Trends – Tendances, La solution de la question européenne : dissoudre le peuple ! le 15 décembre 2016

Ouvert aux commentaires.

Qui ne se souvient du poème de Bertolt Brecht « La solution » qui semblait, au moment où il fut écrit en 1953, résumer très justement toutes les tares qui affectaient le communisme de type soviétique ?

Après l’insurrection du 17 juin,
Le secrétaire de l’Union des Écrivains
Fit distribuer des tracts sur le boulevard Staline.
Le peuple, y lisait-on, a par sa faute
Perdu la confiance du gouvernement
Et ce n’est qu’en redoublant d’efforts
Qu’il peut la regagner.
Ne serait-il pas
Plus simple alors pour le gouvernement
De dissoudre le peuple
Et d’en élire un autre ?

Il suffirait sans doute, soixante-trois ans plus tard, de remplacer « boulevard Staline » par « boulevard de l’Union Européenne » pour que le poème du grand dramaturge allemand apparaisse comme une satire cinglante de la situation dans laquelle se trouve plongée l’Europe aujourd’hui.

Il est vrai que l’échec du referendum constitutionnel de M. Renzi en Italie est un problème purement italien, mais il n’est pas vrai hélas qu’un effondrement de la banque Monte dei Paschi di Siena, entraînant à sa suite d’autres banques italiennes, resterait un problème purement italien, et ce ne serait pas le cas non plus si l’échec du referendum propulsait vers le pouvoir en Italie des partis dits « populistes » comme 5 Stelle ou la Ligue du Nord.

Ce qui s’est passé en Italie le 5 décembre, comme le vote du Brexit britannique du 23 juin et la montée en puissance d’un nationalisme conservateur en Pologne et en Hongrie, constitue une expression de plus de la protestation que les peuples opposent à l’encontre de la manière dont la construction européenne a été menée depuis ses débuts, au sortir de la Seconde guerre mondiale. Si la critique se formule ainsi sur le mode de la colère plutôt que de la critique constructive c’est, diront certains, parce que tout au long de la construction européenne les dirigeants européens ont fait la sourde oreille avec une belle constance devant ce qui constituait précisément une critique constructive, laquelle était le plus souvent d’excellente qualité. « Créons un marché commun et le reste suivra ! », disaient-ils avec assurance. Le reste suivrait : c’était là leur justification pour ignorer toute critique.

Les marchands quant à eux ne se sont pas contentés d’applaudir à la mise en place du marché unique qu’ils avaient appelé de leurs vœux, ils ont aussi très activement mis des bâtons dans les roues à tout effort d’avènement d’une Europe sociale, d’une Europe solidaire, d’une Europe respectueuse de l’environnement, et ceci pour une simple raison que Donald Trump a résumée récemment d’une formule lapidaire : « Parce que tout ce bazar gênerait le commerce ! »

N’était-ce pas Friedrich Hayek (1899 – 1992), Prix de la banque de Suède à la mémoire d’Alfred Nobel en 1974, l’un des grands théoriciens de l’ultralibéralisme qui inspire la construction européenne depuis ses débuts, mentor de Milton Friedman (1912 – 2006), lui aussi « prix Nobel » d’économie deux ans plus tard, qui affirmera que « la notion de justice sociale est privée de toute signification » ? Faudrait-il vraiment, laissaient entendre ces idéologues, perdre un temps précieux à tenter de donner corps à une notion en réalité dépourvue de sens ?

Le résultat toutefois est devant nos yeux, nous rappelant une nouvelle fois la pertinence de la remarque faite autrefois par Keynes, que si obtenir un assentiment unanime sur nos projets de société est un objectif hors d’atteinte, laisser se développer un dissensus, fruit de la montée du ressentiment au sein de la couche la plus large de la population, c’est encourager à l’arrivée un démaillage du tissu social, une négligence coupable que nos dirigeants ne commettraient qu’à leurs risques et périls.

Que les élites européennes tentent de disqualifier le dissensus qui s’exprime avec colère en l’appelant « populisme » ou en le qualifiant de toute autre manière ne fait rien à l’affaire : il s’agit bien d’une chose dont il aurait fallu s’occuper quand les problèmes commençaient de se poser et non quand les difficultés se seraient accumulées jusqu’à devenir insurmontables comme c’est le cas aujourd’hui. Dit autrement : c’est à ceux qui affirment avec force être victimes de l’injustice sociale que les gouvernants devraient prêter attention, et non à ceux pour qui la notion même de justice sociale n’a aucun sens, le fait que la question de la justice sociale ne se pose pas pour les nantis allant en effet de soi.

