La monnaie : projet de réforme

Bon, les gars, je crois qu’on est prêt. Allez, j’avoue, je me suis un peu fait l’avocat du diable… mais la fin veut les moyens (les Américains ajouteraient « Don’t quote me on this ! »).

Alors voilà ce qu’il faut : un paragraphe sur une réforme nécessaire de la manière dont la monnaie est créée. Ce paragraphe fera partie d’un article publié dans la presse écrite. Une seule contrainte : il faut que cela puisse être lu par un gouverneur de banque centrale sans qu’il hausse les épaules en se disant « Encore un zozo ! ». Non, il faut qu’un directeur de banque centrale puisse lire cela et dire « Mérite examen ! ». Il faut que les mesures proposées soient pratiques et puissent être appliquées aussitôt leur promulgation.

Voilà : je serai modérateur. Envoyez-moi les contributions comme commentaires à ce billet. Je communiquerai avec vous de la même manière. Je mettrai à jour le paragraphe suivant.

Dernière mouture :

Une réforme de la manière dont la monnaie est créée est indispensable. Cette réforme devrait prendre la forme suivante.

Toute création de monnaie doit relever de l’État et de l’État seul par l’intermédiaire de la Banque Centrale indépendante du pouvoir politique mais oeuvrant dans le cadre de la démocratie.

La monnaie créée et prêtée par la Banque Centrale à l’Etat ou aux collectivités publiques ne peut financer que des dépenses d’investissement, d’aide à des secteurs à vocation d’intérêt collectif tels que l’éducation, la santé et la protection de l’environnement, et en cas de crise ou de catastrophe naturelle. A l’exception de cela, les dépenses de fonctionnement et d’amortissement doivent être financées par les recettes fiscales.

La Banque Centrale détermine, afin de contenir l’inflation dans des limites raisonnables, de viser un objectif de plein emploi et de faciliter le développement durable de l’économie, la quantité de monnaie proposée et les taux d’intérêt auxquels les banques commerciales peuvent emprunter entre elles et auprès d’elle-même.

Le réseau des banques privées comporte 3 types de banques :
1. – Banques de dépôts : encaissements, paiements, garde de dépôts de leurs clients.
2. – Banques de prêts : le montant global des prêts ne peut excéder le montant global des fonds empruntés (épargne préalable ou émission monétaire de la Banque Centrale). Les financements proposés par les banques de prêts doivent être assurés par des emprunts dont le terme est au minimum de même durée.
3. – Banques d’affaires : investissent dans les entreprises les fonds empruntés au public ou aux banques de prêts.

Dans une perspective assurantielle, les banques ont le droit de couvrir leurs positions mais les positions nues, équivalentes à des paris directionnels sur l’évolution des marchés, leur sont interdites.

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60 réflexions sur « La monnaie : projet de réforme »

  1. Laurent S écrit:  » Quant à la lutte contre l’inflation, aussi séduisante puisse-t-elle être en théorie, comment empêcher que le prix du pétrole ne flambe quand celui-ci se raréfie ? Or cela se répercute nécessairement sur tous les produits dont il entre dans la fabrication et rarissimes sont ceux qui s’en passent ! Pour moi toutes les luttes contre l’inflation via des instruments monétaires ne peuvent aboutir qu’à plus de chômage, au blocage des salaires, et à la bonne fortune des rentiers, bref une totale injustice.  »

    Je dirais que je suis tout à fait d’accord… mais faut-il pour autant ne donner aucun objectif de limitation d’inflation (et non de limite: rester qualititif et non quantitatif) à une BC ? J’avoue que je me pose la question…

  2. Mise à jour No 6
    Suite à l’intervention de Stilgar 9 avril 2008 à 16:25
    J’ajoute « de viser un objectif de plein emploi »

    Je suis partagé sur la question de « lutte contre l’inflation ». Si vous lisez ce blog vous connaissez ma position qui est qu’agir contre l’inflation en manipulant les taux courts n’est pas la bonne méthode. Exactement ce que dit Laurent S : « Pour moi toutes les luttes contre l’inflation via des instruments monétaires ne peuvent aboutir qu’à plus de chômage, au blocage des salaires, et à la bonne fortune des rentiers, bref une totale injustice. »

  3. @ Stilgar

    La condition « Les financements proposés par les banques de prêts doivent être assurés par des emprunts dont le terme est au minimum de même durée » est-elle suffisante à empêcher le développement de bulles ? A mon sens, toute opportunité d’apparition d’un prix spéculatif est susceptible de créer une bulle. Le prix spéculatif découle de sa détermination « intrinsèque » par des acheteurs et des vendeurs qui spéculent [intellectuellement] que le prix est « à la hausse » et sont sur le marché non pas parce qu’ils s’intéressent à l’usage de la chose mais à la plus–value du prix.

    Autrement dit, comment empêcher que la blague que je citais dans Vers la crise du capitalisme américain ? (2007 : 215–216) ne se réalise. Je la reproduis ici :

    La nature profonde du phénomène est révélée par une histoire drôle que j’ai entendue dans mon enfance. Les noms des personnages correspondait à leur profession de diamantaire, et la blague émanait du milieu ethnique évoqué, il n’y a là donc rien dans la plaisanterie dont il faudrait se formaliser : elle a le mérite supplémentaire d’illustrer comment la croyance se transforme en valeur.

