ON ACHÈVE BIEN LES CHEVAUX, par Zébu

Billet invité.

Le ‘scandale’ en cours et dernier d’une longue liste déjà étoffée, celui des lasagnes à la viande de cheval, révèle les logiques qui sous-tendent un système qui ne peut que conduire à l’impasse actuelle.

Surtout, telle la pointe émergée de l’iceberg, il permet de concevoir l’immense masse immergée que l’on ne sait (ou ne souhaite) pas voir mais que l’on ne peut éviter de deviner.

Tout commence toujours ainsi : « Il était une fois une fraude … »

Une faillite

Le fraudeur. Le fraudeur est l’archétype même du rouage nécessaire à la survie d’un système qui a failli.

Il permet à tout un chacun l’exutoire nécessaire quand un malheur arrive à une communauté. Celle de l’agroalimentaire français a ainsi trouvé son bouc émissaire : Spanghero. Coupable émérite puisque déjà mis en examen pour fraude (« déjà ! », s’écrie la clameur) à la viande avariée en 2008, les pouvoirs publics ont donc resserré les filets et fini par trouver un poisson. Exit donc tous les autres acteurs de cette lasagne au cours bouillon européen, qui travaillent parfois ensemble depuis des années : aucun d’entre eux n’est responsable puisqu’un coupable existe forcément (le fraudeur), qui heureusement vient à être désigné.

Et c’est la première faillite, morale, de cette histoire.

Comment en effet porter sa confiance dans un système dont les auto-contrôles des acteurs ont été une des bases dusystème sanitaire défini en 2004 par les institutions européennes et dont aucun des acteurs ne se sent, à un quelconque niveau, en responsabilité, ignorant ce que fait la main droite quand la main gauche est trop occupée à définir le prix le plus bas et le profit le plus élevé pour soi-même ?

C’est « l’homo oeconomicus » dans toute sa splendeur, celui de la thèse libérale non bridée dans son élan par l’État : ‘rationnel’, non pas doué de raison, mais bien doué d’un sens d’optimisation maximal quant à ses potentiels bénéfices individuels, lesquels finissent inéluctablement par congruer pour le bénéfice de tous, comme par un enchantement dont on se demande bien comment il a pu fonctionner et fonctionne même encore. Force est de constater que sur ce plan comme sur celui de la morale, ce n’est pas de fraude dont il s’agit mais bien d’une faillite, celle des ‘sciences économiques’ telles qu’elles sont bâties.

Et comment appeler cette affaire ‘fraude’ quand de multiples pays en Europe et au-delà, après avoir fait passer des tests, retirent des plats préparés de la commercialisation : plus de la moitié de l’UE est concernée, dont le Royaume-Uni d’où est parti le ‘scandale’, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Finlande, l’Irlande, la Pologne, la Belgique, l’Espagne, l’Italie et la Slovénie, mais aussi la Suisse et jusqu’à Hong-Kong, sans oublier Chypre et la Roumanie, si ce n’est une ‘faillite’ ?

Celle d’un système qui ignore la responsabilité au-delà du maillon précédent ou suivant et qui ne se pose surtout pas de questions quant au prix pratiqué, en supposant que chaque maillon soit en capacité de connaître ce prix in fine ?

Au-delà même de l’industrie agroalimentaire, il y a les sociétés de la grande distribution, en fin de « chaîne de la valeur », qui fonde la pression sur l’ensemble pour tirer les prix au plus bas, poussant de fait le système économique à devenir injuste ou à ne pas respecter les règles du jeu : ‘frauder’.

Il y a aussi les pouvoirs publics et les législateurs, qui définissent des règles sur le principe dit de ‘rationalité’ des acteurs économiques et qui réduisent drastiquement les moyens nécessaires aux contrôles publics.

Et en ‘fin de compte’, il y a le consommateur, qui prend son désir pour des réalités, en croyant qu’il pourra s’offrir des lasagnes ‘100% pur’ bœuf (bientôt le ‘100% pur tracé’ ?) à des prix ‘défiants toute concurrence’ et même ‘deux pour un acheté’, sans s’interroger sur l’origine géographique de la viande. Le pourrait-il d’ailleurs que ce que son salaire lui laisse de pouvoir d’achat le réduira sans doute à acheter le même plat, la même viande, provenant du même pays.

