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Trends – Tendances, La solution de la question européenne : dissoudre le peuple ! le 15 décembre 2016

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Qui ne se souvient du poème de Bertolt Brecht « La solution » qui semblait, au moment où il fut écrit en 1953, résumer très justement toutes les tares qui affectaient le communisme de type soviétique ?

Après l’insurrection du 17 juin,
Le secrétaire de l’Union des Écrivains
Fit distribuer des tracts sur le boulevard Staline.
Le peuple, y lisait-on, a par sa faute
Perdu la confiance du gouvernement
Et ce n’est qu’en redoublant d’efforts
Qu’il peut la regagner.
Ne serait-il pas
Plus simple alors pour le gouvernement
De dissoudre le peuple
Et d’en élire un autre ?

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Verfremdungseffekt

Sur une période de près de dix ans, j’ai habité divers quartiers de Los Angeles. J’ai acheté à cette époque un livre qui venait de paraître « L.A. Exiles » (1), les exilés de Los Angeles, à propos des écrivains qui se sont à un moment de leur vie retrouvés exilés à Los Angeles. Pour chacun d’entre eux, il y a la photo de la maison qu’ils habitaient alors, ainsi que quelques textes qu’ils ont écrits sur L.A. On trouve là les noms de Jean Renoir, Theodor Adorno ou Thomas Mann.

J’ai découvert au moment où j’ai acheté le livre que j’habitais à 200 mètres de la petite maison que John Steinbeck occupait en 1930, au pied de la montagne, dans le quartier d’Eagle Rock. La maison était toujours là. J’ai marché jusque-là un soir. Faire mon petit pèlerinage.

Plus tard, j’ai habité cinq ans à Santa Monica. J’habitais dans la 17ème rue. Bertolt Brecht habita de 1941 à 1947 dans la 26ème rue, dans une petite maison dessinée manifestement par le même architecte.

Brecht écrivait à propos de L.A. :

Au-dessus des quatre cités, les chasseurs
Du Département de la Défense tournent en cercle très haut
Afin que la puanteur de la cupidité et de la pauvreté
Ne puisse les atteindre.

Quand je suis rentré en France en 2009, j’ai voulu compléter ma culture filmique. En bouchant les trous pour les metteurs en scène dont je n’avais pas tout vu. Mission accomplie maintenant pour Truffaut, Rohmer et Woody Allen. Pour Fassbinder, cela prend beaucoup plus de temps. J’avais vu une dizaine de ses films, principalement à l’occasion d’un festival qui se tenait à Paris dans trois salles de cinéma à la fin des années 1980, et il en reste une vingtaine à voir. Et je ne les trouve pas tous. Et certains (sa participation à « Deutschland im Herbst », en particulier) n’ont de sous-titres ni en français, ni en anglais. Aïe !

Pour moi, Fassbinder est l’héritier direct de Brecht, et je trouve curieux que la filiation ne soit mentionnée que très rarement. Aucune référence à Brecht par exemple dans « L’amour est plus froid que la mort. Une vie de Rainer Werner Fassbinder » de Robert Katz (2). Dans le très beau « Rainer Werner Fassbinder » (3) de Yann Lardeau, publié par les Cahiers du Cinéma, Brecht est mentionné quatre fois, mais toujours dans des remarques incidentes comme celle-ci : « Cet usage de la musique et de la chanson, venu en partie du cinéma américain, a aussi pour source la tradition du music-hall et du théâtre allemand, de Brecht à Karl Valentin, dont on peut entendre un disque dans Les dieux de la peste ».

Et pourtant, cette dissection patiente de la misère morale de la bourgeoise à tous ses étages, et le « Verfremdungseffekt » systématique dans le jeu des acteurs, la distanciation, c’est du Brecht tout pur, non ?

 

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(1) Paul Vangelisti & Evan Calbi, « L.A. Exiles. A Guide to Los Angeles Writing 1932-1998 », Marsilo, New York, 1999 (page 41)

(2) Robert Katz, « L’amour est plus froid que la mort. Une vie de Rainer Werner Fassbinder », Presses de la Renaissance, Paris, 1988

(3) Yann Lardeau, « Rainer Werner Fassbinder », les Cahiers du Cinéma, Paris, 1990 (page 217)

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