient lentement mais sûrement. En toile de fond, les péripéties du désendettement se succèdent, appelées à se poursuivre, sans que les barrières destinées à contenir de prochains dérapages soient prêtes et à la hauteur voulue.

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rtbf, Matin première, « Fortis, cinq ans déjà », lundi 30 septembre de 7h45 à 8h00

Je me suis entretenu avec Bertrand Henne.

La vidéo est disponible ici.

L’invité : Paul Jorion 30/09

Ce lundi, Bertrand Henne reçoit l’anthropologue et économiste, Paul Jorion. Il est également commentateur critique du système financier cinq ans après le naufrage de Fortis.

Retranscription :

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WOODY ALLEN ET LA LUTTE DES CLASSES

L’éventail des classes sociales au sein desquelles se déroulent les films de Woody Allen est extrêmement restreint, se limitant – à quelques exceptions près – aux cercles qu’Allen fréquente sans aucun doute dans la vie quotidienne avec, comme leur centre de gravité, la haute bourgeoisie des professions libérales, des hauts fonctionnaires et des artistes en vogue. Les tragédies quand elles ont lieu, comme dans Interiors (1978), Crimes and Misdemeanors (1989), Melinda and Melinda (2004) ou Match Point (2005), se passent dans ces milieux là. Cassandra’s Dream (2007), centré autour de l’activité d’un garage, est une exception de ce point de vue.

Du coup, les films de Woody Allen, auteur des histoires qu’il met lui-même en scène, drôles ou sérieux, sont le plus souvent des comédies de mœurs ayant pour source sa propre auto-dérision.

Blue Jasmine (2013) est différent de ce point de vue : il y est dit très clairement que les gens ordinaires sont normaux et, malgré leurs faiblesses dues à leur grande spontanéité, parfaitement fréquentables, alors que les riches sont eux de dangereux fous furieux, mettant en jeu en plus, la vie des autres.

Cette incursion d’Allen dans la lutte des classes, une première à l’occasion de son quarante-quatrième film, révèle une exaspération devenue chronique dans les milieux du spectacle américains envers l’arrogance du 1% au sommet, et dont un film comme Elysium (2013) est, dans un tout autre genre, lui aussi symptomatique.

Dans un billet publié jeudi dernier, intitulé : « Plutocrats feeling persecuted », les ploutocrates qui se sentent persécutés, Paul Krugman se fâche lui aussi : « Il ne s’agit plus de libertarianisme, écrit-il, mais d’exigence d’un traitement de faveur. Il n’est plus question d’Ayn Rand (l’égérie du mouvement libertaire), mais de l’ancien régime ». Or, avec un ancien régime, chacun le sait bien, c’est perdre son temps que d’y aller par quatre chemins.

C’est le même Paul Krugman qui, quand je lui posais la question du rôle joué par la redistribution inégalitaire de la richesse dans le déclenchement de la crise, m’avait répondu après un moment d’hésitation qu’il s’agissait là d’un thème éculé cher aux penseurs de droite. Alors, Krugman s’est-il récemment rallié à la droite, ou bien, à l’instar de Woody Allen, s’est-il laissé gagner par l’exaspération devant l’outrecuidance des riches qui, bien loin de faiblir, continue de croître inexorablement ?

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U-boat, par Zébu

Billet invité

On se croirait dans un de ces films hollywoodiens de guerre sous-marine, où, alors que la situation –  forcément dramatique – est rétablie dans un calme précaire, tout à coup des boulons explosent et des trombes d’eaux surgissent au beau milieu des submersibles, forçant les commandants à condamner des compartiments entiers (et ceux y résidant avec) ou à jouer des muscles pour fermer des vannes improbables afin de sauver leurs navires et la vie de leurs équipages.

On se souvient en effet, au début du (très mauvais) film que les dits sous-marins furent dans l’obligation d’ouvrir les vannes des ballastes pour plonger dans les profondeurs abyssales de la dette publique afin d’éviter le tsunami financier qui menaçait leurs esquifs. Pire, pendant cette longue immersion contrainte, les destroyers de la finance continuaient à les grenader de spéculation quand ceux-là mêmes qui s’enfonçaient les avaient sauvé du naufrage attendu. Après avoir dû faire face aux différentes avaries sévères qu’une telle plongée subite avait provoqué dans les compartiments sociaux, malgré le changement de capitaines à la barre, les vaisseaux sous-marins continuaient de s’enfoncer, le chômage massif cette fois venant alourdir de tout son poids les brèches laissées béantes par l’explosion financière, les commandements laissant à plus tard ou à la providence le soin de les colmater.

