Archives par mot-clé : Bourse

L’actualité de la crise: ils ont inventé la crise perpétuelle…, par François Leclerc

Billet invité.

ILS ONT INVENTE LA CRISE PERPÉTUELLE…

Après la téléconférence des ministres des finances du G7 de la fin de la semaine dernière, présentée de la manière la plus anodine possible une fois révélée de Tokyo, ceux de l’Eurogroupe vont se retrouver une nouvelle fois à Bruxelles lundi matin. Avec une grosse question à l’ordre du jour : comment stopper la chute brutale de l’euro, qui a repris ?

Ils vont devoir faire face à une situation paradoxale : les marchés, après s’être inquiétés de l’ampleur des déficits publics et avoir réclamé des mesures énergiques pour les diminuer, craignent maintenant que ces mêmes mesures n’entravent la croissance économique…

Wolfgang Schäuble, le ministre allemand, vient de prévenir dans le Spiegel qu’il va plaider pour la mise en place d’un « programme concerté » de réduction des déficits budgétaires. Angela Merkel a appelé les membres de la zone euro à « mettre de l’ordre dans leurs finances publiques » et à « améliorer leur compétitivité ». Mais les Allemands sont en retard d’un train, une nouvelle fois.

Dénoncer la simple spéculation sans en chercher les raisons, comme ils s’y tentent, sans les combattre, c’est se résoudre à perdre d’avance la bataille qui est désormais engagée à l’échelon supérieur. Exit la Grèce, bonjour l’Europe. Crier au diable ne l’a jamais fait renoncer. C’est lui qui imprime sa marque aux événements, reléguant les gouvernements – à la tête des Etats – dans un rôle subalterne qu’ils cherchent à nier contre toute évidence.

Jean-Claude Trichet, président de la BCE, qui cultive le genre mesuré et ferme, vient de reconnaître que les marchés se trouvent « dans la situation la plus difficile depuis la deuxième guerre mondiale, voire depuis la première (…) Nous avons vécu et vivons des temps véritablement dramatiques » a-t-il poursuivi, révélant que, la semaine dernière, « les marchés ne fonctionnaient plus, c’est presque comme  au moment de la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 ».

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La Bourse : modèles de marché, par Frédéric 2

Billet invité

Aujourd’hui, je vous propose non pas une destination particulière (Londres, New-York ou Paris) mais un panorama global des différentes places de marché sur la planète. Tout cela nous sera fort utile pour comprendre ultérieurement l’usage qu’en font les asset managers, les banques d’investissement et les hedge funds pour le montage de leurs stratégies d’investissement. Au final, cela nous permettra d’éclairer les événements relatés dans mon précédent billet, peut-être pour certains sous un nouveau jour.

Nous allons donc aborder les différents modèles de négociation qui sont présents au sein des différentes bourses de la planète. Le modèle de négociation établit la manière dont les ordres de bourse (à l’achat et à la vente) sont rapprochés afin d’établir les transactions qui se traduiront ultérieurement par des échanges fermes entre les acteurs au travers d’une série d’intermédiaires plus ou moins complexe. De ces transactions, la cote du titre est déduite.

Afin d’éclairer les faits présentés antérieurement, nous laisserons de côté le marché au fixing et nous nous limiterons ici au marché actions cotées en continu, c’est-à-dire le marché actions des grosses entreprises (pour Euronext, toute société faisant partie d’un des indices Euronext et toute société donnant lieu à au moins 2 500 transactions/an est cotée en continu). Le marché action à cotation continue est bien entendu le plus médiatique. Lorsque vous entendez parler de la bourse à la télévision ou à la radio, c’est systématiquement de celui-ci dont on parle. De même, les grands indices boursiers comme le CAC40, l’Euronext-100, le DAX, le FTSE-100 (généralement appelé Footsie), le NASDAQ-100 et le célèbre Dow Industrials (généralement appelé Dow Jones) se réfèrent tous à ce marché. Il est donc essentiel de comprendre comment ce dernier fonctionne.

