Archives par mot-clé : Barclays

LES DARK POOLS PORTERAIENT-ELLES BIEN LEUR NOM ?, par François Leclerc

Billet invité

Le vent de nouvelles poursuites continue à souffler depuis les États-Unis. Après le trading à haute fréquence, c’est au tour des dark pools d’être l’objet qu’enquêtes et de poursuites. Originellement destinées à protéger les gros investisseurs des regards inquisiteurs et des spéculations à leur encontre, ces entités ont poussé comme des champignons. Il existe une cinquantaine de dark pools dont il est tardivement découvert qu’elles sont sans supervision et pourraient être le siège discret de pratiques contrevenant à la libre formation des prix, cette mission dévolue aux bourses traditionnelles. Des grandes banques européennes – dont UBS, Crédit Suisse et Barclays – sont à l’origine des plus importantes. La SEC (le gendarme de la bourse américain) a déjà formulé des premières propositions de réglementation des dark pools et en a annoncé de nouvelles. Elle est déjà intervenue dans le cas de l’une d’entre elles, Liquidnet, qui faisait bénéficier des investisseurs d’informations privilégiées sur les transactions qui y étaient opérées.

Le procureur général de New York, Eric Schneiderman, a commencé par enquêter à propos de tels comportements en faveur des opérateurs à haute fréquence. Puis il a enjoint à six de ces opérateurs de fournir des informations à propos de tels arrangements à un tribunal (procédure de subpoena). Il a poursuivi en annonçant des poursuites contre Barclays, qui chercherait en procurant ces avantages à attirer au sein de sa dark pool des opérateurs de trading à haute fréquence afin de gonfler son activité et ses revenus. Aux États-Unis, 14 % des transactions boursières seraient déjà effectuées via ces systèmes de transaction.

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LE MONDE, « Réalité comptable » et vérité, lundi 17 – mardi 18 mars 2014

« Réalité comptable » et vérité

Dividendes accordés aux actionnaires en hausse, bonus accordés aux dirigeants des mêmes entreprises en hausse eux aussi, alors que leurs résultats sont en berne. Ne s’agit-il pas pourtant pour ces deux postes, dividendes et bonus, de parts prélevées sur les bénéfices ?

M. Antony Jenkins, patron de la banque britannique Barclays depuis août 2012, époque où celle-ci avait été décapitée suite au scandale de la manipulation des taux LIBOR, détient peut-être la clé du mystère.

À son entrée en fonction M. Jenkins avait promis de mettre un terme à la culture d’avidité et de corruption qui avait conduit à la déchéance de la banque, assurant en particulier qu’elle renouait avec le quakerisme de ses origines. Or, malgré ses bonnes intentions, le chef de la Barclays est aujourd’hui sur la défensive pour avoir augmenté les bonus de 200 millions de livres (240 millions €) alors que les chiffres de sa banque sont en baisse. M. Jenkins a affirmé que si une banque cesse de verser de gros bonus, « elle entre dans une spirale mortifère. Votre image de marque se détériore et vous pouvez très rapidement tomber de la première à la deuxième ou à la troisième division… ».

Le patron de la Barclays aurait pu dire que le meilleur moyen de devenir riche est d’avoir déjà l’air d’être riche. La banque BCCI l’avait bien compris au temps de sa splendeur dans les années 1980 : elle avait obtenu de quelques milliardaires, contre rémunération, qu’ils affirment confier leurs intérêts à la banque – ce qu’ils se gardaient bien de faire par ailleurs. Quand la BCCI s’avéra être une usine à traiter l’argent sale, elle s’effondra.

Plus le climat se détériore, plus il est important pour apparaître différent des autres, d’avoir l’air en bonne santé, et donc d’augmenter les dividendes distribués et les bonus attribués. Principe contradictoire avec le fait qu’il s’agit de postes alimentés par les bénéfices et, moins ceux-ci sont substantiels, plus minces devraient être les sommes à distribuer. Certains critiques de Jenkins le lui ont rappelé : réduisez la manne à distribuer au prorata de la baisse des bénéfices et si certains employés ne peuvent être pénalisés selon vous à aucun prix, modifiez le barème en leur faveur.

Augmenter dividendes et bonus quand l’entreprise est en difficulté équivaut à son pillage. Sa dépouille est dépecée entre dirigeants et actionnaires aussi longtemps que l’illusion perdure. Quand celle-ci se dissipe, le prix de l’action s’effondre et la firme fait faillite.

Apparaît ici la marge de manœuvre considérable dont disposent les dirigeants d’une firme dans l’allocation des bénéfices mentionnés à son bilan. C’est à tort qu’on imagine que le roc des chiffres comptables prévient toute dérive de dividendes et de bonus en hausse dans une conjoncture de bénéfices en baisse, au détriment d’autres postes comme le refinancement de la firme ou la recherche et le développement, sans même mentionner le parent pauvre du partage des bénéfices, pour ne pas dire son souffre-douleur : les salaires des employés du rang, que les a priori de la règlementation comptable considèrent des coûts plutôt que les « avances » en travail » qu’ils sont en réalité.

Témoin du caractère de moins en moins déterminant des chiffres comptables dans le partage des bénéfices, le fait que l’on préfère parler aujourd’hui de « chiffres de reporting », suggérant qu’ils ont valeur informative plutôt que contraignante.

Les chiffres financiers publiés au bilan sont le visage de l’entreprise que les dirigeants veulent offrir aux actionnaires, reflet d’un bras de fer séculaire engagé entre eux. Exercice ambigu par nature puisque l’idéal supposé de transparence est neutralisé par le souci censément légitime des firmes de ne rien révéler de leur véritable fonctionnement, domaine du « secret commercial ».

Les stock options furent inventés en 1975 pour araser l’antagonisme entre dirigeants et actionnaires. Grâce à elles, ceux-ci bénéficient tous ensemble d’une hausse du cours de l’action, et leurs intérêts s’alignent. Il était jusque-là de l’intérêt des dirigeants de veiller à l’intégrité des chiffres financiers, rempart contre l’avidité des actionnaires. Avec les stock-options cela cesse d’être le cas.

S’ouvrit alors l’ère de la comptabilité dite « imaginative » où les grandes firmes d’audit surent s’illustrer.  On garde le souvenir par exemple du « cash swap », dont la logique fut approuvée dans un livre blanc de la firme d’audit Arthur Andersen, qui accompagna en 2001 sa cliente Enron dans sa chute. Dans le cash swap les deux contreparties échangent des sommes identiques (oui, vous avez bien lu !), transaction censée constituer davantage qu’une opération blanche au prétexte que les sommes « échangées » sont comptabilisées sous des rubriques différentes chez l’une et l’autre partie et relèvent de traitements fiscaux distincts.

