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Ces curieux étrangers. À propos de « L’attribution de bonus aux salariés lorsque les firmes accordent des dividendes à leurs actionnaires », par vigneron

Billet invité. À propos de « L’attribution de bonus aux salariés lorsque les firmes accordent des dividendes à leurs actionnaires ».

On se sent légitimement en droit de se demander si, devant la réaction aussi négative que monolithique des syndicats français aux propositions du gouvernent Fillon 2, les responsables de IG Metall en Allemagne ou de l’UAW aux USA se posent rétrospectivement de graves questions de stratégie syndicale, de rectitude dans la « ligne politique », quant à leurs décisions d’accepter il y a quelques années des accords avec Volkswagen pour le premier, Ford, GM, Chrysler pour le deuxième. Accords, négociés certes et non suggérés par l’État, qui ont permis d’octroyer cette année encore plus de 6 000 euros de primes aux employés allemands de VW et plus de 6 000 dollars aux employés US du « big three » (1$ de prime par employé pour chaque million de bénéfice annuel).

N’auraient-ils été, ces responsables inconséquents, au bout du compte, que de vulgaires sociaux-traîtres à rajouter à une longue liste noire (et jaune) ?

Ils ne doivent plus en dormir, très certainement.

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LE MONDE, « Réalité comptable » et vérité, lundi 17 – mardi 18 mars 2014

« Réalité comptable » et vérité

Dividendes accordés aux actionnaires en hausse, bonus accordés aux dirigeants des mêmes entreprises en hausse eux aussi, alors que leurs résultats sont en berne. Ne s’agit-il pas pourtant pour ces deux postes, dividendes et bonus, de parts prélevées sur les bénéfices ?

M. Antony Jenkins, patron de la banque britannique Barclays depuis août 2012, époque où celle-ci avait été décapitée suite au scandale de la manipulation des taux LIBOR, détient peut-être la clé du mystère.

À son entrée en fonction M. Jenkins avait promis de mettre un terme à la culture d’avidité et de corruption qui avait conduit à la déchéance de la banque, assurant en particulier qu’elle renouait avec le quakerisme de ses origines. Or, malgré ses bonnes intentions, le chef de la Barclays est aujourd’hui sur la défensive pour avoir augmenté les bonus de 200 millions de livres (240 millions €) alors que les chiffres de sa banque sont en baisse. M. Jenkins a affirmé que si une banque cesse de verser de gros bonus, « elle entre dans une spirale mortifère. Votre image de marque se détériore et vous pouvez très rapidement tomber de la première à la deuxième ou à la troisième division… ».

Le patron de la Barclays aurait pu dire que le meilleur moyen de devenir riche est d’avoir déjà l’air d’être riche. La banque BCCI l’avait bien compris au temps de sa splendeur dans les années 1980 : elle avait obtenu de quelques milliardaires, contre rémunération, qu’ils affirment confier leurs intérêts à la banque – ce qu’ils se gardaient bien de faire par ailleurs. Quand la BCCI s’avéra être une usine à traiter l’argent sale, elle s’effondra.

Plus le climat se détériore, plus il est important pour apparaître différent des autres, d’avoir l’air en bonne santé, et donc d’augmenter les dividendes distribués et les bonus attribués. Principe contradictoire avec le fait qu’il s’agit de postes alimentés par les bénéfices et, moins ceux-ci sont substantiels, plus minces devraient être les sommes à distribuer. Certains critiques de Jenkins le lui ont rappelé : réduisez la manne à distribuer au prorata de la baisse des bénéfices et si certains employés ne peuvent être pénalisés selon vous à aucun prix, modifiez le barème en leur faveur.

Augmenter dividendes et bonus quand l’entreprise est en difficulté équivaut à son pillage. Sa dépouille est dépecée entre dirigeants et actionnaires aussi longtemps que l’illusion perdure. Quand celle-ci se dissipe, le prix de l’action s’effondre et la firme fait faillite.

Apparaît ici la marge de manœuvre considérable dont disposent les dirigeants d’une firme dans l’allocation des bénéfices mentionnés à son bilan. C’est à tort qu’on imagine que le roc des chiffres comptables prévient toute dérive de dividendes et de bonus en hausse dans une conjoncture de bénéfices en baisse, au détriment d’autres postes comme le refinancement de la firme ou la recherche et le développement, sans même mentionner le parent pauvre du partage des bénéfices, pour ne pas dire son souffre-douleur : les salaires des employés du rang, que les a priori de la règlementation comptable considèrent des coûts plutôt que les « avances » en travail » qu’ils sont en réalité.