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L’actualité de demain : LA FRAGILITÉ DE LA COALITION GRECQUE, par François Leclerc

Billet invité.

Comment survoler les manifestations de la crise politique sans évoquer la grecque ? La majorité soutenant le gouvernement de coalition s’effrite en raison des défections sur sa gauche – sa majorité ne tient plus qu’à cinq sièges – et Syriza devance Nouvelle Démocratie dans les sondages. En tête des résultats, il bénéficierait de la prime de 50 sièges accordé au vainqueur, selon le système électoral en vigueur. Mais un danger plus immédiat est apparu. Quatre parlementaires appartenant à Aube dorée sont déjà aux mains de la justice, et les 14 autres risquent une inculpation pour appartenance ou direction d’organisation criminelle, dans le cadre de l’enquête sur le meurtre du militant anti-fasciste Pavlov Fyssas le 18 septembre dernier.

La réaction inattendue du gouvernement suscite à la fois satisfaction et trouble. Comment expliquer qu’il ait fallu si longtemps pour qu’il réagisse, Aube dorée s’étant fait une spécialité de l’agression des étrangers et des discours apologétiques du nazisme, la police suspectée de complaisance et, pire, d’appartenance à ce parti ? Comment également expliquer que des centaines de milliers de Grecs lui aient accordé leur vote ?

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Sans pour autant « perdre son âme », par Patrick Duprez

Billet invité.

Cher Paul Jorion,

Je trouve dommage que votre participation au « colloque sur l’économie positive » ait donné lieu à un déchirement parmi vos « amis », et comme je suppose que vous savez choisir vos « amis officiels », je ne peux que constater qu’une fois de plus, ceux que je qualifierai de « progressistes » en opposition aux possédants et autres conservateurs « friqués », se sont divisés sur une « participation ponctuelle » en somme toute non problématique par rapport à vos engagements que je pense être autant positifs que sincères.

Il est vrai que les « gens de gauche » ont toujours eu une propension à se diviser (souvent pour des broutilles) alors que la droite a toujours eu la conservation de ses privilèges et le « fric » comme horizon et coefficient unificateur.

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L’actualité de demain : ZORRO NE VA PAS ARRIVER ! par François Leclerc

Billet invité

Les ministres italiens du PDL n’étant pas passés à l’acte, mais ayant seulement annoncé leur démission, le souffle de l’Italie continue d’être suspendu au cas Berlusconi, mis en cause pour sa « folie », tandis que le président de la République déclare qu’il ne dissoudra les chambres qu’en toute dernière extrémité. Faute d’une révision préalable de la loi électorale, la nouvelle consultation qui en résulterait, et à laquelle le magnat déchu appelle, risquerait fort d’aboutir à des résultats similaires à la précédente… Les pointages et calculs se multiplient à Rome, afin de vérifier qu’une majorité de soutien à un nouveau gouvernement pourrait reposer sur des transfuges du PDL et du Mouvement cinq étoiles… Tout cela est d’une très grande fragilité. Plus le moment de la destitution de Silvio Berlusconi s’approche, le dessaisissant de son immunité parlementaire, plus la tension monte au sein d’un monde politique devenu incapable d’échafauder une de ces combinaisons dont il a de longue date fait son miel.

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L’actualité de demain : DES CRISES POLITIQUES DE GRANDE PORTÉE MAIS SANS ISSUE, par François Leclerc

Billet invité.

Aux États-Unis, en Italie et au Portugal, trois crises politiques s’affichent simultanément, témoignant combien cet échelon de « crise » est atteint. Rien à voir entre elles, en raison de la diversité de leur contexte, si ce n’est leur intensité et, surtout, leur portée.

