Verfremdungseffekt

Sur une période de près de dix ans, j’ai habité divers quartiers de Los Angeles. J’ai acheté à cette époque un livre qui venait de paraître « L.A. Exiles » (1), les exilés de Los Angeles, à propos des écrivains qui se sont à un moment de leur vie retrouvés exilés à Los Angeles. Pour chacun d’entre eux, il y a la photo de la maison qu’ils habitaient alors, ainsi que quelques textes qu’ils ont écrits sur L.A. On trouve là les noms de Jean Renoir, Theodor Adorno ou Thomas Mann.

J’ai découvert au moment où j’ai acheté le livre que j’habitais à 200 mètres de la petite maison que John Steinbeck occupait en 1930, au pied de la montagne, dans le quartier d’Eagle Rock. La maison était toujours là. J’ai marché jusque-là un soir. Faire mon petit pèlerinage.

Plus tard, j’ai habité cinq ans à Santa Monica. J’habitais dans la 17ème rue. Bertolt Brecht habita de 1941 à 1947 dans la 26ème rue, dans une petite maison dessinée manifestement par le même architecte.

Brecht écrivait à propos de L.A. :

Au-dessus des quatre cités, les chasseurs
Du Département de la Défense tournent en cercle très haut
Afin que la puanteur de la cupidité et de la pauvreté
Ne puisse les atteindre.

Quand je suis rentré en France en 2009, j’ai voulu compléter ma culture filmique. En bouchant les trous pour les metteurs en scène dont je n’avais pas tout vu. Mission accomplie maintenant pour Truffaut, Rohmer et Woody Allen. Pour Fassbinder, cela prend beaucoup plus de temps. J’avais vu une dizaine de ses films, principalement à l’occasion d’un festival qui se tenait à Paris dans trois salles de cinéma à la fin des années 1980, et il en reste une vingtaine à voir. Et je ne les trouve pas tous. Et certains (sa participation à « Deutschland im Herbst », en particulier) n’ont de sous-titres ni en français, ni en anglais. Aïe !

Pour moi, Fassbinder est l’héritier direct de Brecht, et je trouve curieux que la filiation ne soit mentionnée que très rarement. Aucune référence à Brecht par exemple dans « L’amour est plus froid que la mort. Une vie de Rainer Werner Fassbinder » de Robert Katz (2). Dans le très beau « Rainer Werner Fassbinder » (3) de Yann Lardeau, publié par les Cahiers du Cinéma, Brecht est mentionné quatre fois, mais toujours dans des remarques incidentes comme celle-ci : « Cet usage de la musique et de la chanson, venu en partie du cinéma américain, a aussi pour source la tradition du music-hall et du théâtre allemand, de Brecht à Karl Valentin, dont on peut entendre un disque dans Les dieux de la peste ».

Et pourtant, cette dissection patiente de la misère morale de la bourgeoise à tous ses étages, et le « Verfremdungseffekt » systématique dans le jeu des acteurs, la distanciation, c’est du Brecht tout pur, non ?

 

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(1) Paul Vangelisti & Evan Calbi, « L.A. Exiles. A Guide to Los Angeles Writing 1932-1998 », Marsilo, New York, 1999 (page 41)

(2) Robert Katz, « L’amour est plus froid que la mort. Une vie de Rainer Werner Fassbinder », Presses de la Renaissance, Paris, 1988

(3) Yann Lardeau, « Rainer Werner Fassbinder », les Cahiers du Cinéma, Paris, 1990 (page 217)

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37 réflexions sur « Verfremdungseffekt »

    1. Oui mais on ne peut apprécier vraiment les auteurs qu’en comprenant la langue dans laquelle ils ont écrit. Ainsi est-ce le cas bien sûr pour Bertold Brecht, avec les traductions, on n’a que des idées plus ou moins vagues. Lire par exemple la Métamorphose en français, c’est ne pas pouvoir saisir tout l’humour désespéré qui se cache dans la nouvelle ! Il faudrait vraiment être polyglotte.

