Tous les articles par Paul Jorion

L’actualité de la crise : L’Europe rattrapée, par François Leclerc

Billet invité.

L’EUROPE RATTRAPEE

Le FMI, qui était entouré de toute la considération voulue tant qu’il intervenait à propos de pays lointains, en Asie ou en Amérique Latine, va finir par agacer sérieusement les puissances occidentales. Il vient de lancer un nouveau pavé dans la mare, jouant en cela le rôle que lui a attribué le dernier G20. Après avoir rendu publiques des estimations impressionnantes des dépréciations et des recapitalisations encore nécessaires dans les systèmes financiers américains et européens, en totale contradiction avec ce que les autorités de ces pays veulent bien reconnaître, pour ne pas parler des banques de leurs pays, qui se font encore plus tirer l’oreille, le FMI vient en effet d’allumer la mèche d’un nouveau pétard.

En Europe, « les pouvoirs publics doivent (…) soumettre les institutions financières à des tests de résistance réguliers et les forcer à reconnaître leurs pertes et à se recapitaliser le cas échéant », a déclaré mardi à Paris Marek Belka, directeur du département Europe du FMI, appelant à un « nettoyage de printemps urgent et minutieux ».

Analysant les conditions devant être remplies pour qu’une relance puisse intervenir, il a considéré en premier lieu nécessaire « la poursuite des apports » permettant de desserrer le crédit (les liquidités déversées par la BCE), la reconnaissance « crédible » des pertes du système financier et la recapitalisation des institutions financières, avec soutien public si nécessaire. « La politique budgétaire doit continuer à soutenir la demande », a également déclaré Marek Belka, souhaitant une « action concertée » européenne et pas seulement « au niveau national ». Il a enfin estimé que les actions « non-conventionnelles » (les mesures financées par la création monétaire) devenaient « plus essentielles ».

Il n’est pas certain que ces déclarations aient été du goût du président de la BCE, Jean-Claude Trichet, qui, tout à sa langue de bois habituelle, avait déclaré lundi : « Nous nous approchons, en ce qui concerne la croissance, d’un point d’inflexion (…) nous observons un ralentissement de la baisse du PIB », ajoutant que « la situation sur les marchés s’est considérablement améliorée (…) depuis septembre 2008 », reconnaissant toutefois que les marchés financiers étaient toujours soumis à la « correction d’un certain nombre de déséquilibres ».

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La dimensionnalité de la monnaie (Introduction)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’ai connu l’« apologue de la Dame de Condé » à partir d’un commentaire de La monnaie, c’est de la sueur (et du soleil) condensés, posté par A-J Holbecq le 16 juin 2008. J’ignore où lui-même l’a trouvé (il nous le précisera sans doute). Je le reprends car j’y vois une excellente introduction à un nouvel éclairage qu’il me semble essentiel d’introduire quand il s’agit de la monnaie : celle qu’essaie de capturer maladroitement la notion d’agrégat monétaire M1, M2, M3. Je commence donc par rappeler cet apologue en recopiant ce qu’A-J Holbecq nous en dit, y compris son commentaire quant à la morale de l’histoire.

Nous sommes à Condé-sur-Gartempe. Son hôtel de la Gare est réputé pour ses ortolans et sa discrétion…! Un vendredi après-midi débarque une jeune femme, d’apparence convenable, bien qu’un peu trop fardée. Elle réserve une chambre pour la nuit et, comme elle n’a pas de bagage, elle laisse en acompte un billet de 100 euros, tout neuf. Puis elle s’en va visiter la vieille ville. Le pâtissier qui a vu la scène dit au patron : « Ça fait six semaines que vous me devez 100 euros pour la pièce montée que j’ai livrée à l’occasion de la communion de votre fille. » Le patron lui donne le billet de bonne grâce. Comme cette scène a été vue par d’autres, elle se reproduit cinq nouvelles fois, car le pâtissier devait aussi 100 euros au minotier… qui en devait autant au garagiste… lui-même débiteur de cette somme au boucher… qui avait à régler 100 euros au représentant de la maison Erlida… lequel devait à son tour acquitter sa chambre à l’hôtel de la Gare pour 100 euros. Il redonne donc le billet au patron de l’hôtel. Notre Dame revient de promenade. Elle annonce, qu’ayant fait une rencontre, elle annule sa réservation. Ce qui arrange bien l’hôtelier qui, entre temps, a eu une demande d’un de ses vieux clients. L’hôtelier lui rend donc son billet qu’elle brûle aussitôt. « Il était faux », dit-elle en souriant.