Si les dirigeants d’entreprise disposent d’une marge de manœuvre considérable dans les décisions qu’ils prennent à partir du portrait comptable de leur firme, celui-ci évalue très mal de son côté son état de santé. Pensons en particulier aux deux variables que sont le taux d’escompte utilisé pour actualiser les flux de trésorerie futurs et la dépréciation du goodwill, la valeur marchande de l’image de marque telle qu’elle se reflète dans la capitalisation boursière de l’entreprise, variables auxquelles le bilan global est très sensible. C’est la direction de la firme qui décide s’il y a eu ou non dépréciation du goodwill, tandis que la détermination du taux d’escompte des flux de trésorerie à venir intègre de manière synthétique sa vision subjective de son propre avenir, de celui de sa branche et, pourquoi pas ? du futur de la planète tout entière.

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rtbf, MATIN PREMIÈRE, 5/5 de Marie Vancutsem dans le 5-7, mardi 8 octobre à 5h45

Deuxième épisode : L’affaire Kerviel – le scandale du LIBOR.

Marie Vancutsem reçoit cette semaine l’anthropologue Paul Jorion, observateur avisé du monde de la Finance.

Toute cette semaine nous balayons large : bilan 5 ans après le déclenchement de la crise, perspectives, alternatives possibles – ou non – au capitalisme tel qu’on le connait aujourd’hui. Ce matin, on va regarder de près les liens entre Finance et Justice. Des liens complexes, influencés par des enjeux majeurs. C’est donc ce que l’on voit tout de suite, avec Paul Jorion.

Le podcast est ici.

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L’actualité de demain : COMMENT VONT NOS PETITS MALADES, AUJOURD’HUI ? par François Leclerc

Billet invité.

Fleuron des mégabanques allemandes, la Deutsche Bank vient de passer de nouvelles provisions pour risque de 630 millions d’euros. Elle devrait par ailleurs s’engager dans une réduction qui pourrait être de 12% de la taille de son bilan, afin de le diminuer de 250 milliards d’euros (sur 2.012 milliards fin 2012) en taillant dans ses produits dérivés, marché sur lequel elle est l’un des grands intervenants mondiaux. Enfin, elle pourrait augmenter son capital de 6 milliards d’euros, mais attend de connaître quels instruments seront autorisés parmi les obligations convertibles, de la dette pouvant dans certaines conditions être transformée en capital. C’est un des grands enjeux des discussions qui se poursuivent, principale variable d’ajustement de la future réglementation bancaire avec l’évolution des normes comptables.

Autre exemple, afin de se rapprocher de l’objectif d’un effet de levier de 3% entre capitaux propres et actifs, la Barclays britannique va sans attendre procéder à une émission de nouvelles actions pour lever 5,8 milliards de livres, mais assorties d’une prudente décote de 40% par rapport au prix de marché afin de garantir sa souscription. Que ce soit la Barclays ou la Deutsche, les deux établissements ont dû faire face – ou se préparent à le faire – à de lourdes amendes pour des malversations diverses. Barclays, ainsi d’ailleurs que JP Morgan Chase aux États-Unis, a été accusée de manipulations des prix de l’électricité sur les marchés américains par la Commission fédérale de régulation de l’énergie (FERC) et a écopé d’une amende de 300 millions de livres. Celle que devrait payer JP Morgan Chase dans le cadre d’un accord amiable serait de 400 millions de dollars. Deutsche Bank et Barclays sont toutes deux impliquées dans la manipulation du Libor, la seconde déjà condamnée.

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LE MONDE-ÉCONOMIE, Réglementation bancaire : six ans d’hésitations, lundi 25 – mardi 26 février 2013

Réglementation bancaire : six ans d’hésitation.

L’effondrement du prix des « Asset-Backed Securities » (titres garantis par des actifs) américaines adossées à des prêts hypothécaires subprime date aujourd’hui de six ans. C’est à la mi-février 2007 que le prix de ces titres à la réputation désormais sulfureuse subit une dépréciation brutale, reflet du défaut en masse des emprunteurs défavorisés qui les avaient souscrits.

La réglementation financière a-t-elle significativement changé en réponse à l’effondrement global du système financier en septembre 2008 ? Non : les quelques mesures qui ont été prises depuis sont en retrait significatif par rapport à ce qui avait été considéré comme indispensable à l’époque.

Chacun s’accordait à penser qu’il fallait démanteler les banques dites « too big to fail », trop importantes pour pouvoir faire défaut sans que le système financier ne s’effondre à leur suite, le risque que constituent ces banques rebaptisées « systémiques » s’étant brutalement révélé insoutenable.

Devant la levée de boucliers des banquiers, la mesure a été abandonnée : on a préféré prôner que les banques « systémiques » constituent des provisions plus importantes. La Banque des règlements internationaux à Bâle (BRI), la banque centrale des banques centrales, a proposé que l’on relève de quelques points le pourcentage de leurs réserves en fonds propres. Il est apparu rapidement qu’un tel renforcement restreignait leur capacité à prêter, et le moment où elles devraient constituer de telles réserves a été repoussé dans le temps en raison de leur « impact négatif sur la stabilité des marchés financiers ».

Neil Barofsky, qui fut jusqu’en 2011 Inspecteur général du Troubled Assets Relief Program (TARP), le plan de sauvetage des banques américaines déclenché à l’automne 2008, a évoqué le 7 février dans une tribune publiée par le Financial Times la « doctrine Geithner », secrétaire au Trésor durant le premier mandat de Barack Obama, que l’affaire du LIBOR incarne selon lui parfaitement. Cette « doctrine » consisterait à imposer aux banques des mesures « ayant sur elles un impact minime mais générant le communiqué de presse le plus impressionnant possible ». Barofsky ajoute : « Certaines banques sont aujourd’hui encore trop grosses pour faire défaut – et toujours trop grosses pour faire de la prison ».

Notons que la « doctrine Geithner » a également atteint la rive opposée de l’Atlantique où l’on n’hésite pas à requalifier les « banques systémiques » de « banques universelles », une dénomination lénifiante qui transforme, par la magie du verbe, le vice pour lequel on les blâme en vertu pour laquelle il convient de les louer.

Six années pendant lesquelles les « trois pas en avant, deux pas en arrière » des projets de réglementation financière ont prouvé que le changement en la matière ne viendra pas des politiques. Les récents développements touchant la banque britannique Barclays montrent que c’est seulement lorsque l’opinion publique s’émeut qu’un tournant dans la gestion bancaire peut intervenir.

Quand, en juin 2012, a été rendu public le fait que la Barclays aurait à s’acquitter d’une amende de 337 millions d’euro pour avoir manipulé les taux du Libor (qui détermine le taux des prêts interbancaires), l’indignation de l’opinion a pris au dépourvu les autorités britanniques. Le versement de l’amende était conçu comme une manière de clore l’affaire, et il n’avait pas été envisagé que les informations détaillées relatives à la fraude renforceraient un écœurement né l’année précédente lors de la révélation de la mise sur écoute des citoyens britanniques par l’empire de presse de Rupert Murdoch, de sa corruption des services de police et de la classe politique de tous bords. Les auditions de dirigeants de la Barclays devant une commission parlementaire ont conduit à une vague de démissions dans la direction de la banque, qui a été proprement décapitée.