  1. Goethe disait :

     » Si tu veux être heureux, voyage  »

    Je deviens à peine motivé pour faire de nouveaux voyages .. hélas ..

    Pour les raisons suivantes :

    1) Comme j’ai voyagé bcp pour mon job d’ingénieur technico-commercial.. avec bcp de stress : la route, les RDV clients, préparer les argumentations .. afin d’obtenir des commandes .. –>>  » pour être  » on line with the PERFORMANCE goals
    2) de ce fait, j’ai été contraint de déménager souvent .. parfois de  » façon très subie  » ..

    3) depuis  » un vague emménagement dans 1 vieille maison  » voici 1 an, j’y suis contraint d’y faire des travaux
    C’est épuisant ..

    4) et puis la santé s’en ressent

    Je n’en reviens pas d’en être arrivé à 64 ans .. sans pouvoir avoir un semblant de paix
    5) Et ce besoin d’être lucide, de suivre évolution de ce monde ( mal barré )
    en allant  » manifester de temps en temps  »

    Bref ce jour pas la forme

    cela vaut il le coup que  » je me brade  » en ce WE de BRADERIE de Lille

    Bonne rentrée à tous

    1. @Alain,
      Vous êtes maintenant sorti du Maëlstrom, ne vous laissez pas submerger par de nouvelles contraintes, un des avantages de votre boulot d’avant était vos cotisations retraites qui vous permettent miantenant de vivre, alors profitez, et vous cassez pas le choux.

      1. @ Hema
        Merci de votre MSG..

        On ne se refait pas …
        au fait , un bon blog :
        Horizons et coups de coeur
        onne semaine

  2. Pour en revenir à l’histoire américaine de Brecht on peut également s’intéresser à Fritz Lang qui réussit à lui faire passer l’atlantique en 1941 pour collaborer à la réalisation d’un scénario dans la foulée. La carrière américaine de Lang et la série de films de films tournés de 1937 à 1956 sont à ce titre très impressionnantes. En extension du travail de Fassbinder, Buñuel et Pasolini méritent aussi quelques bonnes séances afin de couvrir l’éventail du monde bourgeois.

    Un vendeur de dvd averti à Paris.

    1. Dommage que les images aient été prises ailleurs en Californie (une vue de Santa Barbara ou de Laguna Bech ?) ou carrément ailleurs aux Etats-Unis (tout le reste).

      1. Oui, les images n’ont qu’un lointain rapport avec le titre, mais il semblerait que ce soit la vidéo officielle.

      2. Merci, Paul, ces images sont plus actuelles! Avec un message fort remarqué, le « America in Iraq », avec les croix (et l’étoile), sur la plage: liberté d’expression.

        Un regret? Ne pas connaître la Californie…

  3. le « Verfremdungseffekt » systématique dans le jeu des acteurs, la distanciation, c’est du Brecht tout pur, non ?

    évitons la parole excluante, celle qui, lorsqu’elle n’est pas comprise, exclue, avant même l’écoute de l’œuvre, toute une partie du public.

    Amen.