Moralité de cette histoire :

– Le PIB du village a augmenté puisque les commerçants, ayant été payés, ont pu inclure leurs ventes dans leur comptabilité…

– Ce faux billet a été capable de catalyser autant d’échanges parce qu’un billet est de la monnaie fiduciaire (du latin fiducia : confiance). C’est exclusivement une « valeur de confiance » entre les membres d’une communauté. Dans un autre pays il n’aurait pas été accepté. Un billet faux perd « sa valeur » seulement au moment où il se révèle faux et n’est plus accepté par celui qui le reçoit. C’est celui qui le détient en dernier qui assume la perte. Dans cette histoire il n’y a pas eu de perte sauf pour la Dame de Condé qui savait de toute façon qu’il était faux.

– La Dame de Condé, en réservant sa chambre, a accru de 100 euros la masse monétaire du village, ce qui a permis à six personnes d’éteindre réciproquement leur dette pour un montant total de 600 euros. La « qualité » de la monnaie utilisée, bonne ou mauvaise, est indifférente, mais la quantité de monnaie en circulation dans une zone est importante.

Dans son commentaire, A-J Holbecq écrit à juste titre que « La « qualité » de la monnaie utilisée, bonne ou mauvaise, est indifférente » à la morale de l’histoire, ce qui est vrai et fait aussi qu’on se demande pourquoi celui qui l’a inventée a tenu à ajouter ce détail sans réelle pertinence. Il a dû se dire, je suppose, que la bizarrerie de l’effacement en moins de temps qu’il ne faut pour le dire d’un montant si élevé de dettes au sein d’une petite communauté à l’aide d’un seul billet de 100 €, apparaîtrait encore plus étonnant si ce billet s’avérait a posteriori avoir été faux et donc n’ayant en réalité rien valu du tout. Il y a là un raccourci certainement excusable mais inacceptable : un faux billet cesse de valoir quoi que ce soit aussitôt qu’il a été reconnu comme tel, ce qui interrompt sa circulation, mais tant que sa « dénonciation » n’a pas eu lieu, rien ne le distingue d’un vrai billet et il lui est strictement équivalent. Quand la Dame de Condé révèle que le billet de 100 € était contrefait et le brûle pour convaincre un public sans doute encore incrédule qu’elle ne ment pas, l’affaire est en fait déjà réglée : il lui a permis de réserver une chambre d’hôtel pour se dédire ensuite – usage on ne peut plus utile d’un billet de banque ! On pourrait alors s’interroger : pourquoi n’a-t-elle pas continué à l’investir dans des activités encore plus profitables ?

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Le Monde Economie, lundi-mardi 11 – 12 mai

Dans L’opacité financière aux commandes, je reviens, à l’intention des lecteurs du quotidien, sur le thème que j’avais évoqué ici dans L’omerta, mettant en garde contre ce que les Anglo-Saxons appellent « double-dip » : une récession suivie de rechute. Je vais plus loin en annonçant que le maquillage et les atermoiements dans la recherche de solutions condamnent le système alors qu’une prise de conscience réaliste de la gravité de la situation aurait sans doute permis de le sauver (passage de la posture C à la posture D dans la typologie de Jean Maxence Granier).

En 2007, durant les premiers mois de la crise, le message du secteur bancaire était le suivant : « La solution ne viendra pas de davantage de régulation, mais de davantage de transparence ! » Le principe sous-jacent était d’améliorer le contrôle que le fonctionnement spontané du marché permet, du moment que l’information nécessaire restait accessible.

Que constatons-nous en 2009 ? La régulation n’a pas fait sa réapparition, pour une raison excellente : elle n’avait point disparu, mais avait été délibérément mise en veilleuse. Pour ce qui est de la transparence, le peu qui existait il y a deux ans… a depuis disparu corps et biens. Comment expliquer ce paradoxe ?

Les autorités n’ont pas été passives : elles ont combattu activement… toute tentative d’établir une plus grande transparence. On se souvient du refus opposé par la Réserve fédérale américaine quand on lui a demandé de révéler l’identité des bénéficiaires de sa manne. La raison invoquée était qu’une telle information minerait la confiance en ceux-ci. On se souvient aussi de l’enthousiasme des banques centrales en faveur des mesures suspendant la cotation au « prix du marché » des produits financiers, pour retourner au « prix théorique » – le « prix mythique », selon l’expression de Warren Buffett -, dorénavant promu comme évaluation « plus raisonnable » en période de crise.

En principe, la transparence assure la confiance : si l’on connaît la situation financière de ses contreparties, on apprécie le risque qu’implique le fait de traiter avec elles. A moins, bien sûr, que l’information disponible ne révèle leur insolvabilité. Ce dernier point explique l’acharnement des autorités contre toute tentative de transparence, qui aurait révélé l’insolvabilité généralisée des établissements. Il fallait donc la combattre.