Les choses ont depuis rapidement changé : le nouveau patron, Antony Jenkins, a annoncé que la Barclays, issue au XVIIe siècle des milieux d’affaire Quaker, allait renouer avec l’honorabilité de ses origines, et a annoncé dans un geste symbolique que la banque se retirait de la spéculation sur les matières premières, activité qui lui avait pourtant permis d’engranger l’équivalent de 580 millions d’euros en 2010 et 2011 sur les denrées alimentaires seulement.

L’enseignement à tirer des péripéties de la Barclays est cruel : devant l’absence de détermination de la classe politique à nettoyer les écuries d’Augias, seule une pression directe de l’opinion publique obtient des résultats tangibles. Il faut encore pour cela, comme le cas britannique le démontre, que les media embraient et se fassent le porte-voix d’une opinion publique excédée. Espérons pour l’avenir de la démocratie en Europe que le Royaume-Uni, à l’heure où il est vertement critiqué par les autres nations du continent, ne reste pas de ce point de vue un cas isolé.

 

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DANS LA FAMILLE LIBOR, RIEN NE VA PLUS, par François Leclerc

Billet invité, paru cette semaine dans La Tribune

Après Barclays et UBS, RBS vient à son tour de se voir infliger une énorme amende au titre de ses manipulations des taux de référence du marché monétaire du Libor. En vertu de ce qui semble être un jeu de bascule, les amendes pleuvent pendant que la régulation financière piétine, pouvant faire croire que les premières sont finalement considérées plus dissuasives que les secondes, ou bien que les régulateurs interviennent là où ils ont les coudées plus franches.

Cela n’est pas fini, car une dizaine d’entre eux poursuivent des enquêtes impliquant une vingtaine de banques. Après s’être élargie du Libor à l’Euribor, la suspicion gagne le Tibor au Japon. Un ex-trader japonais y accuse les banques d’avoir constitué un cartel et de faire monter artificiellement le Tibor, avec pour effet de profiter du différentiel entre celui-ci – sur lequel leurs crédits sont indexés – et le yen Libor dont leur financement dépend. La famille entière de ces taux qui influent sur les prix de milliers de milliards de dollars d’actifs est désormais touchée, les cas de tricherie bénéficiant de procédures permissives se sont généralisés en raison d’un conflit d’intérêt exemplaire.

L’actuel projet britannique de réforme ne prend pas le chemin de le réduire. La British Banker’s Association mise hors jeu, les banques faisant partie du futur panel devront être autorisées par le FSA, le régulateur, et le nombre d’indices (suivant les maturités et selon les monnaies) sera restreint. Des contrôles ponctuels seront effectués pour vérifier la véracité des déclarations des banques, et celles-ci resteront confidentielles pendant trois mois, afin d’éviter toute stigmatisation (en cas de taux élevé d’une banque).

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LE POINT, Comprendre le Liborgate, le 18 juillet 2012

Comprendre le Liborgate

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Paul Jorion* a travaillé de 1998 à 2007 dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il livre sa vision du « Liborgate » qui éclabousse les banques britanniques.

Le Point.fr : Qu’est-ce que le taux « Libor » et à quoi sert-il ?

Paul Jorion : C’est le taux auquel les banques se prêtent entre elles. Chaque établissement déclare les taux qu’exigent les concurrents pour prêter à trois mois, à six mois, à un an. C’est un taux qui est ensuite essentiellement utilisé pour définir les taux des prêts (à la consommation, au logement), surtout lorsqu’ils sont variables.

Comment les banques britanniques ont-elles manipulé le Libor ?

Dans la période 2004-2007, les banques ont un peu triché dans leurs déclarations, soit à la hausse, soit à la baisse. Mais elles ont triché dans des limites modestes, c’est-à-dire d’un point de base à un point et demi de base, soit un centième de pour cent. Comme une banque seulement trichait parmi un panel de 16, qui sert à établir le Libor, l’impact était extrêmement modeste, sauf en cas d’entente entre elles, bien sûr.

Pourquoi les banques ont-elles cherché à manipuler ce taux Libor, alors ?

Pendant la période de 2004 à 2007, dont je viens de parler, il s’agit d’initiatives individuelles de traders dans les banques. Ils appellent un copain dans le service qui déclare le taux et lui demandent une petite baisse ou une petite hausse, qui va arranger leurs positions de marchés.

Pendant une seconde période, de 2007 à 2009, le mécanisme était tout à fait différent. Les hommes politiques appelaient les dirigeants de la banque centrale, la Banque d’Angleterre, pour leur dire de faire baisser massivement le Libor et sauver le système financier. Ces derniers appelaient à leur tour les dirigeants des banques pour faire baisser les taux. Mais, cette fois, la baisse atteignait de 20 à 30 points de base, c’est-à-dire 20 à 30 fois plus que les manipulations de la période précédente ! Cela s’explique, car le taux demandé à une banque est une information sensible : il comprend une prime de risque – la part prédominante de ce taux en cas de crise -, qui reflète le degré de confiance des autres banques en sa capacité de remboursement et de versement des intérêts. Plus le risque de non-remboursement est important, plus le taux réclamé augmente.

Le scandale du Libor a donc servi à prévenir une faillite du système financier mondial ?

Tout à fait. Quand un banquier comme le directeur des opérations Jerry del Missier est interrogé sur son manque de réaction face à des ordres de manipulations des taux, il répond que c’était une décision raisonnable puisqu’elle permettait de sauver le système…

Pourquoi cette affaire suscite-t-elle aujourd’hui autant d’indignation ?

Tout d’abord, ce scandale est relativement ancien puisque la dernière manipulation remonte à 2009. La raison pour laquelle cela a déclenché un scandale aujourd’hui, c’est l’état de l’opinion publique britannique. Il y a trois ou quatre semaines, elle apprend la condamnation d’une première banque, la Barclays, à quelque 365 millions d’euros d’amende (non pas que les autres soient innocentes, mais parce que le processus se fait une banque à la fois). Cette annonce intervient dans un contexte où l’opinion est extrêmement remontée contre la classe dirigeante. Elle surréagit. Le président de la banque centrale d’Angleterre et le président de la Financial Services Autority ont d’ailleurs avoué avoir été étonnés par l’ampleur de l’indignation. C’est aussi parce qu’elle intervient dans le sillage de l’affaire Murdoch. L’opinion a découvert en juillet dernier que Rupert Murdoch avait pris un ascendant sur les affaires d’une manière extraordinaire, avec 4 000 téléphones portables piratés ! Par ailleurs, on peut trouver tous les jours des informations défavorables à l’establishment financier, comme le scandale de blanchiment d’argent par HSBC. L’indignation, voire l’écœurement, a atteint un tel niveau que toutes les nouvelles qui occupaient auparavant la 17e page des journaux apparaissent maintenant en une.