En fait, il n’existe pas un mais des modèles de négociation. En clair, toutes les bourses ne fonctionnent pas de la même manière. Néanmoins, au fil des fusions / acquisitions entre marchés boursiers et des ventes / achats des systèmes informatiques de cotation continue, on peut dire que les choses se sont grandement simplifiées. A titre d’exemple de fusions / acquisitions, on peut citer la fusion en 2000 des bourses d’Amsterdam, Bruxelles et Paris pour former Euronext, la fusion d’Euronext avec le BVLP (la bourse de Lisbonne et Porto), et enfin la fusion d’Euronext avec le NYSE de New-York pour former NYSE-Euronext. Le développement et la mise au point d’un système informatique de cotation continue n’est pas une chose aisée et coûte surtout très cher. Aussi, les premiers à avoir développé et mis au point de tels systèmes ont vite dominé le marché mondial. Ceci a grandement restreint le nombre de systèmes informatiques de ce type et donc par voie de conséquence le nombre des modèles de cotation.

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L’actualité de la crise: les démiurges malfaisants à l’oeuvre, par François Leclerc

Billet invité.

LES DEMIURGES MALFAISANTS A L’OEUVRE

Il avait pu sembler aux gouvernements européens qu’ils avaient gagné un répit prolongé, les faits viennent de les détromper. Non seulement la crise continue, mais elle a repris une mauvaise tournure en cette fin de semaine. Deux signes qui ne trompent pas : l’euro continue d’être très attaqué sur les marchés et les cours des valeurs financières (les banques) font un nouveau grand plongeon. Seuls, les taux obligataires sous surveillance renforcée et interventions de la BCE restent stables, mais à un niveau qui reste très élevé. Ce n’est pas encore tout à fait la Bérézina, mais ce n’est pas du tout le soleil qui se lève sur Austerlitz. Les marchés sont tenaces et ont les moyens de le faire savoir.

Les gouvernements grec, espagnol, portugais, et même italien, continuent de donner des gages en annonçant de nouvelles mesures d’austérité, mais les marchés n’en ont cure, car c’est l’euro qu’ils ont pris pour cible dans l’immédiat, en attendant de voir jusqu’où la BCE est prête à aller dans son soutien au marché obligataire. Certains annoncent que le tour de la livre sterling ne devrait pas tarder à venir, ces rumeurs continentales étant alimentées par les réactions qu’a suscité le refus britannique de participer au plan de sauvetage européen…

Qu’attendent donc les marchés, ces intervenants que l’on n’ose même pas identifier par leur nom, et qui aspirent au rôle de démiurges malfaisants ? Ils doutent d’abord de l’issue de la partie qui s’annonce : la réduction des déficits et la baisse de la demande des Etats sur les marchés obligataires, à laquelle ils poussent avec acharnement. Car déjà s’installe l’idée, chez ceux qui en ont encore les moyens, que pour être politiquement jouables les sacrifices vont être étalés dans le temps.

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La Bourse : le krach du 6 mai 2010, par Frédéric 2

Billet invité

L’actualité récente de la bourse a rappelé que les cours boursiers pouvaient varier fortement d’une séance à une autre et au sein d’une même séance. Rappelons-nous les faits.

Tout d’abord le jeudi 6 mai, au cours d’une séance nettement baissière (environ 2,7% de baisse) le Dow Jones Industrial Average (appelé également Dow Industrials et souvent appelé le Dow Jones), un des indices boursiers majeurs du NYSE, le principal marché boursier américain (et du monde) a chuté brusquement à partir de 14h38 heure locale, (20 h38 heure de Paris) de 10553 points à 9883.6 points soit une baisse de 6,3% en relatif par rapport au dernier cours avant chute (plus de 9% par rapport au cours d’introduction). Le cours plancher de la séance a été atteint à 14h46 heure locale soit en 8 minutes. Une fois le cours plancher atteint, le cours est remonté tout aussi brusquement jusqu’à un cours de 10489 points atteint à 14h57, soit en 9 minutes une hausse de 6.1% en relatif par rapport au plancher. Le cours a ensuite fortement oscillé autour de cette valeur jusqu’à la clôture à 16h00 (22h00 heure de Paris). Cette brutale chute constatée durant la journée du 6 Mai constitue de loin la plus grande chute intraday (c’est-à-dire au cours d’une même séance) de l’histoire de cet indice créé en 1884. La remontée qui a suivi cette chute tient également le record.