L’opacité désormais aux commandes, la confiance a disparu. Comment espérer, dans ces conditions, une reprise des affaires ? Il existe heureusement une alternative à la confiance, et son nom est « solidarité ».

Quand les conditions normales prévalent sur les marchés, des mesures de maintien de la concurrence suffisent à assurer le bon ordre. Mais en cas d’insolvabilité généralisée, une autre logique prend le dessus pour une tâche plus essentielle et plus urgente : le maintien en vie, non pas des entreprisesindividuelles, mais du système dans son entier. Les autorités demandent alors à chaque entreprise de « faire semblant » que toutes les autres sont solvables, et cela jusqu’à nouvel ordre. La solidarité a un autre avantage sur la transparence : elle rend moins pressant le retour de la régulation.

L’économie peut-elle fonctionner sur cette base ? Probablement, tant que le péril de la situation présente est visible aux yeux de tous. Mais dès que les affaires feront mine de reprendre, les tendances naturelles du système de marché reprendront le dessus, et la solidarité s’évanouira.

Toutefois, dans un contexte où le maquillage des résultats financiers aura été toléré, la confiance ne pourra pas se rétablir. Il ne restera qu’un environnement – on ne parlera même plus d’un « système » – au sein duquel la régulation n’aura pas été rétablie et dont la transparence aura disparu, prohibant tout retour de la confiance. Il apparaîtra alors en pleine lumière que tous ces atermoiements, loin d’avoir offert une occasion au système ancien de se refaire une santé, l’auront en réalité définitivement condamné.

Paul Jorion, économiste et anthropologue

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L’actualité de la crise : On n’a pas encore tout vu, par François Leclerc

Billet invité.

ON N’A PAS ENCORE TOUT VU

Certaines réactions aux récents épisodes de la crise actuelle, s’appuyant sur la conviction que l’oligarchie financière est décidée à tout pour conserver son pouvoir, prennent pour acquis que celle-ci a déjà gagné, et qu’elle va pouvoir recommencer ses affaires comme avant. Que nous sommes condamnés à apurer son passif, puis à en faire à nouveau les frais. En d’autres termes, que le pire nous est garanti.

Certes, il n’est pas impossible que cela se termine ainsi, mais n’est-il pas un peu prématuré de le décréter déjà, comme si la boucle était déjà bouclée ? L’histoire n’est pas finie, on n’a pas encore tout vu.

L’embellie boursière que l’on enregistre actuellement, une sorte de feu de paille, n’est pas destinée à durer et ne durera pas. Elle prépare même des lendemains qui déchantent pour ceux qui ne se retireront du jeu pas à temps. Les discours sur les signes incontestables de la reprise à venir vont quant à eux s’user, à force d’être prononcés sans que celle-ci n’intervienne. Une inflexion est déjà perceptible dans les discours, mettant l’accent sur la longueur de la crise. Enfin, et surtout, les actifs toxiques ne vont pas comme par enchantement prendre des couleurs, libérant d’autant les banques, hôtes de ces encombrants invités.

Tout au contraire, le poids de la crise économique va peser plus encore sur les établissements financiers. Les banques vont-elles pouvoir continuer à surfer sur la crise, seules en bonne santé dans un environnement de malades, en s’alimentant uniquement sur des dépouilles ? Les actifs toxiques vont continuer de paralyser le système bancaire, les banques centrales les tenant toujours à bout de bras, mais pouvant un jour devoir se retourner vers les Etats, afin de soulager leurs bilans déséquilibrés par des contreparties qu’elles acceptent sans sourciller, de plus en plus douteuses. Les banques centrales, dont la BCE désormais, vont continuer de battre monnaie, se substituant de plus en plus largement au système bancaire afin de tenter de soutenir l’économie. Des recapitalisations bancaires seront à nouveau nécessaires, ainsi que l’adoption de nouvelles mesures de soutien et de relance, accroissant les déficits des Etats et leur dette, amenés à la financer, ou la refinancer, à des taux de plus en plus élevés. Le FMI et ses collègues institutionnels vont être de plus en plus sollicités par certains Etats au bord de la banqueroute, et il faudra leur trouver de nouveaux relais de financement pour y faire face.

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Aussi grave que prévu

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’écrivais le 1er avril dans La situation économique continue de se dégrader aux États–Unis,

J’ai eu le sentiment samedi dernier sur BFM, dans USA Hebdo, qu’on m’encourageait fermement à rejoindre le chœur des optimistes. J’ai répondu que pour que la situation s’améliore aux États–Unis, il faudrait d’abord que le nombre de chômeurs supplémentaires cesse de dépasser le demi-million mensuel, comme il l’a fait ces trois derniers mois. Il faudra donc encore attendre au moins un mois avant de se réjouir puisqu’on annonce aujourd’hui que 742.000 emplois auront été perdus en mars dans le secteur privé.