Les dirigeants politiques poursuivent leur course dans le vide, suspendus au sort de Silvio Berlusconi, alors que tous les signaux d’alarme ont été tirés à propos de la situation des banques du pays. Troisième puissance économique de la zone euro, l’Italie ne peut pas de ce point de vue être cataloguée parmi ces pays périphériques abandonnés à leur sort. Jean-Claude Junker, l’ancien président de l’Eurogroupe, résumait hier ce que la Grèce pouvait pour sa part attendre : « Dire aux Grecs que quoi qu’il advienne ils auront une aide, ce n’est pas un bon signal. Dire à nos compatriotes que quoi qu’il advienne les Grecs n’auront plus un sou, c’est contreproductif. Il faut savoir silence garder »…

Mais que dire aux Italiens dont les grandes entreprises sont vendues au rabais, leurs PME mendient le crédit et leurs banques et compagnies d’assurance regorgent de titres de la dette publique qui se dévalorise quand son taux augmente ? Les banques de la zone euro, au premier chef les françaises qui en étaient gorgées, se sont délestées de ces titres qui leur brûlaient les doigts, anticipant un dérapage et des pertes, faisant de l’Italie l’exemple à venir, mais qui se rapproche considérablement, d’une implosion, cette explosion vers l’intérieur. La BCE, qui a accepté en garantie les mêmes titres enregistrera les pertes qu’elle a jusqu’à maintenant su éviter avec les titres de la dette grecque. Si l’Italie devait à son tour tomber dans le trou, c’est toute l’Europe qui menacerait d’y tomber.

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Déchirement au sein des « amis », par jducac

Billet invité.

Cher Monsieur,

Depuis 9 mois vous n’avez plus l’occasion d’entendre jducac qui hantait votre blog depuis 2009. Mais j’observe toujours votre cheminement.

Si certains de vos amis se sont déchirés au Havre, sachez que d’autres, qui n’y étaient pas, peuvent sans problème vous soutenir sur certaines de vos propositions dès lors qu’elles émanent d’un humaniste, loin d’être sectaire, et en cela ouvert au dialogue et à la recherche de solutions de progrès.

Je suis heureux que vous appréciiez les travaux de J.M. Jancovici . Cela devrait finir par vous faire découvrir que fondamentalement, le capitalisme n’est rien d’autre que l’exploitation d’un processus physique s’appuyant sur « le capital » dans lequel l’énergie alimente le moteur. L’argent, la monnaie, la finance, sont des éléments utiles mais aussi plus ou moins parasites qui n’interviennent souvent que pour permettre à une corporation incluant maintenant les politiques, de tirer leurs moyens d’existence. Supprimer la spéculation leur porterait tort sans mettre fin au capitalisme. L’intérêt serait de recentrer le problème sur la question essentielle (capitale) de l’énergie qui est indispensable à l’alimentation et la perpétuation de la vie.

Bien cordialement. jducac.

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APPEL MENSUEL DE SEPTEMBRE 2013

Nous avons atteint le temps dans le mois où je lance en général l’appel final qui nous permettra d’atteindre l’objectif mensuel de 1 300 €. Ce mois-ci, un généreux donateur nous a permis d’atteindre l’objectif le 8 déjà.

Il est arrivé quelques fois que Le blog de Paul Jorion ne soit pas N°1 pour l’économie dans le classement Ebuzzing mais c’est la place où il se trouve habituellement depuis 2009. Au fil des mois, nous avons adopté une couverture plus généraliste et si Ebuzzing nous classait en International, nous y serions N°3 en septembre, tandis qu’en Politique, nous serions N°10.

Merci à votre mécénat citoyen qui nous permet de couvrir chaque mois la location des serveurs et la maintenance du site, et de verser 1 000 € à François Leclerc pour sa veille financière.

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L’actualité de demain : L’ITALIE AU BORD DU DÉRAPAGE, par François Leclerc

Billet invité.

