Archives de catégorie : Histoire

La « querelle » ou « controverse » de Valladolid (1550-1551)

Trouvera sa place dans le panorama de l’anthropologie que je rédige en ce moment. Comme il s’agit d’un sujet que je découvre et où je ne peux me prévaloir d’aucune expertise, ayez la gentillesse de me signaler les erreurs factuelles que je commettrais. Merci d’avance ! [Initialement publié le 23 juin 2021].

Ugo Bardi a eu l’amabilité de traduire ce texte en anglais, en russe et en italien.

En 1550 et 1551 se déroula dans la ville de Valladolid en Espagne, ce qui resterait dans l’histoire comme la « querelle » ou « controverse » portant le nom de cette ville de la province de Castille et Léon. 

De quoi s’agissait-il ? De la civilisation européenne chrétienne se conduisant en envahisseur sans scrupule sur un continent dont elle ne savait rien, au sein de populations dont elle ignorait jusque-là l’existence même, qu’elle découvrit alors en temps réel au fur et à mesure de sa progression sur le territoire du Nouveau Monde et de la dévastation qui accompagna cette avancée. 
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Le drôle de retour de l’individualisme (1988)

Le drôle de retour de l’individualisme

A paru dans Libération, le 21 mars 1988, en page 6

Il y a dix ans, dans un ouvrage intitulé The Origins of English Individualism (1978), Alan Macfarlane, historien britannique, apportait comme preuve d’une origine précoce à l’individualisme bien connu de ses concitoyens, la fréquence des ventes de terre entre paysans à la fin du Moyen Age. Pour lui ces nombreuses transactions reflétaient l’esprit indépendant d’un chef d’entreprise rural qui cessait alors d’être un paysan pour devenir historiquement un entrepreneur. Depuis, les travaux des collègues de Macfarlane (Hilton, Dyer, Razi, Smith) ont révélé que la cause principale de ces ventes répétées était la dépendance étroite existant entre la taille d’une ferme économiquement viable et la capacité de travail de l’équipe qui la fait produire, c’est-à-dire, essentiellement, la famille.

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Cambridge University V. Jack Goody (1919-2015)

Il y a six ans, à l’occasion du décès de Jack Goody, je publiais ici sur le blog une notice, que je commence par reproduire, avant de la compléter ensuite.

Jack Goody est mort. Il allait avoir 96 ans.

À Cambridge, mes relations avec Jack Goody, qui fut d’abord le directeur du département où j’étais étudiant thésard, ensuite mon patron durant les années où je fus enseignant, tournèrent sinon à la tragédie, du moins en tout cas, au drame. Rien n’y prédisposait. Il s’agit là d’une histoire triste, démontrant qu’il n’y a pas que les volontés des hommes et des femmes qui importent : les structures peuvent les broyer, ou pire encore, les monter les uns contre les autres.

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Vendre son poisson, à qui, et à quel prix ? (1982)

Vendre son poisson, à qui, et à quel prix ?
Souvenirs de la pêche à la sardine au Croisic (1911-1954)

Ce texte inédit reprend des entretiens à bâtons rompus que j'eus sur plusieurs semaines avec M. Jean-Marie Le Huédé en 1981 et 1982 à son domicile au Croisic (Loire-Atlantique). Il me confia ses carnets de pêche de 1923 à 1928, que je recopiai. Je revins alors le voir pour lui poser des questions spécifiques sur les informations qui s'y trouvaient.

Le 17 janvier 1911, Jean-Marie Le Huédé, dit P’tit Jean, dit Pironton, dit l’Amiral, prend son premier embarquement sur la Renée-Eugénie, une chaloupe creuse de 13 mètres appartenant à son père et mouillée au port du Croisic. Jean-Marie Le Huédé est natif de Batz et domicilié au bourg. Ses grands-pères des deux bords étaient sauniers, et lui-même se souvient de la voiture verte bâchée avec laquelle l’un d’eux allait porter à Rennes le sel du marais blanc. En 1911, il faut se lever à une heure le matin, et cheminer à pied de Batz au Croisic (4km), le père poussant une brouette chargée de filets francs, ses deux fils accrochés dans le noir à son manteau.

