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Le « scandale » des banques qui créent de l’argent ?

J’avais promis d’y revenir.

Résumé des épisodes précédents.

Dans un premier temps, j’écris dans Le scandale des banques qui « créent » de l’argent : « … cette proposition est fausse : les banques commerciales ne créent pas d’argent ». De nombreuses réactions. Je suis désarçonné, par l’argumentation d’Armand en particulier :

« Si, Mr Jorion, les banques créent de la monnaie. C’est la monnaie scripturale (« ce qui est écrit ») qui n’existe que sous forme électronique, celle qui figure sur les relevés de compte de ses clients ».

Je lis tout ce que mes commentateurs écrivent sur le sujet et c’est beaucoup plus précis, beaucoup plus documenté, beaucoup mieux argumenté que ce que j’avais lu jusque–là. Je me dis : « Paulot mon vieux, apparemment tu t’es planté. Sois honnête, dis–le ! ».

Donc, deuxième temps : je poste Le scandale des banques qui créent – effectivement – de l’argent qui est essentiellement une citation d’Armand. J’ajoute : « Ce que je vous propose de faire, c’est de mettre en exergue le commentaire d’Armand puisqu’il est très complet, et qu’on redémarre à partir de là : s’il se trompe, dites-le nous, c’est de cette manière que progresse le savoir ».

Or, dans les jours qui suivent, seul JLM contredit, partiellement, Armand et de nombreuses contributions continuent d’arriver. Mais plus je les lis, plus je pense : « Ils ne disent rien d’autre que ce que je disais au départ : oui, les banques ne doivent pas conserver en réserve tout l’argent que les consommateurs déposent sur leur compte – sinon elles ne seraient pas des banques mais simplement des coffre–forts – oui ça permet que l’argent circule très vite. Non, ça ne veut pas dire que de l’argent soit créé ex nihilo ».

J’en étais arrivé là dans mes réflexions et j’écrivais le 9 février :

« … je ne regrette rien : la qualité du débat me récompense du risque pris ! Autre chose, mon opinion n’est toujours pas faite s’il s’agit ou non d’un « scandale ». Mon troisième papier – il y en aura un troisième, c’est certain – s’appellera peut–être « Le ‘scandale’ des banques qui créent de l’argent » ».

Il y a deux jours, le 14 février, Armand (qui n’avait pas arrêté entre–temps de contribuer brillamment au débat) poste un nouveau commentaire :

« On peut tout aussi bien effectivement considérer que le système bancaire ne crée pas d’argent – P. Jorion va ainsi pouvoir ouvrir une nouvelle file 🙂 : il promet seulement de le faire via les relevés bancaires portant « monnaie scripturale », c’est-à-dire en s’engageant à remettre, à vue, cette quantité de monnaie fiduciaire centrale « ayant cours légal ». Et il s’agit d’une promesse mensongère et intenable du fait du système des réserves fractionnaires, comme expliqué plus haut. On remarquera que même avec un ratio de réserves à 100% les banques seraient toujours en état permanent de faillite potentielle. En effet, « empruntant court pour prêter long », elles se trouveraient toujours en risque de devoir faire face à court terme à des obligations qu’elles ne peuvent assurer qu’à plus long terme ».

« On peut tout aussi bien effectivement considérer que le système bancaire ne crée pas d’argent ». J’interprète cela comme voulant dire que – réflexion faite – Paulot avait raison dès le départ. La conséquence en est que s’il y a toujours « scandale », le scandale n’est plus dans le fait que les banques créeraient de l’argent – ce qu’elles ne font pas : le scandale est dans le fait que tout le monde ne peut pas se présenter le même jour aux guichets pour retirer ses sous. Pourquoi les banques ne peuvent–elles pas rembourser tout le monde le même jour ? Parce que l’argent qu’on dépose sur son compte, elles le prêtent – à l’exception des « réserves fractionnaires » : les 8 %, etc., que les autorités de tutelle les forcent de garder en caisse pour répondre à la demande des consommateurs qui viendraient effectivement réclamer leurs sous dans la journée. De plus, comme Armand le rappelle, même si les réserves des banques étaient de 98 %, du fait qu’elles prêtent les 2 % qui restent à long terme et empruntant elles–mêmes à court terme, elles ne pourraient de toute manière pas rembourser tout le monde si tout le monde réclamait ses sous dans la même journée.