    Donc Moïse reçoit un coup de fil d’un Isaac passablement excité. Il lui dit « Moise, Moise, un diamant, tu ne me croiras pas ! Six carats, une eau ! Une eau, je ne te dis que ça ! Je te le laisse pour quinze mille ! » Moise qui est en ce moment très distrait parce qu’il pense au mariage de sa fille et combien cela va lui coûter, lui répond : « Oui, très bien, parfait : on règle ça comme les fois précédentes » et il raccroche. Isaac qui a l’habitude que les négociations s’éternisent quand il est en affaire avec Moise est un peu perplexe. Il se dit « Tiens, ça n’est pas du tout son genre, c’est bizarre. J’avais parlé de cette pierre à Sarah. Est-ce qu’elle a joué au bridge avec sa femme ? Elle a dû lui dire que j’allais l’appeler et il a dû se renseigner… On a dû lui expliquer que cette pierre était une affaire en or ! … En fait il devait s’attendre à mon coup de fil… ». Et Isaac de se ronger les sangs pendant un moment, puis il se met à penser : « S’il a dit oui tout de suite pour quinze mille, c’est qu’il est sûr que la pierre en vaut au moins vingt ! Mais il lui faudra encore trouver un acheteur, il y a peut-être encore une chance qu’il se laisse tenter si je lui en offre dix-huit… Ça ne coûte rien d’essayer ! ». Et il décide de rappeler Moise. Celui-ci, toujours plongé dans sa rumination, prend le téléphone et répond machinalement « Oui, oui, bien sûr ! », quand Isaac lui fait sa proposition à dix-huit mille. Mais cette fois-ci, une fois raccroché, c’est lui qui commence à s’interroger. Il se dit, « Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Il m’offre une pierre à quinze mille, et me la rachète cinq minutes plus tard pour dix-huit ? Il a dû apprendre quelque chose qu’il ignorait auparavant à propos de ce diamant, qu’il en valait en réalité au moins… disons, vingt-cinq mille, et il me le rachète pour dix-huit. Si je lui offrais vingt-deux mille, il me resterait encore une marge suffisante pour un diamant qui en vaut au moins vingt-cinq ! » Et c’est cette fois Moïse qui re-contacte Isaac. Le manège se poursuit encore un certain nombre de fois jusqu’à ce que Moïse n’entende plus rien. Une heure se passe, deux heures se passent et il décide finalement de rappeler Isaac. Il lui dit « Et alors ? » – « Ben rien ! » lui dit l’autre, « Je l’ai vendue à Samuel pour trente-deux mille ». En entendant cela Moïse éclate : « À Samuel ! Comment as-tu pu faire une chose pareille ! À Samuel ! Une pierre qui nous rapportait tant d’argent ! »

    L’histoire est comique parce qu’elle montre du vent, les explications fausses, « mythiques », qu’Isaac et Moïse se racontent (à eux-mêmes) pour justifier leur offre suivante d’un montant plus élevé, leurs cogitations « spéculatives » aux deux sens du terme, et suggère que ce vent se transforme en valeur. Et en réalité, c’est très exactement ce qui se passe : de la croyance se transforme en valeur, et c’est pourquoi l’histoire drôle constitue une excellente description du mécanisme de la bulle financière. En réalité, Moïse a parfaitement raison : le diamant a constitué pour eux deux une excellente affaire. En imaginant qu’Isaac l’avait à l’origine acquis pour douze mille (sa première offre à Moïse était, je le rappelle, de quinze mille), ils se sont partagés entre eux la différence entre les trente-deux mille acquittés en fin de compte par Samuel et les douze mille qu’Isaac avait lui payés, soit vingt mille en tout, c’est-à-dire environ dix mille pour chacun (en fonction des prix exacts auxquels ils se sont achetés puis revendus la pierre). La seule erreur de Moïse consisterait à penser que la pierre constituait une bonne affaire pour eux deux avant qu’elle n’ait été vendue à Samuel. Avant ce transfert à un tiers, la transaction n’était jamais une bonne affaire que pour un seul des deux compères à la fois : pour celui qui ne disposait plus de la pierre. L’autre était simplement en possession d’un diamant dont la valeur (non–réalisée) à ses yeux était celle du prix auquel il l’avait achetée. À charge pour lui d’encore trouver un acheteur. C’est Samuel, qui en acceptant le prix déterminé par la bulle créée entre eux par Isaac et Moïse, dans leur escalade des prix, qui fait soudain que la pierre leur a, en effet, « rapporté tant d’argent », cette fois-ci, à l’un comme à l’autre.

  4. Bon, restons dans l’hypothèse d’une monnaie fiduciaire.

    Dans ce cas, il y aura nécessairement inflation, même le banquier central le plus compétent et le plus intègre se soumettra à la volonté des « Nous le peuple » ou de leurs élus, aux biais de leurs statisticiens et de leur sémiologues (qu’est-ce donc que l’inflation ? comment l’estimer ? comment déterminer les « bons » taux d’intérêt) ; il imprimera plus que nécessaire.

    Les banques de dépôt feront faillite : qui serait prêt à y laisser de l’argent qui se dévalorise, en devant, en outre, payer pour cela ? Un petit malin inventera un truc qu’il baptisera « Capital Preservation Fund » qui investira les dépôts dans les intruments les plus sûrs : les bons du Trésor dont les intérêts seront pour l’essentiel reversés aux clients pour lutter contre l’inflation. Il poussera même le vice jusqu’à se contenter de bons à très court terme, moins de 6 mois, insensibles aux variations des taux ; ainsi, ni lui ni ses clients ne courront le risque de « bank run ». Ils pourrait même leur accorder une carte de paiement immédiat (pas de crédit) sans autre limite que le solde instantané de leur compte. Les commerçants adoreront : aucun risque pour eux non plus.

    Les clients fuieront donc ces banques de dépôt. Celles-ci ne sont utiles qu’en terme de « banques coffres-forts » comme les nomme si bien Paul ; on veut juste retrouver ce qu’on y a mis en terme de pouvoir d’achat sans les risques de conservation à domicile. Pour exister, il leur faut donc une monnaie honnête qui ne se dévalue pas.

    Pour ce qui concerne la monnaie, objet de cette « constitution monétaire » seul ce type de banques / fonds ont une raison d’être, pas de crédit possible, pas d’effet de levier, pas de risque.

    Les autres type de banques ne doivent pas s’appeler « banques » et feront l’objet des couches au-dessus : économie, finance, assurance et casino.

    Plutôt que « Etat » qui référence le gouvernement, je préfère « Nation » plus proche de l’idée du peuple souverain ou même « Peuple », éventuellement au pluriel.

    Ensuite pour que la BC crée et détruise de la monnaie, il faut indiquer selon quels mécanismes techniques.

    Encadrer par avance les quantitatifs qui sinon resteraient à la merci de choix subjectifs ou orientés. Mettre l’Insee sous le contrôle du peuple en quelque sorte. L’inflation est trop haute : qu’à cela ne tienne, je change la formule de calcul, et hop on passe de la croissance à la récession : c’est exactement ce qui est arrivé au Japon début 2007, et ce que font les US depuis Clinton.

    Je rappelle que la BCE a été créée pour éviter que les gouvernements émettent trop de monnaie et également pour que le peuple n’exige pas démocratiquement de faire tourner la planche à billet. D’où l’indépendance complète … mais elle est déjà remise en question.