Cette faillite est insoutenable non pas tant par ses conséquences puisque pour une fois le risque sanitaire ne s’est heureusement pas (encore) déclenché mais bien par ce qu’il révèle quand il est mis à nu.

C’est pourquoi il faut toujours un fraudeur, sans lequel les décors finissent immanquablement à tomber sur la tête de tous les acteurs présents sur la scène.

 

La financiarisation

Quel est le point commun entre Findus, Comigel, Lur Berri et même Picard ? En dehors du fait qu’ils ont été à des degrés divers concernés par l’affaire de la viande de cheval, c’est un expression : ‘Leveraged Buyout’ (LBO). « Le LBO, de l’anglais «Leveraged Buyout », est un terme générique désignant un montage juridico-financier de rachat d’entreprise par effet de levier (« leverage »), c’est-à-dire par recours à un fort endettement bancaire. ». Findus y est passé, par Lion Capital Investments en 2008, après CapVest en 2004 et EQT en 2000, pour être finalement restructuré au profit de banques. Picard, la réputée chaîne de surgelés, fait par ailleurs partie elle aussi des ‘cibles’ restructurées par Lion Capital, après avoir été cédé par Carrefour en 2001 à un autre fonds d’investissement en LBO, comme en 2004 ensuite. Comigel a elle été acquise par un fonds d’investissement français en 2007, Céréa Capital, quand Lur Berri, propriétaire de la désormais fameuse entreprise Spanghero, utilisa les services de LBO France (par ailleurs actif dans l’agroalimentaire : Materne, Pom’ Alliance, Poult, EVS) pour acquérir Labeyrie en 2012.

L’agroalimentaire a donc connu une véritable financiarisation au travers de cette ‘technique’, laquelle fonctionne de cette manière : des investisseurs investissent leurs surplus de liquidités en acquérant des sociétés dites ‘cibles’ (correspondant à leurs critères d’investissement), créent une holding spécifiquement dédiée pour ce faire, laquelle est constituée des apports de liquidités des investisseurs et de crédits, majoritaires, le plus souvent bancaires. En apportant ainsi 1€, ils ‘lèvent’ 1, 2 ou 3€ complémentaires auprès de banques afin d’acquérir des entreprises, lesquelles devront ensuite ‘produire de la valeur’ afin de rembourser les créditeurs : en clair, produire des bénéfices qui seront reversés sous forme de dividendes aux ‘actionnaires’ de la holding. Dans ce cadre là, on parlera alors de ‘ROE’, Return On Equity, le taux de profit sur les capitaux propres. Et plus ceux-ci seront faibles par rapport à la somme totale, et plus ce ‘ROE’ sera important, soit sa capacité à produire du profit pour les investisseurs. D’où la ‘nécessité’ d’avoir recours au maximum au crédit afin d’optimiser ce ‘taux de profit’, lequel tourne autour des 15% annuels en moyenne mais peut atteindre des niveaux stratosphériques (25% et +).

C’est à cette ‘logique’ là que le secteur agroalimentaire ou tout du moins une bonne partie s’est livré dans les années 2000 en France, afin d’accéder au Graal promis aux entreprises financiarisées : la liquidité.

La liquidité permet toutes les audaces et aussi tous les investissements, comme Lur Berri en fit l’expérience, en acquérant à tour de bras foultitudes d’entreprises devenues autant de filiales. Elle permet la croissance du chiffre d’affaire et même, selon l’AFIC (Association Française des Investisseurs pour la Croissance), l’augmentation du nombre de salariés. Que demander de plus dès lors ?

Le problème, c’est que si le LBO ‘produit de la valeur’ comme on aime à le répéter dans ces milieux là, c’est uniquement au bénéfice des investisseurs, lesquels, non content de recevoir des dividendes, récupèrent aussi de potentielles plus-values phénoménales lorsque ladite entreprise est revendue à un prix supérieur à celui de l’achat : c’est le second niveau de ‘leviérisation’.

