LE FANTÔME DE LA MUTUALITÉ, par Guillaume Paoli

Billet invité.

Le vendredi 6 septembre 1867, une centaine d’hommes (aucune femme n’est présente) se trouve réunis dans la salle des fêtes du casino de Lausanne. Ce sont des ouvriers, des artisans, gens sans titre ni fortune, venus de toutes les régions d’Europe. Ils sont venus prendre part au congrès de l’Association Internationale des Travailleurs, délégués mandatés par des dizaines de milliers de membres. A ce moment, l’Internationale est déjà suffisamment forte pour inquiéter les gouvernants de tous les pays, et elle n’est pas encore tombée dans les luttes doctrinales qui en scelleront la perte.

La question qui, cet après-midi là, est mise à l’ordre du jour, est la suivante: « Comment les classes ouvrières peuvent utiliser pour leur émancipation le crédit qu’elles donnent à la bourgeoisie et au gouvernement? »

La discussion est animée. À la lecture d’une motion, Eccarius, tailleur de Londres, s’emporte : « Les ouvriers anglais ont déposé dans les caisses de la bourgeoisie la somme énorme de 25 millions de livres sterling, la bourgeoisie paie aux dépositaires un minime intérêt et spécule avec leurs capitaux. Retirons d’entre ses mains cet argent : du même coup nous donnerons une arme aux ouvriers et en enlèverons une à la bourgeoisie. Les conclusions du rapport de la commission ne disent rien de pratique ; il semble que nous soyons dans une assemblée de professeurs allemands qui se perdent dans les nuages de l’abstraction. Il ne s’agit pas ici de théories, il s’agit des 25 millions de livres du prolétariat anglais ! »

Cependant, on ne peut rétrospectivement qu’être frappé par la maturité et le sérieux des arguments échangés alors. À tout moment, le souci de trouver des solutions concrètes et praticables au problème posé s’allie à la définition des principes moraux et politiques devant guider de telles mesures. Si tous les délégués s’accordent sur la nécessité de socialiser le crédit, les divergences se font jour quant au rôle dévolu à l’État dans ce système.

Le journaliste Charles Longuet (qui deviendra plus tard le gendre de Marx) est d’avis que « dans un état où tout serait organisé en vue du travail et de la production », il faudrait organiser le crédit « en service public fait par l’État, expression de la collectivité comme doit l’être tout service public, à prix de revient et par conséquent sans intérêt ni bénéfice, puisqu’une collectivité ne peut bénéficier sur elle-même. » Développant l’assertion de plusieurs sections, selon laquelle « ce ne sont pas la bourgeoisie et l’État qui nous font crédit, mais nous qui le leur donnons » Longuet part de la situation bancaire existante :

La Banque de France fut créée sous Napoléon au capital de 90 millions. Croit-on donc que ce sont ces 90 millions fournis par ses actionnaires qui ont permis à la banque d’opérer depuis sa fondation, et s’imagine t-on que l’intérêt exigé par la banque soit l’intérêt de ces 90 millions ? Non, ce n’est pas à l’aide de son capital, ce n’est pas à l’aide de son encaisse métallique que la banque peut donner crédit, mais bien à l’aide de son portefeuille qui est souvent de quatre, cinq, six cent millions et s’élève même plus haut. Et ceci est si vrai que plus faible est l’encaisse métallique de la banque, plus fort est son portefeuille et plus actives sont ses affaires ; en un mot, plus la situation générale est prospère. Lorsqu’au contraire l’encaisse métallique est énorme, le portefeuille est dégarni et les affaires sont mauvaises.

Or, qu’est-ce que le portefeuille de la banque ? Il se compose des valeurs de tous ses clients mises en circulation et acceptées, qui représentent un gage réel. Ce sont donc les clients de la banque qui se font crédit à eux-mêmes. A quoi servent alors les actionnaires, la compagnie monopoleuse ? À rien, si ce n’est toutefois à se faire payer fort cher par le public un service qu’ils ne lui rendent point.