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52 réflexions sur « Trends – Tendances, La solution de la question européenne : dissoudre le peuple ! le 15 décembre 2016 »

  1. Sous l’ancien régime, à coté de la noblesse et du clergé existait le tiers état…Ce n’était déjà pas terrible pour la défense du peuple.
    Aujourd’hui en dehors des élites et des élites, personne n’a plus droit au chapitre…
    Devrions nous regretter les injustices d’autrefois???

  2. Le constat est fait.
    Paul Jorion, vous qui avez si longtemps souhaité la candidature de Piketty, saurez-vous, le moment venu, soutenir ouvertement le candidat dont le programme est le plus proche de vos réflexions et constatations ?

    1. @Rousseaux,

      Après analyse, le seule bonne méthode est celle proposée par E. Macron. Se faire élire sur des objectifs chiffrés, puis imaginer des actions pour y arriver, les mettre en oeuvre puis vérifier si on se rapproche de l’objectif partagé.

      Quand aux objectifs chiffrés proposés par E. Macron, on peut forcémment en trouver de beaucoup plus pertinents.

      Quels sont les objectifs chiffrés qui vous plairaient ?
      J’en vois un, plus pour lancer le sujet que pour signifier que c’est le bon :
      « Réduire en 10 ans les inégalités de revenus pour atteindre un rapport de 1 à 10″.
       » Ramener le bras de levier des sociétés d’investissement à 1 en 10 ans »
       » Atteindre 30% d’énergie renouvelable en France d’ici 10 ans »
       » Un chiffre pour le déficit de l’Etat »
       » Un chiffre pour le déficit des transactions courantes d’ici 10 ans »
      etc…

      Deuxième temps : sélectionner les 5 objectifs les plus pertinents pour la prochaine décennie, un objectif inclus dans un autre doit être abandonné.

      Troisième temps : qui porte ces objectifs ?

      Ca peut paraitre simpliste mais il n’y a pas plus simple et efficace pour avancer, rendre visible les objectifs et obtenir un accord majoritaire. Les électeurs pourraient voter pour tous les objectifs de leur choix, le classement se faisant alors naturellement, sans l’aide d’un candidat providentiel.
      Laissez moi rêver s’il vous plait

  3. Il y a « élites » et  » élites ».

    Il y a « peuple » et « peuple ».

    Il n’y a de « projet de société » que par une majorité populaire , au niveau pertinent de prise en charge du projet, alimentée et non pas cornaquée par les élites .

    Il n’y a de peuple efficace que lorsque « l’inconscient collectif » rejoint la  » prise de conscience collective » ,pour accoucher du « projet de société ».

    Sans césarienne ni procréation assistée , dans la douleur.

    Mais le plus inquiétant semble être que l’on a la douleur sans l’embryon d’un bébé viable .

  4. Et quand il n’y a plus de gouvernants depuis des lustres mais juste des collabos déguisés en défenseurs du peuple pour rester au pouvoir, il ne sert à rien de parler de justice sociale dans ce contexte. C’est même tout l’inverse, pour être efficace il devient urgent d’abandonner ses illusions, aussi douloureuse soit cette décision

  5. Oui, la question de la justice sociale ne se pose pas pour les nantis. Mais pour les autres? Si l’on veut justice pour soi et ses enfants, non pour les autres, alors il n’y a pas de signification à cette notion.
    Pour la campagne 2017, j’entends beaucoup de « défendre les intérêts de la France » de la part des candidats, cela ne vieux rien dire, ils le disent pour répondre aux attentes du peuple, mais il n’en sera rien si la justice est perçue comme un confort exclusif ou un privilège, c’est le lien qui unit les hommes et non ce qui distingue soi des autres. Que demande le peuple, sa dissolution?

  6. « la protestation que les peuples opposent à l’encontre de la manière dont la construction européenne a été menée depuis ses débuts, au sortir de la Seconde guerre mondiale. »

    Faux, la construction européenne n’était pas de ce type depuis le début.

  7. Bonjour,

    Mr Joriion, vous savez que je suis plutôt de droite, vous savez que je suis souvent d’accord avec vous, pas tout le temps mais d’une manière générale oui,

    Remarque : le titre de ce billet est d’un vrai,

    Cordialement,
    Personne

    1. Il y a une différence entre populisme et démagogie.
      Il y a une différence entre idées libérales et idées patronales.
      On peut être de droite et souhaiter une croissance inclusive.

      1. je suis le seul gars de la droite sur le blog de Mr Jorion.

        Pas grave, l’autre gars, Jduc, nous a persuadés que nos spermatozoïdes étaient d’essence darwino-capitaliste, de droite donc. Il ne s’est pas encore prononcé sur celle des ovules mais on garde bon espoir d’une théorie convenable pour ce qui les concerne avant l’issue fatale du fameux gaméto-ontologiste de la droite jorionenne (hélas fort âgé).