Le problème est aussi que la masse salariale ne voit que très rarement la couleur de la ‘chaîne de valeur’ mais bien plutôt celle des conflits sociaux, du fait de l’augmentation de la productivité pour produire toujours plus de dividendes, pour des salaires identiques.

Le problème, enfin, est que le modèle économique du LBO est un modèle économique à court terme, en moyenne de 5 ans, fonction des maturités de remboursement des crédits obtenus, modèle difficilement compatible avec celui des entreprises agroalimentaires ou de toute entreprise de type industriel. La recherche effrénée du gain pousse donc inexorablement les acteurs concernés à produire des conflits sociaux en réduisant ‘les coûts’ (la masse salariale par exemple) ou à ‘frauder’.

Le problème, c’est que les investissements réalisés dans la décennie passée de liquidités faciles peinent durablement, dans le contexte de crise actuelle où les possibilités de ‘valoriser’ les entreprises acquises alors au prix fort sont devenues impossibles. Résultat, Moody’s, la célèbre agence de notation annonce l’année dernière que ces fonds d’investissements pourraient… mettre la clef sous la porte, comme de vulgaires entreprises, d’ici à 2015. La baisse se chiffrant à 42% en 2012 en Europe, celle-ci pourrait s’accroitre pour le LBO du fait que les accords Bâle III imposeront aux banques des fonds propres plus conséquents à mettre en face de leurs engagements, le LBO fonctionnant essentiellement par le recours au crédit.

Si l’AFIC déniait il y a peu encore la gravité de la situation, elle vient de faire sonner l’olifant dans sa dernière livraisond’étude, demandant rien moins que… de recourir aux immenses troupes de réserves de l’assurance-vie, afin de préserver l’accès vital des LBO, quand l’AFIC parle des entreprises, aux liquidités.

Une liquidité par ailleurs facilitée puisque les intérêts sont déductibles du résultat fiscal, à condition que la holding détienne à minima 95% du capital de la société.

Sur ce point, François Hollande, lors d’une visite à l’usine Still Staxby en avril 2012 pendant la campagne présidentielle, avait dénoncé les procédés utilisés par les fonds d’investissements en LBO, appelant de ses vœux une réforme de ce mode d’investissement pour ne le réserver qu’au management et aux salariés. Devenu président, François Hollande et son gouvernement font imposer la limitation de la déductibilité des intérêts des emprunts mais uniquement pour les opérations supérieures à 60 millions d’euros, tout en permettant aux fonds LBO ‘structurés’ (faisant intervenir différents niveaux d’investissements : senior, mezzanine, junior) de continuer à intervenir massivement. Rien qui ne remette en cause en tout cas durablement le LBO. L’entreprise restructurée, elle, fut rachetée pour 1€ et seuls 60 salariés continuent d’y travailler.

Cette théorie de la ‘nécessaire liquidité’ apportée, comme un présent, par les investisseurs est par ailleurs largement partagée par les élites, parfois mêmes politiques, surtout quand celles-ci sont locales. En consultant l’annuaire des Private Equity ‘à la française’ du LBO, on ne peut que constater combien les élites sorties des grandes écoles (‘à la française’) ont bien investi le LBO, comme un moyen pour elles de devenir ‘entrepreneuses’ : HEC, ESSEC, mais aussi IEP Paris, Ponts et Chaussées et même un énarque, ancien directeur de cabinet d’un ministre du budget…

Cette prise de pouvoir de cette élite financière sur l’élite économique en dit long sur la financiarisation de l’agroalimentaire, pouvant par ailleurs s’appuyer sur des droits de vote doublés pour les repreneurs ou en utilisant le droit des affaires en multipliant les holdings pour faciliter les prises de contrôles avec le minimum d’apports en capitaux.