  4. Je précise que je ne lis pas l’ Allemand ; je n’ en suis pas moins fasciné par l’immense culture (de langue) allemande , notamment : Freud , Schnitzler……. et Brecht et Fassbinder.
    « Pour moi, Fassbinder est l’héritier direct de Brecht »
    Evidemment : s’il y a 10 noms à retenir dans la culture allemande du 20° siècle, Brecht et Fassbinder sont de ceux là. Fassbinder s’ est surement nourri à Brecht. Mais il ne s’est guère arrêté là.
    Il y a une énorme différence : Brecht a eu le temps de traiter tout ce qui l’ intéressait et laisse une œuvre aussi riche que variée ( parmi les cimes dont je ne me lasse pas, toute sa géniale collaboration avec Kurt Weill et « la vie de Galilée »…)
    Fassbinder est un météore surdoué dont la carrière publique s’ étale sur 12 ans à peine quand celle de Brecht se déploie sur 36 ans. Un autodidacte génial boulimique de lecture et de création, dont l’ intelligence combine deux sortes de consciences aigues qu’ on trouve rarement aussi poussées chez un même individu :
    – historique et politique – de, mettons : « Comment l’ Allemagne doit vivre avec son passé lors de la guerre de 1939- 1945 » ,
    – Jeux de pouvoir , de séduction, d’ amour et de cruauté d’ individus à individus.
    Sur ce 2° thème, Fassbinder me semble plus riche et plus fin que Brecht.
    J’ajouterais que comparativement à la richesse de ces deux là, Truffaut, Rohmer et Woody Allen (puisque P.J les cite)me semblent des créateurs terriblement surestimés de 2ème catégorie ( pour quelques réussites, une majorité de créations médiocres, verbeuses ou franchement faibles ; je déconseille aux jeunes de perdre du temps à regarder leurs films ; des séries actuelles « the wire », « 6 feet under » ou même « the shield » sont infiniment plus riches – jusqu’ à déplacer le centre de gravité de la création artistique..).
    http://rateyourmusic.com/artist/rainer_werner_fassbinder.
    Comme point commun aux deux, je proposerais un gout pour l’ économie de moyens et leur efficacité, souvent jusqu’ à la provocation.

      1. Absolument. A tout ceux qui ne connaitraient pas, je recommande le magnifique « Médée », de Christa Wolf, mon livre de chevet depuis…oh tant d’années?

  5. Quel héritIer de Brecht a écrit  » Dans le sens de l’histoire, le sang est un meilleur carburant que l’essence ».

     » Il y avait trois baronnes, trois générations – la grand mère, la mère et la fille – seules dans leur château de vingt pièces, qui attendaient les Russes. Les hommes étaient morts, deux étaient tombés en Russie, un autre avait été exécuté. Avant que les Russes n’arrivent, les SS se sont enfuis, en caleçons avec seulement des restes d’uniformes. L’un deux, un lieutenant SS croate, un « travailleur immigré », voulait un costume civil.
    Les femmes ont dit d’accord, mais en échange il devait les tuer. Le Croate n’avait plus d’arme.
    Il a fini par trouver une hache dans une remise. Les trois femmes se sont dispersées dans leurs vingt chambres et il les a tuées une par une avec le costume et a continué son chemin.  »

     » Fritz Cremer est arrivé avec quatre ouvriers de l’usine de traitement de Hennigsdorf, avec le cerceuil d’acier de Brecht. Il avait été fait à Hennigsdorf d’après un croquis de Cremer, mais Cremer avait oublié de prendre les mesures. Et maintenant il avait peur – c’était la première coulée du cercueil d’acier – que Brecht n’y rentre pas, comme Wallenstein, à qui les conjurés avaient dû casser les jambes parce que le cercueil était trop petit. Et Weigel, qui était une femme pratique, a demandé à un des ouvriers, qui avait à peu près la stature de Brecht, de se coucher dans le cercueil pour faire un essai. Le cercueil avait la bonne taille. Puis ils sont repartis avec le cercueil. C’était La prise de mesure de 1956.

    Plus que dix secondes pour tomber du mur de Berlin avec lui, le 9 novembre.

    Allemagne mère blafarde, mais je préfère ‘ Le général sudiste de Big Sur « , de Richard BRAUTIGAN

    1. je me souviens d’un festival Fassbinder à Paris, quartier latin, début des années 80, en ce temps il y avait aussi un festival Wim Wenders, dont je me sentais plus proche (le coté road-movie l’emportait sur l’impact et le désarroi Fassbinder, la Verfremdungseffekt, dans le sens de ce qui nous est étranger, et d’y comprendre quelque chose vis-à-vis de quoi trouver sa distance, ce qu’on veut en apprendre).

      un poème « Américain » de Brecht qui me rappellent le journal Japonais de Richard Brautigan ou Tokyo-Montana express.
      « De bon matin, je lis dans le journal les plans que font pour notre siècle
      Et le pape et les rois et les banquiers et les grands seigneurs du pétrole.
      De l’autre œil je surveille
      L’eau pour le thé dans la casserole,
      L’eau qui se trouble et se met à chanter, redevient claire
      Puis débordant, étouffe le feu ».