Comment les banques ont-elles pu en arriver à un tel sentiment d’impunité ?

D’abord à cause du mouvement de déréglementation et la suppression, aux États-Unis, du Glass-Steagall Act (loi de séparation des banques de marché et de dépôts, NDLR) en 1999. Les administrations américaines ont ensuite été extrêmement favorables aux milieux des affaires et les fonds des services de surveillance ont été coupés. Il y a eu aussi la dépénalisation des crimes financiers. C’était un des grands projets de monsieur Sarkozy en particulier.

La séparation des banques de marché et des banques qui collectent les dépôts des épargnants est-elle une solution ?

Pour moi, le problème n’est pas de séparer l’activité de spéculation des banques de l’activité classique d’intermédiation. Il faut interdire purement et simplement la spéculation. Le fait d’interdire aux banques d’utiliser l’argent de leurs déposants sur les marchés ne sera qu’un frein à la spéculation, elles emprunteront l’argent ailleurs. Il ne faut pas se contenter de spécialiser certaines banques dans la spéculation, cela n’a aucun sens économique. La spéculation ne joue aucun rôle économique. Elle était interdite en France jusqu’en 1885. Il existe trois articles dans le Code pénal et le Code civil qui interdisent la spéculation. Il suffit de revenir sur leur abrogation.

* Auteur de Misère de la pensée économique, à paraître chez Fayard le 3 octobre.

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ATLANTICO.fr, Scandale du Libor : les banquiers sont-ils totalement indignes de confiance ?

Scandale du Libor : les banquiers sont-ils totalement indignes de confiance ?

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Peut-on faire confiance à un banquier ? C’est en effet la question que l’on est obligé de se poser à la lumière de l’« affaire du LIBOR » qui a éclaté en avril 2008 et qui a connu un rebondissement dramatique quatre ans plus tard, le 27 juin dernier, quand fut rendue publique la condamnation de la banque britannique Barclays à s’acquitter d’une amende au montant exceptionnel, équivalent à 365 millions d’euros, pour avoir manipulé la famille de taux appelée LIBOR à la détermination desquels la Barclays participe quotidiennement aux côtés de 15 autres banques à l’époque des faits, et de 17 autres aujourd’hui.

Le processus de détermination de ces taux LIBOR, valant pour les prêts en dollars, consiste à contacter quotidiennement un certain nombre de banques, à leur demander quel est le taux que réclament d’elles les autres banques pour lui prêter à différentes échéances de courte durée (un mois, trois mois, six mois, un an) et à fusionner cette information en éliminant les valeurs mentionnées les plus extrêmes pour produire un taux qui fera alors référence comme étant le taux flottant déterminé par « le marché ». Un prêt à la consommation pourra par exemple être défini comme étant « LIBOR 6 mois plus 50 points de base », un point de base étant un centième d’un pourcent.

Ce qui est exigé des banques consultées dans la détermination du LIBOR est très loin d’être indifférent de leur propre point de vue, l’information demandée étant en fait extrêmement sensible. La raison en est celle-ci : le taux exigé d’une banque pour lui prêter comprend une prime de risque – qui peut constituer quand les choses vont mal, la part prédominante de ce taux – reflétant de manière généralement assez fidèle le degré de confiance que lui accordent ses prêteuses quant à sa capacité, non seulement de rembourser la somme empruntée, mais aussi de verser les intérêts qui ont été promis contractuellement. Plus la perception est forte qu’il existe un risque de non-remboursement, plus la prime incluse dans le taux réclamé sera élevée.

En étant entièrement franche quant aux taux d’intérêt qu’on exige d’elle pour lui prêter, une banque révèle donc la confiance que lui accordent ses consœurs. La question pourrait être relativement indifférente si n’existait un instrument financier dérivé appelé Credit-default Swap (CDS) qui permet à un prêteur de s’assurer contre le risque de non-remboursement mais que peut également acquérir un simple spéculateur pour parier sur la détérioration de la situation financière d’une firme, permettant que si elle semble en difficulté, ses concurrentes auront la possibilité, non seulement de parier sur sa chute mais aussi, ce faisant, de provoquer celle-ci (cela s’est vu en particulier en 2008). La raison en est que les marchés (et la « science » économique) considèrent qu’un pari – bien que motivé uniquement par le profit – constitue cependant une appréciation neutre d’un risque objectif. Il est donc essentiel pour la survie d’une firme en difficulté qu’elle dissimule autant que possible la valeur exacte des taux qui sont exigés d’elle par les contreparties disposées à lui prêter.

Dans un contexte comme celui de la détermination des taux LIBOR, une banque partie prenante au mécanisme se trouve, lorsque le contexte économique se détériore, dans la situation absolument ingérable de déclencher sa propre disparition au cas où elle serait honnête dans l’information qu’elle soumet à la British Bankers’ Association (BBA), responsable de la centralisation des données : en révélant que la prime de risque exigée d’elle par les consœurs qui lui prêtent augmente, elle présente la jugulaire à ses concurrentes qui voudraient parier sur sa chute. Peut-on alors lui reprocher de mentir, quand on sait que dire la vérité provoquerait immanquablement sa perte ?

On aura donc compris que la manière dont avait été défini le mécanisme de détermination du LIBOR contenait une erreur logique flagrante : elle encourageait les firmes impliquées à mentir aussitôt que le contexte économique cessait d’être optimal. Ceci souligne que – comme c’est malheureusement le plus souvent le cas en finance – la question n’avait été que très imparfaitement conceptualisée par les intervenants, confirmant une fois encore que l’incompétence des financiers constitue dans la plupart des cas un péril plus sérieux que leur volonté délibérée de nuire. Nous trouvons bien entendu beaucoup plus excitant d’invoquer la malveillance des intervenants plutôt que d’être forcé de constater leur stupidité, les faits n’en demeurent pas moins les faits.

Est-ce à dire que l’on ne peut jamais faire confiance à un banquier ? La réponse, à la lumière de l’« affaire du LIBOR », semblerait être oui. Mais le cadre au sein duquel les taux LIBOR sont déterminés met les banques dans une situation impossible lorsque la situation économique se dégrade puisque dire la vérité signifie pour elles compromettre leur existence-même.

Vaudrait-il mieux alors reconnaître honnêtement notre incapacité à conceptualiser correctement les problèmes qui se posent en finance ?

Dans le cas du LIBOR, la question à laquelle doit répondre la banque interrogée dans le cadre de la détermination du taux est : « Quel taux les autres banques (« le marché ») exigent-elles de vous ? » En offrant une réponse, cette banque soit dit la vérité, soit elle ment. Dans le cas de l’EURIBOR, les taux s’appliquant à l’euro, la question posée aux participants est différente : « Quel est le taux interbancaire exigé par une banque de qualité d’une autre banque de qualité ? » Il est clair que dans ce cas-ci, à la question : « Avez-vous dit la vérité ou menti ? », la réponse sera toujours la même : « J’ai cru dire la vérité mais si je ne l’ai pas dite, ce n’est pas parce que j’ai menti : c’est simplement que j’étais mal renseigné ! ». Il n’y aura jamais de fraudeur, seulement des incompétents.