  8. Cet article met sans doute en lumière (en ce sens il est très fécond) ce qui est le péché mignon du blog, et de M. Jorion : le concept de « critique positive ». Ou l’illusion des intellectuels. Or tout est rapport de force (« non, peut-être » ?).
    La création de l’Union Européenne est datée du tournant de la « guerre froide », la création d’un nouveau consensus contre le peuple encore fortement dégoutté des guerres capitalistes et tenté par le socialisme. Le refus d’origine de concevoir une « Europe sociale » date de cette période.
    Il y avait de la vertu dans ce projet, ce qui a produit notamment des avancées en matière de protection de l’environnement. Il y avait aussi des limites économiques, que le mouvement social n’a pas pu déplacer à l’époque.
    Mais le néo-libéralisme a pris le pouvoir sur ce projet européen, à une époque où la « social-démocratie », qui faisait rempart à la tentation socialiste/communiste, perdait tout intérêt avec la chute du mur et ce qui a suivi. Vint le « grand marché », l’Europe de Maastricht et le marigot de la réunification Est-Ouest européenne. Cette social-démocratie a alors accompagné les progrès du marché, de la dérégulation économique et financière, et de la débacle de la grande crise, en faisant avaliser l’austérité généralisée, que ce soit au gouvernement ou en affaiblissant les oppositions et refusant la lutte. Derrière le théâtre politique, c’est le recul des organisations sociales, et la défaite des mouvement sociaux qui marque le recul effectif. On en a très peu parlé. On a parlé de Parlement européen, de Constitution européenne. Et pas de fiscalité juste, de progrès des acquis sociaux.
    Le fait est que la « critique positive » est sans force sociale (« Piketty, combien de divisions ? »). Le fait est que « le peuple », en l’absence de mouvement structuré, se tient dans la plainte « populiste », dont des dirigeants d’extrême droite font leur succès, contre « l’establishment ». Le fait est que des mouvements nés dans la colère du peuple (Indignez-vous, Podemos, Siriza, …) ne parviennent pas à structurer un programme dans lequel le peuple puisse se réunir en force (le peuple grec n’a pas donné à Tsipras le mandat de quitter l’Europe, question sur laquelle Siriza a explosé). Et ce processus avait mis jadis 50 ans à se construire solidement, malgré le recul des guerres (1870-1920 à peu près). Combien nous donnons-nous de temps aujourd’hui ?
    Aujourd’hui, « l’Europe » est toute nue, elle a perdu le peuple qui n’est plus tenu, encadré. Mais rappelons-nous que le capitalisme peut parfaitement s’adapter, pour survivre, et faire alliance avec les forces réactionnaires s’appuyant sur la violence de petits groupes.
    Je crains qu’un programme social correspondant au plus grand nombre ne pourra naître qu’après que le mouvement social sera passé par cette épreuve de dissensus et par une période de violence ou de dictature.

  9. Estragon (inquiet)
    — Et nous ?
    Vladimir
    — Plaît-il ?
    Estragon
    — Je dis, Et nous ?
    Vladimir
    — Je ne comprends pas.
    Estragon
    — Quel est notre rôle là-dedans ?
    Vladimir
    — Notre rôle ?
    Estragon
    — Prends ton temps.
    Vladimir
    — Notre rôle ? Celui du suppliant.
    Estragon
    — A ce point-là ?
    Vladimir
    — Monsieur a des exigences à faire valoir ?
    Estragon
    — On n’a plus de droits ?
    Rire de Vladimir, auquel il coupe court comme au précédent. Même jeu, moins le sourire.
    Vladimir
    — Tu me ferais rire, si cela m’était permis.
    Estragon
    — Nous les avons perdus ?
    Vladimir (avec netteté)
    — Nous les avons bazardés.
    {En attendant Godot – Samuel Beckett}

  10. L’Europe va mal mais les USA vont-ils mieux? Dans son dernier tweet, PJ nous alerte sur le choix de Trump du futur dérégulateur du marché financer. Cet Icahn fut le modèle du personnage du film Oliver Stone Wall street. Le voici dans ses oeuvres:
    https://www.youtube.com/watch?v=oDD1tW59Mjg
     » Greed is good » osait-il.