On ne se réjouira pas encore ce mois-ci puisque 539.000 emplois furent perdus en avril, chiffre qui se serait monté à 605.000 si le gouvernement américain n’avait pas enrôlé durant le mois 66.000 contractuels en prévision du recensement de 2010. Le scénario catastrophe était que le taux de chômage atteigne les 9 % vers la fin de l’été, or les 9 % auront donc été atteints en avril.

Pendant ce temps-là le nombre des Américains toujours employés bien qu’ayant atteint l’âge de la retraite continue de croître, pour atteindre pour la première fois les 16,9 %. La raison en est simple : la retraite par répartition se monte à peu de choses aux États–Unis et les fonds de pension des entreprises ont progressivement été remplacés au cours des années 1990 par la retraite par capitalisation du type 401(k) ou IRA, formules largement laissées à l’initiative du cotisant. Constituées essentiellement d’actions des firmes qui emploient les futurs retraités, ces plans ont fondu comme neige au soleil avec la dégringolade de la bourse au cours des années récentes. Les petits malins qui avaient choisi de plutôt placer leurs économies dans la pierre, confiants dans la loi coulée dans l’airain que « le prix de l’immobilier ne baisse jamais », ne sont bien entendu pas mieux lotis aujourd’hui.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : Des stress tests bien tranquilles, par François Leclerc

Billet invité.

DES STRESS TESTS BIEN TRANQUILLES

Où va parfois se nicher la confiance ? Dix des principales institutions financières américaines, sur les dix-neuf étudiées, sont sommées par le Trésor US de se recapitaliser à hauteur de presque 75 milliards de dollars dans les six mois qui viennent, sous peine que l’Etat ne le fasse à leur place, et voilà que les financières (les valeurs boursières des sociétés financières) s’envolent à Wall Street et que les émissions obligataires des banques déclarées dans le besoin s’arrachent comme des petits pains.

On se demande bien pourquoi. Est-ce pour les aider à éviter à tout prix la poursuite d’une nationalisation rampante et inavouée du système bancaire américain, déjà bien engagée, puis de leur permettre, au contraire, de rembourser au plus vite cet argent gouvernemental qui semble brûler leurs salles des coffres ? Ne serait-ce pas, plutôt que d’invoquer ces nobles raisons idéologiques, à cause des affaires que ces mêmes banques annoncent, profitant des opportunités de la crise après l’avoir crée, afin d’en partager les bienfaits ? Se ruant sur le seul secteur de l’économie qui ne soit pas en crise, tout du moins officiellement ?

Car ce n’est tout de même pas pour saluer les chiffres américains du chômage, qui continue de se développer à vive allure, même si certains commentaires mettent en exergue qu’il chute moins vite qu’avant pour annoncer que cela va mieux. En avril, 539.000 emplois ont été « perdus », le taux de chômage a grimpé à 8,9%. La décélération de la chute de l’emploi doit être très relativisée, si l’on prend en compte que 72.000 emplois ont été crées en avril par l’Etat, en contrepartie de la destruction de 611.000 emplois par le privé. Ni pour se féliciter des 4,5 milliards de dollars que l’assureur AIG vient encore d’annoncer avoir perdu au 1er trimestre. Ou bien des 23,2 milliards que Fannie Mae, l’organisme américain de titrisation hypothécaire, a lui aussi perdu durant la même période. Une amélioration encourageante, elle aussi, car il en avait perdu 25,2 milliards trois mois plus tôt. Ni, enfin, à cause de la chute du crédit à la consommation, qui s’accentue, son encours reculant de 5,2% en rythme annuel par rapport à février, selon les chiffres corrigés des variations saisonnières de la Fed. Il a chuté de 11,1 milliards de dollars en mars par rapport au mois précédent, un record dans des annales établies depuis 1943. La consommation des ménages, largement financée par le crédit à la consommation, est le principal moteur de la croissance américaine.

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L’actualité de la crise : Salades financières de saison, par François Leclerc

Billet invité.

SALADES FINANCIERES DE SAISON

Dans toutes les nouvelles qui sont intervenues ces tous derniers jours, quelle pourrait être est la plus marquante ? Toutes concourent à décrire une situation qui continue d’être marquée par une forte incertitude à propos de ce que réserve l’avenir, proche et lointain. Mais quelle est celle qui émerge du lot ?