Témoin du caractère de moins en moins déterminant des chiffres comptables dans le partage des bénéfices, le fait que l’on préfère parler aujourd’hui de « chiffres de reporting », suggérant qu’ils ont valeur informative plutôt que contraignante.

Les chiffres financiers publiés au bilan sont le visage de l’entreprise que les dirigeants veulent offrir aux actionnaires, reflet d’un bras de fer séculaire engagé entre eux. Exercice ambigu par nature puisque l’idéal supposé de transparence est neutralisé par le souci censément légitime des firmes de ne rien révéler de leur véritable fonctionnement, domaine du « secret commercial ».

Les stock options furent inventés en 1975 pour araser l’antagonisme entre dirigeants et actionnaires. Grâce à elles, ceux-ci bénéficient tous ensemble d’une hausse du cours de l’action, et leurs intérêts s’alignent. Il était jusque-là de l’intérêt des dirigeants de veiller à l’intégrité des chiffres financiers, rempart contre l’avidité des actionnaires. Avec les stock-options cela cesse d’être le cas.

S’ouvrit alors l’ère de la comptabilité dite « imaginative » où les grandes firmes d’audit surent s’illustrer.  On garde le souvenir par exemple du « cash swap », dont la logique fut approuvée dans un livre blanc de la firme d’audit Arthur Andersen, qui accompagna en 2001 sa cliente Enron dans sa chute. Dans le cash swap les deux contreparties échangent des sommes identiques (oui, vous avez bien lu !), transaction censée constituer davantage qu’une opération blanche au prétexte que les sommes « échangées » sont comptabilisées sous des rubriques différentes chez l’une et l’autre partie et relèvent de traitements fiscaux distincts.

Si les dirigeants d’entreprise disposent d’une marge de manœuvre considérable dans les décisions qu’ils prennent à partir du portrait comptable de leur firme, celui-ci évalue très mal de son côté son état de santé. Pensons en particulier aux deux variables que sont le taux d’escompte utilisé pour actualiser les flux de trésorerie futurs et la dépréciation du goodwill, la valeur marchande de l’image de marque telle qu’elle se reflète dans la capitalisation boursière de l’entreprise, variables auxquelles le bilan global est très sensible. C’est la direction de la firme qui décide s’il y a eu ou non dépréciation du goodwill, tandis que la détermination du taux d’escompte des flux de trésorerie à venir intègre de manière synthétique sa vision subjective de son propre avenir, de celui de sa branche et, pourquoi pas ? du futur de la planète tout entière.

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L’actualité de demain : QUAND LE SYMBOLIQUE RATTRAPE LE LITTÉRAL, par François Leclerc

Billet invité.

Une mesure symbolique a été adoptée après dix mois d’intenses négociations : les bonus des banquiers vont être limités en Europe, une mesure contre laquelle les autorités britanniques et La City se sont farouchement leveés. Pour elles une question de principe, une atteinte à leur liberté !

L’accord intervenu entre le Parlement européen et l’Union européenne, représentée par sa présidence irlandaise, doit encore être formellement adopté par l’Ecofin qui rassemble les ministres des finances de l’U.E. Le chemin est cependant tracé pour que l’adoption de la nouvelle réglementation bancaire connue sous le nom de Bâle III commence a être appliquée en Europe… fin 2018. Aux États-Unis, le calendrier reste une totale inconnue.

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BRUXELLES LIMITE LES BONUS DES BANQUIERS : IMPACT NUL SUR LEUR RÉMUNÉRATION GLOBALE, par François Leclerc

Billet invité, paru ce jour sur Atlantico.

Les rémunérations et les bonus du secteur bancaire sont indécents et montrés du doigt, l’opinion publique s’en émeut et les gouvernements s’en alarment par voie de conséquence, soucieux de montrer combien ils sont sourcilleux de la moralité. Cet angle qui revient périodiquement dans l’actualité est-il pour autant un des leviers efficaces d’une régulation financière qui continue à se chercher et à ne pas se trouver ? Ou bien peut-il se résumer à des gages donnés à peu de frais ? Deux grandes banques européennes, Barclays et Commerzbank, viennent à cet égard de prendre le devant, mais une hirondelle fait-elle le printemps ?