    Huit ans plus tard un autre comédien à l’avenir prometteur reprenait le thème:
    https://www.youtube.com/watch?v=WOF03ZAuemE

    Et dire que PJ attribuait le crach 2007/2008 à l’excès d’avidité (greed) de certains. La culpabilité des cupides fut de bien courte durée…

  11. De là à ce qu’on inverse la proposition, il n’y a qu’un pas: « La solution du peuple, dissoudre l’union européenne ». Mais non, soyons « raisonnables », attendons plutôt l’avènement d’un plan B, ou C, ou Z…

  12. Il y a un problème réel chez les politiciens actuels à ne pas vouloir parler ou essayer de résoudre les vrais problèmes. Quelques-uns:
    – le changement climatique et les émissions de CO2. Les médias serinent à longueur d’années que c’est un problème énorme et urgent, mais il est clair en même pour tout le monde que rien de sérieux n’est fait.
    – La montée des inégalités est évidente, mais rien n’est proposé pour y remédier, au contraire.
    – L’euro est de manière évidente une construction complètement bancale, mais il ne faut surtout pas y toucher.
    – On a une perte de biodiversité massive, mais à part sanctuariser cela et là quelques milliers d’hectares, on ne fait pas grand-chose
    – on automatise à tour de bras, et puis on se plaint du chômage élevé ou des salaires trop bas
    – etc….

    Même si beaucoup de gens ne font pas ce constat dans ces termes-là, mon impression est qu’il y a une conscience diffuse de cet état de fait: il y a plein de problèmes importants, mais personne au pouvoir n’en parle réellement franchement (le politiquement correct) ni n’essaie a fortiori sérieusement d’essayer de les résoudre (TINA).

    Et naturellement, le résultat c’est que n’importe quel parti qui ne fût-ce que parle d’un de ces problèmes sans langue de bois en prétendant qu’il va le résoudre par des mesures simples, va réussir à convaincre beaucoup de gens d’au moins « essayer ».

    1. Je pense que tant qu’un homme n’a pas vécu une situation dans sa chair, il ne comprend rien.
      Ainsi, même les riches savent que la pauvreté existe, mais ils ne la fréquente pas, ils ne la croisent que furtivement dans la rue.
      Ainsi, il n’y a plus de hanneton (entre autre) dans les villages, mais qui vit encore dans les villages.
      Les inégalités sont trop peuvisibles pour être accessibles. Tout le monde peut se retrouver devant les vitrines des Champs- Élysées, mais il ceux qui regardent et ceux qui peut entrer dans les magasins.
      Nos dirigeants sont comme tout le monde, ils n’appréhendent que ce qu’ils vivent directement. Entre les Palais de la République, les transports 1ere classe et les Palais Européens, ils ne ressentent pas grand chose. Il y a bien des rapports vite parcourus, vite oubliés, et la danse reprend. L’envie se porte naturellement vers le « haut ».
      La suppression du service militaire est une grande perte pour
      cette raison, même s’il avait bien des défauts.
      Il faudrait recréer un vécu commun, même passager, enfin qu’il en reste quelque chose en arrière plan pour tous.

      1. Le service militaire… et tu te retrouves à faire l’EOR à Coetquidan, avec Sapin, Jouyet, de Castries et le futur juge Lambert…

    2. « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes »…

      Il parait qu’il serait mort. Il a du mourir de rire, probablement…

      1. La citation exacte de Bossuet, lourde mais nuancée, oubliée, bref, différente :
        « Mais Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je? quand on l’approuve et qu’on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance. »

    3. @Mathieu
      Et si les dirigeants que nous élisons, ne savaient pas diriger !
      Au fait, c’est quoi un dirigeant ? Quelles sont les qualités indispensables à tout dirigeant.
      On fait la liste et on vote ?

      Puis ensuite, on passe à ce filtre tous les prétendants 2017.
      Conclusion : vite, trouvons nous un autre candidat !

      Maintenant que nous avons ce candidat, il nous faut en trouver à toute vitesse 580 environ, un par zone « députative ».

      Il est donc déjà trop tard pour 2017. Il faut se mettre d’ores et déjà au travail pour 2022.

  13. On dirait que l’argent, « la finance », le pouvoir des grands comptes……ont replacé la monarchie absolutiste. Durant l’Ancien Régime, un pauvre était et restait pauvre parce que dieu le voulait ainsi – cela faisait partie des croyances. La sitation sociale était figée, inaltérable, garantie par le monarch, représentant de dieu sur terre, donc intouchable. Je pense que nos sociétés sont en train « d’évoluer » vers un schéma semblable. Le monarch n’est plus une personne, mais une doctrine.
    Le problème c’est « le peuple », ou plutôt son état amorphe face à cela. Il se comporte comme les fameuses vaches regardant les trains passer. Certains s’imaginent, de manière incorrigible, que les élections, une nouvelle tête apporter du changement.

    1. Oui la Finance dirige le monde.
      Néanmoins rien n’interdit à un peuple de reprendre le contrôle de sa finance, en s’isolant de la Finance.

      Celà peut se faire à l’occasion d’élections…

    2. Le peuple veut la justice mais peut s’en détourner sur toutes les étapes nécessaires pour y parvenir. Il est donc porté à croire au changement lors des élections en changeant de têtes politiques pour ne pas se remettre en cause plus directement. Pas de justice alors on vote contre, mais ce n’est pas une crise ma p’tite dame, c’est une extinction, nous sommes des animaux sociaux, nous sommes des hommes politiques, nous ne sommes pas encore morts et une justice qui fonctionne nous permettrait de partir en paix, pas de justice pas de paix.