Cela vaudrait-il mieux ? J’en doute : c’est dans l’esprit de cette philosophie particulière que l’on a modifié au cours des années récentes le droit des affaires : la fraude est désormais exclue, il n’y a plus que des maladroits – et dont le bonus est garanti par contrat. Voyez la faillite de la banque franco-belge Dexia pour un exemple récent.

La question doit donc être posée en d’autres termes : pourrait-on faire confiance à un banquier si on ne l’obligeait pas à se suicider s’il disait la vérité ?

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LIBÉRATION, « Il faut pénaliser le pillage et la rapine », le 18 juillet 2012

« Il faut pénaliser le pillage et la rapine »

Pour l’économiste et anthropologue Paul Jorion, le système financier est toujours en manque de régulation.

Le scandale du LIBOR, c’était en 2008 et dans la quasi indifférence. Aujourd’hui l’indignation est totale. Pourquoi ?

C’est une situation spécifique à la Grande-Bretagne. C’est là qu’est apparu un contexte qui a permis à l’opinion publique d’avoir le sentiment d’avoir véritablement identifié les raisons de la crise. Et soudainement, au moment où l’on fait savoir publiquement qu’une banque britannique, la Barclays, a triché et qu’elle doit pour cela payer une amende d’un montant considérable, la maîtrise de la réaction que manifeste la population échappe entièrement à ceux qui ont mis en scène cette condamnation sur un mode théâtral et totalement aseptisé. Les metteurs en scène, régulateurs et gouvernants, pensaient qu’une condamnation de principe ferait l’affaire et que le règlement / liquidation du scandale passerait comme une lettre à la poste. En vain : c’est l’écœurement qui mène en réalité le bal. Le gouverneur de la banque d’Angleterre, Sir Mervyn King, le régulateur en chef, Lord Adair Turner, sont obligés de reconnaître que la réaction de l’homme de la rue a dépassé en ampleur tout ce qu’ils avaient prévu.

Pourquoi une telle réaction ?

Parce qu’il existe depuis un an exactement un climat extrêmement délétère en Angleterre. En juillet 2011, les Britanniques découvraient que la compagnie News Corporation de Rupert Murdoch avait pris un ascendant extraordinaire sur la manière dont les affaires sont menées à tous les niveaux Outre-Manche. On ne parle pas ici simplement de l’influence excessive d’un groupe de presse sur la politique d’un gouvernement, mais de la manière invraisemblable dont cette compagnie avait perverti le fonctionnement de la démocratie. News of the World, organe de presse caniveau, appartenant à l’empire Murdoch, avait piraté les téléphones de plus de 4 000 personnes en Angleterre. Et quand des plaintes étaient déposées, elles n’aboutissaient jamais parce que Murdoch corrompait les services de police qui étouffaient alors les affaires.

La population est encore sous ce choc ? 

Certainement. Alors, quand on vient lui expliquer que les grandes banques du pays communiquaient des chiffres falsifiés concernant les taux d’intérêt prévalant sur les marchés interbancaires, et ceci pour grappiller de misérables avantages financiers ici ou là, l’écœurement apparaît en surface. On dit en français : « la goutte qui fait déborder le vase », l’expression anglaise n’est pas moins parlante : « la paille en plus qui brisa le dos du chameau ».

Mais cet écœurement renvoie-t-il aussi à la manière dont a été gérée la crise des subprimes, et ce depuis près de quatre ans ?

C’est évident. On nous a répété : « la crise des subprimes est un simple dysfonctionnement dans la manière normale dont opère la finance : la panne sera rapidement réparée ! ». Mais les nouveaux scandales, en Angleterre ou ailleurs, mettent en évidence la trame de trafics à la petite semaine dont est constitué le système financier tout entier. La finance triche sur tout et partout, même pas avec panache : médiocrement. Et ceci sous le regard nonchalant d’une classe dirigeante arrogante qui trouve évident que celui qui dispose du pouvoir arrange ses affaires selon son bon plaisir.

Pourtant, il n’a jamais été autant question de régulation…

Qui pourrait croire qu’une régulation de la finance a été adoptée et serait sur le point d’être mise en œuvre ? On se paie de mots. Aux États-Unis, la tentative de régulation que constitue le Dodd-Frank Act reste lettre morte, ses adversaires ont fait en sorte que les fonds permettant de recruter les équipes qui devraient le mettre en application, ne soient jamais réunis. Au contraire, le rouleau compresseur de la dérégulation financière poursuit sa progression inexorable, et en Europe plus particulièrement.

C’est-à-dire ? 

Que propose la Troïka constituée de la BCE, du FMI et de l’UE lorsqu’elle va imposer ses diktats en Grèce ? Que se poursuive ce mouvement de dérégulation financière. La finance dirige le monde depuis plus de trente ans. Le moyen qui lui a permis de prendre chacun en otage, c’est l’explosion du crédit que la concentration de la richesse nécessite puisqu’il ne reste aucun pouvoir d’achat aux salariés. Le seul moyen de lui faire rendre gorge est de pénaliser le pillage et la rapine : ramener la rémunération des avances que sont les dividendes à un niveau décent et le salaire des dirigeants des grandes entreprises dont le comportement nous fait trop souvent honte au niveau de leur réelle compétence – niveau très éloigné de l’opinion qu’ils s’en font personnellement.

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AFFAIRE LIBOR : AUDITIONS DEVANT UNE COMMISSION PARLEMENTAIRE BRITANNIQUE

Je rendrai compte tout à l’heure de l’audition hier devant une commission parlementaire britannique de Jerry del Missier, ancien Chief Operating Officer (N° 3) de la banque britannique Barclays. Je vous signale que j’ai ajouté les vidéos à mes deux billets précédents relatifs à ces auditions.

AUDITION DE BOB DIAMOND, P-DG. DÉMISSIONNAIRE DE BARCLAYS, DEVANT UNE COMMISSION PARLEMENTAIRE BRITANNIQUE

AUDITION DE PAUL TUCKER, VICE-GOUVERNEUR DE LA BANQUE D’ANGLETERRE, DEVANT UNE COMMISSION PARLEMENTAIRE BRITANNIQUE

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LE MONDE-ÉCONOMIE : « LE SCANDALE DU LIBOR, C’ÉTAIT EN 2008 », lundi 16 – mardi 17 juillet

Le scandale du LIBOR, c’était en 2008

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Quand l’affaire du LIBOR éclata en avril 2008, les commentaires de la presse furent pour le moins laconiques. Quand le feu qui couvait reprit le mois dernier avec la condamnation de la Barclays pour avoir manipulé ces taux réglant les prêts en dollars que les banques se consentent entre elles, on assista au contraire à un feu d’artifice médiatique. La Barclays était alors l’une des seize banques (18 aujourd’hui) en charge de communiquer les données qui permettent le calcul de ces taux.