      (in Poèmes 1941-1947)

      entre Brautigan et Wenders il y avait aussi Handke, j’ai délaissé les 2 derniers bien que j’aime à me rappeler ceci dans les ailes du désir http://www.youtube.com/watch?v=deFSC741coQ

      « Lorsque l’enfant était enfant, il marchait les bras ballants…
      Il voulait que le ruisseau soit une rivière un fleuve et
      que cette flaque d’eau soit la mer…
      Lorsque l’enfant était enfant, il ne savait pas qu’il était enfant.
      Pour lui tout avait une âme,
      Et toutes les âmes n’en faisaient qu’une.
      Lorsque l’enfant était enfant, il n’avait d’opinion sur rien, il n’avait pas d’habitudes…
      Souvent il s’asseyait en tailleur, partait en courant…
      Il avait une mèche rebelle
      Et ne faisait pas de mines quand on le photographiait…
      Lorsque l’enfant était enfant
      Vint le temps des questions comme celle ci :
      Pourquoi est-ce que je suis moi?
      Et pourquoi est-ce que je ne suis pas toi?
      Pourquoi est-ce que je suis ici?
      Et pourquoi est-ce que je ne suis pas ailleurs?
      Quand a commencé le temps?
      Et où finit l’espace?
      La vie sur le soleil n’est-elle rien d’autre qu’un rêve?
      Ce que je vois, ce que j’entends
      Ce que je sens
      N’est-ce pas simplement l’apparence d’un monde devant le monde?
      Est-ce que le mal existe véritablement?
      Est-ce qu’il y a des gens qui sont vraiment mauvais?
      Comment se fait-il que moi qui suis-moi,
      Avant que je devienne, je n’étais pas
      Et qu’un jour moi qui suis moi
      Je ne serais plus ce moi que je suis… »
      (Peter Handke)

  6. Carlotta a édité 18 dvd du grand bonhomme qui s’envoyait une centaine d’huitres pour son p’tit dèj au Café de Paris à Berlin au début des années 80. Fassbinder admirait Sirk qu’il rencontra en 1971 à Munich pour une rétro Sirk. « D’après les films de Douglas Sirk, l’amour me semble être davantage encore le meilleur, le plus insidieux et le plus efficace instrument de l’oppression sociale (…) Tous les personnages de Sirk sont à la poursuite d’un désir. La seule (le personnage de Marianne Koch dans « Les Amants de Salzbourg ») qui ait été satisfaite en tout en a été brisée ».
    Deux cinéastes majeurs…
    http://www.youtube.com/watch?v=585Ws0gFsDI
    « L’homme est bon mais l’agneau est plus tendre. » BB
    http://www.youtube.com/watch?v=3YyDyVecw_E&feature=related
    Bon dimanche

  7. Bunny Lake is missing,
    I.A de Spielberg (sur scénard de Kubrik),
    Strangers than we meet, avec Kim Novac,
    Journal d’une femme de chambre, Bunuel…
    Mizogushi, l’Intendant Sancho,
    Aguirre, De W Herzog,
    The Last Valley, 1971,
    Charlie et la chocolaterie (j’aime le choco)
    La jetée,
    Level 5,
    Peut être un film d’Assayas, Irma vep,
    Alphaville etc.

    Si je devais partir sur une île déserte…

    Fassbinder était très en vogue il y a 20 ans, de ce fait j’ai tout vu… Veronika Voss, Querelle, Ali, et d’autres (Marlène)… Souvent hanté par les relations fusionnelles, d’abandon et d’homosexualité féminine ou masculine. Je connais très peu Brecht, mais j’en ai entendu parler. Brecht est davantage historien, son théâtre est qualifié d’épique. Fassbinder me semble tourné vers le drame intérieur, l’abandon etc.

