Archives par mot-clé : coopératives

Cessons de croire au mythe de l’entreprise au service de l’intérêt général, par Jean-Paul Vignal

Billet invité.

Le discours d’Emmanuel Faber, le Directeur General de Danone, lors de la remise des diplômes à HEC il y a quelques jours, a été salué à juste titre pour son remarquable humanisme. Il était poignant à titre personnel, et ne choquait pas venant du dirigeant opérationnel d’un groupe qui se donne pour mission « d’apporter la santé par l’alimentation au plus grand nombre ». Et qui le fait, malgré l’opposition d’un lobby de la santé occupé à faire son miel en produisant des malades guéris, qui n’a donc aucun intérêt financier à ce qu’un système de santé préventif puisse produire des bien-portants, comme tente de le faire Danone, entre autres grâce à une meilleure connaissance des interactions entre le système immunitaire humain et l’alimentation.

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La « Révolution sociale » et 1848

La chose qui m’étonne dans votre pays, la France, et que je ne comprends pas, c’est la raison pour laquelle ces institutions sociales et coopératives se sont brutalement effondrées.

La phrase qui précède a été prononcée par le sociologue américain Richard Sennett dans un entretien avec Sébastien Lapaque pour l’hebdomadaire Marianne : « Le néolibéralisme ne tiendra plus très longtemps ».

Sennett n’est manifestement pas familier de l’histoire de France, sans quoi il saurait que la « Révolution sociale » – le terme recouvrant les « institutions sociales et coopératives » auxquelles il pense – a été écrasée dans un bain de sang en 1848 et ne s’en est jamais relevée.

Voici ce que j’expliquais dans l’allocution que je prononçais au colloque qui se tenait à Paris au ministère des finances le 5 février 2013 à l’initiative de Benoît Hamon, De nouveaux référentiels économiques pour les politiques de demain.

 

Les leçons de l’histoire

L’économie sociale et solidaire est née durant la première moitié du XIXe siècle, elle est l’enfant de la Révolution de 1789, ou plutôt, elle est l’enfant de la réflexion furieuse qui naquit à partir d’elle, sur ce qui était perçu par les uns avoir été son échec (pour Charles Fourier par exemple) et par d’autres comme une réussite partielle qu’il convenait maintenant de prolonger et de concrétiser (ainsi, pour Louis Blanc). Réflexion qui ne se limita pas, faut-il le dire, à la France seule : l’expression la plus aboutie du mouvement coopératif ne fut-elle pas celle de Robert Owen en Angleterre dans un premier temps, aux États-Unis ensuite ?

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ON ACHÈVE BIEN LES CHEVAUX, par Zébu

Billet invité.

Le ‘scandale’ en cours et dernier d’une longue liste déjà étoffée, celui des lasagnes à la viande de cheval, révèle les logiques qui sous-tendent un système qui ne peut que conduire à l’impasse actuelle.

Surtout, telle la pointe émergée de l’iceberg, il permet de concevoir l’immense masse immergée que l’on ne sait (ou ne souhaite) pas voir mais que l’on ne peut éviter de deviner.

Tout commence toujours ainsi : « Il était une fois une fraude … »

Une faillite

Le fraudeur. Le fraudeur est l’archétype même du rouage nécessaire à la survie d’un système qui a failli.

Il permet à tout un chacun l’exutoire nécessaire quand un malheur arrive à une communauté. Celle de l’agroalimentaire français a ainsi trouvé son bouc émissaire : Spanghero. Coupable émérite puisque déjà mis en examen pour fraude (« déjà ! », s’écrie la clameur) à la viande avariée en 2008, les pouvoirs publics ont donc resserré les filets et fini par trouver un poisson. Exit donc tous les autres acteurs de cette lasagne au cours bouillon européen, qui travaillent parfois ensemble depuis des années : aucun d’entre eux n’est responsable puisqu’un coupable existe forcément (le fraudeur), qui heureusement vient à être désigné.

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LE FANTÔME DE LA MUTUALITÉ, par Guillaume Paoli

Billet invité.

Le vendredi 6 septembre 1867, une centaine d’hommes (aucune femme n’est présente) se trouve réunis dans la salle des fêtes du casino de Lausanne. Ce sont des ouvriers, des artisans, gens sans titre ni fortune, venus de toutes les régions d’Europe. Ils sont venus prendre part au congrès de l’Association Internationale des Travailleurs, délégués mandatés par des dizaines de milliers de membres. A ce moment, l’Internationale est déjà suffisamment forte pour inquiéter les gouvernants de tous les pays, et elle n’est pas encore tombée dans les luttes doctrinales qui en scelleront la perte.

La question qui, cet après-midi là, est mise à l’ordre du jour, est la suivante: « Comment les classes ouvrières peuvent utiliser pour leur émancipation le crédit qu’elles donnent à la bourgeoisie et au gouvernement? »

La discussion est animée. À la lecture d’une motion, Eccarius, tailleur de Londres, s’emporte : « Les ouvriers anglais ont déposé dans les caisses de la bourgeoisie la somme énorme de 25 millions de livres sterling, la bourgeoisie paie aux dépositaires un minime intérêt et spécule avec leurs capitaux. Retirons d’entre ses mains cet argent : du même coup nous donnerons une arme aux ouvriers et en enlèverons une à la bourgeoisie. Les conclusions du rapport de la commission ne disent rien de pratique ; il semble que nous soyons dans une assemblée de professeurs allemands qui se perdent dans les nuages de l’abstraction. Il ne s’agit pas ici de théories, il s’agit des 25 millions de livres du prolétariat anglais ! »

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