  5. Merci pour ce conte.. que j’avais un peu oublié…
    Mais actuellement, plus personne ne semble vouloir « du diamant »

    Je suis d’accord avec vous Paul, ainsi qu’avec Laurent S… très difficile d’agir contre l’inflation en manipulant les taux (courts ou long 😉 )… d’ailleurs le peu de résultat de la BCE sur ce sujet le montre bien, même si des chiffres d’inflation limités à la consommation peuvent parfois donner le change.

    Néanmoins une banque centrale qui disposerait, comme dans « notre projet », de deux « armes » ( taux de la monnaie + quantité de monnaie), au lieu d’être unijambiste : la BCE ni la FED n’ont guère (pour ne pas écrire aucun), de pouvoir sur la quantité de crédits émis par les banques commerciales et c’est cette quantité incroyable de monnaie qui permet ces bulles récurrentes. Faut-il interdire les futures, les warrants et tous les paris financiers ou simplement imposer des couvertures plus élevées ? Là, c’est à l’ancien spécialiste que je pose la question…

  6. @ Laurent S : l’inflation c’est l’augmentation générale du niveau des prix ; c’est-à-dire la prise en compte de tous les prix : salaires = prix du travail ; impôts, taxes, contributions, … = prix de la vie en société ; les prix des actifs aussi. Curieusement les BC ne prennent en compte qu’une partie des prix et services à la consommation selon des mécanismes ajustables. Le prix du travail n’intervient qu’à la fin de l’épisode inflationniste, sous le doux euphémisme « d’inflation de second tour ».

    L’inflation nulle n’est pas liée à des prix fixes ; ils peuvent évoluer librement. Mais, dans leur mesure d’ensemble reste stable. Si des prix augmentent c’est alors un signal fort, que ce soit celui de la raréfaction du pétrole (ça orientera la recherche et l’investissement dans les énergies alternatives, c’est la base même de l’économie réelle et du progrès) ou celui des maisons (s’il n’y pas de raisons fondamentale, la folie des foules n’est-elle point en cause ?).

    Dans le cas de création monétaire inflationiste, ces signaux précieux sont perdus, amplifiés, déformés ou créés artificiellement ; même le banquier central s’y fait pièger.

  7. @ Armand (11:36), Paul (16:08) et Stilgar (16:28)

    Je suis étonné par la positon d’Armand qui a été adoptée par notre modérateur. J’appuie au contraire la demande de Stilgar dans les termes employés. La différence entre FED et BCE sur ce sujet est connue et, je crois que beaucoup d’économistes conviennent que c’est la position de la FED qui est la plus recommandable.

    P.S. J’étais à rédiger ce post quand celui de Paul de 16:56 est arrivé. Donc OK sur ce point de l’objectif d’emploi (qui n’est jamais atteint, on le sait, d’où ma formulation initiale).

    Par ailleurs, je partage les soucis exprimés au sujet de la lutte contre l’inflation. Ne faudrait-il pas relier la problèmatique de l’inflation au niveau des taux directeurs (proposition indicative à étudier et reformuler) ?

    ? C’est bien le taux réel qui compte, soit « taux moins inflation ». La Banque Centrale peut disposer de taux directeurs mais aussi peut proposer et défendre une législation définissant un « taux d’usure ». Nous pourrions être tous d’accord pour dire que la BC doit à la fois défendre le revenu du producteur (favoriser l’emploi) et le « revenu épargné » de l’épargnant (tenir l’inflation). Pour ma part, je vois l’inflation (modérée) comme une incitation à consommer ou à prêter sans attendre ; mettre fin d’une part à la thésaurisation oisive, d’autre part à la rente abusive ce qui est bon pour l’économie.

    Enfin, n’oublions pas que nous visons un texte court et synthétique. On ne peut tout dire dans le détail et chaque pays s’organise naturellement et légitimement de manière un peu différente… Alors, indiquons les principes auxquels nous tenons, en ouvrant au maximum à la liberté de mise en oeuvre.

    @ Stilgar
    Merci pour la longue citation, parfaitement claire, de Maurice Allais. Pas si farfelu ce « Nobel d’économie » !

  8. @ Stilgar

    « Faut-il interdire les futures, les warrants et tous les paris financiers ou simplement imposer des couvertures plus élevées ? »

    Il faudrait pouvoir encourager les usages de « couverture », c’est-à-dire d’assurance pour quelqu’un qui court un risque réel de variation de prix sur une marchandise : du riz, un contrat passé dans une devise, etc., et décourager, voire interdire, les positions « nues », correspondant à un usage purement « spéculatif » par quelqu’un qui se contente de parier sur une variation de prix.

    Mais quid de celui qui prend une position de « couverture » sur une quantité d’or dont il dispose ?

  9. @Stilgar : si elles le veulent vraiment, les BC peuvent bloquer l’inflation et éviter les bulles. Voir P. Volcker. En montant leur taux elles renchérissent le coût de financement des banques qui, toutes, empruntent court pour prêter long. Elles pourraient aussi agir sur le taux de réserve obligatoire, même en laissant leur taux inchangés : les banques ne pourraient plus prêter autant, elles choisiraient alors les investissements aux meilleurs profils rentabilité / risque.

    L’expresssion actuelle de ce projet de réforme limitera déjà ce problème du fait de l’adéquation des durées des prêts et des financements. Ainsi les taux du marché seront significatifs, selon la propension des épargnants à investir court ou long et des propositions de rémunération des risques des emprunteurs.

  10. A Armand,
    Je ne pense pas qu’il s’agisse de remettre en question l’indépendance de la BC, le pouvoir judiciaire est indépendant des pouvoirs exécutifs et des pressions du peuple tout en étant un organisme démocratique.

    L’Etat à l’heure actuelle, obtient des crédits qu’il rembourse ; seulement pour ce faire il doit les contracter auprès d’agents économiques privés qui logiquement lui demandent des intérêts associés et donc bien qu’il soit d’intérêt collectif, il obéit aux mêmes règles que la première entreprise (art 104 A.1 de Maastricht SUR les prêts bancaires aux Etats).

    Nous serons d’accord que ce n’est pas l’intérêt associé au crédit qui rend l’Etat bon payeur… Par contre c’est bien ces intérêts qui coulent les finances de l’Etat (la dette publique qui pose tant de problème en est composée dans sa majeure partie). Si l’Etat à la différence des entreprises est pris à la gorge par ce fonctionnement c’est surement car son activité ne répond pas aux mêmes règles de retour sur investissement, ou dans des rapports de temps impropres aux réalités du marché. De plus il est inadmissible à mes yeux qu’un crédit d’investissement d’intérêt général rapporte de l’argent à des agents économiques privés.