Faut-il mettre en exergue le fait que la BCE, déjouant les pronostics, se lance finalement à son tour et sans plus tarder dans l’achat d’obligations dites « sécurisées », pour 60 milliards d’euros, et rejoint ainsi ses camarades britannique et américaine dans la mise en œuvre de mesures « non conventionnelles » ? Que l’Etat allemand ne parvient pas à racheter les actions de la banque HRE, afin de la prendre sous contrôle majoritaire d’abord, puis de la sauver en la recapitalisant, une fois celle-ci nationalisée, faisant tout ce qui est possible afin de ne pas devoir se résoudre\ à une abominable expropriation ? Que les syndicats ouvriers sont devenus les premiers actionnaires de Chrysler et que General Motors sera détenu à plus de 50% par le Trésor US (89% du capital avec les syndicats), dans le cas très possible d’un dépôt de bilan ? Que Lula, le président brésilien qui va à Pékin prochainement, annonce qu’il va y proposer que les échanges commerciaux avec la Chine se fassent désormais dans la monnaie de l’un ou de l’autre pays, excluant le dollar ?

Ou bien que la Société Générale annonce par surprise des pertes au 1er trimestre (et l’emprunt de 1,7 milliards d’euros à l’Etat), tandis que la BNP Paribas déclare au contraire des bénéfices (cherchez l’erreur) ? Les commentateurs s’interrogent sur la suite, en ce qui concerne la Société Générale, qui pourrait bien devenir, après Natixis, le second grand malade bancaire français. Que le réassureur Swiss Ré parvient également à présenter des comptes bénéficiaires, que certains analystes jugent publiquement « surprenants », ce qui n’est pas dans les habitudes de la profession ? Ou encore que Jean-Claude Juncker, le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, déclare, lui aussi de manière inhabituelle: « Nous allons vers une crise sociale », ajoutant pour bien se faire comprendre : « la crise jette dans le désespoir des millions d’Européens, il ne faut pas sous-estimer le caractère explosif de cette recrudescence du chômage » ?

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;-)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La négation exige de notre interlocuteur un certain travail : nous lui demandons de se représenter une chose mais comme son contraire. Qu’il y ait là un travail se ressent encore davantage avec la double négation qui finit par rétablir le sens premier : « Vous n’êtes pas sans savoir ». L’affect associé au travail des deux opérations s’annulant nous fait comprendre que notre attention est attirée sur le point mentionné avec une certaine insistance. À l’un d’entre vous m’accusant de duplicité (de dire une chose pour faire croire son contraire), j’avais acquiescé mais à l’aide d’une quadruple négation dont je savais pertinemment qu’elle serait quasi-impossible à débrouiller.

L’ironie dit une chose pour signifier son contraire. En raison-même du travail exigé de l’interlocuteur, elle n’est pas toujours comprise, elle peut-être même déjouée par celui qui feint ne pas la noter, elle « tombe alors à plat » comme l’on dit.

C’est par la mimique que nous faisons entendre dans l’ironie qu’il faut comprendre le contraire de ce qui est dit littéralement : par le « sourire ironique » ou le clin d’œil. L’anglais, qui aime jouer sur le mi-dire, connaît le « tongue in cheek » : la langue créant une protubérance dans la joue, pour dire : « A prendre avec un grain de sel ! »

L’ironie avait donc vécu jusqu’ici sous le menace de tomber à plat mais sa fragilité est désormais une chose du passé grâce à l’émotikon (émotika au pluriel ?) qui nous a offert, entre autres innovations, le point d’ironie : [ ;-)]

J’avais écrit il y a quelques temps un billet intitulé : « La situation s’améliore aux États–Unis ! » et grand fut mon désappointement quand je découvris un commentateur m’affirmant que, sur la foi des informations que j’apportais, les choses n’allaient pas aussi bien que je l’affirmais par mon titre. Du coup, j’appelai mon message suivant sur le même thème : « La reprise aux États–Unis (non, je plaisante) » pour éviter tout malentendu. Réflexion faite, j’aurais tout aussi bien pu appeler mon billet initial « La situation s’améliore aux États–Unis ! 😉 » pour éviter tout malentendu et tout désappointement éventuel pour moi.

Fort de la leçon durement apprise, je recours désormais à la nouvelle pratique sans risque :

@ septique

« ce que j’essaie d’accomplir pour la monnaie est du même ordre que ce que Freud réalisa pour la psychologie. »

Pas prétentieux, non…

J’avais d’abord pensé à César passant le Rubicon ou Napoléon au soir d’Austerlitz, puis à Einstein recourant à un espace de Minkowski, mais comme ça n’avait aucun rapport avec ce que je disais, je me suis rabattu sur Freud… 😉

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Un outil analytique pour la monnaie

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je ne suis pas intervenu récemment dans les discussions des billets que j’ai consacrés à la monnaie. La raison n’en est pas un manque d’intérêt mais plutôt un intérêt accru : j’ai en effet consacré un effort soutenu à développer un outil analytique pour en parler mieux.