    3. @Germanicus

      Voici ce que je viens de trouver sur Médiapart, ce qui me ferait dire que le peuple n’est pas amorphe mais mal cablé, desinformé et les politiques plus interessés par leur ré élection que par l’intérêt général.

      Les dirigeants européens ne sont-ils pas influencés par un calendrier électoral chargé en 2017 ?

      Si évidemment. Dans le cas de l’Allemagne et des Pays-Bas, où des élections se tiennent le 15 mars prochain, c’est très clair que la perspective de scrutins nationaux joue sur les prises de position de leurs ministres des finances. Mais on ne peut pas mettre en péril l’avenir de la Grèce et de la zone euro parce qu’il y a des élections dans son pays et qu’on a peur de perdre son poste ! Cette peur du coût politique est du plus mauvais effet pour les citoyens. Une raison de plus pour conclure rapidement cette deuxième évaluation du programme grec : cela permettra à M. Dijsselbloem de partir faire sa campagne électorale aux Pays-Bas !

      1. Je suis d’accord avec ca: la priorité des priortités du personnel politique: gagner les élections. Il y a des carrières en jeu, et d’autres avantages qui s’y rattachent.
        C’est l’un des effets pervers de la démocratie. Mais encore une fois: le peuple regarde et laisse faire. Je dirais, au risque de me tromper, qu’une partie de la populations a résigné face aux nouvelles réalités et face à une classe politique incapable, pour différentes raisons, d’apporter des solutions. Le milieu politique compte sur la patience des gens, sur leur capacité d’espérer, sur le contentement de certains classes sociales par le système.

    4. @Germanicus,

      Pas de chance, ça tombe sur vous : arrêtons de nous complaire dans l’analyse ! C’est de la drogue anesthésiante. On se sent mieux pendant quelques instants, on cogne sur l’autre et on se réveille le lendemain avec la gueule de bois.

      Ce Blog a déjà tout analysé, il doit passer à la phase des propositions, trouver le moyen de sélectionner les meilleures etc..

      1. Paul Jorion a fait des propositions. Y-en a-t-il d’autres ?
        30 jours pour en faire plus, puis 10 jours pour en faire une synthèse
        Puis on passe au vote ?

      2. Des propositions? Il y en a, des propositons, ca ne manque pas. Vous ne pouvez rien faire si une large part de la population active (le personnel politique inclus) adhère au système. Et quant à l’opposition, il n’y a pas d’unité, il y a une multitude de propositions, mais pas de leitmotiv ni de modèle directeur. Ce qui renforce la position des conservateurs.

      3. Mettre en place les éléments d’une transition vers un monde apaisé

        L’homme, pas quelques-uns, tous, doit prendre conscience que le premier problème qu’il doit résoudre est celui du bon équilibre entre ses besoins pour survivre et son souhait de bien vivre sur une planète dont les ressources sur lesquelles il s’est reposé pour vivre, sont limitées.

        L’instinct de survie modèle le comportement humain au point qu’il continue de prévaloir bien au-delà de ce qui serait nécessaire : « je souhaite posséder toujours plus au cas où, et tant pis pour mon voisin ! ». Les connaissances que nous avons acquises aujourd’hui sur le contrôle conscient et inconscient de nos actes par notre cerveau permettent d’entrevoir des solutions par le développement de la bienveillance, l’empathie, la philosophie du don dès le plus jeune âge, tout en cultivant ces valeurs tout au long de la vie. Je laisse la parole aux psychologues, aux spécialistes des sciences cognitives, aux historiens pour développer ce point, pour éviter que nous ne retombions pas dans les erreurs passées de l’embrigadement.
        Le prédateur moderne est le riche, il veut continuer à s’enrichir et le fait au détriment de ceux qui n’ont pas assez pour survivre et au détriment de la planète en se cachant la vérité. Céder une partie de sa fortune à des œuvres caritatives ne devrait pas permettre pas au donateur de s’exonérer d’un questionnement sur la manière dont il a accumulé sa fortune. Faire souffrir certains pendant des années pour soulager d’autres ultérieurement est totalement illogique.

        La monétisation des échanges a permis d’occulter l’esclavage. Pour nombreux d’entre nous, le travail est encore une corvée, acceptée ou ressentie comme telle. Comment faire pour que le travail soit totalement accepté, puis source d’épanouissement ? Comment favoriser les initiatives, l’intérêt, la curiosité dans le travail ?
        Comment faire pour que tout homme sur la terre dispose du minimum pour survivre ?
        Comment faire pour que nous ne prélevions pas plus que ce que la planète peut nous donner chaque année, chaque jour ? Comment faire pour que chacun ait accès à un travail ?