Le « scandale », si scandale il y a, n’est donc pas même dans le fait que l’argent circule vite, donnant l’illusion que les banques en créent à partir du vide : il est tout simplement dans le fait que, comme je le disais, les banques ne se contentent pas d’être des coffres–fort. Ce qui veut dire, à mon sens, qu’il n’y a pas de scandale du tout : les banques jouent le rôle précis pour lequel elles ont été créées et qui est de servir d’intermédiaires entre ceux qui n’ont pas un besoin immédiat de liquidités et qui peuvent donc déposer celles dont ils disposent sur un compte à vue ou épargner sur le plus long terme et ceux qui savent très bien ce qu’ils pourraient faire de cet argent et vont l’emprunter à la banque.

J’en reviens alors à la première phrase du scandale des banques qui « créent » de l’argent : « Comme on le sait lorsque l’on lit ici mes billets, je ne me prive pas de critiquer la finance quand cela me semble justifié. Cela ne signifie pas pour autant que je souscrive à toute critique exprimée vis–à–vis du système financier ».

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Le scandale des banques qui créent – effectivement – de l’argent

Je me suis rapidement rendu compte après avoir rédigé ce billet que quelque chose clochait dans l’argumentation qu’on m’opposait. Il reste là comme un témoignage qu’on peut me faire changer d’avis avec des arguments. Mais dans ce cas-ci, je n’aurais pas dû : qu’on lise la suite de mes billets sur ce sujet, qui débouchèrent sur L’argent, mode d’emploi (Fayard 2009).

Mea culpa ! Vous m’avez convaincu que je me suis trompé : si des intérêts sont bien perçus sur de sommes créées de manière ad hoc par les banques commerciales – même si celles–ci sont neutralisées ensuite – il y a bien création d’argent ex nihilo. Comme le dit alors très justement Armand dans son commentaire au billet précédent :

« A partir de la monnaie centrale qu’elles contrôlent (sous forme électronique à son compte à la Banque Centrale, ou en stock via les dépôts de ses clients) ces banques de premier niveau peuvent créer autant de monnaie bancaire que leur permet le « coefficient de réserves obligatoires » fixé par la BC. Ce coefficient dont “on” (= les médias) ne parle jamais est pourtant bien plus important que le taux d’escompte ou que ce fameux « taux monétaire » dont les mêmes “on” nous rebattent les oreilles (sans même préciser qu’il ne s’agit que d’un objectif que la BC va essayer d’imposer sur le marché monétaire de par ses interventions, mais qu’elle ne peut pas fixer !) »

Désolé de vous avoir induit en erreur – et je pense surtout à ceux qui n’auront vu que mon billet précédent, mais on apprend tous les jours – moi y compris ! Ce que je vous propose de faire, c’est de mettre en exergue le commentaire d’Armand puisqu’il est très complet, et qu’on redémarre à partir de là : s’il se trompe, dites-le nous, c’est de cette manière que progresse le savoir. Merci aussi à tous les autres pour leur contribution au débat ! Voici le texte d’Armand in extenso (y compris son appel à voter pour Ron Paul – liberté de la presse avant tout !)

Si, Mr Jorion, les banques créent de la monnaie. C’est la monnaie scripturale (« ce qui est écrit ») qui n’existe que sous forme électronique, celle qui figure sur les relevés de compte de ses clients.

Les banques centrales (BC), premier étage de cette escroquerie pyramidale, créent de la monnaie centrale qui existe sous deux formes :

– la monnaie fiduciaire, seule à avoir cours légal, représentée par les billets et pièces que nous avons en poche ou que nous déposons “à la banque” et que cette dernière garde très précieusement.