    D’ou la proposition de prêts extérieurs aux agents économiques privés (BC) pour les Etats. Il est important de prendre en compte que cet argent ne moisit pas dans les caisses de l’Etat, il est utilisé pour faire marcher l’économie, qui plus est, les commandes de l’Etat sont souvent faites au bénéfice des acteurs locaux…

  11. Il ne s’agit pas d’euthanasier ou non le rentier, mais de garantir l’un des deux rôles de la monnaie : la conservation du pouvoir d’achat dans le temps et non pas l’appauvrissement ni l’enrichissement en dormant. L’autre rôle étant l’achat de biens ou services. Il faut donc une clause protectrice de ce point de vue. La banque de dépôt devrait donc rémunérer au taux d’inflation les dépôts, sans taxes ni impôts.

    Celui qui a vendu sa maison pour louer doit être assuré que, si au moment où il a vendu, le prix encaissé payait 11 ans de loyer, alors cela restera vrai dans 10 ans toutes choses égales par ailleurs.

    Celui qui veut s’enrichir prendra le risque de prêter ou d’investir, et de bloquer son argent à terme, s’il estime ce risque correctement rémunéré ; sinon il préférera conserver sa monnaie : c’est un signal économique fort et juste.

  12. @ Paul Jorion

    Le problème est d’empêcher la transmission des excès de « l’économie » financière à l’économie réelle. Frederic Lordon propose deux monnaies, afin que les spéculateurs jouent entre eux, mais ca me semble difficile a mettre en place… en attendant, une pétition  » Spéculation et crises : ça suffit !  » circule en Europe , demandant  »
    – l’abrogation de l’article 56 du Traité de Lisbonne, qui, interdisant toute restriction à ses mouvements, offre au capital financier les conditions de son emprise écrasante sur la société. Et nous demandons également
    – la restriction de la « liberté d’établissement » (art. 48) qui laisse l’opportunité au capital de se rendre là où les conditions lui sont le plus favorables, et permettrait ici aux institutions financières de trouver asile à la City de Londres ou ailleurs. »

    C’est évidemment insuffisant, mais c’est mieux que rien… http://www.stop-finance.org/

  13. Ma proposition :

    Dans les transactions privées, chaque personne physique ou morale est libre de frapper sa propre monnaie et de refuser celle qu’on lui propose.

    Ces monnaies ne peuvent valoir que de par leur matière constitutive librement déterminée par les parties et non pas par un quelconque engagement contractuel qui y figurerait. Les reconnaissances de dette n’ont pas valeur de monnaie.

    Par conséquent, l’article 1583 du Code Civil est ainsi modifié : « La vente est parfaite entre les parties, et la propriété est acquise de droit à l’acheteur à l’égard du vendeur, dès qu’on est convenu de la chose et du prix exprimé dans la monnaie librement choisie par eux, quoique la chose n’ait pas encore été livrée ni le prix payé »

    Ainsi, la bonne monnaie chassant la mauvaise …

    Un tel projet est examiné au Mexique, un jeton en argent, le « Libertad », devant entrer en concurrence avec le Peso fiduciaire.

    Le Libertad est « imprimé » par l’hôtel des monnaies ; il ne porte qu’une seule inscription : « 1 once d’argent » en plus du poinçon officiel garantie de pureté.

    L’idée est que les citoyens pourront éviter la dépréciation du Peso en s’en débarrassant, ou au contraire en le privilégiant s’ils estiment que la BC fait correctement son boulot de lutte contre l’inflation ; ainsi une valeur de marché est établie entre ces deux monnaies officielles dont l’une ne dépend que du peuple.

    Sur cette base quotidienne, l’hôtel des monnaies convertit les Pesos en jetons. Il fond aussi l’argenterie des familles qui désirent obtenir de la monnaie.

    L’Etat n’a pas le droit de refuser les Pesos fiduciaires. Normal, c’est sa monnaie. Les citoyens pourraient ainsi contrôler leur BC, les dépenses de leur gouvernement et leur monnaie.

    Ce projet a été bien accueilli par les députés, mais la BC le bloque. Etonnant non ?

  14. @guillaume : la Justice indépendante et démocratique ? tu rigoles ? quand le peuple a-t-il voté la dernière fois pour choisir ses juges et procureurs ? qui nomme juges et procureurs et assure -ou non- leur carrière ? qui peut les muter, éventuellement par promotion pour les éloigner ? Dans certains pays d’Amérique du Sud la Justice est une institution séparée du gouvernement : pas de ministre de la justice. Un budget et des juges élus par les représentants du peuple.

    Si l’Etat gère mal ses ressources (ce que je ne pense pas), il paie … enfin le contribuable. Il est donc sain, comme un garde-fous (pluriel de rigueur !), qu’il ne puisse pas emprunter n’importe comment. Et je serai étonné qu’un élu laisse de l’argent moisir : il aurait plutôt tendance à dépenser l’argent qu’il n’a pas.

    C’est d’ailleurs ainsi qu’est créée la monnaie. La dette de l’état, gagée par les futurs revenus des contribuables, donc sur leur travail et patrimoine futurs, est convertie instantanément en monnaie c’est-à-dire en pouvoir d’achat immédiatement dépensable.

    Hypothéquer la richesse future pour consommer de la richesse actuelle : on comprend qu’il nous faille préciser « investissement » dans notre projet !

  15. Bonjour

    Pour avancer, je propose l’idée suivante en guise d’introduction (un « chapeau » ?) à ce futur article.
    +++
    Une proportion considérable de la monnaie en circulation est issue du crédit. En fait, 93% de la monnaie (en se basant sur l’agrégat M3) est produite à l’origine par les banques commerciales sous forme de monétisation d’actifs ou d’espoir d’actifs lors d’émission de crédits, aux particuliers, aux entreprises ou aux Etats, ces crédits étant renouvellés en permanence dans un cycle continu de création et de destruction ce qui nous donne l’impression de « pérénité » de la masse monétaire. C’est bien la demande de crédit satisfaite, qui, lorsqu’elle dépasse l’épargne disponible, « crée » la monnaie qui ainsi s’accumule.
    Les intérêts sont versés aux créateurs de cette monnaie : c’est le droit de seigneuriage. Ils représentent des sommes tout à fait considérables (que l’on peut estimer, dans la zone euro par exemple, à plus de 300 milliards d’euros annuellement), aboutissants dans les comptes du système bancaire privé.
    Si l’ensemble de cette monnaie était créée par la Banque Centrale (qui deviendrait ainsi « distributeur » de monnaie auprès des banques commerciales chargées de satisfaire les demandes de financements justifiés des entreprises et des particuliers), les intérêts reviendraient intégralement à la collectivité et pourraient être redistribués par exemple dans chaque Etat au prorata des populations ou selon la participation des Banques Centrales Nationale dans la BCE (l’euro système).