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Comment déconstruire un krach

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Ont été entendus hier devant le sous-comité du Congrès américain pour les services financiers, Mary Schapiro, la présidente de la SEC (Securities & Exchange Commission), le régulateur des marchés boursiers américains, Gary Gensler, le président de la CFTC (Commodity Futures Trading Commission), le régulateur des marchés américains à terme, et Robert Cook, directeur des opérations boursières à la même SEC.

On leur a demandé d’expliquer ce qui s’était passé lors du « flash crash », le krach éclair de jeudi dernier à la Bourse de New York. L’explication qu’ils en ont donné est la même que celle que je vous ai offerte vendredi dans ma vidéo Le temps qu’il fait. Quand je vous ai dit ce qui s’était passé selon moi, je n’avais pas accès à l’enregistrement des centaines de millions d’opérations qui avaient eu lieu ce jour-là – comme la possibilité en est donnée à ces officiels, j’offrais une explication à partir de ma simple connaissance du fonctionnement des mécanismes boursiers. Si je pensais pouvoir le faire, c’est que je n’avais décelé aucune anomalie dans le mouvement de baisse ayant provoqué un krach de près d’une dizaine de pourcents. La seule chose qui me semblait requérir éventuellement une explication, c’était – comme je l’ai signalé alors – le rebond ensuite de près de sept points. Sur ce rebond, je n’ai vu poser aucune question et rien ne me laisse penser que la SEC ou la CFTC planchent à son sujet en ce moment. J’ai envisagé que ce soient les ordres associés à des prix anormalement bas qui ont alors relancé la machine, et c’est apparemment à partir de cette hypothèse (même s’ils ne la formulent pas explicitement) que tous raisonnent. Un rebond de 7 % après une chute de 10 % reste quand même assez étonnant par sa vigueur et je n’exclus pas personnellement l’hypothèse du coup de pouce à la remontée.

Donc, il ne s’est rien passé de spécial, en tout cas à la baisse : les ventes se sont accélérées en raison des événements en Grèce et du refus de Jean-Claude Trichet de recourir à l’assouplissement quantitatif (Gensler a utilisé l’image des turbulences sur un vol d’avion), les prix ont baissé, le mouvement s’accélérant du fait de la liquidité de plus en plus raréfiée quand on s’éloignait à la baisse du prix d’ouverture (les « trous d’air », l’expression n’est pas neuve pour décrire ces cas-là), jusqu’à ce que soient décelées à nouveau de bonnes occasions à saisir (sans, ou avec coup de pouce).

Le plus étonnant je dirais, c’est la mécompréhension du mécanisme boursier que révèlent les questions que pose son fonctionnement normal au profane et dont les questions des parlementaires américains sont représentatives. « La chute de 10 % résulte-t-elle d’un acte terroriste ? », les déposants ont dû répondre sans rire : « Non ». Résulte-t-elle de la confusion par un opérateur de chiffres en millions avec des chiffres en milliards ? Non : aucun doigt gourd au bataillon. Était-elle due au High Frequency Trading ? Bien sûr que non : ces programmes scalpent – comme on dit dans le jargon – des centimes, et quand les prix bougent de manière significative comme c’était le cas jeudi, ils sont sans objet et se sont d’ailleurs volontairement mis hors-course.

Et voilà donc un mécanisme que l’on a raffiné pendant cent cinquante ans d’essais et erreurs pour être sûr que les cotations bougent le plus possible, pour que la jouissance des parieurs soit maximale, et à propos duquel on s’étonne qu’il puisse arriver un jour que tous les joueurs parient sur le même cheval ou – dans ce cas-ci – que vu la catastrophe qui se dessine sur l’euro, tous s’accordent à penser que la meilleure stratégie dans les dix minutes qui viennent soit de vendre. Que ces parieurs soient des êtres humains ou des machines que l’on a programmées pour qu’elles jouent comme des hommes est bien entendu indifférent.

J’ai eu un jour l’occasion de montrer dans une simulation, qu’un marché boursier n’évolue dans une zone de stabilité que dans un seul cas de figure : quand la moitié des intervenants pense que le prix est à la hausse et qu’il faut acheter, et l’autre moitié, qu’il est à la baisse et qu’il convient de vendre. Imagine-t-on vraiment qu’une telle condition soit facile à réunir en mai 2010 ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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France Culture, Journal de 12h30, lundi 10 mai 2010

Je commente le plan européen, ainsi que le « flash-krach » de la Bourse de New York, jeudi dernier.