J’ignore encore comment vous parler systématiquement de cet outil, en feuilleton ou à l’aide d’un billet beaucoup plus long qu’à l’accoutumée. Je prendrai une décision à ce sujet dans les jours qui viennent. En attendant, je vais vous décrire rapidement le projet. Pour établir un parallèle et bien que ce parallèle ne me soit venu à l’esprit qu’une fois l’entreprise pratiquement achevée, ce que j’essaie d’accomplir pour la monnaie est du même ordre que ce que Freud réalisa pour la psychologie.

Avant Freud – et encore aujourd’hui pour cette partie de la psychologie qui ignore l’apport psychanalytique – on se penchait sans problème sur la psyché humaine en utilisant à son propos le vocabulaire de la langue de tous les jours : les mots qu’elle a spontanément inventé pour en parler. On peut ainsi parler de « croyance » ou d’« intention » et considérer qu’il s’agit de causes réelles de nos comportements. Freud considéra des mots comme ceux-là comme relevant d’une « psychologie populaire », et inutilisables en tant que tels. Qu’est-ce qu’une croyance s’interrogea-t-il ? Une disposition à agir de telle ou telle manière dans certaines circonstances. Qu’est-ce qu’une intention ? Une représentation au moment Ti d’un résultat obtenu au moment Ti+n. Et ainsi de suite. Bien sûr, il ne s’agit pas là d’un simple changement de vocabulaire parce qu’une fois l’analyse achevée, c’est un tout autre modèle de la psyché humaine qui en aura émergé.

C’est quelque chose du même ordre que je tente d’accomplir pour la monnaie. Comme je l’ai dit, je ne présenterai pas ici un résultat final mais juste un échantillon de mon nouvel outil pour vous faire comprendre le sens du projet.

Je distingue d’abord différents types de transactions, dont certaines sont des combinaisons d’autres. Une transaction est une transition au moment Ti entre deux états. Ainsi dans le don, le don lui-même est la transition entre un état où un agent X possède un objet a et un autre agent Y ne le possède pas et un nouvel état où la situation est inversée : X a été dépossédé de a que Y possède désormais. J’appelle les objets tels « a », des marchandises.

L’une des marchandises possibles est l’argent : c’est la seule marchandise n’ayant pas d’autre fonction que d’être échangée. Le troc est un double don simultané. Si l’une des marchandises impliquées dans un troc est de l’argent, on parlera d’achat-vente. Un prêt est une double transaction : au temps Ti une marchandise passe de X à Y, tandis qu’au temps Ti+n, elle repasse de Y à X.

Une reconnaissance de dette est la trace d’un prêt : elle mentionne une transaction passée (au temps Ti) et une transaction à venir (au temps Ti+n) : la restitution. Si une reconnaissance de dette implique de l’argent, elle mentionnera le plus souvent trois transactions, dont deux à venir, la seconde à venir étant celle d’un « cadeau » – les intérêts – dont le montant est proportionnel à l’intervalle de temps Ti+n – Ti. On comprend que je parcours ici à toute allure ce qui exige de beaucoup plus vastes développements.

Une fois parvenu à ce niveau, la combinatoire commence à donner le vertige, le point d’articulation d’un tout nouveau niveau de complexité découle de la titrisation , c’est-à-dire l’émission de titres : à savoir la transformation d’une reconnaissance de dette (trace de transactions à venir) en marchandise. Il suffit pour cela d’assurer la transférabilité d’une reconnaissance de dette : les deux transactions que sont la restitution et le versement d’intérêts seront toujours à la charge de Y mais le « X » sera devenu « flottant », au bénéficiaire initial X sera substituable un nouveau bénéficiaire Z.

Je ne vous en dis pas plus pour le moment. Juste quelques observations : on aura déjà compris que si l’on appelle « monnaie » tout ce que j’ai mentionné plus haut, la confusion sera totale. On aura aussi compris intuitivement ce que représentent les « masses monétaires », les agrégats M1, M2, M3 : ils représentent l’addition des montants associés aux reconnaissances de dette et aux titres, chacun représentant des traces de transactions ou de combinaisons de transactions à venir. Dire cela des masses monétaires, c’est indiquer suffisamment que le seul intérêt qu’elles présentent est de constituer un baromètre : plus le volume de M2 est grand par rapport à celui de M1 et plus celui de M3 est grand par rapport à celui de M2, plus le système financier est dégradé parce que plus sa fragilité est grande, chacune des transactions à venir qui constituent cet immense édifice courant un risque de ne jamais se réaliser.