    Quant à Rhomer, si vous voulez revoir les contes de Reinette et Mirabelle ? Ou le Rayon vert, avec… Marie Rivière ? Toute cette époque est si proche, et pourtant si loin ! Ou « La Discrète » avec F Luccini, ou « J’ai horreur de l’amour », avec pitr alias piotr, et jeanne Balibar…
    « Cléo de 5 à 7 », Desplechin, 1996, (My Sex Life… or How I Got Into an Argument).

    Mais il y a surtout un continent de films disparus, comme par exemple « La constante » (The Constant Factor, Zanussi), La ligne d’ombre, d’après Conrad, dont il me reste la musique, et d’autres films vu trop jeune dont ne restent que de vagues souvenirs, beaucoup de films. En fait la quantité de films qu chacun voit au cours de l’existence est assez incroyable, si vous y ajoutez les n’importe quoi, western, polards etc. Je comprends pas comment j’ai pu voir autant de films… en fait presque tout, sauf le cinoche indien et autre.

    Même les films d’arts martiaux sont plaisants à voir, et il nous arrive quantité de films visuellement réussi de Chine et de Corée. Je parle pas de Wong Karwai.

      1. Ah sûrement ! j’avais oublié bien sûr… mais je n’en ai vu qu 1 ou 2…

        Bon sans oublier Eisenstein… j’ai Octobre, et la grêve, pas encore vu. Et les premiers Lars v Triers, Europa.. Dans les 2 il y a un cheval mort pendu à une grue…

        Et aussi Takeshi Kitano, par moment…

  8. une chronique sur mon blog, pauvre, complètement décalée je l’avoue. Mais c’est ma vision

    Chronique des pauvres gens

    Ariane Ascaride, dans une interview récente où elle rappelait le film «Marius et Jeannette» de son mari où elle jouait le rôle féminin, disait que les pauvres gens, ça n’existe pas. Je ne suis pas d’accord. Les pauvres gens, il y en a partout, et on peut les reconnaître à leur comportement identique dans toutes les couches de la société.

    Examinons les vacances, et les migrations saisonnières hors de nos maisons. Les gens s’agglutinent, les moins fortunés sur les plages de l’Atlantique ou sur des îles condamnées au tourisme bétonné de masse, et les très fortunés à Marrakech, ou à Ibiza où cependant quelques individus de la première catégorie tentent de s’accrocher à leurs rêves absurdes de mimétisme Pour en revenir à la filmographie, Renoir a superbement décrit comment, dans «La Règle du Jeu» les serviteurs absorbent les mimiques et les travers de leurs employeurs et alimentent ainsi leur désir d’une assimilation utopique.

    Une autre sorte de «pauvres gens», à mon sens, (mais là je ne peux pas faire la différence entre les vrais amateurs, catalyseurs d’émotions, et les consommateurs moutonniers) , c’est celle qui fait la queue, des heures durant, pour entrer voir une exposition annoncée à grands matraquages de publicité.. Un musée devrait rester un lieu de méditation devant les toiles, une sacralisation du silence et de l’immobilité pour s’efforcer d’engranger une œuvre par tous ses pores, et de la nourrir de ses sensations. Que se passe-t-il en fait ? Une agglutination (encore une) de» pauvres gens» condamnés, le voulant bien, à un parcours programmé, au nourrissement d’une ignorance déjà assumée dès l’entrée, et qui ne peut que les précipiter vers une sortie accélérée en raison de la poussée de nouveaux arrivants, sans avoir pu (mais le veulent-ils vraiment ? )s’attarder devant des toiles qui ont nécessité des heures de travail,de réflexion, d’enthousiasme ou de désespérance avant de faire fuser les couleurs et les sens.