Vous pouvez écouter mon intervention ici (à partir de 9min45 et ensuite de 15min59).

Transcription :

Radio France (RF) : – Est-ce que vous êtes convaincu par ce plan de sauvetage adopté la nuit dernière ?

Paul Jorion (PJ) : – Il fallait faire quelque chose et ils ont compris qu’il fallait se réunir et prendre des mesures qui au moins impressionneraient « les marchés » comme on dit. Alors on a sorti la grosse artillerie, et on a réuni une somme potentielle de 750 milliards d’euros, donc c’est très impressionnant et apparemment les marchés sont impressionnés.

RF : -Vous appelez ça « la Grosse Bertha »

PJ : Oui c’est ce que j’appelle « la Grosse Bertha ». Ceci dit le cadre lui-même, comprendre ce qui est en train de se passer, apparemment on n’a encore fait aucun progrès. Apparemment les banques centrales et les ministres des finances sont sur la même longueur d’onde je dirais avec la finance, mais on n’a pas encore compris le cadre dans lequel ça fonctionne, en particulier on n’a pas encore compris apparemment comment fonctionne la dette publique.

RF : -C’est-à-dire ?

PJ : – C’est-à-dire qu’on fait le calcul de la dette publique en faisant le calcul entre le déficit et les dettes par rapport au PIB, or en situation de récession, le PIB baisse et donc le calcul montre une somme qui est exagérément grande Par contre quand tout va bien puisque c’est calculé par rapport à du PIB tout a l’air d’aller bien et on se désintéresse de la dette. La dette évidemment il faut la rembourser quand ça va bien, il ne faut pas la rembourser quand ça va mal. Quand ça va mal, les seuls gens vers lesquels on peut se tourner, ce sont les contribuables, ce sont ceux qui n’y sont pour rien absolument dans ce genre de crise, c’est à eux qu’on demande de payer, c’est toujours la même chose, ça se termine toujours en « austérité » et en plan de « rigueur » vis-à-vis des peuples, c’est eux à qui on demande de payer. Ce n’est pas le moment de s’occuper de la dette. Le calcul est mal fait. Le cadre tout entier est un cadre erroné. Il faut cesser de poser les problèmes dans ce cadre là.

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Le temps qu’il fait, le 7 mai 2010

Le « mystère » de la bourse de New York
L’ère du semblant
Un vent de panique
Les avantages sociaux et les retraites en France
Les politiques et la crise

Un article publié samedi (8 mai) dans le Wall Street Journal confirme l’analyse du plongeon de la Bourse de New York jeudi, que j’offre dans la vidéo : Computer Trading is Eyed. Il n’y a pas eu erreur humaine mais krach.

NB : Je dis à un moment : « Les banques fédérales… », au lieu de « Les banques centrales… »

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Max Weber et la Bourse, par Pierre de Larminat

Billet invité.

Lecteur occasionnel et fort distrait du blog de Paul Jorion, j’y ai aperçu au fil de mes visites différents appels à interdire la spéculation. Le billet invité d’Olivier Brissaud me fait prendre la plume. Forcément, quand j’entends parler d’interdiction de spéculation ou de bannissement de produits financiers je ne peux m’empêcher de penser en même temps à La Bourse, de Max Weber, que j’ai traduite et qui vient d’être publiée chez Allia. Avec ce texte, publié originellement en deux livraisons en 1894 et 1896, Max Weber intervient dans le débat houleux qui animait la vie parlementaire et politique en cette fin de dix-neuvième siècle allemand.