Ce service que la banque actuelle nous met à haut prix, la banque nationale pourra le donner à prix de revient à tous les producteurs échangistes, associés ou isolés, qui présenteront des garanties suffisantes, c’est-à-dire un gage réel. »

Beaucoup de délégués s’opposent cependant à l’idée d’une centralisation du crédit, ainsi Chémalé, métreur-dessinateur de Paris : « Le crédit n’est pas une chose palpable qu’on puisse emmagasiner. Crédit signifie confiance, or la confiance ne se centralise point et l’État n’a là rien d’autre chose à faire qu’à assurer l’exécution des contrats. »

Lessner, tailleur de Londres, insiste quant à lui sur le danger politique d’une étatisation de l’épargne : « Une caisse d’épargne entre les mains du gouvernement, comme la chose existe en Angleterre, est une institution des plus dangereuses ; elle rend l’ouvrier conservateur, lui fait craindre de voir le gouvernement renversé, parce que ses économies sont entre ses mains. »

Mais en attendant le renversement de la bourgeoisie, comment les travailleurs peuvent-ils lui soustraire l’argent qu’ils gagnent tant bien que mal ? Tous s’accordent pour tenter de mettre en place des banques coopératives (conjointement aux coopératives de production et de consommation). Selon la section belge, une telle banque serait « basée sur les principes de mutualité, de réciprocité, de crédit au travailleur, la facilité d’obtenir gratuitement des produits ou des matières premières, quoique les différents producteurs et échangeurs soient inconnus entre eux. » Elle demanderait « que ses actionnaires, associés ou clients, faisant circuler ses chèques, s’en servent dans toutes leurs opérations et refusent au besoin toute autre espèce de papier-monnaie. »

A partir de cette époque, de telles institutions naîtront dont le nom de certaines banques actuelles, le Crédit Mutuel ou la Banque Populaire par exemple, porte encore la trace. Il serait intéressant de savoir dans le détail comment ces banques coopératives sont finalement devenues partie intégrante d’un système auquel elles entendaient s’opposer. En 1896, Franz Oppenheimer énonce une « loi de transformation » des coopératives, démontrant que celles-ci, à partir d’un certain seuil d’expansion, sont vouées à s’intégrer à l’environnement capitaliste ou à disparaître. Mais pour naïve que puisse sembler l’idée qu’il soit possible de soustraire l’usage de l’argent à la bourgeoisie et au gouvernement, il convient de se souvenir qu’aux yeux de ses promoteurs, la coopérative n’était pas une fin, mais un moyen parmi d’autres en vue de l’autoconstitution d’une collectivité anticapitaliste. Sur ce point, Longuet est, au cours du même débat, on ne peut plus explicite :

Ce que nous tenons particulièrement à dire sur l’assurance mutuelle, c’est que de sa généralisation dépend surtout la régénération de nos consciences. C’est l’assurance mutuelle, surtout, appliquée à tous les risques, qui nous fera définitivement sortir de l’insolidarité actuelle. Par elle nous saurons que le risque de l’un est le risque de l’autre, le péril d’un seul le péril de tous, et c’est elle seule qui nous amènera à la vraie notion de la fraternité.

La mutualité appliquée à toutes nos relations sociales, c’est là, croyons-nous, le principe sauveur qu’il faut opposer à l’insolidarité actuelle. Aujourd’hui la guerre est partout; dans nos cerveaux, dans nos consciences et aussi dans nos affaires. La maxime de barbarie : homo homini lupus entre chaque jour plus avant dans la pratique économique. Des hommes préfèrent courir le risque d’être ruinés, déshonorés même, et garder aussi la chance bien faible de parvenir à l’oisiveté, à l’opulence.

C’est cette tendance à l’insolidarité qui s’est accusée toujours davantage depuis le jour où, proclamant la liberté du travail et de l’industrie, la Révolution détruisit le système des corporations, – c’est cette tendance qu’il faut combattre, sans pourtant nous emprisonner de nouveau dans les moules étroits brisés par nos pères, en lui opposant partout le principe de mutualité, qui nous préservera à jamais des dangers de l’insolidarité et de l’égoïsme, sans nous exposer aux incertitudes de la fraternité, aux indivisions du communisme, ce principe enfin qui n’est plus un pur sentiment, mais bien l’expression exacte et rigoureuse de la justice. »

C’était il y a 145 ans. La question posée reste à l’ordre du jour. Sa solution dépend en premier lieu de la capacité des individus sans qualités d’aujourd’hui à retrouver un niveau de communication comparable (mutatis mutandis) à celui des ouvriers internationaux d’alors.

(Source : La première Internationale, recueil de documents publié sous la direction de Jacques Freymond, Droz, Genève, 1962, T.1, pp. 134 ff)

 

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34 réflexions sur « LE FANTÔME DE LA MUTUALITÉ, par Guillaume Paoli »

  1. Retirons d’entre ses mains cet argent : du même coup nous donnerons une arme aux ouvriers et en enlèverons une à la bourgeoisie.