Voilà : j’espère vous avoir mis en appétit. J’ai bon espoir personnellement que cet outil analytique pour la monnaie nous permettra rapidement d’y voir beaucoup plus clair.

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L’omerta

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Vous souvenez-vous de ce que disaient les banquiers au début de la crise ? Craignant un retour de balancier trop marqué en faveur de la régulation, ils disaient : « Ce qui est nécessaire, ce n’est pas de la régulation : c’est de la transparence ! ». L’idée était bien dans la ligne de la philosophie des marchés autorégulés : s’ils ne fonctionnent pas à la perfection, c’est que le niveau d’information est encore insuffisant, le contrôle qui leur est nécessaire n’est pas celui que procurent des règlements mais celui qu’offre la transparence.

On sait ce qu’il en est advenu : la première victime de la prise en main par les États, ce fut précisément la transparence. L’agence de presse Bloomberg réclama vainement la liste des établissements financiers américains bénéficiaires du TARP, les fonds d’urgence offerts par la Fed dans son rôle de dernier recours en matière de fonds. L’occasion nous a été offerte plus récemment d’assister à la course engagée par les autorités américaines et européennes rivalisant à qui exercerait le plus de pression sur les agences en charge des règles comptables pour qu’elles abandonnent la « cote-au-marché » – le prix marchand – quand il s’agit de produits financiers, la remplaçant par la « cote-au-modèle », plus connue désormais sous le nom que Warren Buffett lui a attribuée de « cote-au-mythe ».

Pourquoi la transparence fut-elle sacrifiée aussi allègrement malgré son caractère réputé indispensable ? Parce qu’elle aurait révélé que dans un bel ensemble, les établissements financiers étaient insolvables. Et cela, il fallait le taire : cela coûtait déjà bien cher assez de les dire à moitié insolvables seulement.

L’argument-massue en faveur de la transparence était, on s’en souvient, que sans elle, la confiance ne pourrait pas revenir et qu’en l’absence de la confiance, les marchés ne retrouveraient jamais une santé. Or la transparence fut passée à la trappe et l’on nous annonce néanmoins que les choses vont déjà beaucoup mieux. Comment cela est-il possible ?

Parce qu’il existait en fait une alternative à la confiance dont personne ne parlait jamais puisqu’on pouvait s’en passer : l’omerta. L’omerta, c’est la loi du silence, mais dire cela, c’est l’éclairer d’un jour négatif, vue de manière plus positive, l’omerta, c’est la solidarité. Et c’est bien elle qui s’est substituée à la confiance. Les autorités ont convié tout le monde et leur ont dit : « Maintenant chacun fait comme si tous les autres étaient solvables et tout ira beaucoup mieux ».

Et c’est bien ainsi que les choses se passèrent. Il y a en effet des moments où il faut faire taire les petites querelles et penser à l’intérêt général : il ne suffit pas que les équipes s’affrontent, il faut encore que le terrain soit praticable et quand cette dernière condition n’est plus remplie, tous doivent se mobiliser pour le remettre en état.

Seulement, la loi des marchés, c’est plutôt la concurrence et la solidarité leur va comme un coup de poing dans la figure. À quoi faut-il alors s’attendre ? Aussitôt que les affaires auront l’air de s’arranger, la solidarité sera passée aux profits et pertes. Seulement la transparence, sacrifiée aujourd’hui d’un cœur si léger, ne reviendra pas d’elle-même et la confiance qui est sa fille aînée, pas non plus. Sans transparence, sans confiance, sans régulation non plus (qui en parle encore ?), les marchés financiers ayant perdu à jamais toute prétention à être qualifiés de « système », s’effondreront une fois pour toutes. Les atermoiements qui visaient à leur permettre de se refaire une santé se révéleront pour ce qu’ils auront véritablement été : un moyen plus sûr de creuser leur tombe.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : Les États, derniers recours des banques centrales, par François Leclerc

Billet invité.

LES ETATS, DERNIERS RECOURS DES BANQUES CENTRALES

Parfois, je me demande si, emporté par mon élan, je ne noircis pas un peu trop mes tableaux de l’actualité. Si je ne retiens pas dans celle-ci que ce qui apporte de l’eau sombre à mon moulin, en écartant le reste. A force de ne jamais a priori prendre les discours pour argent comptant, surtout quand ils sont prononcés par des politiques, et pas davantage les communiqués des entreprises, surtout lorsqu’il s’agit de ceux d’établissements financiers, il y a toujours le risque de substituer à ces repères défaillants des certitudes qui, pour être intellectuellement confortables, n’en risqueraient pas moins de s’avérer fausses. Sans se référer en permanence aux faits.

