Archives par mot-clé : André Orléan

UN MANIFESTE POUR UNE ÉCONOMIE PLURALISTE, par François Leclerc

Billet invité.

« À quoi servent les économistes s’ils disent tous la même chose ? » s’interrogent à haute voix ceux qui s’alarment de la domination à prétention exclusive des représentants de l’orthodoxie au sein de l’université française ? Le constat n’est pas propre à la France, pas plus que les réactions s’y opposant, mais le courant mainstream ne cesse de progresser. Selon le pointage des auteurs du livre, dont c’est le titre (1), les professeurs d’université pouvant être qualifiés d’hétérodoxes ne représenteraient plus que 5 % de l’ensemble du corps professoral, et leur nombre continuerait de diminuer. Or ceux-ci pilotent le renouvellement du corps, dirigent les masters, encadrent les thèses, président les comités scientifiques des revues et des colloques et sélectionnent leurs pairs.

Un « Manifeste pour une économie pluraliste » (2) est proposé à la signature, qui aurait déjà recueilli plus de 5.000 signatures, en France et à l’étranger, auprès non seulement d’économistes, mais aussi de sociologues, de philosophes, de juristes et de « simples citoyens », dans la volonté affirmée de non seulement sauvegarder le pluralisme mais aussi de décloisonner la discipline. Une association qui regroupe 600 docteurs en sciences sociales (3), dont 90 % d’économistes, a été créée sous le nom de l’Association française d’économie politique (AFEP), qui renoue avec l’ancienne appellation de la discipline, refusant de sacrifier au mythe entretenu d’une prétendue science dure des tenants du courant néoclassique, qui cherchent « à élaborer une théorie mathématique du marché pour faire de l’économie une science exacte ». Alors qu’ils n’ont rien venu venir de la crise en cours.

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« Science » économique : Les orthodoxes et les hétérodoxes

Je viens de regarder la vidéo produite par le Xerfi : Économistes néo-classiques contre hétérodoxes, où André Orléan et Olivier Favereau commentent l’excommunication des économistes dans leur genre par Jean Tirole, récent récipiendaire d’un Prix Nobel d’économie décerné par des économistes dans son genre à lui.

J’ai déjà évoqué cette question dans un récent Le temps qu’il fait, plus précisément le 30 janvier, et j’ai rappelé que, n’étant pas un économiste, il s’agit d’une question qui ne me touche pas directement, et que quand M. Quatre…r, correspondant à Bruxelles du quotidien Libé…n, écrit quelque chose du genre (je cite de mémoire) : « Jorion, un économiste ? Ah ! Ah ! », je ne peux que le complimenter de restaurer ainsi la vérité dans ses droits.

Ceci dit, comme rien de ce qui est humain ne m’est étranger (*), j’aimerais faire les remarques suivantes sur ce que l’on entend dire dans cette vidéo.

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Keynes et la spéculation

On lit ceci dans A Tract on Monetary Reform que John Maynard Keynes publie en 1923 :

Le nombre de personnes comprenant ne serait-ce que les rudiments de la théorie des marchés à terme est à ce point limité, que l’occasion s’est présentée en 1920, et tout simplement entre Londres et New York, où un vendeur de dollars au comptant pouvait gagner du 6% annualisé au-dessus du taux à Londres pour de l’argent à court terme en convertissant ses dollars en livres sterling pour les reconvertir en dollars à échéance d’un mois ; tandis que, si j’en crois des chiffres qui m’ont été communiqués, il était possible à Milan à la fin du mois de février 1921, de vendre de la livre sterling au comptant et de la racheter à terme à un mois, et de s’assurer ainsi des gains à un taux annuel supérieur de 25%, voire plus, aux intérêts que l’on pouvait obtenir à Milan sur un dépôt en liquide d’un mois en lire (Keynes 1923 : 130).

Pourrait-on imaginer à la lecture de ce bref extrait qu’il ne s’agit pas là de stratégies que Keynes avait lui-même mises en pratique ? On sait par ailleurs que c’est à cette époque qu’il acquit des œuvres de Seurat, Signac, Picasso, Derain, Matisse et Renoir. Il perdit la quasi-totalité de ses gains spéculatifs en 1928 et 1929 mais se refit à partir de 1935 (Skidelsky 1992 : 29). Il mourut à la tête d’une fortune considérable.

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Les « forces collectives » proudhoniennes. Un complément à « Misère de la pensée économique », par Jacques Langlois

Billet invité.

Le fondement de l’économie chez Proudhon réside dans sa théorie des « forces collectives » résumée par la parabole de l’érection de l’obélisque de Louxor (« Qu’est-ce que la propriété » ou 1er mémoire sur la propriété, 1840). 200 grenadiers employés par l’Etat ont en une heure érigé l’obélisque. Supposons 200 ouvriers, contremaîtres et cadres payés par un capitaliste privé. Celui-ci aurait déboursé 200 heures de travail, pensons à 1 ouvrier payé pendant 200 heures : l’obélisque serait resté par terre. Conclusion : le capitaliste ne paye pas la force collective résultant de la combinaison des efforts, de leur coordination dans la division des fonctions. Ce n’est pas seulement un « effort collectif » et une coordination. C’est en fait une « composition » de 2 éléments inséparables et associés quoique distincts : la division du travail qui rend en même temps les fonctions interdépendantes et solidaires, d’un côté, et la formation des coûts qui résulte de la coopération et de la productivité de l’association des deux aspects dans la production, de l’autre. C’est avec les effets de la force collective (que Marx reprendra sous forme de « forces productives ») que l’on comprend « l’aubaine » du capitaliste qui empoche le surplus dégagé par les forces collectives tout en ne payant ses salariés que un par un.

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