La question fait débat depuis un an et a été inscrite à l’ordre du jour de pas, moins de trente sessions successives au Parlement européen, où se joue la transposition en droit européen de la réglementation Bâle III et où les parlementaires bataillent pour obtenir des résultats. La question des bonus y est l’une des principales pierres d’achoppement et de discrets conciliabules se poursuivent, étant donné le caractère hautement symbolique des mesures, le britannique en pointe, le gouvernement allemand faisant désormais la sourde oreille et le français regardant ailleurs.

Il faut croire que le système financier est une très délicate horlogerie qu’il ne faut toucher qu’avec des pincettes. C’est en tout cas l’impression que l’on pourrait avoir à suivre les tentatives en cours pour le réguler. Qu’il s’agisse du renforcement des fonds propres des banques et de leurs liquidités, de la séparation de leurs activités spéculatives de celles de dépôt et d’intermédiation, ou bien encore de celle des produits dérivés (qui se précise – si l’on peut dire – aussi très lentement), c’est chaque fois la même chose. Il ne faut pas casser la machine, car on en attend d’elle encore de grands services – qui pourtant se font attendre – et les précautions sont de rigueur, imposant à chaque fois de longues concertations avec la profession dont il ressort des règles très assouplies. À l’arrivée, peut-on déplorer, prudence rime avec connivence.

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Goldman Sachs aujourd’hui (I) – Résultats financiers du second trimestre 2010

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Les chiffres financiers de Goldman Sachs ont été publiés tout à l’heure. Les bénéfices du second trimestre 2010 sont en baisse de 82 % par rapport à l’année dernière. Les raisons avancées sont : 1) le règlement du contentieux avec la SEC (Securities & Exchange Commission), le régulateur des marchés américains, dont le coût s’élève à 550 millions de dollars, 2) la taxe sur les bonus au Royaume-Uni dont le montant est de 600 millions de dollars, 3) des pertes dans les opérations de trading.

Le règlement consécutif à l’accusation de fraude se ventile, je le rappelle, entre les 300 millions de dollars d’amende pour avoir caché à ses clients que le choix des crédits subprime inclus dans la CDO (Collateralized–Debt Obligation) ABACUS 2007-AC1 avait été fait par un tiers qui pariait sur le défaut du titre et qui avait donc intérêt à ce que la probabilité que ces crédits soient remboursés soit la plus faible possible, et les 250 millions versés aux deux parties lésées : Royal Bank of Scotland et la banque allemande IKB.

À propos de cette amende et de cette restitution, ainsi que la taxe sur les bonus au Royaume-Uni, Goldman Sachs commente de manière touchante que ces sommes ne donnent « substantiellement » pas droit à déduction d’impôt. Les larmes vous en viennent aux yeux.

Les pertes dans les opérations de trading sont essentiellement dues au fait que Goldman Sachs avait parié sur une faible volatilité du marché boursier au second trimestre. Or, un « krach éclair » a eu lieu le 6 mai et la volatilité du marché boursier américain reste élevée depuis.

La plainte pour fraude de la SEC mettait en évidence le cynisme avec lequel Goldman Sachs avait refilé à ses clients la patate chaude des produits toxiques adossés à des crédits hypothécaires subprime. Parallèlement, les journalistes d’investigation ont mis en évidence la manière dont la firme a multiplié les paris sur la chute des titres liés à l’immobilier résidentiel américain, au point que l’opinion commune aujourd’hui est que les grandes banques d’investissement de Wall Street ainsi que les hedge funds, ont délibérément aggravé la sévérité de la crise en vue d’un gain. Les sénateurs américains qui interrogèrent certains représentants de Goldman Sachs le 27 avril, ne purent réprimer de nombreuses allusions acerbes à ce sujet.