Au fil du temps, j’ai trouvé un remède à cela, car ces faits sont souvent insaisissables, ou en tout cas difficilement interprétables. Je me précipite vers les pages saumon du Financial Times, et en particulier vers les colonnes de ses éditorialistes et commentateurs. J’y recherche des confirmations, et je les y trouve presque à tous les coups. Je n’aurais jamais cru, si on me l’avait prédit, que la lecture du FT serait pour moi comme une sorte de soulagement et d’encouragement à persévérer.

Vous connaissez déjà Martin Wolf, ou bien Willem Buiter qui, semaine après semaine ne s’en laissent pas compter (sans qu’il soit nécessaire de partager toutes leurs vues), mais lisez-vous Wolfgang Munchau, qui tient également une colonne dans le FT ? Dans son dernier article, daté du 3 mai et titré « L’Europe doit apprendre les leçons de l’expérience japonaise », il prédit qu’une décennie sera nécessaire en Europe, au moins, pour sortir de cette crise. Il s’appuie notamment sur les révélations du Süddeutsche Zeitung, publiant le chiffrage du BAFIN, le régulateur allemand, précédemment évoqué. Ce dernier met en évidence que le montant estimé des dépréciations qui devraient intervenir dans le système financier allemand est de loin supérieur à la somme de sa capitalisation globale et de ses réserves. En d’autres termes, le système financier allemand est tout simplement cassé (broken), si ces chiffres sont exacts.

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L’actualité de la crise : Les zombies sont au pouvoir, par François Leclerc

Billet invité.

LES ZOMBIES SONT AU POUVOIR

A force de suivre les épisodes à rebondissement de l’actualité financière américaine, au prétexte que là se trouve l’épicentre de la crise (avec son corollaire, qu’il en viendra sa solution), il ne faudrait pas négliger celle qui court en Europe, même si elle n’est pas toujours aussi flamboyante. Le FMI a sonné il y a quelques jours le tocsin (le mot n’est pas trop fort), devant ce qui la menace, estimant que le vieux continent était très loin d’avoir accompli tous ses efforts d’assainissement, qui restaient donc devant lui. Dans son dernier « Rapport sur la stabilité financière dans le monde », il a estimé qu’il faudra encore injecter entre 325 milliards et 725 milliards de dollars dans le capital des banques de la zone euro (hors Grande-Bretagne donc) pour les sauver.

Il semble désormais acquis que le système financier américain est, dans son entièreté, dans un état de très fort délabrement. De plus en plus difficile à dissimuler, en dépit de la récente petite embellie boursière dont il a bénéficié à Wall Street, qui ne signifiait pas que les banques ont recouvert la santé, comme on a voulu y croire. A la veille de la publication des « stress tests » du Trésor US, déjà qualifiés de « danse des sept voiles » par des esprits facétieux, il n’en reste pas grand chose. Chaque échéance renvoie à la suivante, c’est pour l’instant du moins sans fin. Cela signifie-t-il pour autant que l’Europe n’est que marginalement touchée ?

Des banques anglaises et allemandes, néerlandaises et belges, puis suisses (j’espère n’avoir oublié personne), ont les unes après les autres défrayé la chronique ces dernières semaines. Dans cette actualité-là, il pouvait à tort sembler qu’aucun système financier national n’était atteint dans son entier, comme aux USA. L’accent des gouvernants était mis sur la solidité de leurs banques, sans que des informations ne viennent contredire leurs assertions. Des doutes s’exprimaient tout au plus, isolés et minoritaires, des interrogations apparaissaient, réservées à des cénacles d’initiés.

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Les lieux de mémoire

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Ma fille me dit : « C’est ici que je viens surfer le samedi matin ». Je lui réponds : « C’est ici que les cendres de mon père furent dispersées », et je lui apprends ainsi une chose qu’elle ignorait sur son grand-père. Irons-nous manger à midi dans la ville où l’un de mes fils est né ou dans celle où est née l’une de mes nièces ? Au carrefour, ma sœur au volant, hésite et je dis : « C’est à gauche : je connais bien ici ! » et c’est moi, l’exilé de douze ans qui demeure l’ultime référence géographique.

A Santa Monica, nous nous demandions le dimanche : irons-nous dans l’un de ces endroits que nous appelons « où nous ne sommes jamais allés », ou dans un autre « où nous sommes déjà allés », et dans ce cas-là « en quelle année », la référence la plus précise que nous puissions lui attribuer. Ici au contraire, tous les endroits sont « lieux de mémoire ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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