Un événement qui n’avait provoqué qu’un froncement de sourcils en 2008 fait trembler aujourd’hui sur ses bases non seulement la City mais la finance toute entière. Il faut s’interroger sur le principe qui règle la dynamique de l’indignation qui fait qu’à deux moments du temps les réactions du public au même événement peuvent être d’un autre ordre de grandeur.

Pourquoi une telle indifférence de l’opinion au moment des faits et pourquoi la secousse sismique des semaines récentes, conduisant à la démission des trois principaux dirigeants de la Barclays, jetant également la suspicion sur le candidat pressenti à la tête de la Banque d’Angleterre et, par son truchement, sur le gouvernement britannique à l’époque des faits. George Osborne, Chancelier de l’Échiquier, déclare que les faits révélés « sont symptomatiques d’un système financier qui a élevé la cupidité par-dessus toute autre considération et a mis notre économie à genoux », pour ajouter que « La fraude est un crime quand il s’agit des affaires ordinaires – pourquoi devrait-il en être autrement quand il s’agit de la banque ? ».

Le paiement par la Barclays d’une amende d’un montant considérable (365 millions d’euros) n’aurait dû être qu’une façon de tourner la page sur des événements datant de plusieurs années déjà. D’autant qu’il est clair que dans l’affaire du LIBOR, la Barclays était parmi les seize banques, l’une des moins coupables certainement, et ayant fait preuve de bonne volonté en coopérant avec les autorités, ceci expliquant d’ailleurs le rabais de 30% dont elle bénéficie en Grande-Bretagne sur le montant de l’amende.

Il serait caricatural de n’évoquer qu’un « simple exercice de com ayant mal tourné » puisqu’il s’agit quand même de décisions de justice, mais les régulateurs auraient pu espérer que le point final mis à l’affaire serait reçu par le public avec la même indifférence que celui-ci avait témoignée lorsqu’elle éclata en avril 2008. Il n’en a rien été. Comment expliquer alors ce retard à l’allumage de quatre ans dans l’indignation du public ?

L’explication nécessite ce que le physicien appelle un effet « non-linéaire » : le passage d’un seuil faisant qu’une situation change soudain de nature. On pense au Magicien d’Oz (1900) de Frank Baum, où l’ouverture accidentelle d’un rideau fait découvrir que le monde enchanté (métaphore du système monétaire américain) n’est qu’un artifice mis en scène par un vieillard poussant des manettes.

Ce qui a brutalement levé le rideau pour les Britanniques et leur a indiqué sous quelle lumière l’affaire du LIBOR devait être vue, c’est bien sûr l’affaire Murdoch.

Les Britanniques découvriraient en 2011 que 4.000 d’entre eux avaient leur boîte vocale piratée par News of the World, organe de presse « de caniveau » appartenant à l’empire de presse de Rupert Murdoch, Australien d’origine devenu Américain. Parmi les victimes : des vedettes, des membres de la famille royale, mais aussi des sans-grade : soldats de retour d’Afghanistan, rescapés d’attentats londoniens.

L’affaire était apparue en surface quand le téléphone d’une adolescente assassinée avait été piraté et certains messages effacés par un journaliste de News of the World, faisant espérer à ses proches qu’elle soit encore en vie. Les plaintes des victimes n’aboutissaient jamais parce que Murdoch corrompait parallèlement les services de police qui étouffaient alors les affaires. La colère éclaterait dans l’opinion et les projecteurs se dirigeraient vers la porte tournante à grande vitesse existant entre sbires de l’empire Murdoch et membres du gouvernement britannique. L’étroitesse des relations entre David Cameron, premier ministre et Rupert Murdoch lui-même, se situait sans aucun doute dans la zone d’inconfort.

Sous le nouvel éclairage, la fraude à la petite semaine chez Barclays, révélée dans les attendus du FSA (Financial Services Authority), le régulateur britannique, cessait d’être de la malhonnêteté ordinaire, pour apparaître comme l’un des révélateurs parmi d’autres d’une classe dirigeante arrogante, ne s’embarrassant pas de règles et arrangeant les affaires selon son bon plaisir, tout en ne maintenant que le minimum d’apparences nécessaires.

L’affaire du LIBOR, c’est l’histoire du dévot qui a toujours accepté comme parole d’évangile les prêches de son prêtre, mais qui cesse soudainement de croire à tout ce qu’il a entendu parce qu’il découvre accidentellement que la barbe que celui-ci porte est fausse.

La question qui se pose maintenant est celle-ci : si la chute de la moins coupable des banques responsables du LIBOR a déjà provoqué un tel effondrement, à quoi faut-il s’attendre quand sera révélé le châtiment qui est promis aux autres ?

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LES QUATRE ANS QU’IL FAUT POUR FAIRE UNE INFAMIE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

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Vous m’avez vu au cours des années récentes faire quelquefois des calculs d’apothicaire du genre : « Il a bien fallu quatre ans – entre 1933 et 1929 – pour qu’on commence à prendre de véritables mesures à l’époque de la Grande Crise ! ». Et ce genre de calcul me conduisait – puisque rien ne se passait – à des réflexions désabusées comme celles que j’exprimais récemment lorsque je me demandais le 28 juin s’il ne fallait pas arrêter le blog.

Et puis, et c’était en réalité le jour-même, débutait le deuxième épisode de l’« affaire du LIBOR », qui n’arrête pas de s’amplifier depuis au point qu’il est difficile de dire aujourd’hui où elle s’arrêtera, la seule chose qui soit sûre étant que seule l’une des moins coupables certainement des seize banques impliquées, la Barclays, se trouve aujourd’hui sous le feu des projecteurs et que l’implication des régulateurs et des gouvernants dans l’affaire, que l’on devine pourtant, n’est encore qu’entraperçue.

Le premier épisode, à savoir les faits, c’était en 2008, le deuxième, la prise de conscience, c’est en ce moment-même, autrement dit, quatre ans plus tard. Soit le même retard à l’allumage que je mentionnais pour commencer à propos de la Grande Crise.

Qu’est-ce qui explique de tels délais ? Sans aucun doute le temps que dure une enquête administrative et que la justice se prononce ensuite, mais il y a autre chose.  Et cette autre chose, c’est ce dont j’ai fait l’objet de ma chronique dans Le Monde-Économie qui paraît tout à l’heure : c’est un climat qui fait caisse de résonance et qui fait en sorte précisément qu’une simple anomalie en 2008 (un taux LIBOR à 3 mois trop bas de 17 points de base) devienne aux yeux de l’opinion en 2012, un scandale.