    Je dis qu’ici et maintenant.. c’est toujours le seul et unqiue moyen de pression dont nous disposons.
    Cantona avait en son temps eu une bonne idée. C’est le seul moyen pour qu’ils (banquiers et consors) cessent de nous considérer comme leur cheptel de moutons). Des lors, le dialogue sera possible..pour le moment  » Ils » gardent les rênes bien en main et la liberté de mouvement se resserre méchamment.

    1. Mauvaise idée que de retirer l’argent des banques…Pourquoi? parce que les banquiers nationaux ont le pouvoir de changer la monnaie…L’argent qu’on retirerait en masse ne vaudrait plus rien car une autre monnaie serait immédiatement émise pour pénaliser ceux qui auraient vidé leur compte !
      Ainsi serait pris celui qui croyait prendre !

      1. @ Justin
        En vertu de quel pouvoir les banques privées pourraient-elles demander aux banques nationales de changer de monnaie ???
        Et de plus, vous pensez que l’argent que l’on a en poche vaut infiniment moins que celui que l’on a sur son compte en banque !!! C’te bonne blague !!!

    2. A l’échelle mondiale il y a pourtant plus de gens qui sortent de la pauvreté que ce qui y entrent. De quelle liberté précise parlez-vous ?

    3. Mais vous n’êtes pas au courant, et ce n’est pas faute qu’on vous le fasse savoir à grands renforts de médias, vous possédez principalement des dettes. Si besoin on vous le fera savoir plus énergiquement.

      Et si par hasard, vous possédez quelque avoir, si vous avez pu échapper au rateau, l’état veille.et corrigera bien vite cette erreur. D’ailleurs c’est ce qu’il est en train de faire.

      1. Cette pseudo crise s’éternise. Il serait temps de renvoyer la balle. Et c’est le seul moyen. Oui on ne sait pas ce qui arrivera derrière mais d’un autre coté, si on se laisse mettre en esclavage sans rien faire, nos enfants auront de quoi nous traiter de ce qu’ils veulent. Agir… ou dans le cas contraire.. cesser de geindre et de palabrer. L’équation est vraiment trés simple.

      1. fujisan ,
        bien vu ; on peut espérer qu’il y a là le début de la reprise en main par l’économie réelle

  2. « Lessner, tailleur de Londres, insiste quant à lui sur le danger politique d’une étatisation de l’épargne »

    Et il avait bien raison. Ce que la monarchie absolue n’avait pas réussi à faire, il aurait fallu le faire sous prétexte d’un « progrès démocratique » ?

  3. Intéressant rappel historique, merci!

    Avec Twitter et Facebook, on est loin de débats de ce niveau.

  4.  » Mais pour naïve que puisse sembler l’idée qu’il soit possible de soustraire l’usage de l’argent à la bourgeoisie et au gouvernement, il convient de se souvenir qu’aux yeux de ses promoteurs, la coopérative n’était pas une fin, mais un moyen parmi d’autres en vue de l’autoconstitution d’une collectivité anticapitaliste. »

    On peut penser à l’étonnante coopérative Espagnole crée dans les Asturies : Le Groupe Montdragon; qui posséda ou possède encore sa propre Banque de développement, et dont l’éthique alla jusqu’à développer pour la formation ouvrière ce qui devint le pole universitaire de Montdragon.
    Etonnant car ce grand groupe coopératif, sinon le premier au monde, eut pour promoteur un prétre et fut crée dans une Espagne Franquiste peu encline aux idées de partage, idéal du Groupe.

    Cependant il s’agissait d’abord d’une coopérative de production autogérée à visée sociale et non d’un outil financier révolutionnaire.

      1. Vigneron : exact ! Le rachat de Brandt ne fut pas à l’honneur de ce qu’était devenue Montdragon, loin de ses fonds baptismaux (si j’ose dire)

  5. « C’était il y a 145 ans. La question posée reste à l’ordre du jour. Sa solution dépend en premier lieu de la capacité des individus sans qualités d’aujourd’hui à retrouver un niveau de communication comparable (mutatis mutandis) à celui des ouvriers internationaux d’alors. »

    Le texte est très bon mais je bute sur la fin:
    – Quelle est la question posée? Je vois pas.
    – En quoi la solution dépend-elle du niveau des intervenants d’un débat qui a mené à un échec? La logique voudrait justement, il me semble, que l’on s’éloigne d’un débat qui a mené à une impasse.

    1. Moi, la question elle est bien en évidence au deuxième paragraphe et puis « retrouver un niveau de communication comparable (mutatis mutandis) », qu’il a dit le monsieur et enfin les solutions pour les siècles des siècles, essaye d’oublier…

  6. Excellent billet!

    Il motive et symbolise en soi mon humble ajout:

    C’était il y a 145 ans. La question posée reste à l’ordre du jour. Sa solution dépend en premier lieu de la capacité des individus sans qualités d’aujourd’hui à retrouver un niveau de communication comparable (mutatis mutandis) à celui des ouvriers internationaux d’alors.