    Outre ce bénéfice collectif du seigneuriage, la Banque Centrale disposerait ainsi de deux pilliers pour appliquer sa politique monétaire : la quantité de monnaie en circulation dont elle deviendrait de ce fait la seule émettrice initale, et les taux d’intérêts, alors qu’actuellement son seul réel outil est le second.

    +++

    Qu’en pensez-vous ?

    Bonne journée à tous…

  16. Bonjour à tous.
    Ce matin, relisant la “dernière mouture” je pourrais proposer de nuancer ou de compléter , mais en l’état elle me convient suffisamment pour que j’y souscrive. Les propositions se font rares. Je suggère, Paul, de maintenant conclure. Vous pourriez placer ce paragraphe dans le presse écrite, y donner votre analyse et votre position.
    @ Stilgar – Par ailleurs, je trouve clair et bien venu comme introduction le dernier post de Stilgar( 08:37).
    @ Armand – Par contre celui de Armand (20:12) repose sur une conception de la monnaie qui n’est pas la mienne. Votre texte : “Ces monnaies ne peuvent valoir que de par leur matière constitutive librement déterminée par les parties et non pas par un quelconque engagement contractuel qui y figurerait. Les reconnaissances de dette n’ont pas valeur de monnaie.” contredit frontalement le fait que ( selon moi et quelques autres ) la monnaie relève fondamentalement d’une convention sociale et non pas d’un bien matériel et que, en plus, sa nature est d’être une dette formalisée et transmissible de l’émetteur à l’égard de celui qui la reçoit. Notre débat dépasserait le cadre de l’échange en cours.
    Mes nuances ( mais n’en tenez pas compte, Paul) :
    1. difficulté en pratique à séparer l’investissement du fonctionnement ( le cas de l’enseignement a été signalé) ;
    2.séparation stricte ( ? ) des réseaux selon les trois types de banques.
    Mes compléments (pour d’éventuels échanges ultérieurs) :
    les relations entre les devises : imbrication des économies, marché des changes ( curieusement personne n’a évoqué ce point qui semble très important)
    les relations finance-monnaie. La spéculation décrite par Paul (09 ; 17:17) rapporte à Moïse et Isaac parce que Samuel dispose de 32000 …en monnaie ( capacité à payer ), un prêt bancaire sans doute obtenu auprès de son cousin Aaron. Celui-ci respecte les règles du métier, adroitement mises au point entre lui et ses confrères. Confirmez le moi, Paul : pas de spéculation si de temps en temps on ne dénoue pas les positions avec de la monnaie sonnante et trébuchante. Pas de spéculation sans monnaie ; il nous faudrait aussi : pas ( trop ) de monnaie pour la spéculation !
    le respect des engagements antérieurs si on changeait les règles du jeu monétaire. C’est nécessaire.
    l’utilité réelle de distinguer ( si ce n’est par le type de clientèle) les banques de prêts et les banques d’affaires. Elles sont les unes et les autres sur la même portion du circuit monétaire, celui de la monnaie préexistante. Elles auront chacune un compte en banque de dépôt. Celles-ci sont au contraire sur le circuit de la création-destruction et distribution de la monnaie en lien direct avec la Banque Centrale où elles ont chacune un compte.
    Merci encore, Paul, pour votre initiative quelqu’en soit le résultat. Il est toujours utile de dialoguer.

  17. Bonjour,

    J’avoue mon étonnement devant la notion de banque centrale relevant de l’Etat, indépendamment du pouvoir politique et oeuvrant malgré tout dans dans le cadre de la démocratie?

    Quelqu’un pourrait m’expliquer ?

    L’état et le pouvoir politique, peuvent-ils agir indépendamment ?

    Les pays non démocratiques n’auraient pas droit à une banque centrale?

    Et si l’on suppose cela résolu,

    -pourquoi demander à l’état des intérêts sur l’argent qu’il crée lui-même ?
    -et même mieux, pourquoi l’argent prêté produirait-il un intérêt?

  18. Si c’était possible je préfèrerais un monde sans inflation, qu’on la définisse par l’augmentation générale des prix sur les marchés des biens, du travail ou des capitaux, ou par une surabondance de monnaie. Mais je suis sceptique d’abord car il n’y a pas de mesure objective de celle-ci : l’indice de l’INSEE est un indice composite arbitraire, j’en préfèrerais un qui mesure le coût de la vie du premier décile des revenus par exemple.

    Ensuite je me demande si vouloir piloter l’économie avec des instruments monétaires ce n’est pas chercher à résoudre la quadrature du cercle, car il n’existe pas de théorie économique naturelle, comme l’est la relativité générale qui est valable aussi bien dans les dictatures, que dans les démocraties et chez les Papous. Toute théorie économique est avant tout une construction politique ainsi la proposition de Maurice Allais n’est valable que dans un type de société donné : pour la mettre en application il faudrait d’abord définir celle-ci : est-ce que ça doit être une démocratie ? suppose-t-elle une sécurité sociale publique ou privatisée, fonctionne-t-elle dans une société très inégalitaire, très pauvre, analphabète, avec des médias très concentrés… On ne trouvera jamais d’équation à l’aune de laquelle on jugera justifiées ou pas les revendications des riches et des pauvres, la taille de la masse monétaire… Ce sera toujours un combat politique, un rapport de forces entre intérêts divergents.

    Cependant s’il est peut-être vain de mesurer et combattre l’inflation d’une manière générale, on est capable de mesurer celle de certains marchés particuliers et on devrait s’y attaquer à chaque fois par des moyens spécifiques : ce n’est pas parce que c’est un phénomène monétaire que l’on doit les résoudre par des moyens financiers. Le pilotage des taux ou de la masse monétaire c’est comme la saignée des médecins de Molière, c’est souverain contre tout mais ça ne guérit rien.