        Le premier garde-fou serait le vote de lois nationales interdisant de faire de l’argent avec l’argent dès que le patrimoine personnel excède la valeur moyenne du patrimoine moyen par habitant d’un pays donné, puis d’une loi internationale interdisant à un pays d’accroitre son patrimoine national dès qu’il dépasse la moyenne des nations. Par réalisme, cet indicateur servirait de guide incontournable pour prendre des décisions au niveau local, national, international.

        Les richesses mondiales sont mal réparties. Un climat tempéré est plus favorable pour les cultures qu’un climat aride, un puit de pétrole au coin de la rue, c’est le Jack Pot !
        Le niveau de développement économique d’un pays, c’est-à-dire les moyens de production accumulés, donne un avantage compétitif tant que les parités monétaires ne viennent pas détruire cet avantage. Comment favoriser les investissements productifs dans les pays « en retard » sans « bousiller » encore plus la planète ? La population humaine actuelle est-elle planéto-compatible ?

        L’origine des crises est d’une simplicité qui me laisse sans voix. Il suffit que des emprunteurs soient dans l’impossibilité de rembourser leur dette, et que les montants en jeux dépassent 1% de ( ???) pour que le château de cartes s’écroule, sauf si une Banque Centrale, un Etat n’intervient pas rapidement et violemment. Lehman a chuté par que son président a parié, perdu et menti. La solution Barclays initialisée le 10 septembre 2008, a échoué parce que la BoE ne l’a pas acceptée au dernier moment, le 17 septembre : http://abcnews.go.com/Business/story?id=5800790&page=1
        Pour que l’aléa moral ne soit plus un pousse-au-crime, il suffit de limiter l’endettement de ceux qui sont à l’origine des crises passées, en s’inspirant des pratiques des pays qui ont mieux tenu que les autres. Pour ma part, mes convictions sont claires.
        – Bras de levier 1 pour les sociétés d’investissement : elles n’investissent que les sommes qui leur sont confié.
        – Pour les particuliers, le modèle français d’endettement des ménages est plutôt résilient.
        – Pour les entreprises, le problème doit être abordé différemment suivant la taille de l’entreprise. Les M&A ne sont pas autorisés si elles font appel à l’emprunt bancaire. Le cas des start-up ou des entreprises en création est un sujet à part. Pour ma part, j’interdirais tout dividende pour limiter l’endettement des entreprises : l’entreprise verse des salaires, épargne pour ses besoins futurs ou rembourser ses emprunts.
        – Pour les banques commerciales, les emprunts croisés sont interdits, la Banque Centrale fait le nécessaire pour refinancer quand il faut, dans le cadre d’une réglementation stricte que les spécialistes imagineront sans difficulté.

        Les mouvements de capitaux ne sont pas tous néfastes, par contre ceux qui le sont doivent être éliminé. Rome ne s’est pas fait en un jour. Le système fédéral américain analyse régulièrement les balances des transactions courantes inter-états. Target 2 peut le faire ! Le Montana, la Creuse, la Grèce : même combat. Que fait-on ?
        Une monnaie de réserve mondiale, une banque centrale mondiale, une création monétaire apaisée : bien sûr !

        Aujourd’hui, il existe un cadre plus ou formelle qui régit les relations internationales. Ce cadre n’a rien d’apaisant, au contraire, il attise les tensions. Il doit être reconfiguré. Mais cette reconfiguration doit être partagé par tous. Les gagnants du cadre actuel ne seront pas d’accord, une majorité des perdants n’y comprennent pas grand-chose mais en ressentent les conséquences dans leur chair. On ne fait pas assez pour le leur faire comprendre. C’est à ceux qui ont compris de le faire comprendre, tant aux perdants qu’aux gagnants afin de converger vers une solution plus juste, plus apaisée.

        Rome ne s’est pas faite en un jour, la planète n’en a plus que pour une centaine d’années si le cadre ne change pas.

        Je suis favorable au concept d’une transition pour un monde apaisé qu’il faut bâtir sur un concept simple :
        En prenant acte que les échanges sont monétisés et le seront encore pendant une centaine d’année, interdisons de faire de l’argent avec de l’argent, protégeons l’épargne des épargnants (Monsieur tout le monde qui ne consomment pas aujourd’hui pour dépenser demain).

        Ce texte n’est pas totalement abouti, veuillez m’en excuser. Merci pour votre indulgence.