– la monnaie centrale électronique qui n’existe que dans la mémoire de l’ordinateur de la BC et est affectée à ses banques de premier niveau (les « primary dealers » de la FED). Cette forme électronique présente l’avantage de pouvoir être créée et détruite instantanément et à peu de frais. Cette création (destruction) de monnaie centrale électronique est essentiellement réalisée en contrepartie des TOMO, que le grand public connait désormais par les expressions urbaines « d’injecter (éponger) des liquidités » ; en gros la banque dépose en garantie un avoir de grande qualité (p.ex. des bons du trésor notés triple-A), qu’elle s’engage à reprendre à l’issue du prêt (de 1 à 14 jours en général, mais parfois jusqu’à 3 mois, comme en cette période troublée) et la BC crédite le compte de cette banque en monnaie centrale ainsi créée ex-nihilo. Le prêt porte sur pourcentage de la garantie offerte, selon sa qualité. A l’issue, la banque rembourse la BC, avec l’intérêt convenu (le fameux taux d’escompte que fixe la BC ou un taux négocié lors « d’appels d’offres »), et la BC lui restitue sa garantie. C’est une classique opération d’escompte.

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Le scandale des banques qui « créent » de l’argent

Comme on le sait lorsque l’on lit ici mes billets, je ne me prive pas de critiquer la finance quand cela me semble justifié. Cela ne signifie pas pour autant que je souscrive à toute critique exprimée vis–à–vis du système financier. Je lis de plus en plus souvent par exemple, que « les banques commerciales créent de l’argent », et qu’il y aurait là un scandale à dénoncer. Or, cette proposition est fausse : les banques commerciales ne créent pas d’argent. J’explique pourquoi.

Quand elle vous prête de l’argent, la banque n’en crée pas : si elle peut vous prêter, c’est soit qu’elle utilise l’argent de quelqu’un d’autre, disponible sur son compte–chèque ou sur son livret–épargne (moins les « réserves obligatoires » qu’elle doit conserver comme provisions), soit qu’elle emprunte elle–même cet argent – par exemple en émettant des certificats de dépôt – et vous le re–prête. Son profit résulte du fait qu’elle vous prête à un taux plus élevé que celui qu’elle consent sur un livret–épargne ou que celui auquel elle emprunte elle–même. Il n’y a (malheureusement !) pas de « miracle de création d’argent » : les banques commerciales ne créent pas d’argent ex nihilo ! Pour en prêter, il faut que comme vous et moi, elles le trouvent quelque part !

En regardant d’un peu plus près le raisonnement de ceux qui soutiennent cette « légende urbaine », je vois l’accent mis sur trois choses : que beaucoup d’argent circule aujourd’hui sous forme électronique, que l’argent circule très vite et que la banque vous fait payer des intérêts. Ils disent : « On ne voit pas les billets ! ». Réponse : Ça n’a aucune importance : que votre employeur vous règle en billets de banque à la fin du mois, billets que vous allez alors déposer sur votre compte–chèque, ou qu’il le verse directement – par un ordre électronique – sur votre compte, cela lui coûte strictement le même montant : il n’a pas « créé » d’argent dans le second cas. Ils disent aussi : « Si vous obtenez un prêt aujourd’hui et que vous allez payer votre garagiste et qu’il dépose l’argent sur son compte, la banque pourra le re–prêter ! ». Réponse : Bien entendu mais où de l’argent a–t–il été créé ? C’est le même ! Il peut éventuellement circuler très vite au lieu d’être caché sous un matelas : c’est sa disponibilité pour d’autres transactions qui est en question avec l’épargne. Le Lac Victoria contient la même quantité d’eau que la Seine. L’eau s’écoule plus vite dans une rivière que dans un lac, donc il y a davantage d’eau dans la Seine que dans le Lac Victoria ! Non, je viens de le dire : le volume est le même ! Ils disent enfin : « Oui, mais vous payez des intérêts sur votre prêt et la personne qui empruntera l’argent déposé par le garagiste sur son compte, en paiera aussi ! ». Ben oui, mais pour payer ces intérêts, il faudra bien que je trouve l’argent quelque part – et de même pour lui ou elle !

Dans un des articles qui dénoncent le « scandale », il est écrit : « Beaucoup d’employés de banque diront que les banques commerciales ne créent pas d’argent… ». Encore heureux apparemment qu’eux au moins le sachent ! C’est dans les banques où je travaille que j’ai dû subir le même lavage de cerveau !

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