    …et de la capacité des les générations successives, qui n’auront pas souffert dans leur chair propre les misères à l’origine de cet élan de progrès, d’en chérir la mémoire. Car malheureusement qu’avons nous fait de tout ça?

  7. C’est un billet qui nous rappelle que des gens se sont posés une question qu’un citoyen lambda ne peut plus, n’ose plus, ne veut plus se poser, si ce n’est dans des moments ritualisés qui ne débouchent sur rien ou presque. Comment, au niveau le plus démuni, penser et mettre en œuvre une société qui soit adéquate à la fin qui lui est normalement assignée, générer la satisfaction, au moins matérielle du plus grand nombre ?

    1. Je ne pense pas qu’il faille raisonner en terme de « satisfaction » (… d’un « besoin »). A voir d’autres primates mener leur vie sociale, il me semble qu’il faille plutôt raisonner en terme de justice (non-injustice, équité, justice symbolique…). Laquelle justice est évidente quand N personnes sont autour d’un gâteau : on parvient, avec quelques efforts, à le couper en N morceaux égaux, ou au moins symboliquement égaux.

      Mais le « gâteau » est moins tangible dans le monde de la division du travail (l’agent de circulation a un rôle positif, mais comment lui compter « justement » sa « part » du « PIB » ?). Et pire encore quand la considération pour le travail lui même disparait (perte de savoir-faire, « prolétarisation » selon Bernard Stiegler).

      Ce qu’on fait les gens il y a 145 ans était possible car l’effet de spoliation du capitalisme était frais, et comme l’explique Michea, le principe de résitance « paysanne » qui avait taraudé par force l’Occident depuis 15 siècles n’allait pas disparaitre comme ça d’un coup dans les communautés ouvrières. Il y fut recyclé, et la notion « d’économie » agraire (bonne gestion des ressources du foyer + résistance à la prédation du seigneur… lire Leonardo Sciascia) y était encore assez présente en 1867 pour que les gens de métier basique sache l’appliquer au crédit, ou en forment la question, à défaut d’en avoir la réponse.

      L’historien suisse Guillemot explique bien (video à la TSR sur le web…) que la religion qu’on voulait mettre comme couvercle et muselière aux masses ouvrières jusqu’en 1870 (p ex sous Guizot) ne fit plus l’affaire et qu’après la Commune, les « progressistes » à la Jules Ferry basculèrent, et choisirent de donner en bouc émissaire au peuple les religieux. D’où l’ascencion d’anticléricalisme (on chassera les Jésuites des écoles en 188x) jusqu’en 1905, exutoire donné à un prolétariat pour qu’il s’éloigne d’un socialisme qui dépouillerait la bourgeoisie maintenant bien installée de son avantage en capitaux de toute sortes (financiers et symboliques).

      C’est en raison de la déformation et de l’oubli de notre schème de résistance anthropologique (en France au moins : syndicat à l’étiage) que nous sommes incapables de nous penser collectivement comme capables de reprendre les « surprofits » que nous voyons passer maintenant en long, large et travers parmi les financiers et les managers qui profitent des grosses miettes.

      Le schéma de division du travail nous laisse démuni en tant que simple salariés : nous sommes dans un régime de servitude volontaire où nous devons moralement participer à l’effort de l’Employeur, nous n’avons plus de ressources propres à gérer, nous ne sommes que l’intendant de nous-mêmes et ne savons donc plus exiger des gens qui profitent au somment de la pyramide qu’il « rendent quelque chose », car il n’y a plus de « quelque chose » assez tangible, il n’y a plus que des signes monétaires, et la tendance à la baisse du gros du salariat s’ensuit nécessairement. L’emplâtre keynésienne (++ sur les salaires) a marché une fois, elle est peut être bien de nouveau nécessaire comme « antalgique » à l’instant t, mais on peut douter qu’un simple keynésianisme de routine rebatte la donne suffisamment dans cette anomie.

