Archives par mot-clé : Barclays

L’actualité de la crise : LA LEÇON D’ANATOMIE N’EST PAS FINIE, par François Leclerc

Billet invité.

Le dossier végétait depuis des années, mais il ne semble pas près d’être classé. Descendante de la banque fondée en 1770 par la famille Quaker des Gurney, Barclays est arrivée au terme de sa mue, au centre d’un scandale comme seuls les financiers savent en produire. Autre temps, autres mœurs !

On hésite à parler de dysfonctionnement du système, tant la manipulation du Libor semblait être devenue chose naturelle, à lire les échanges de mails entre les traders qui la pratiquaient, entretemps devenus des lampistes tout trouvés. C’est, on le sait, le propre des corrompus et des privilégiés de considérer leurs prébendes comme allant de soi. Ce qui prête à un jeu de mots facile sur le « Liebor », de to lie qui signifie mentir.

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AUDITION DE BOB DIAMOND, P-DG. DÉMISSIONNAIRE DE BARCLAYS, DEVANT UNE COMMISSION PARLEMENTAIRE BRITANNIQUE

J’ai regardé en direct l’audition de Bob Diamond, qui a démissionné hier de son poste de P.-DG de la banque britannique Barclays.

Diamond est extrêmement poli mais sa tactique dans ses réponses aux questions qui lui sont posées est très habile : plus un parlementaire britannique l’interroge brutalement, plus il souligne dans sa réponse la complicité qui les liait antérieurement, recourant abondamment aux prénoms de ses interrogateurs dans les réponses qu’il fait (jouant du fait que ceux-ci seront obligés d’excuser cette familiarité comme étant un « américanisme » pardonnable au nom des bonnes relations internationales), ou disant par exemple : « John, c’est là un sujet dont, tu le sais bien, nous avons déjà eu l’occasion de discuter dans le passé, toi et moi, en de très nombreuses occasions … », etc.

L’intention de Diamond est évidemment de sauver sa réputation et ses bonus passés (dont la responsabilité, affirme-t-il, n’est pas la sienne mais celle de la Barclays). Mais pour vous et moi, qui ne les connaissons personnellement ni lui ni les autres, le sentiment qui émane de tout cela est que tous ces braves gens, accusé comme accusateurs, sont en réalité copains comme cochons et théâtralisent pour des raisons de « com » essentiellement, une hostilité convenue, un antagonisme de pure façade.

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LIBOR : LE RETARD À L’ALLUMAGE DE L’INDIGNATION

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La version chinoise de ce billet se trouve ici.
The English version of this post can be found here.

Le paradoxe du « scandale du LIBOR » de 2008 – en plus de son goût de réchauffé en 2012 – c’est que, comme j’y faisais allusion à l’époque, et comme je l’ai rappelé il y a quelques jours, la fraude découlait pour une fois d’un bon sentiment : la « philia » aristotélicienne, la bonne volonté mise par chacun pour que l’activité commune puisse se poursuivre, en l’occurrence, l’existence-même du système financier.

La « surprise » de la journée d’hier a été que ce serait M. Paul Tucker, Vice-Gouverneur de la Banque d’Angleterre, qui aurait conseillé à Bob Diamond, P-DG démissionnaire hier de la Barclays, de mettre la pédale douce quand la banque transmettait le montant des taux que ses consœurs exigeaient d’elle pour lui prêter à diverses échéances.

Dans un mémorandum adressé par Diamond le 29 octobre 2008 à John Varley, P-DG de la Barclays à l’époque, il expliquait que Tucker l’avait appelé la veille pour lui demander pourquoi la banque mentionnait souvent des taux plus élevés que les autres banques dont l’avis contribue à déterminer le montant du LIBOR. Tucker expliquait que son appel était motivé par le fait qu’il recevait de nombreux coups de fil de membres du gouvernement. « M. Tucker a déclaré que le niveau dont proviennent les appels du gouvernement est « haut placé », rapportait Diamond, et que, bien qu’il soit certain que nous n’avons nul besoin d’être conseillés, il n’est pas toujours nécessaire que les taux mentionnés par nous soient aussi élevés que ceux transmis récemment ».

J’ai expliqué vendredi dans La manipulation du LIBOR pourquoi il était de l’intérêt des banques telles la Barclays, de l’intérêt de la Banque d’Angleterre, de l’intérêt des personnalités haut placées du gouvernement, de l’intérêt de la Grande-Bretagne et de l’intérêt des marchés financiers tout entiers, de mentir à la baisse à cette époque-là puisque chacun à sa manière courait à sa perte s’il en avait été autrement.