    Pour le pétrole j’ai parlé du rationnement et de la recherche d’alternatives. Pour l’immobilier je m’interroge si on ne peut pas lutter contre les bulles via l’effet indirect d’une taxe d’habitation qui serait d’autant plus élevée que la mixité sociale des habitants d’un même bureau de vote est faible. C’est à dire qu’il serait exorbitant pour un riche de s’installer dans un quartier riche mais qu’il recevrait presque un crédit d’impôt s’il logeait dans un quartier moins huppé. A partir du moment où les bulles immobilières sont aussi un instrument de ségrégation, un moyen de se retrouver entre gens de même milieu, peut-être qu’une politique de la ville qui impose la mixité sociale aura-t-elle comme effet indirect d’empêcher la spéculation immobilière ? Pour la bourse, si les banques ne peuvent plus créer elles-même de la monnaie, le spéculation ne pourra plus prendre d’ampleur euphorique.

    Idem pour la politique de l’emploi qui ne doit pas être pilotée par des instruments financiers. Sur ce sujet l’idée de redistribution interentreprises me paraît très séduisante et mériterait d’être plus connue.

    Pour revenir sur la proposition de Maurice Allais, ce qui est anormal, c’est de laisser à des entités privées le droit de créer de la monnaie. On dit que celle-ci est créée lorsque la banque accorde un emprunt puis détruite lorsque le débiteur l’a remboursé, la banque gagnant au passage des intérêts, cette monnaie supplémentaire ne vient en fait que de l’argent créé par d’autres emprunts. D’où l’augmentation continue de la masse monétaire. En suivant cette interprétation et à partir du moment où seul l’Etat peut créer de la monnaie, on peut dire que tout l’argent qui retourne à l’Etat (taxes, impôts, cotisations,…) s’apparente à de la destruction monétaire et tout l’argent payé par l’Etat (investissements, traitements, subventions,…) devient de la création monétaire. Pendant 200 ans les banques privées ont pu créer de la monnaie à leur guise suivant des contraintes qu’elles ont toujours pu changer quand cela les arrangeait et le résultat n’est pas trop mauvais si on est membre de la classe moyenne d’un pays occidental du XXIème siècle. Aussi devrait-on faire confiance à l’Etat et ne pas chercher à contenir sa politique dans des carcans dont je ne doute pas qu’ils seront aussi illusoires que ceux des banques comme en témoigne déjà le non-respect des critères de Maastricht par la France notamment. Faisons confiance aux partis politiques, au gouvernement et à l’opposition, ne soyons pas plus poujadistes que les antiparlementaristes. Il y a toujours eu et il y aura toujours des cadeaux électoraux, au moins ceux-ci ne sont-ils pas secrets et il n’est dans l’intérêt d’aucun parti politique de verser dans les excès des assignats.

    Dans une telle perspective les prélèvements obligatoires servent à réguler l’excès de monnaie en la prélevant là où il y en a trop (les riches), là où elle est mal utilisée (l’essence pour les 4×4, les cigarettes,…). C’est une manière tout à faire révolutionnaire de les concevoir, même si cela n’atténuera pas leur impopularité, au contraire puisque l’Etat pourrait s’en passer !

    Côté dépenses, le budget de l’Etat est potentiellement illimité, mais cela rend d’autant plus nécessaire un bon contrôle de son utilisation car s’il ne coûte plus rien de créer de la monnaie, la dépense de celle-ci peut générer un gaspillage de ressources naturelles rares. L’argent est potentiellement illimité pour construire autant d’autoroutes que l’on veut mais celles-ci vont mobiliser des ressources en hommes, en matériel, en énergie, qui pourraient « créer plus de bonheur » si elles étaient utilisées ailleurs. Ces autoroutes vont aussi générer des externalités négatives, mobiliser de la surface,… Donc s’il n’y a plus d’arbitrage budgétaire à faire, il y en aura énormément d’autres beaucoup plus complexes et cela restreindra déjà fortement les mégalomanies les plus démesurées de n’importe quel gouvernement élu.

    Par exemple suite à un débat démocratique l’Etat décide de créer 10 milliards d’euros qu’il vend aux enchères aux banques sous la condition de prêter cet argent à des ménages gagnant moins que le revenu médian et pour acheter une maison passive. Les banques se rémunèrent sur les intérêts des emprunteurs (moins ceux qu’elles doivent à l’Etat et qui lui ont permis de remporter l’enchère). C’est un exemple de privatisation de l’action sociale ! Pour les grands investissements où l’Etat est lui-même maître d’ouvrage, et afin de limiter la possibilité de bénéfice indu de la part du gagnant de l’appel d’offre ce dernier est divise en 2 enveloppes. La première porte sur les salaires des employés et les consommations intermédiaires qui seront payés directement par l’Etat et la seconde sur l’amortissement et le profit de l’entreprise gagnante. Remporte l’appel d’offre la société qui propose la plus faible somme des deux enveloppes et si en cours d’ouvrage le montant de la première enveloppe est insuffisant c’est à l’entreprise de payer la différence.

    Enfin puisque les banques privées n’ont pas le droit de créer de l’argent elles ne pourront investir que l’argent que leur auront confié à cette fin les épargnants sachant que si la banque choisit mal ses débiteurs cette épargne sera perdue car à partir du moment où l’argent devient un bien public, il n’y a plus de préteur en dernier ressort car une banque ne pourra pas être débitrice d’une somme supérieure à ses fonds propres ou confiés afin d’être investis.

    Produire de l’argent ne coûte rien et cela permet tout, il me semble que nous ne devrions pas voir cela comme un malheur mais comme une chance, ne pas essayer d’enchaîner cette formidable liberté mais trouver comment s’en servir pour le bien de tous. Et plutôt que de lois qui nous disent ce qu’on n’a pas le droit de faire et que de toute façon on enfreindra, recherchons la connaissance qui permettra de dompter ce pouvoir. Le salut ne viendra pas d’une grande théorie mais de savoir composer à court et à long terme avec nos besoins, nos envies et les imprévus. La meilleure théorie économique n’est rien d’autre que la meilleure démocratie possible dans laquelle en particulier l’argent est un bien public.

  19. @ Bernard.
    Etant à l’origine de la proposition retenue d’ajouter “ et oeuvrant dans le cadre de la démocratie” à une phrase qui évoquait seulement “ …une Banque Centrale indépendante du pouvoir politique”, je réponds brièvement à vos questions fort pertinentes.