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« Albertine Hottin »

Ouvert aux commentaires.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi et qu’à la lecture de la manière dont la presse (écrite, télévisée, en ligne) rend compte de certains évènements d’actualité vous ayez le sentiment que l’histoire reviendra sur eux pour en dire des choses extrêmement différentes de ce que l’on en dit au moment même. Comme quand je vous dis parfois à  propos de certains faits divers des tribulations de Trump ; « Ça, on vous l’expliquera un jour comme ‘espionnage’. »

À moins bien sûr que Mme A* de T* et MM. P* P*, J* B* et L* A* ne nous expliquent rapidement de quoi  il s’agit vraiment.

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Le manuscrit Voynich – Mes 2 pence

Ouvert aux commentaires.

Le Monde, Les mystères persistants de l’indéchiffrable manuscrit Voynich, Scientifiques et amateurs prétendent régulièrement avoir percé le secret de ce texte du XVe siècle, sans titre ni auteur, aux illustrations intrigantes, le 25 mai 2019

Je viens de lire la longue notice Wikipedia sur ce manuscrit mystérieux. Je n’y ai pas trouvé l’hypothèse qui a ma préférence et que je vous livre comme mes 2 pence sur la question : il ne s’agit pas d’alchimie, d’astrologie, d’un livre crypté de Roger Bacon, de langue proto-romane, etc. mais de l’oeuvre de pure imagination (textes et illustrations) d’un ou d’une excentrique de talent (« art brut »).

Démonstration : il existe différents types de symétrie, de cycles, de structures fractales, dans la forme des plantes. On n’y trouve pas le type de configuration géométrique que l’on voit dans la forme des feuilles de l’illustration ici, empruntée au manuscrit.

P.S. Faisant preuve de beaucoup d’imagination et d’une admirable bonne volonté, Arthur O. Tucker & Jules Janick ont tenté dans leur article « Identification of Phytomorphs in the Voynich Codex » d’identifier les plantes représentées dans le manuscrit. Leurs identifications sont, comme vous pourrez le voir, plus ou moins convaincantes selon les cas (plutôt moins que plus). Vous remarquerez cependant que l’illustration ci-dessus est absente de leur article : pour elle, ils ont préféré prudemment s’abstenir.

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SAINTE-FOY-LA-GRANDE, PRIX « Les reclusiennes » POUR « L’ARGENT, MODE D’EMPLOI », JEUDI 5 JUILLET 2018 À 17H

Éisée Reclus (1830-1905) :

« La société des hommes est incapable à ce jour de comprendre ce qu’il est pourtant de mon devoir de faire savoir. »

« Quelle que soit la relative facilité d’allures que nous ont conquise notre intelligence et notre volonté propres, nous n’en restons pas moins des produits de la planète : attachés à sa surface comme d’imperceptibles animalcules, nous sommes emportés dans tous ses mouvements et nous dépendons de toutes ses lois » [L’homme et la Terre, t. II, 1905-06 : 622].

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Piqûre de rappel : DE NOUVEAUX RÉFÉRENTIELS ÉCONOMIQUES POUR LES POLITIQUES DE DEMAIN, le 5 février 2013

Voici l’allocution que j’ai prononcée ce matin [5 février 2013] au colloque qui se tenait aujourd’hui au ministère des finances français.

De nouveaux référentiels économiques pour les politiques de demain

Les questions qui restent à résoudre

La crise qui se déclencha en 2007 fêtera à la fin de ce mois, son sixième anniversaire. Malgré quelques rares périodes de répit, la dégradation du système financier, et de l’économie dans son sillage, s’est inexorablement poursuivie depuis.

Les questions sur lesquelles planche l’économie sociale et solidaire depuis le XIXe siècle sont au premier rang de celles qu’il conviendrait de résoudre. Ne nous défilons pas et interrogeons-nous sur où nous en sommes aujourd’hui dans leur solution.

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CHINE – En ce 11 novembre, jour du souvenir de la Grande Guerre, un « coquelicot » d’honneur pour les Chinois morts dans ce triste contexte, par DD & DH

Billet invité.

         L’Histoire à majuscule en a très peu gardé le souvenir, mais environ 140 000 Chinois ont eu un rôle dans les coulisses de cette Grande Boucherie. Aucun de ces Chinois misérables et analphabètes, embarqués sur la foi d’un contrat garantissant un salaire, n’a sans doute eu la moindre idée de l’endroit où on l’emmenait et bien sûr encore moins des atrocités dont il allait être l’auxiliaire et le témoin muet.

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