Qu’est-ce qui constitue un climat ? Un ensemble de faits convergents – dont il faudrait donc quatre ans pour qu’ils finissent par coaguler en une masse critique – et dans ce cas-ci, en Grande-Bretagne, l’affaire Murdoch, révélant une collusion incestueuse entre dirigeants de grandes entreprises et gouvernants faisant fi de tous principes, révélant, pour reprendre les termes de l’article que vous verrez tout à l’heure : « une classe dirigeante arrogante, ne s’embarrassant pas de règles et arrangeant les affaires selon son bon plaisir, tout en ne maintenant que le minimum d’apparences ».

Voilà – dans le cas d’un pays en particulier – ce qui crée un climat et qui fait qu’au bout de quatre ans ce qui apparaissait au départ comme une collection banale de «  simples faits » s’est transformée en infamie.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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AUDITION DE PAUL TUCKER, VICE-GOUVERNEUR DE LA BANQUE D’ANGLETERRE, DEVANT UNE COMMISSION PARLEMENTAIRE BRITANNIQUE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Paul Tucker, Vice-Gouverneur de la Banque d’Angleterre, a fait cet après-midi une déposition devant une commission parlementaire britannique. La raison de sa présence aujourd’hui était que dans la déposition faite le 4 juillet devant la même commission par Bob Diamond, qui était jusqu’il y a quelques jours P-DG de la banque Barclays, ce dernier avait laissé entendre que Tucker avait fait pression sur lui pour que la banque qu’il dirigeait alors mentionne pour les taux réclamés d’elle par d’autres banques pour ses emprunts, des chiffres moins élevés que ceux qu’elle soumettait. Les chiffres en question étant alors utilisés par la British Bankers’ Association pour calculer les taux d’intérêt appelés LIBOR (London interbank offered rate) : « taux interbancaire [en dollar] valant à Londres ». Lors d’une conversation entre Tucker et Diamond, le premier aurait dit au second qu’« il n’y aurait pas de mal » si la Barclays soumettait des chiffres moins élevés qu’elle ne le faisait. Tucker aurait affirmé qu’il subissait lui-même des pressions en ce sens, en provenance de membres du gouvernement de haut rang.

Si l’interprétation par Diamond de ses conversations avec Tucker était correcte, l’une des personnes à la tête de la Banque d’Angleterre enjoignait à l’un des dirigeants de la deuxième banque commerciale du pays de manipuler le LIBOR, un taux de référence faisant foi pour l’ensemble du système financier international.

Mon sentiment après avoir regardé cette audition de bout en bout est que M. Paul Tucker, candidat pressenti au remplacement de M. Mervyn King à la tête de la Banque d’Angleterre, a perdu aujourd’hui toutes ses chances. Mais bon, je suis par ailleurs quelqu’un qui imaginait que le procès de Jérôme Kerviel (le premier épisode : pas le récent procès en appel) déboucherait nécessairement sur un non-lieu.

L’explication que Tucker a offerte des événements est qu’il y avait malentendu quant au sens des conversations qu’il a eues avec Diamond. La Barclays avait à cette époque refusé une aide du gouvernement sous la forme d’une injection massive de capital parce qu’elle craignait qu’une acceptation de ces sommes aurait signifié sa nationalisation. La Barclays serait tirée d’affaire un peu plus tard grâce à un apport en capital en provenance du fonds souverain du Qatar. Le sens des propos de Tucker à l’époque étaient – selon lui hier – de s’enquérir de la bonne santé de la Barclays : les taux plus élevés que ceux de ses consoeurs qu’elle soumettait signifiaient-ils que la banque était en difficulté ?

M. Paul Tucker n’est certainement pas un grand comédien : il se verse machinalement de l’eau et se met à boire aussitôt qu’il est mis en difficulté. Il lui arrive aussi de prendre un air complétement affolé alors que l’un de ses interlocuteurs formule une question, manifestement très inquiet d’où elle pourrait mener. Il manque également d’assurance sur la question de savoir ce qui a conduit à ce qu’il soit là : alors que le président de séance souligne que la commission s’est réunie à sa demande, il commente mi-figue mi raisin que « Vous m’avez demandé de venir de mon plein gré… », ce qui conduira le président à déclarer ironiquement au moment de conclure : « Vous êtes venu à votre propre demande, dans une très large mesure ».

Qu’en tirer ? Qu’au niveau formel, nous vivons encore aujourd’hui en Occident, en démocratie. Lors de l’audition des dirigeants de Goldman Sachs, en avril 2010, j’écrivais ici-même :

À l’heure qu’il est, j’assiste à cette audition depuis deux heures. Ce qui m’épate, c’est la robustesse de ce régime démocratique, en dépit de toutes les forces qui s’opposent à son fonctionnement, en dépit des sommes colossales qui sont déversées pour le dévoyer dans son exercice quotidien. Il me semble quasi-miraculeux que des personnes, tel le sénateur Carl Levin, conservent – en dépit de la machine à broyer de l’argent – l’intégrité qui leur permet de s’opposer comme il le fait sous mes yeux, à ce rouleau compresseur.

Mon sentiment ce soir est identique : nous vivons encore en démocratie, du moins pour ce qui touche à la qualité de l’information à laquelle j’ai accès. Cette information me permet en effet de lire avec une très grande clarté entre les lignes de ce qui est déclaré, et ceci à ma très grande satisfaction.

Pour le reste, il faudrait que je puisse m’expliquer avec une satisfaction aussi grande pourquoi tout cela demeure sans conséquences, pourquoi aucune décision n’est jamais prise ensuite dans la ligne de ce que j’ai pu entendre.

Dans le cas du premier procès Kerviel, le verdict a semblé ignorer entièrement ce qui avait été dit durant les audiences. Ou plutôt, a ignoré tout ce que j’avais pu lire entre les lignes de ce qui avait été dit. Et c’est là sans doute que se situe le point essentiel : la classe dirigeante est-elle incapable elle de lire entre les lignes ? Ou bien sait-elle le faire mais compte essentiellement sur le fait qu’elle sera à peu près seule à pouvoir le faire et que le reste du monde – et tout particulièrement l’électeur lambda – n’y arrivera jamais lui de son côté, et ne lui réclamera du coup jamais de comptes ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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LIBOR : ON N’A SANS DOUTE ENCORE RIEN VU

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

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Dans la « Final Notice » de la décision par la FSA (Financial Services Authority), le régulateur britannique, d’infliger le 27 juin une amende de 85 millions de livres (moins un rabais de 30% pour coopération exemplaire à l’enquête) à la banque Barclays pour manipulation des taux interbancaires LIBOR, deux périodes doivent être distinguées. Dans la première période, qui s’étend à peu près de 2005 à 2007, les taux sont manipulés au niveau des salles de marché par des opérateurs de niveau subalterne, dans la seconde période, qui va de 2007 à 2009 et qui correspond au plus fort de la crise, les taux sont manipulés par ces subalternes sur instructions venant d’en-haut.

Les chiffres apparaissant dans les conversations rapportées dans les documents sont sans équivoque : durant la première période, les manipulations de taux portent le plus souvent sur 1 point de base (un centième d’1 %) et quelquefois sur 1,5 points de base ; dans la seconde période, il est question de manipulations qui vont de 17 à 46 points de base – soit un tout autre ordre de grandeur.