Un secteur agroalimentaire par ailleurs fort bien représenté par Céréa au sein du LBO puisque deux de ses membres font partie de l’AFIC, preuve s’il en est que la dite industrie est bien travaillée par le LBO et la finance, laquelle a bien un ou des visages, contrairement à ce qu’en disait François Hollande au Bourget avant que d’être élu Président de la République Française, celui non pas de Wall Street ou de la City mais bien celui d’un secteur producteur, première industrie et second employeur en France.

Un monde de la finance aussi représenté par ces figures maintenant honnies du grand public que sont les traders (d’autres types de ‘fraudeurs’), deux en l’occurrence, dont l’un déjà condamné pour un trafic de viande avariée en lieu et place de viande Hallal, le tout avec une holding basée dans un paradis fiscal : le profil indiqué pour le ‘boulot’ de fraudeur.

De fait, il apparaît que ces deux traders sont les véritables intermédiaires, avec le marché au comptant (en attendant le marché à terme ?), dans cette ‘chaîne du scandale’. Ce sont eux qui cherchent et trouvent le minerai de viande le moins cher possible en Europe auprès du vendeur roumain, fonction essentielle à la ‘chaîne de valeur’. Or, c’est l’utilisation de ces ‘outils’ financiers, outre le LBO, qui ne permet pas la stabilité de la filière de production et de commercialisation entre les différents acteurs concernés, rendant improbable même la meilleure traçabilité, à fortiori si celle-ci n’engage aucun des acteurs au-delà de soi-même.

Enfin et pour finir avec cette financiarisation du secteur, cerise sur le gâteau : l’optimisation fiscale européenne. Ainsi, Comigel, qui est une entreprise française mais dont le siège fut créé à Metz après la création de l’entreprise luxembourgeoise. Car contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est bien le siège social qui se situe en France et non au paradis du Grand-Duché. Pour une raison simple : le droit fiscal luxembourgeois permet aux filiales des ‘sociétés mères’ (y compris étrangères et non résidente au Luxembourg) d’être exonérées totalement d’impôts sur les dividendes, versés ou non aux sociétés mères, selon la dénomination de SOPARFI (Société de Participation Financière). Ce qui fait que si on calcule bien, l’optimisation fiscale est double : exonération à 100% des bénéfices reversés en dividendes par Tavola (filiale) à Comigel (siège) et déductibilité des intérêts sur les profits réalisés par Comigel et reversés en dividendes aux investisseurs.

Du grand art, mais pas culinaire.

 

Le modèle coopératif en question

Il faudra aussi bien finir par instruire non pas le procès mais l’examen d’un modèle coopératif qui lui aussi a sinon failli du moins pose question. Paul Jorion dans une intervention récente (le 5 février, quelques jours avant que le ‘scandale’ n’explose) pour un colloque consacré à « Penser et construire de nouveaux référentiels pour concevoir les politiques économiques de demain », lequel fut clôturé par Benoît Hamon, Ministre à l’économie sociale et solidaire ainsi qu’à la consommation, déclarait ceci :

L’économie sociale et solidaire, ne nous leurrons donc pas, c’est essentiellement l’histoire d’une défaite cinglante, qui eut lieu il y a plus d’un siècle et demi.

Est-il possible de remonter la pente ? Est-il possible de ne pas retomber dans les mêmes pièges de la naïveté, d’un altruisme, d’un « solidarisme », dont il suffirait de tourner l’interrupteur pour que tout soit désormais différent ? Est-il possible de protéger suffisamment les projets de l’économie sociale et solidaire qui réussissent, contre la prédation qu’exerce le système capitaliste ambiant, et dont ils furent incapables de se protéger autrefois ?

Au vu des dégâts issus de cette affaire portés notamment au modèle coopératif, on est en droit effectivement de se poser ces questions. En tout cas, ce ne sont pas les questions qui manquent que souhaitent poser certains syndicalistes et salariés à la direction de Lur Berri, coopérative se targuant de représenter rien moins que 5 000 agriculteurs mais dont la responsabilité est clairement indiquée par les ministres concernés, ne serait-ce que parce qu’elle détient 100% de Spanghero et que son président, Barthélémy Aguerre, en est aussi son vice-président.