  14. Dans la résolution de l’affaire MPS y’a un aspect qui me met particulièrement en joie. C’est tous les beaufs plein d’euros et de morgue qui depuis des années pourrissaient les repas de famille transalpins à coup de bons conseils et de sentences sur l’évolution financière du monde et qui cette année vont passer leur réveillon en Caliméros des familles, à pleurer sur le sort vraiment trop injuste que risque fort de leur réserver le gvt italien en refusant de les considérer pour ce qu’ils n’ont peut-être jamais cessé d’être : de moelleux piccioni entre les dents de lait de quelque caissier de MPS.
    Cela dit, et sans méconnaitre le coût pour le contribuable italien, je serais moins radical que François Leclerc quant à la totale irrégularité de la résolution vis à vis du nouveau protocole européen. Hormis les « petits déposants pseudo-investisseurs non-informés » qui seront tirés de la baignade forcée (quelle proportion des 40 000 déposants-créanciers et de leurs 2 mds d’euros seront reconnus comme piccioni de bonne foi ? sur quels critères ?) en gardant leurs bonds (toujours subordonnés ou séniors on sait pas trop…) grâce au bail-out, les autres créanciers sont bien forcés de les échanger contre des actions MPS (bail-in donc).

    1. L’affaire italienne est compliquée, Vigneron. Tout y est lié, les banques, l’économie en général……., plus qu’ailleurs. Et comme l’économie italienne va mal……. Une transfusion sanguine (le fric de l’état) n’est pas la thérapie appropriée pour un malade agonisant. En clair: on essaye de sauver le système, et cela quelque soit le prix à mettre.

    2. Comediante tragediante politichiante.
      Qui sont les petits porteurs italiens de dettes de banques sauvés par les porteurs de dette souveraine italienne selon Bloomberg…

      Bloomberg calculations, based on the central bank’s Survey on Household Income and Wealth, suggest that bank-bond holders aren’t likely to be made destitute by losses from a bail-in. Households that own the securities had average net assets of 501,986 euros at the end of 2014, compared with 218,135 euros for the general population, and their mean disposable income was in the top 12 percent nationwide at 52,304 euros.

      Moreover, those households keep on average more than 70 percent of their wealth in real estate. Excluding real estate, their average net wealth is 147,626 euros, or more than four times the national average. Even then, lenders’ debt makes up less than half their holdings of financial assets.

      The 5.4 percent of Italian households that owned bank bonds at the end of 2014 is equivalent to just under 1.4 million families, each holding an average of 34,468 euros of the securities.

      https://www.bloomberg.com/news/articles/2016-12-22/italian-bank-bondholders-gentiloni-aims-to-shield-aren-t-so-poor

      1. Faut savoir aussi que ce sont les politiques italiens qui ont poussé les déposants à acheter des obligations bancaires à coup de défiscalisations.

  15. Un russe, Andreï Makine, français par raccroc, élu à l’académie française. Son discours de réception est une petite merveille de largeur d’esprit et de tolérance. Une thèse qui mérite réfléchion: la Russie et la France sont historiquement séparées par des rivières de sang. Et cependant la Russie ne voit pas la France comme l’agresseuse. La découverte de la culture française surpasse les vieilleries de l’histoire. Encore faudrait-il ne pas en abuser. Nous n’avons rien à gagner à épouser une querelle d’outre atlantique, bête à bouffer du foin et qui handicape d’abord les 2 parties , Russie et France et plus largement l’Europe continentale.

    Avec la belle Hélène, l’Académie devient un dangereux repaire de russolâtres immortels… Tout fout le camp.

    1. @Daniel
      Nous avons déjà eu un ou deux échanges.
      Je m’en suis pris un peu sur la tronche. Pas grave, je m’en suis remis.

      J’espère que votre voiture roule bien depuis la dernière réparation.

      Pourriez-vus nous proposer un objectif prioritaire chiffré qui permettrait, si on l’atteignait, de sortir de la mouise les 5 millions de personnes dont vous avez dit faire partie ?

      1. 1-) « Je m’en suis pris un peu sur la tronche. Pas grave, je m’en suis remis.  »
        Une blessure grave, à ce que je vois, et je ne m’en doutais pas…
        Ne prenez donc pas toute ces choses comme des attaques personnelles. Ni le but, ni la peine.
        Imaginez que je vous envoie une petite boite de chocolats.
        2-) Roule bien. La valeur de mon capital a augmenté d’au moins 50 Euros. Les petits ruisseaux qui font les grandes rivières… la spéculation –ici, légitime– est en nous, mais le marché n’est pas très liquide. N’importe, chus pas vendeur.
        3-) comme ça, d’un claquements des doigts et hop, c’est fait? C’est bien la question, non ? De vous à moi, je la vois salement piégée. Enfin, vous ne me manquez pas d’ambition. Et me supposez du talent dont je n’ai pas le commencement.
        Vous allez croire que je botte en touche, mais ce genre de demandes est débile ( revoir d’urgence le point 1-). Thierry la Fronde, Zorro et Mandrin, le bon, la brute et le truand, au secours du peuple souffrant, prêts à lui montrer la voie. On dirait que vous n’avez pas compris grand’chose aux réflexions de Paul (revoir urgemment le point 1-).
        Sérieux: la solution n’est pas individuelle, elle n’est pas d’assembler/ajouter 5 ou 10 millions de bonnes volontés individuelles à se tirer d’affaire. Il faut la jouer collectif. Revoir à tête reposée les propositions de Paul:
        http://www.pauljorion.com/blog/2016/11/25/mettre-en-place-les-elements-dune-transition-vers-un-socialisme-authentique/