    Mais ce qui devient plus grave, c’est quand le comportement de la plupart d’entre nous, en groupes obscurs, participent au délitement de la société, et aux crises que nous subissons actuellement de plein fouet même si ses effets sont prévus avec des retardements Il s’agit des «pauvres gens» actionnaires. Il y a les petits actionnaires, et les autres, les gros, les investisseurs.de métier, tous ceux-là sans distinction nouveaux serviteurs volontaires des marchés –(«ce monstre polycéphale prêt à tout dévorer … dont l’activité hors loi impose sa loi à tous**) avec les résultats qui sont en train de nous prendre à la gorge et nous étouffer.

    Voilà ce que je voulais dire, grossièrement, maladroitement, sur les «pauvres gens» dont je fais naturellement partie, de par ma présence dans l’univers de l’humanité. A nous de faire le tri, et de nous rapprocher des dissidents rares de tous les bords de la connaissance qui s’efforcent, à travers les siècles, de ratisser les pauvres gens et les diriger vers une vérité et une réalité enfouies et qui ne demandent qu’à être découvertes ou inventées.

    ** citation extraite du texte de Jérôme Grynpas: Décroissance de la Démocratie, paru sur le blog de Paul Jorion du 24 août 2011 ….

    … . .

  9. Merci pour cet extrait d’un film de Fassbinder. Très étonnant tant au niveau du contenu que des expériences sonores ou du découpage du film ( jeu des répétitions, superpositions, prise de conscience du support matériel filmique, etc… ) Quelle puissance ! Quelle audace ! Notre petit cinéma anémique franco-français – à de très rares exceptions près – peut aller se rhabiller. Une pensée aussi pour Kurt Weill & Jean-Marie Straub et Danièle Huillet. En tous les cas, vous avez mille fois raison M.Jorion. La filliation Brecht / Fasbinder apparait d’une évidence  » criante de vérité « . C’est vraiment idiot, je n’y avais jamais pensé alors que ça parait évident comme un éléphant dans un couloir.

    J’aimerais poussé un autre type de réflexion vis à vis d’une remarque que vous avez fait et que je me fais souvent. Il est effrayant de voir parfois la filmographie d’un cinéaste apprécié quand on s’aperçoit qu’il a fait 200 flims et qu’on sait en avoir seulement vu trois. J- Pierrre Mocky l’autre jour a dit qu’il avait fait 200 films & documentaires. Qui les a vu ? Qui peut les voir ? Comment pouvons-nous les voir ? Les bureaucraties culturelles en France et en Europe lâchent des sommes folles pour soi-disant  » la Culture » . Et on a pas encore trouvé quelque petits millions d’euros pour traduire les films de Fasbinder dans toutes les langues européennes ? A quoi sert alors une culture que l’on ne peut pas appréhender ? Un exemple parmi dix mille. Quelle politique culturelle en France et en Europe ? Et les films de Straub- Guillet on peut les voir où ? A paris ? à la médiathèque de « la capitale  » ? Vraiment ? Qui peut les voir ? etc …..etc….

  10. @ Jeff ; l’ affiche originale de Querelle fut censurée, alors la culture pour ce que j’ en pense .. ou encore, la culture des marchands n’ en est pas forcément, ce sont surtout des objets culturels qu’ ils se sont accaparés.

    @ Paul ; sympa petit film .. qui m’ a foutu le spleen (à cause de la lumière qui s’ y trouve).

    Mais je vois qu’ on parle de cinéma et de génies, alors .., des films tournés en Californie,

    http://www.youtube.com/watch?v=96R9MG0DxLc

    http://www.youtube.com/watch?v=2yJJWXhXbuI

    Chinatown je l’ ai vu pour la première fois au Styx ; ça doit vous dire quelque chose ce cinéma Mr Jorion.

  11. Bonjour,votre article (par association d’idees) m’a ramene a mon adolescence aux raisins de la colere,premieres prises de conscience de la societe brutale

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