Après des jours et des jours de menaces, les ministres du parti du peuple et de la liberté (PDL), le parti de Silvio Berlusconi, ont ce soir mis leur menace à exécution en décidant de démissionner du gouvernement de coalition avec le parti démocrate (PD) dirigé par Enrico Letta. Le chemin est ouvert à la convocation de nouvelles élections et, en attendant, à une paralysie de l’exécutif. Tout cela au nom du sort réservé à Silvio Berlusconi et en raison de désaccords profonds, dans un climat de grande confusion. Un grand risque selon le FMI, en raison de la faiblesse de l’économie italienne (la récession devrait être de -1,7% cette année) et de ses banques qui sont sous perfusion de la BCE. En cas de choc économique important, celles-ci ne tiendraient pas le coup, estimait hier vendredi Dimitri Demekas, un chef de mission du FMI. Les taux obligataires italiens s’étaient déjà tendus hier, entraînant ceux de l’Espagne, exprimant la fragilité de l’accalmie sur ce terrain.

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LA SURVIE DE L’ESPÈCE ET
L’« ÉCONOMIE POSITIVE »

L’exposé de Jacques Attali mercredi matin au LH Forum m’a fait comprendre la différence fondamentale entre sa vision prospective et la mienne : nous combinons optimisme et pessimisme différemment.

Pour moi, nous négocierons oui ou non avec succès le Grand Tournant des crises environnementale, de la complexité et financière. Nous prendrons certainement conscience un jour ou l’autre de la gravité de la situation mais il sera alors encore temps ou bien trop tard. S’il est trop tard, c’est la survie même de l’espèce qui est alors remise en question. J’envisage que le processus se déroule tout au long dans le cadre de démocratie formelle que nous connaissons en ce moment.

Attali considère que nous prendrons conscience de la gravité de notre situation et qu’il sera encore temps. Sur ce plan là, il est plus optimiste que moi. La probabilité que nous puissions réagir dans un cadre encore démocratique lui paraît cependant très mince. Il arrivera, dit-il, que la consommation de viande soit interdite par décret, du jour au lendemain. Sur ce plan là il est plus pessimiste que moi.

La position d’Attali est sans doute plus réaliste que la mienne, j’en conviens volontiers. Elle suppose cependant au totalitarisme une certaine efficacité sur le moyen ou le long terme, alors qu’une telle efficacité n’a jamais été démontrée dans son cas que sur le cours terme. C’est ce qui me fait penser que l’option totalitaire n’aboutira à rien, que la prise de conscience de la nécessité d’un Grand Tournant ait eu lieu à temps ou non. La survie de l’espèce est donc très loin d’être assurée – c’est le moins qu’on puisse dire.

La logique du profit, qui explique pourquoi notre démocratie est formelle plutôt que réelle, bloque en ce moment toute décision dans le sens d’un Grand Tournant, en dépit d’une prise de conscience de sa nécessité. Il faut donc d’abord sortir de la logique du profit, sans verser pour autant dans le totalitarisme, ce qui n’a jamais été tenté jusqu’ici, du moins à grande échelle.

Le mouvement en faveur d’une « économie positive » indique la voie à suivre mais il faudra d’abord, comme l’a souligné Benoît Hamon jeudi au Havre, chasser les marchands qui, ici aussi, encombrent déjà de leurs étals, les allées du temple.

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« UN TRAITÉ SUR LA MONNAIE » (I) LA FAUSSE QUERELLE DES CRÉDITS ET DES DÉPÔTS

Qui, du crédit ou du dépôt vint le premier ?

Cette question qui passionne les financiers débutants, présente autant d’intérêt que son illustre prédécesseur mettant en présence l’œuf et la poule et la réponse est identique dans les deux cas : la question dans ces termes est en réalité privée de sens. Il n’empêche que les manuels affirment sur un ton péremptoire que « Contrairement aux apparences (le « contrairement aux apparences » est essentiel), le crédit vint en premier : ce sont les crédits qui créent les dépôts ».

« Contrairement aux apparences, la poule vint en premier ! » Oui, pourquoi pas, mais la dure réalité c’est que tant qu’il n’existe pas d’espèce « les poules », ni l’œuf particulier, ni le poulet individuel ne sont possibles, tandis qu’une fois que l’espèce est là, il existe nécessairement des œufs et des poulets simultanément, même si les poules pondent des œufs et non l’inverse. De même, une fois que la monnaie existe, et les banques aussi, les crédits et les dépôts deviennent simultanément possibles.

Ceci semblant aller de soi, quelle est alors la finalité de l’affirmation péremptoire que la question de la priorité du crédit ou du dépôt a un sens, et que c’est le crédit qui vint en premier ?