C’est le propre du retard à l’allumage de l’action pénale (l’amende de 359 millions d’euros infligée à la Barclays le 27 juin) et de l’indignation populaire, que le scandale, pourtant connu dès avril 2008 (voir mon billet : L’affaire du LIBOR), éclate sur le plan médiatique seulement quatre ans plus tard, emportant dans la bourrasque (certains diront « enfin ! »), dirigeants de banques commerciales, de Banque Centrale, et politiques de haut niveau, tous rassemblés par une inhabituelle « bouffée de philia », dont ils sont – quelle ironie ! – bien punis.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : TOUT FOUT LE CAMP ! par François Leclerc

Billet invité

Comme l’a rappelé Paul Jorion en mentionnant ses articles de l’époque, l’affaire du Libor trainait depuis des années, mais l’abcès vient finalement de crever avec la mise en cause officielle de la banque Barclays. Dans son papier du Financial Times, Gillian Tett rappelle comment elle avait commencé il y a cinq ans à poser des questions à ce sujet et suscité alors les réactions furieuses de la British Bankers’ Association (BBA) et de… Barclays.

La question est désormais posée de savoir jusqu’où cette nouvelle affaire va aller, si l’on ne s’en tient pas aux déclarations outrées de circonstance qui rivalisent d’indignation, dans l’attente d’une audition parlementaire de Bob Diamond, le patron de Barclays. George Osborne, le chancelier de l’Échiquier (ministre des finances anglais) donne le ton en déclarant que « la cupidité a été élevée au dessus de toute autre considération » et Ed Miliband, le leader travailliste, que « lorsque les gens ordinaires ne respectent pas la loi, ils doivent faire face à des poursuites et encourent des peines ». Ken Clarke, le ministre de la justice, vient d’annoncer que « des investigations doivent bien sûr encore être menées, mais une fois que ces enquêtes seront terminées, si des délits ont été commis, leurs auteurs devront être traduits en justice ». Il a poursuivi en déclarant : « Nous ne traitons pas comme il le convient les délits financiers au plan judiciaire dans ce pays. Je pense qu’il est plus facile de s’en tirer quand on commet un délit financier que pratiquement n’importe quel autre délit ».

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L’actualité de la crise : TRANCHE DE MAUVAISE VIE, par François Leclerc

Billet invité.

La vie des banques est passionnante, la suivre ne l’est pas moins.

Aux Etats-Unis, on apprenait ainsi que deux cadres supérieurs de Goldman Sachs étaient en train de réunir des fonds afin de constituer un nouvel hedge fund, présenté comme indépendant de la banque et qui sera basé à Londres. Plus précisément, ce sont les responsables de Goldman Sachs Principal Strategy desk (GSPS), la plus lucrative des divisions internes, qui ont trouvé – pour commencer – 300 millions de dollars auprès d’un important hedge fund suédois, Brummers & Partners. Celui-ci va également prendre une participation dans la nouvelle structure, dont le nom n’a pas encore été rendu public.

Cette opération succède à d’autres de même nature, effectuées au fils des ans par d’autres cadres de GSPS, mettant cette fois-ci un point final à l’activité spéculative sur fonds propres de Goldman Sachs, désormais interdite par la loi Dodd-Frank. Sans que l’on puisse clairement établir de liens financiers entre ces hedge funds et l’ancien employeur de leurs managers, tout en enregistrant la confirmation que, comme annoncé, l’interdiction des activités sur fonds propres (proprietary trading) allait inévitablement renforcer ce qui est appelé aux Etats-Unis le shadow banking, la banque de l’ombre.

Morgan Stanley, pour ne pas être en reste, vient d’annoncer qu’elle a signé un accord avec les salariés de sa division en charge de la même activité, pour la leur vendre.

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L’actualité de la crise : TRANSPARENTES PAROLES DE BANQUIER, par François Leclerc

Billet invité.

Concours de beauté ou tour de passe-passe ? A les écouter, on ne sait plus trop quoi penser des discours que nous délivrent les banques européennes. Toutes en sourire, certaines affectent d’être prêtes à franchir l’obstacle de Bâle III, tandis que d’autres continuent d’agiter le chiffon rouge du crédit plus cher et moins abondant qui en résultera. Faut-il toutes les croire ?

Ce qui est certain, c’est qu’il leur faut être prêt sans tarder, la course allant être lancée par le G20, qui va dans les jours qui viennent poser un acte se voulant essentiel, avec l’adoption des mesures de renforcement des fonds propres adoptées par le Comité de Bâle. Avec l’intention – perdue d’avance – de reléguer autant que possible au second plan ses désaccords internes sur le sujet brûlant du moment : la guerre des monnaies. Sans s’attarder sur le chapitre suivant de la réglementation, qui vise à se prémunir contre le risque systémique en durcissant encore plus les critères de fonds propres, perspective qui déclenche un tir de barrage des mégabanques et qui est prudemment repoussée.

Ces dernières affichent qu’elles vont anticiper le calendrier réglementaire en passe d’être décidé, mais qu’il ne faudrait pas davantage charger la barque. Qu’elles vont parvenir à rentrer dans les clous en réglant les dividendes en actions, ou en affectant aux réserves les résultats qu’elles accumulent actuellement aux bons soins des banques centrales, sans avoir besoin d’augmenter leur capital en faisant appel aux actionnaires ou en l’ouvrant à d’autres. Quitte à céder des actifs ou, mieux encore, à accroître les résultats de leur activité de dépôt grâce aux frais bancaires.

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