Le plus amusant est la manière dont Goldman Sachs tient maintenant compte de ces accusations de mépris absolu envers ses clients dans la justification de ses pertes de trading au cours du second trimestre en disant en substance : « Nous avons bien été obligés ! C’est un sacrifice que nous avons dû consentir en raison de l’amour que nous portons à nos clients ! ». Je cite David Viniar, le Chief Financial Officer de Goldman Sachs : « Nous étions court volatilité [PJ : nous avions parié que la volatilité serait faible] pour répondre aux besoins de nos clients… », et encore : nos clients voulaient se couvrir contre un accroissement de la volatilité et « nous nous sommes positionnés dans la direction opposée parce que – vous le savez – nous tenons compte de nos clients en toute circonstance ». Si j’ai pu réprimer mes sanglots tout à l’heure quand j’ai mentionné que les amendes pour fraude infligées à Goldman Sachs ne donneraient pas droit à déduction d’impôt, là, excusez-moi, l’émotion m’envahit : je dois m’interrompre, pardonnez-moi !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise: quand vient le moment de présenter la douloureuse, par François Leclerc

Billet invité.

QUAND VIENT LE MOMENT DE PRESENTER LA DOULOUREUSE

Alors que le montant de l’addition de la crise n’est pas encore connu – car pendant les travaux, les dépenses continuent – la question de la facture qu’il va devoir falloir d’une manière ou d’une autre payer commence à devenir lancinante. Qui va la régler et comment ?

Il est pour l’instant encore considéré de mauvais goût de trop insister à ce propos, étant donné le caractère délicat de la chose, mais l’on y vient. Alors que les esprits sont déjà échauffés par l’attitude des managers des banques, qui s’apprêtent à nouveau à annoncer de nouvelles largesses extravagantes (à l’intention exclusive de leur management et de leurs traders). Nous amenant à nous demander s’ils font preuve d’inconscience. De manque de sens politique, diraient ceux qui cherchent à en faire preuve et à qui cela complique la vie. Ou, plus simplement, s’ils se croient tout permis et sont sûrs de leur fait, ce que l’on hésite à admettre devant l’énormité de la chose, et pourtant… Considérant, somme toute, que c’est leur dû et qu’ils n’ont de compte à rendre qu’à eux-mêmes. Car même leurs actionnaires, dont les dividendes sont minorés d’autant, sont mis devant le fait accompli, au nom d’un talent et d’un mérite qui pourrait sembler un peu usurpé, vu les circonstances.

Afin de tenter de répondre à un ressentiment profond envers les banques, dont ils craignent la montée, les gouvernements occidentaux disposent d’un épouvantail, qu’ils agitent régulièrement afin d’attirer l’attention : la taxation des bonus. Tous s’y essayent, Barack Obama s’apprêtant, selon un haut responsable Américain ayant requis l’anonymat, à suivre dans ce domaine ses collègues européens. Des commentaires peu charitables faisant cependant remarquer, à propos de la Grande-Bretagne qui a été en pointe à ce sujet, que les banques préfèrent payer les taxes que diminuer les bonus, et qu’il n’a de toute façon jamais été envisagé de leur part de diminuer le montant des bonus pour augmenter les crédits à l’économie, ce qui était l’objectif proclamé de la taxation…

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L’actualité de la crise: des taxes très politiques aux résultats incertains, par François Leclerc

Billet invité.

DES TAXES TRES POLITIQUES AUX RESULTATS INCERTAINS

Il est soudainement beaucoup parlé de taxes en Europe – sur les bonus, ainsi que sur les transactions financières – tandis qu’aux Etats-Unis la loi instituant la réforme de la régulation financière subit les derniers assauts des membres de la Chambre des représentants, avant que les sénateurs ne prennent le relais, pour conclure à l’été 2010 sans doute. Les membres de la Chambre des représentants n’ayant pas – encore – la tête a discuter des taxes, le Sénat étant pour sa part en plein examen de la réforme de la santé.

Sans se décourager pour autant, reprenant son costume de franc-tireur, Gordon Brown, le premier ministre britannique, a pris l’initiative, comme il l’avait précédemment fait en annonçant les mesures de sauvetage initiales des banques britanniques, avant le premier G20 de Londres. Il s’efforce, semble-t-il avec succès, d’entraîner dans un premier temps toute l’Union européenne derrière lui à propos de la taxation des bonus (et non plus d’un appel à leur limitation), bénéficiant du ralliement dans la foulée de Nicolas Sarkozy et de celui, mais encore du bout des lèvres, d’une Angela Merckel qui rencontre à tout bout de champ des obstacles au sein de sa coalition gouvernementale.

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