Quand Bob Diamond, P-DG démissionnaire de la Barclays, expliquait jeudi dernier devant les parlementaires britanniques qu’il avait été « choqué », « écœuré » par le comportement de certains des employés de sa banque, parlait-il des traders du rang (la « douzaine de Kerviels » que j’évoquais vendredi dans ma vidéo) de la période 2005 à 2007, ou des dirigeants de la période 2007 à 2009 ? Je crois que poser la question c’est y répondre.

Cela dit, comme je le rappelle dans mes compte-rendu de l’« affaire du LIBOR », des plus anciens en avril 2008 (L’affaire du LIBOR), aux plus récents (LIBOR : le retard à l’allumage de l’indignation), d’une part, minorer les taux soumis pour le calcul du LIBOR par les 16 banques concernées s’assimilait à un devoir national dans le climat de panique qui s’était installé sur les marchés financiers, d’autre part, la Barclays était d’après ce que l’on savait déjà en 2008 et que la Final Notice confirme, la banque londonienne qui rechignait le plus à falsifier les chiffres. L’observation suivante est représentative de ce point de vue :

« … le 20 septembre 2008, un « soumetteur » [de taux] déclarait dans une conversation téléphonique avec le Dirigeant D qu’il entendait soumettre un taux de 4,75% pour le LIBOR $ à un mois parce que tel était bien le taux qui avait été exigé de [la Barclays] par le marché […] Le « soumetteur » s’exécuta et baissa le taux qui serait soumis au niveau 4,50%. Ce jour-là, le taux soumis le plus élevé après celui de la Barclays se situait 50 points de base plus bas » (p. 30).

Qu’on comprenne bien : 1) dans les années 2005-2007, une « douzaine de Kerviels » travaillant pour la Barclays soumettent régulièrement pour le calcul du LIBOR (aux côtés de 15 autres banques), des taux manipulés de 1 à 1,5 points de base à la hausse ou à la baisse ; 2) dans les années 2007-2009, dans le cas rapporté, un dirigeant de la banque donne instruction à un subalterne de minorer le taux constaté de 25 points de base ; 3) le même jour, dans une autre banque de la place de Londres (la moins manipulatrice après la Barclays), un dirigeant donne instruction à un subalterne de soumettre au nom de la banque un taux qui est manipulé d’au moins 75 points de base : 25 [comme la Barclays] + 50 [supplémentaires].

Résumons. Parmi les seize banques qui soumettaient des taux pour le calcul du LIBOR (18 aujourd’hui), quinze ou un peu moins trichaient davantage que la Barclays. Celle-ci s’est vue infliger une amende de (avant rabais) 85 millions de livres (107 millions d’euros) et a perdu depuis la semaine dernière dans la tourmente, MM. Bob Diamond, Président-Directeur Général, Marcus Agius, président et Jerry del Missier, Chief Operating Officer, qui se sont faits fermement indiquer la porte par la FSA, la Banque d’Angleterre et le Chancelier de l’Échiquier. Ce dernier, M. George Osborne, a déclaré que les faits révélés « sont symptomatiques d’un système financier qui a élevé la cupidité par-dessus toute autre considération et a mis notre économie à genoux », et il a ajouté : « La fraude est un crime quand il s’agit des affaires ordinaires – pourquoi devrait-il en être autrement quand il s’agit de la banque ? ».

On ne peut qu’approuver les propos du ministre des finances britannique. Mais qu’en pensent les dirigeants des quinze autres banques « soumetteuses » de taux pour le LIBOR ? Je préfère en tout cas être à ma place plutôt qu’à la leur.

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LES RESPONSABLES DONT ON PARLE PEU

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La question de savoir si une reconnaissance de dette peut être considérée comme une monnaie est centrale à mon livre L’argent mode d’emploi (2009). J’y mets en évidence le coup de force de Joseph Schumpeter (1883-1950), quand il imposa l’idée que c’était bien le cas, et j’y démontre l’inanité du pseudo-raisonnement qu’il proposait pour soutenir l’idée à l’aide de phrases qui sont souvent dénuées de sens (pp. 175-180).

Une reconnaissance de dette est bien de la monnaie selon Schumpeter, et l’on peut additionner son montant à celui de l’argent pour calculer des « masses monétaires » qui font foi de la richesse présente dans le système financier.

Le problème peut être considéré comme purement académique : une simple question de définition. Or, c’est en réalité très loin d’être le cas : lorsqu’une reconnaissance de dette cesse d’être échangée pour le montant qui est censé être un jour remboursé, parce que le doute s’est insinué que l’argent promis ne reviendra peut-être pas le jour dit, la « science » économique dominante, c’est-à-dire « schumpétérienne », préfère invoquer le « manque de liquidité » : une difficulté passagère à transformer la « monnaie » que serait une reconnaissance de dette en argent proprement dit, soit un problème purement technique de fluidité des marchés.

La confusion entre argent et reconnaissance de dette était nécessaire pour que l’on puisse ignorer le risque systémique qui se cache derrière l’« effet de levier », à savoir ce qui se passe quand on compare les gains obtenus grâce à de l’argent qui a été emprunté aux intérêts qui devront être versés pour l’avoir emprunté, plutôt qu’à une somme d’argent proprement dite.

Nous avons été quelques-uns dès 2007 à insister sur le fait que la crise qui débutait était une crise d’insolvabilité : que l’argent manquait pour honorer les reconnaissances de dette, et que l’invocation de la liquidité n’était qu’une manière de masquer la gravité de la situation. Ici aussi, le débat n’était pas purement académique.

Ceci dit, la confusion continue de régner. Dans  la « Notice Finale » de la Financial Services Authority, en date du 27 juin 2012, où le régulateur britannique justifie l’amende de 85 millions de livres (réduite à 59,5 M£, pour coopération à l’enquête) infligée à la banque Barclays dans l’affaire du LIBOR, le mot « liquidité »  apparaît à plusieurs endroits là où seul le mot « solvabilité » se justifierait :

« Les questions de liquidité constituaient un centre d’attention pour la Barclays et d’autres banques durant la crise financière et les taux de LIBOR cités par les banques étaient interprétés par certains commentateurs comme une mesure de leur capacité à emprunter. […] Les medias s’interrogeaient si les taux cités par Barclays indiquaient que la banque connaissait des problèmes de liquidité », etc. (p. 3)

L’effondrement global du système financier, dont l’affaire du LIBOR souligne à nouveau l’inéluctabilité, aurait pu être prévenu si l’on n’avait pas confondu argent avec reconnaissance de dette et du coup, insolvabilité avec illiquidité. Cinq ans plus tard, il est bien sûr beaucoup trop tard pour se lamenter d’une erreur que la « science » économique salua en son temps comme un trait de génie de Joseph Schumpeter.

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