Un groupe coopératif qui triche, c’est aussi grave qu’un instituteur pédophile ou un juge corrompu. Il trahit non seulement ses propres adhérents et les consommateurs, mais l’esprit même de l’agriculture identitaire qu’il prône comme garantie d’authenticité et de qualité – la chanson qu’on entendra à partir de samedi au salon de l’agriculture. Les grands groupes coopératifs – qui relèvent de l’économie sociale et solidaire (!) -, n’ont depuis belle lurette qu’un modèle: les groupes privés de l’industrie agroalimentaire

écrit ‘La Charente Libre’ dans un article intitulé sobrement : « La coopérative a perdu son âme ».

Clairement, on perçoit ici que le modèle coopératif valorisé dans l’agroalimentaire pour d’évidentes raisons de marketing a failli et ce pour deux raisons.

En premier lieu parce que le rapport de force qui s’est institué entre la coopérative et les coopérants a tourné complètement au détriment des seconds, d’abord parce que ceux-ci dépendent des débouchés que la première leur trouve (de manière croissante) et ensuite parce que sa financiarisation, que les coopérants ont accepté, les a complètement dépossédés de leur objet de par sa complexité.

Et en second lieu, il n’est pas dit non plus que les coopérants n’ont pas quelque responsabilité quant à l’absence de contrôle démocratique de leur ‘Golem’ mais sans doute au même niveau que pourraient avoir les citoyens quant à délaisser leur système démocratique.

En cela, cette faillite est révélatrice des rapports de force perdus depuis trop longtemps entre démocratie et finance.

 

« Est-il possible de remonter la pente ? »

À la question, on serait tenté de répondre par la négative : la financiarisation du secteur est par trop engagée et ce depuis longtemps pour en sortir sans dommages ou même en sortir tout court.

De même, étant donné le poids du secteur en France, il y a fort à parier que le ‘scandale’ suivra la même route que celle suivie par ses prédécesseurs, à savoir l’identification d’un coupable (que l’on jugera éventuellement coupable pour des peines mineures, dans plusieurs années : la mise en examen de Spanghero pour l’affaire de viandes avariées à Cholet date déjà de 2008…) et la promesse de mesures de contrôle les plus rigoureuses qu’on ait imaginé de mémoire d’homme, avant que celui-ci n’en vienne à en oublier les tenants et aboutissants. D’ores et déjà et alors que l’entreprise Spanghero a été désignée par les pouvoirs publics comme future candidate à la mise en examen, le chantage à l’emploi local dans une région paupérisée s’est exercé à plein, permettant aux salariés concernés de reprendre le travail mais dans l’incertitude.

Car finalement, le moteur le plus efficace face à la pente sera justement cette incertitude, celle du consommateur, qui risque de faire défaut, bien avant celui des entreprises embarquées dans ce système là et avant que le système lui-même ne s’effondre, par absence de participants.

En l’absence de réformes radicales, les acteurs de l’ensemble de cette ‘chaîne de valeur’ préparent donc les prochains scandales et crises sanitaires, mais après les crises économiques et sociales. Les consommateurs se détourneront inéluctablement de ce ‘modèle’ là pour en rechercher un autre, plus ‘direct’, ‘relocalisé’, moins ‘barbare’.

Dans un article récent, j’évoquais un sondage de la CLCV sur l’alimentation où 99% des français souhaitaient connaître l’origine géographique des produits. Le sondage de la CLCV était daté du 5 février 2013. Soit juste quelques jours avant que le ‘scandale’ n’éclate.

 

Et quand on demandera au consommateur pour quelle raison il a ‘suicidé’ le secteur agroalimentaire, il répondra : « on achève bien les chevaux » …

 

Des remèdes (de cheval) comme solutions :

– La traçabilité :

L’origine géographique du produit alimentaire est un pas nécessaire mais il n’induit que très peu d’efforts puisque 99% des Français la réclame. Surtout, cette origine géographique des aliments ne résout ni le problème de l’intermédiation (notamment de marché), ni la déresponsabilisation des acteurs d’un même produit final, ni la tentation de ‘l’optimisation rationnelle’, fiscale ou frauduleuse. La seule manière d’assurer une réelle traçabilité est de permettre à tous les acteurs d’un même produit/prix d’en connaître les acteurs et les prix (notamment final) et d’en rendre l’affichage publique obligatoire, sous la forme d’un histogramme, afin d’en informer les consommateurs.