La crise mondiale de surproduction agricole se traduisait par de fortes fluctuations de prix des matières premières sur les bourses allemandes, ce qui nuisait aux intérêts économiques des grands propriétaires des domaines prussiens qui exerçaient alors le pouvoir politique auprès de l’empereur Guillaume II, malgré leur importance économique faiblissante. Or leur mémoire était marquée par des crises et scandales boursiers récents et parfois retentissants. Ainsi, le défaut de paiement de l’Argentine faillit faire tomber la Barings et fit disparaître un tiers des capitaux allemands qui avaient été investis dans ses emprunts. Des banquiers avaient été pris dans des affaires où ils spéculaient avec les titres de leurs clients et un corner sur le rouble avait récemment été organisé par la Russie pour discipliner les intervenants sur le marché des changes. En outre, il n’existait pas de réglementation boursière uniforme sur le territoire du Reich et les règles coutumières en usage étaient, sans surprise, plus favorables aux opérateurs professionnels qu’à leurs clients. Il était donc facile pour les groupes conservateurs de stigmatiser les professionnels de la finance puisque la dépravation morale de ce groupe de statut était manifeste, et d’accuser les marchés d’être à l’origine des maux qui frappaient l’agriculture allemande.

Max Weber, qui ne portait pas les Junkers dans son cœur, puisqu’il considérait qu’ils étaient responsables de la polonisation de l’Allemagne orientale à cause de leurs politiques de rémunération et de recrutement dans leurs grands domaines agricoles, trouvait dans l’agitation parlementaire qu’ils orchestraient matière à poursuivre son combat sur un autre terrain.

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BFM Radio, lundi 25 janvier à 10h46

Une fois n’est pas coutume : je vais évoquer aujourd’hui l’actualité « chaude » de la Bourse. Je prépare généralement mon billet le samedi ou le dimanche et j’évoque alors le plus souvent un sujet qui m’est suggéré par l’actualité de la semaine écoulée, ou bien un sujet beaucoup plus général, qui provient d’une rumination personnelle, mais il y a des moments où même un « chroniqueur qui prend de l’altitude » a envie de parler de l’actualité qui se déroule sous ses yeux, en direct. Et les rebondissements de la semaine passée aux États-Unis : « À ma gauche, la finance américaine, à ma droite le Président des États-Unis » font qu’il se passe nécessairement des choses sur les marchés boursiers le lundi matin et qu’il faut que je sois là, moi aussi, sur la brèche, au charbon, monté au front, comme mes petits camarades qui ne peuvent pas se permettre eux de « prendre de l’altitude » !

Alors, la Bourse ? Eh bien, on avait l’habitude de voir dans la Bourse le baromètre de l’économie, mais là, l’année 2009 nous a obligés à voir les choses autrement : en 2009, la Bourse n’a pas été le baromètre de l’économie. Vous vous souvenez de Corneille et de Racine – là, je reprends un tout petit peu d’altitude – « Corneille représente les choses comme elles sont, Racine, comme on les voudrait être ». Eh bien en 2009, la Bourse a représenté l’économie comme on voudrait qu’elle soit.

Ceci étant dit, la Bourse est quand même un baromètre, mais de quoi exactement ? Proudhon, le penseur anarchiste ou socialiste, c’est comme on veut, a écrit en 1857, dans son Manuel du spéculateur à la Bourse, à propos de la Bourse justement : « C’est là que les réformateurs modernes devraient aller s’instruire, et apprendre leur métier de révolutionnaires ». Parce qu’elle constitue, selon lui, le baromètre de l’histoire. À propos de Waterloo, Proudhon écrivait : « Certes, ce n’est pas la Bourse de Paris qui a fait perdre la bataille de Waterloo ; mais on peut dire qu’elle a donné cœur à l’ennemi. C’est elle qui lui a révélé que si le soldat, l’ouvrier, le fonctionnaire étaient pour l’empereur – le capital, l’industrie, le commerce, la propriété, la spéculation, la bourgeoisie étaient contre lui ». Et Proudhon a raison : la Bourse est la caisse de résonance de l’histoire en marche. Voyez vendredi : Mr. Obama vient de perdre sa majorité qualifiée au Sénat et il dit au monde de la finance : « Je suis fâché pour de bon ! » Eh bien la Bourse baisse : il est devenu comme Napoléon : « le capital, l’industrie, le commerce » ont cessé de l’aimer.

Et par rapport à la Bourse ce matin ? Tokyo a clôturé en baisse de 0,7%, et le CAC 40 ne connaît en ce moment qu’une petite baisse de 0,3 %. Ce n’est pas bon mais c’est minime : la Bourse ne donne à Mr. Obama qu’une petite chance de l’emporter sur Wall Street : on s’achemine vers une victoire aux points.