        Ou bien celles de Mélenchon. A dire vrai, je n’ai pas lu le Mélenchon nouveau mais ça pas dû varier beaucoup sauf dans le sens de l’amélioration de détails. Collectif suppose 2 moyens ou outils: politique (collectif) et socialisme.
        Pour être bien sûr, on sait jamais:
        http://www.pauljorion.com/blog/2016/11/25/mettre-en-place-les-elements-dune-transition-vers-un-socialisme-authentique/

      2. @Daniel suite de 19h55

        1/ J’imagine bien les chocolats
        2/ J’en étais sûr !
        3/ Pas de piège, mais effectivement difficile d’y répondre. Débile, non, mais demande plus d’explication. L’écrit se prête mal à cette clarification.
        J’ai relu les propositions de Paul Jorion que je comprends parfaitement bien.
        Pour tenter de hiérarchiser les propositions de Paul, j’appliquerais la méthode suivante :
        – Très efficace, efficace, peu efficace
        – Applicable immédiatement ou non
        – Très facile à mettre en oeuvre, facile, très difficile.

        Je tente l’exercice moi-même et vous fais un retour.

        Le vrai problème n’est pas d’avoir raison mais d’emporter l’adhésion d’une majorité de personnes qui sentent les conséquences de ce qui se passent sans avoir pu, pris le temps, etc … de réfléchir aux causes de ce bazar qui sont bien plus simples qu’on ne nous laisse le croire et que PJ a bien compris !
        Nous sommes au moins 100.000 à avoir bien compris, so what !

  16. Et qu’en est-il du champ magnétique terrestre, qui, selon des scientifiques, s’amenuise ? C’est vrai qu’on n’y peut rien, alors on n’en cause guère. Je ne suis évidemment pas spécialiste m’enfin y a des gens qui calculent mieux que moi et qui disent que c’est bizarre.
    Bref, les particules fines et brouillasseuses de décembre valaient leur pesant de cacavuètes, et là, toute non spécialiste que je suis, j’ai bien vu qu’on n’y voyait plus. Que les gens lâchent leur carriole étant une chimère, il va falloir étouffer en silence et surtout acquiescer à l’injonction d’optimisme.
    Pour l’heure, Noël est une joie ! Champagne ! Bisou à tous !

    1. Bon Noël Armelle ! à toutes et tous aussi !
      « Et qu’en est-il du champ magnétique terrestre, qui, selon des scientifiques, s’amenuise ? »

      Ah ! le magnétisme… (*)
      Et bien, les scientifiques sont comme les politiques: la peur les empêchent de dire les choses telles qu’elles sont voire telles qu’ils les perçoivent… leur optimisme en prendraient un coup fatal.

      Mais vous avez raison de préserver « une joie »… la Vie pourrait bien nous surprendre en 0017 AA.

      (*) le ou les magnétisme(s): http://www.pauljorion.com/blog/2016/12/19/les-limites-physiques-a-la-croissance-sont-a-notre-porte-leffondrement-menace-mais-nous-ne-le-voyons-pas-par-alexis-toulet/#comment-602254

  17. From the Monongahela valley
    To the Mesabi iron range
    To the coal mines of Appalachia
    The story’s always the same
    Seven hundred tons of metal a day
    Now sir you tell me the world’s changed
    Once I made you rich enough
    Rich enough to forget my name

    And Youngstown
    And Youngstown
    My sweet Jenny I’m sinkin’ down
    Here darlin’ in Youngstown

    When I die I don’t want no part of heaven
    I would not do heaven’s work well
    I pray the devil comes and takes me
    To stand in the fiery furnaces of hell

    Pas fait pour l’taf au paradis. Le Devil répond toujours aux prières, 20 ans plus tard.
    http://www.azlyrics.com/lyrics/brucespringsteen/youngstown.html
    Youngstown in Youngstown, Ohio, 1996.
    https://youtu.be/Smddcs5n0H0
    https://www.bloomberg.com/news/articles/2016-12-27/outrage-over-the-economy-doesn-t-explain-surging-global-populism

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