Si ces derniers avaient pu prendre connaissance que non seulement la viande provenait de Roumanie mais surtout du nombre et de la nature des intermédiaires, il y a fort à parier qu’ils n’auraient pas acheté ces lasagnes. Ce système permettrait à tous les acteurs d’être responsables, de faciliter les contrôles sanitaires, de travailler en partenariat et non à la recherche perpétuelle du plus bas coût isolément, d’informer très clairement de manière succincte les consommateurs, tout en privilégiant la relocalisation des productions (et donc des emplois).

– La financiarisation :

Les pouvoirs publics doive supprimer purement et simplement la déductibilité des intérêts des profits pour le LBO (ou à tout le moins pour l’agroalimentaire, pour d’évidentes raisons sanitaires), qui se réalise toujours au profit des investisseurs et au détriment de l’État, en en réduisant les recettes. L’apport de liquidités à de tels processus, qui ne profitent par ailleurs qu’aux investisseurs, ne justifie absolument pas de bénéficier d’un tel privilège. Et puisque l’AFIC appelle à son secours l’assurance-vie, il serait très pertinent de souligner que si la première réserve de liquidité en France devait pallier aux déficiences à prévoir des fonds d’investissements en LBO, on se demande bien à quoi serviraient alors ces mêmes fonds : autant que l’épargne des français vienne directement par les fonds qui le gèrent investir dans les PME, sans le court-termisme du LBO, permettant ainsi un véritable financement (si nécessaire) d’une logique industrielle. Ceci viendrait d’ailleurs renforcer la nécessaire réorientation de cette épargne de moins en moins au long cours en direction du secteur productif, en lieu et place d’aller alimenter la spéculation des marchés financiers. Selon unrapport de la Cour des Comptes en janvier 2012, seuls 10 % des fonds en assurance-vie viennent s’investir dans les entreprises non financières résidentes et même l’engagement des acteurs de ce secteur financier de consacrer 2 % des actifs au financement des PME n’a pas été tenu. On pourrait ainsi faire ‘coup double’ : réorienter les placements en assurance-vie en maintenant les avantages fiscaux qui lui sont liés sous condition d’être fléchés sur des fonds d’investissements à long terme en direction des entreprises (non financières, résidentes et notamment PME) et avec un taux de rendement net maximum défini chaque année, afin d’éviter que là encore la course aux rendements ne vienne asphyxier les entreprises accédant à ces liquidités.

– Le modèle coopératif :

Afin d’éviter les dérives que l’on peut observer avec ce ‘scandale’, le modèle coopératif gagnerait à ce qu’un Conseil coopératif de surveillance (comme en ont les multinationales) soit créé, mais sur le modèle démocratique : les membres seraient élus par les coopérants et disposeraient de tous moyens utiles à fin de contrôler l’activité de la coopérative (formation, cabinet-conseil, …), au-delà d’un certain seuil de chiffre d’affaire (plusieurs millions d’euros par exemple).

– Les intermédiaires :

La multiplication des intermédiaires ne permet plus aux acteurs comme au consommateur d’identifier aisément les tenants et aboutissants des produits qu’ils fabriquent, commercialisent ou achètent. Les circuits courts, comme la vente directe ou avec un nombre restreint d’intermédiaires, devraient pouvoir être valorisés, y compris et notamment pour l’industrie agroalimentaire, laquelle est en grande partie constituée de PME (90 %), voir de TPE de moins de 20 salariés (70 %), ancrées dans leurs territoires et dans la proximité. Cette valorisation pourrait être fiscale, avec notamment un taux d’Impôt sur les Sociétés minoré (de 33 % à 25 % par exemple), pour les sociétés dont un pourcentage minimal de chiffre d’affaire (30 % par exemple) proviendrait de circuits courts.

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