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La Tribune, samedi 16 janvier 2010

En page 5, je réponds à Éric Benhamou qui me demande mon opinion sur la déclaration de Mario Draghi , président du Conseil de stabilité financière en marge d’une réunion de la BRI :

« Je ne pense pas que la situation générale soit aussi bonne que l’estime le marché et je relève que les banques prennent à nouveau des risques ».

Les déclarations de Mario Draghi peuvent surprendre en pleine embellie de la Bourse et des discours plutôt rassurants sur la reprise et le retour aux bénéfices des banques. Elles traduisent peut être une certaine irritation, voire un malaise, des régulateurs européens à l’égard des Etats-Unis, qui semblent vouloir sortir de la crise financière avec leurs propres remèdes qui ne relèvent pas tous de la bonne gouvernance ou de la meilleure transparence. Certains opérateurs de marché s’interrogent notamment sur des mouvements de fin de séance qui poussent les marchés américains d’actions ou d’options à la hausse. Sans parler de manipulation, il est clair que les autorités américaines sont prêtes à utiliser tous les leviers disponibles pour faire rebondir les marchés et protéger ainsi – un peu – l’épargne des ménages. Une autre interprétation est possible : celle du parapluie ! Tout le long de la crise et encore aujourd’hui, chacun s’est efforcé de faire porter aux autres la responsabilité de la faillite du système financier. Or, aujourd’hui, il est clair que les économies, les banques centrales, les marchés vont une fois de plus dans la mauvaise direction et qu’une nouvelle crise se prépare. Il est alors tentant de se dédouaner par avance de nouvelles catastrophes à venir sous l’air entendu « je vous l’avais bien dit » sans pour autant agir réellement pour les éviter. Les banques centrales nourrissent la spéculation et elles le savent !

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L’actualité de la crise: banques zombies et trading mutant, par François Leclerc

Billet invité.

BANQUES ZOMBIES ET TRADING MUTANT

Une course de vitesse est engagée entre les grandes places boursières du monde entier ; c’est à celle qui aura le système informatique de traitement des ordres le plus rapide. Leurs performances sont désormais comparées en utilisant les millisecondes (millièmes de secondes), alors que la norme était de l’ordre des 2 à 3 secondes il y a encore à peine deux ans. Cette sévère compétition ne se déroule pas seulement entre les Bourses elles-mêmes, mais également entre celles-ci et tous ces nouveaux venus sur le marché que sont les plate-formes alternatives de négociations ultra-rapides, souvent créées et soutenues par les mégabanques elles-mêmes. En un temps lui aussi record, on a assisté à la montée en puissance du trading algorithmique (appelé High Frequency Trading), aux Etats-Unis en premier lieu, puis en Europe. L’Asie n’est encore que peu touchée, mais elle se prépare à suivre.

Les chiffres les plus divers circulent, mais il est permis de penser que ce trading à très haute vitesse représente 60% des volumes échangés sur le marché américain et 30 % sur le marché européen. L’amélioration très récente des performances des systèmes informatiques des grandes places boursières contribue grandement à cette fulgurante progression. Nyse-Euronext a ouvert le bal en 2009, suivie par le London Stock Exchange et Deutsche Börse. Le Tokyo Stock Exchange vient d’annoncer qu’il avait sauté le pas à son tour. L’objectif stratégique est d’attirer la clientèle des hedge funds et des arbitragistes et de faire ainsi face, à temps espèrent les Bourses, à la menace potentielle que représentent les plate-formes alternatives qui se sont multipliées en très peu de temps, mais qui sont encore à la recherche de leur rentabilité.

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Les limitations de la méthode Coué – Le retour

Il suffit d’un petit coup de bourdon à la Bourse (-5,8 % à Shanghai, – 3,8 % à Tokyo, – 1,46 % à Londres, – 2,16 % à Paris, – 2 % à New York) pour que les langues se délient et que tous s’écrient en chœur « Il n’y a pas de signes évidents d’une reprise ! » Je ne l’invente pas : vous le lirez partout.

Le moral ne devait pas être aussi excellent qu’on l’affirmait pour qu’un petit choc suffise à faire sombrer tout le monde dans la déprime.

C’est le problème de fond avec la méthode Coué : on a beau répéter que ça va bien, on n’y croit pas vraiment.

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