    Sans sacraliser la démocratie (il m’est arrivé de réclamer une “démocratie éclairée”) il semble que ce soit le système le plus acceptable et accepté. Elle s’exprime dans des institutions et un pouvoir politique qu’elle choisit. Par conséquent la Banque Centrale d’un Etat doit être une institution démocratique mais à une certaine distance du pouvoir politique en place ; c’est une question de séparation des pouvoirs communément admise en démocratie. Il existe à tort ou à raison de la part de beaucoup une crainte que les politiques fassent un peu n’importe quoi avec la monnaie. Cela peut hélas, arriver. Je leur réponds qu’en ce cas, la démocratie devrait leur retirer le pouvoir politique et en choisir un autre. Malgré tout, vous avez en partie raison ; cette formulation est imparfaite et un travail constitutionnel difficile reste à faire. C’est ainsi que j’entends le texte en l’état qui vise, ne l’oubliez pas, à être lisible par des banquiers responsables.

    Si on demande des intérêts à l’Etat sur l’argent qu’il crée lui-même, via la Banque Centrale, les intérêts versés, dans le système préconisé, retournent à cette Banque Centrale c’est à dire l’Etat lui-même. Inconvénient : je n’en vois pas ; avantage : ça rassure les craintifs tout en permettant aux banques gestionnaires de prélever un petit profit pour rémunérer leurs services. Mais, je vous l’accorde (et je crois l’avoir écrit) c’est un peu inutile.

    Pourquoi l’argent produirait-il un intérêt ? A mon avis, en aucun cas parce que l’argent “travaillerait” (il permet tout au plus aux hommes de travailler) mais parce que celui qui se sépare temporairement de sa capacité d’achat doit pouvoir légitimement la retrouver intacte (ou presque) à la fin du prêt qu’il a consenti. Pour moi, l’optimum souhaitable est : taux d’intérêt = taux d’inflation. Ce sont deux paramètres importants du pilotage de l’activité économique.

  20. Bonjour,

    Très intéressant tout cela. merci pour tous ces échanges auxquels je ne me suis pas mêlé jusqu’à présent faute de temps… j’aurais des remarques à faire ça et là, mais oublions cela et allons à l’essentiel.

    1) Je suis d’accord avec le « chapeau » proposé par Stilgar
    2) Je peux adhérer à la proposition telle qu’elle est formulée actuellement pour ne pas retarder les choses. Toutefois je vous propose de prendre éventuellement en compte les points suivants:

    a) Il est dit : Toute création de monnaie doit relever de l’État et de l’État seul par l’intermédiaire de la Banque Centrale indépendante du pouvoir politique et œuvrant dans le cadre de la démocratie.
    Je mettrais « mais » œuvrant dans le cadre … Ce « mais » souligne mieux la nuance à mon sens que le « et ». Le pouvoir politique est souvent confondu avec le gouvernement qui a en charge l’exécutif et le parlement qui assume le législatif. Souligner la nuance implique qu’un fonctionnement démocratique soit étudié et mis en œuvre pour l’exercice spécifique du pouvoir monétaire. De plus lorsque l’on parle de l’Europe il est d’autant plus important de rappeler l’importance d’une gouvernance démocratique puisque pour le moment nous souffrons d’un grave déficit démocratique dans son fonctionnement (peut être que cela répond à la question de Bernard).

    b) Il est dit : La monnaie créée et prêtée par la Banque Centrale à l’Etat ou aux collectivités publiques ne peut financer que des dépenses d’investissement, à l’exclusion des dépenses de fonctionnement et d’amortissement, lesquelles doivent être financées par les recettes fiscales.
    Je formulerais de la façon suivante :
    La monnaie créée et prêtée par la Banque Centrale à l’Etat ou aux collectivités publiques ne peut financer que des dépenses d’investissement, d’aide à des secteurs à vocation d’intérêt collectif tels que l’éducation, la santé et la protection de l’environnement, et en cas de crise ou de catastrophe naturelle. Ces prêts peuvent être consentis sans échéance et sans intérêt. A l’exception de cela, les dépenses de fonctionnement et d’amortissement doivent être financées par les recettes fiscales.

    Je crois qu’il est important de ne pas se limiter à l’investissement (tout dépend bien sûr de ce que l’on entend par investissement) mais ce mot peut justement prêter à confusion et être pris dans son sens restrictif. Or notre monde souffre de plus en plus de manque de services à la personne (coût de l’emploi oblige !) à commencer par l’école et les hôpitaux. Pour que la BC puisse contribuer efficacement au plein emploi et au « développement durable de l’économie », il faut faciliter le financement des salaires d’activités qui se traduisent par un réel mieux-être dans la société, donc plus d’emplois utiles et moins de biens. Cela ne signifie pas nécessairement la multiplication de fonctrionnaires. Comme cela a été évoqué dans les échanges on peut très bien imaginer un partenariat Etat – entreprises privées à mandat spécifique, agissant en fonction d’un cahier des charges précis.

    Enfin en ce qui concerne les prêts aux Etats et collectivités, il me semble nécessaire d’utiliser à plein le pouvoir de création monétaire faute de quoi cela se traduira rapidement par une dette qui psychologiquement conduira à se laisser de nouveau gouverner par des exigences monétaires au lieu d’être conduits par des exigences d’amélioration de la qualité de vie pour tous sur la Terre.

    c) Il est dit dans le § suivant : la quantité de monnaie proposée et les taux d’intérêt de refinancement des banques commerciales.

    Je n’utiliserais pas le terme de refinancement qui est trop connoté à une pratique opaque et prêtant à mauvaise interprétation dans l’esprit du public. Je dirais plutôt :

    la quantité de monnaie proposée et les taux d’intérêt auxquels les banques commerciales peuvent emprunter entre elles et auprès de la BC.

    Notre expression doit être claire pour qu’il ne fasse pas de doute que les banques commerciales ne peuvent manier que de la monnaie pré-existante, créée par la BC et qu’elle peut emprunter soit auprès de la BC soit auprès d’une autre banque

    d) Ok pour la distinction ds 3 types de banques. Ne serait-il pas bon de préciser à la fin de ce §: les banques de prêts et les banques d’affaires ne peuvent spéculer pour leur propre compte ?

  21. Je reviendrai plus tard dans la soirée sur le post de Laurent S, très intéressant.

    Juste une petite réflexion sur l’intérêt (dépassant le taux d’inflation, oui…).

