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La soupe à la grimace, par Bertrand Rouziès-Leonardi

  • Billet invité.

Émile ZolaLes événements en Turquie, usine du monde qu’on pensait acquise à la sauvagerie capitaliste, devraient nous donner une idée de ce que, dans l’urgence, les hommes, si faibles soient-ils, sont capables de bricoler. Ils ramassent autour d’eux les outils que l’histoire et l’actualité ont laissé tomber, et ils les font servir à la défense du bien commun. Tout ou presque (le feu couvait depuis quelque temps déjà) est parti à la diable d’une place, la place Taksim (taksim = « improvisation » en turc, cela ne s’invente pas), qui occupe le sommet de la colline de Galata, en face de la vieille ville d’Istanbul. Galata, c’est l’ancienne colonie génoise de Pera, mot grec qui signifie « au-delà », pour « au-delà de la Corne d’Or », la Corne d’Or étant cet estuaire aurorifère des prospectus touristiques où les ors du matin se pêchent toute la journée dans des nuages de méduses.

Belle improvisation en provenance de l’au-delà… cet au-delà turc que l’Europe prétendument chrétienne a refoulé sans ménagement pour crime de confession concurrente, en sorte que la Turquie, à présent, regarde ailleurs, quoiqu’il n’y ait aucun parti recommandable à épouser à proximité. Je rappelle, en passant, que les racines chrétiennes de l’Europe sont en Afrique du Nord (plus de 130 évêchés connus dès le IIIe siècle apr. J.-C.) et en Asie Mineure, où la nouvelle religion prit beaucoup mieux et dans une bien plus large mesure que dans les parages de Rome ou de Lutèce.

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GUERRE CIVILE NUMÉRIQUE : DERNIÈRES NOUVELLES DU FRONT

J’avais évoqué la semaine dernière, dans Certains lanceurs d’alerte sont de grands naïfs !, la distinction que font les gouvernements entre les lanceurs d’alerte qui arrangent (et qu’il faut protéger bien que personne ne leur veuille en réalité le moindre mal), et ceux qui dérangent (et qu’il convient de mettre sous les verrous). Le Monde revient sur le cas de

L’ancien agent de la CIA John Kiriakou […] condamné le 25 janvier à trente mois de prison pour avoir divulgué au New York Times les noms des agents de la CIA impliqués dans les interrogatoires des militants d’Al-Qaida.

Également mentionné par Le Monde, un avertissement adressé par Anonymous au mouvement identitaire anglais English Defence League :

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UNE MENACE SANS PRÉCÉDENT (OU PRESQUE)

Vous vous souvenez de ce que le Vice-Président américain Dick Cheney a dit de Saddam Hussein en 2001 ? Non, je veux dire avant qu’il ne soit question d’« armes de destruction massive ». Il a dit qu’il était de mèche avec Al-Qaïda, sous-entendant que s’il n’était un terroriste lui-même, c’était quand même pratiquement la même chose. Bien que divers rapports officiels aient démenti au fil des ans l’existence de contacts entre Saddam Hussein et Al-Qaïda, un sondage d’opinion en 2005 révélait que 63 % d’Américains étaient toujours convaincus de l’existence de tels liens.

Faisons maintenant un saut dans le temps de neuf ans pour nous retrouver la semaine dernière à la Maison Blanche à Washington. Selon le Wall Street Journal en date d’hier, 21 février, une réunion s’y tenait, présidée par le Général Keith Alexander, directeur de la National Security Agency (*), l’agence qui essaie en particulier de savoir tout ce qui se dit dans le monde au téléphone, sur l’Internet ou autrement. « Différents scénarios ont été évoqués, rapporte le Wall Street Journal, dont l’un dans lequel un gouvernement étranger disposant d’une capacité d’attaque [numérique] en confiait l’exécution (outsourcing) à un groupe comme Anonymous, ou bien si un adversaire des États-Unis comme Al-Qaïda recrutait des hackers pour monter une attaque numérique ».

La loi SOPA (Stop Online Piracy Act) vacille depuis la grève conjointe de Wikipedia, Google et des réseaux sociaux. Le traité international ACTA (Anti-Counterfeiting Trade Agreement) a du plomb dans l’aile depuis que plusieurs pays hésitent à le signer. À Washington, on n’en a cure apparemment : vu le danger que les contestataires de l’Internet représentent manifestement, on envisage de recourir contre eux à des moyens plus… comment dire…

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(*) « La NSA/CSS (National Security Agency/Central Security Service, en français « Agence de sécurité nationale / Service central de sécurité ») est un organisme gouvernemental des États-Unis, responsable de la collecte et de l’analyse de toutes formes de communications, aussi bien militaires et gouvernementales que commerciales ou même personnelles, par radiodiffusion, par Internet ou par tout autre mode de transmission » (Wikipedia).

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