Ce qu’il s’agit de faire apparaître en fait, c’est non pas que les crédits précédent les dépôts, mais que, « contrairement aux apparences » (on y revient !), une dette n’est pas une promesse de rendre de l’argent – l’argent étant « une chose en soi » – mais que l’argent lui même est une dette – une dette étant en vérité « une chose en soi », ou plutôt, que l’argent lui-même est une reconnaissance de dette, et en l’occurrence, une reconnaissance de dette émise par la banque centrale.

Joseph Schumpeter (1883 – 1950) qui mena la croisade visant à imposer la thèse que « les crédits créent les dépôts », la fait remonter à, entre autres, Irving Fisher (1867 – 1947), le promoteur de la monnaie 100% dans le cadre de laquelle il est prohibé aux banques de prêter l’argent en dépôt sur les comptes-courants, tous les prêts étant consentis par la banque centrale par le biais des banques commerciales. Le fait que les banques prêtent l’argent déposé sur les comptes-courants de leurs clients, c’est ce que Keynes appelait le « banking principle » : le principe même au cœur du système bancaire ; c’est ce principe qu’il voudra étendre à l’ordre monétaire tout entier grâce à son projet de chambre de compensation multilatérale internationale dont la monnaie de compte serait le bancor.

Schumpeter dit de Fisher qu’« Il a aussi fait ressortir cette vérité évidente que les dépôts et les billets de banque sont fondamentalement la même chose » (Schumpeter 1983 [1954] tome III : 472). Appeler une hypothèse ténue « vérité évidente » est une vieille habitude des doctrinaires : le procédé permet l’économie d’une démonstration qui s’avérerait sinon périlleuse.

Il n’y aurait donc, quand on parle de « monnaie » qu’une seule chose : des reconnaissances de dette, dont il existerait deux types : les reconnaissances de dette entre particuliers et les reconnaissances de dette émises par la banque centrale, que l’on appelle communément « de l’argent ».

Soit, mais si les dettes entre particuliers se règlent en argent, en quoi les dettes entre un particulier détenteur d’argent et la banque centrale se règlent-elles ? En or uniquement. Du moins à l’époque où l’on pouvait véritablement aller échanger son argent contre des pièces d’or sonnantes et trébuchantes.

Tout l’argument vise en fait à contester la légitimité de toute monnaie qui n’est pas une « monnaie-marchandise » au sens de Keynes, la marchandise en question étant l’or ; c’est-à-dire à contester qu’une « monnaie  fiduciaire », qui n’est pas adossée à un métal précieux, soit véritablement une monnaie. Il s’agit d’un argument venu du fond des âges, contestant la légitimité d’un État à émettre une monnaie, et proposant, même si ce n’est pas dit explicitement, le retour aux « monnaies-marchandise », c’est-à-dire à un système où l’on troque toute marchandise ou tout service contre les marchandises génériques, standardisées, que sont l’or ou l’argent-métal.

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L’actualité de demain : INFAILLIBLES BAROMÈTRES DE L’ÉCONOMIE, par François Leclerc

Billet invité.

Les indicateurs habituels n’étant plus très éclairants dans une situation inédite, à quels repères se raccrocher ? Grandeur et décadence, on en vient à scruter le moral des uns et des autres, et à accorder à ces indices une valeur surprenante. Il faut bien se fier à quelque chose !

Les enquêtes n’ont pas manqué tout récemment, pour s’en tenir à l’Europe. Le moral des consommateurs allemands a été mesuré par l’institut GfK, qui en a rendu compte le 25 septembre, laissant apparaitre des signes de son amélioration. Non sans contradiction avec d’autres données, car un recul de leur attentes en terme de revenu étant en même temps enregistré. Tout est affaire d’interprétation. Quand ce n’est pas le moral des consommateurs, c’est celui des entrepreneurs qui est scruté ! Toujours en Allemagne, il a faiblement progressé en septembre mais est toujours au beau fixe, signe que l’économie reste sur de bon rails, nous apprend l’indice Ifo. Et il est ajouté qu’il n’a toutefois atteint que 107,7 points, alors que les attentes du consensus d’économistes réunis par Dow Jones prévoyaient 108. De quoi alimenter les chroniques.

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