    Autant il me semble injustifiable lorsqu’un prêt est issu de création monétaire privée, autant, si un prêt est un transfert d’une épargne préalable, il me semble justifié, car l’épargnant d’une part prend des risques (de non remboursement) et d’autre part se prive d’une jouissance possible immédiate : je prèfère nommer dans ce cas « l’intérêt » par le mot « dividende » (mais je sais que je dois être le seul.. c’est donc inutilisable 😉 ).

    Comme il est quasi impossible de séparer la monnaie émise de la monnaie épargnée, après son émission, c’est encore une justification pour que toute la monnaie « subisse » un intérêt lors de l’émission par une seule entité, la BC, seul moyen (sauf à sur-imposer les banques) pour que cet intérêt revienne équitablement à la collectivité.

    Robertson, en Angleterre, défend aussi ce point de vue d’une monnaie totalement « nationalisée »…

  22. D’accord avec Derudder… sauf un petit point où il écrit: « Ces prêts peuvent être consentis sans échéance et sans intérêt. »

    Il me gêne d’ouvrir la porte (dès l’origine d’une telle proposition qui doit être consensuelle) à la critique que nous connaissons bien (la planche à billet) et qui sera immédiate, soutenue par l’argumentation, surtout dans la zone euro : « des pays en profiteront au détriment d’autres plus raisonnables ».
    Je pense qu’il vaut mieux rester dans un cadre plus général, et de toute façon nous sommes bien d’accord que si toute la monnaie est émise par la BCE, l’ensemble des intérêts reviendra à la BCE qui les redistribuera (sauf ses dépenses propres, peanuts) sous forme de dividendes d’exploitation aux BCN et d’impôts… donc à l’Etat…

  23. Mise à jour No 7
    Plusieurs modifications proposées par Derudder 10 avril 2008 17:47

    Remplacement de « et » par « mais » dans « … indépendante du pouvoir politique mais œuvrant dans le cadre de la démocratie ».

    Alinéa suivant : « La monnaie créée et prêtée par la Banque Centrale à l’Etat ou aux collectivités publiques ne peut financer que des dépenses d’investissement, d’aide à des secteurs à vocation d’intérêt collectif tels que l’éducation, la santé et la protection de l’environnement, et en cas de crise ou de catastrophe naturelle. A l’exception de cela, les dépenses de fonctionnement et d’amortissement doivent être financées par les recettes fiscales. »

    Egalement : « La Banque Centrale détermine, afin de contenir l’inflation dans des limites raisonnables, de viser un objectif de plein emploi et de faciliter le développement durable de l’économie, la quantité de monnaie proposée et les taux d’intérêt auxquels les banques commerciales peuvent emprunter entre elles et auprès d’elle-même. »

    Une modification par moi, à partir d’une suggestion de Derudder :
    « Dans une perspective assurantielle, les banques ont le droit de couvrir leurs positions mais les positions nues, équivalentes à des paris directionnels sur l’évolution des marchés, leur sont interdites. »

  24. Laurent S dit : 10 avril 2008 à 15:50

    Comme je le disais, je trouve ce post très intéressant et il pourra faire débat (si Paul le souhaite) sur les propositions de Laurent S

    Je suis néanmoins d’accord que « vouloir piloter l’économie avec des instruments monétaires c’est chercher à résoudre la quadrature du cercle » … les instruments monétaires sont un des outils et vous en citez d’autres très pertinents.

    Je suis également d’accord sur « car s’il ne coûte plus rien de créer de la monnaie, la dépense de celle-ci peut générer un gaspillage de ressources naturelles rares. » et je le vois tout les jours dans mon coin avec des « dépenses pharaoniques » (grand théatre totalement inutile, mail en marbre qui sera quasiment inutilisé, « maison de la danse  » toute vitrée qui coutera une fortune à chauffer et surtout à climatiser, etc) … mais là nous sommes dans du contrôle politique qu’il ne faut pas oublier non plus. La monnaie n’est pas gratuite actuellement pour les collectivités locales (il va falloir augmenter les impôts pour payer les intérêts)… et ca ne « les » empêche pas de faire….

    Enfin, vous écrivez  » Enfin puisque les banques privées n’ont pas le droit de créer de l’argent elles ne pourront investir que l’argent que leur auront confié à cette fin les épargnants sachant que si la banque choisit mal ses débiteurs cette épargne sera perdue car à partir du moment où l’argent devient un bien public, il n’y a plus de préteur en dernier ressort car une banque ne pourra pas être débitrice d’une somme supérieure à ses fonds propres ou confiés afin d’être investis. »

    Oui, à une précision près : les banques pourront aussi prêter la monnaie qu’elles auront emprunté auprès de la BCE (en plus de l’argent des épargnants).

    Et je ne trouve pas « immoral » que le risque (qui apporte un gain plus grand si le risque est plus grand) ne soit pas couvert en dernier ressort par la collectivité… les investisseurs pourront (aussi) s’assurer et les intermédiaires (les banques) devront mieux jauger les risques… on évitera peut être de « produire pour produire ».

  25. @ J Jégu

    Merci pour la réponse mais elle ne me convainc pas complètement dans la mesure où cela supposerait que le patron de la banque centrale (institution) serait choisi aussi démocratiquement (de façon séparée? ) du choix des responsables politiques. Je ne vois pas l’intérêt.

    Quant à décider que le taux d’intérêt serait nul s’il n’y a pas d’intérêt collectif particulier à l’investissement, avec un objectif d’inflation nul, cela me paraît être un simple réglage d’offset à 0 avec cependant une charge symbolique formidable:

    – elle casserait l’idée de l’inéluctabilité de la croissance au moins monétaire.

    – elle laisserait déjà un réel bénéfice à l’investisseur, on sait bien que dans la vie réelle un bien (matériel ou social) qui n’est pas entretenu se dégrade forcément.

    De plus, elle rendrait caduque toute la discussion sur la création de (fausse) richesse ex nihilo et sur l’importance de la réserve fractionnelle.

    Elle permettrait aussi de changer complètement le rapport de l’argent au temps, et les dérives liées à la confusion actuelle entre les opérations à long terme et moyen terme.

    Elle permettrait aussi de dégonfler un peu les chevilles des financiers dans les entreprises, qui reprendraient la place un peu plus raisonnable.

    Je ne rêve quand même pas, mais un petit débat sur ce que permettrait cette r(évolution) pourrait être intéressant.

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