      1. « la satisfaction » n’est pas seulement matérielle, Timiota. Même si le matériel, tout bien considéré, est plutôt important quand on frôle le dénuement où on « jongle » pour boucler les mois, à vue de nez la situation d’une bonne partie des français. A ce moment le ventre n’a pas d’oreille, de temps et de volonté pour les valeurs, prioritairement.
        Le concept de « prolétarisation » de Stiegler me semble flou. Et je ne vois pas ce qu’il apporte à ce qu’on sait déjà, après Marx justement et tous les travaux sur la parcellisation du travail, la perte de sens et de facultés cognitives corrélatives.
        Pour ce que j’ai lu ou entendu de ce philosophe, je ne vois pas les propositions effective, les pistes réellement heuristiques, mais des déductions ou des pétitions de principe respectables, comme quoi, par exemple, le collaboratif serait la voie de dépassement du capitalisme. C’est vrai que la pratique est stimulée par le désir, de collaboration ou autre; mais personne n’a attendu Stiegler pour le savoir et même le démontrer, à commencer par Freud. Bref, pas d’analyses psychosociales assez étayées pour qu’on adhère à ce qu’il avance.

        D’accord avec le fait que « de la déformation et de l’oubli » viennent la mise sous le boisseau constante du mouvement ouvrier. Que tu le déclares inscrit dans « notre schème de résistance anthropologique », je ne le comprends pas vraiment. On serait génétiquement programmé pour la lutte des classes ?..
        Par ailleurs, l’argent ne suffit pas à reconstruire la conscience de soi, de nous, de soi au travers du « nous », et du « nous » dans nos consciences abandonnées sur une plage que beaucoup acceptent comme ultime, comme dirait Jim Ballard, c’est heureusement vrai.

  8. L’histoire centenaire des coopératives, mutuelles et crédit agricoles met en évidence l’évolution que vous décrivez pour un autre secteur un siécle avant.
    Les difficultés de Groupama et aussi du Crédit Agricole Mutuel (dans une moindre mesure) illustrent la phase finale du processus. Pour des raisons obscures, l’analyse détaillée de ces organismes importants n’a jamais été entreprise.

    1. Malheureusement, je connais bien le Crédit Mutuel et les temps ont changé. Hélas. Mais plutôt que de se morfondre, je vois bien tout l’intérêt de rétablir la grande Association internationale des travailleurs. Espérons qu’on y arrivera, avant que la guerre n’éclate pour de bon…

  9. Les banques mutualistes furent surtout des banques fondées par des commerçants qui ne trouvaient pas de financement, ou pour des paysans pour les mêmes raison , il y avait plus de 900 000 sociétaires à la première Banque populaire qui fut fondé à Menton en 1883, elle fut fondé à cause d’une croissance sans précédent de l’activité économique, Charles Rayneri fondera aussi le premier Crédit Agricole dans ce qui n’est plus aujourd’hui qu’un village Castellar. Et aussi étrange que cela puisse paraître elle fut présente à l’expo universelle de Paris durant plusieurs années, on ne trouve des documents que dans les bibliothèques américaines ou au canada presque rien en France. C’est la seule banque mutualiste qui n’a pas fait faillite, les autres fondés par des religieux ont toutes fait faillite.

    1. Il semble que pour qu’une organisation de type mutualiste ou coopérative fonctionne dans la durée, il faille en effet qu’un lien concret existe entre les membres. Peut-être que ce lien n’apparaît assez fort que lorsqu’il a partie lié avec une production réelle de biens ou services. Commerçants et paysans sont de bons exemples, parce qu’ils se situent entre l’indépendance d’un côté et la dépendance vis-à-vis de leurs pairs de l’autre ( en particulier lorsqu’il s’agit de trouver des financements ).
      Des petites coopératives agricoles fonctionnent encore dans notre pays, en particulier pour l’achat à plusieurs de gros matériel.
      Les banques d’aujourd’hui ne permettent pas une reconnaissance suffisante entre leurs clients, on peut bien dire « membres », cela ne trompe personne.
      Comme le dit un peu plus haut Timiota, « Le schéma de division du travail nous laisse démuni en tant que simple salariés : nous sommes dans un régime de servitude volontaire où nous devons moralement participer à l’effort de l’Employeur, nous n’avons plus de ressources propres à gérer, nous ne sommes que l’intendant de nous-mêmes et ne savons donc plus exiger des gens qui profitent au somment de la pyramide qu’il « rendent quelque chose », car il n’y a plus de « quelque chose » assez tangible, il n’y a plus que des signes monétaires »

      Ce grand mot de « Solidatité » ne tient pas sur une abstraction…

  10. Excellent billet qui nous rappelle que le dénouement de la crise se trouve aussi bien dans l’intelligence retrouvée de l’importance de la solidarité (la philia sans laquelle rien d’humain ne peut se faire durablement) et renouvelée d’un système capitaliste qui entre dans sa phase terminale, le travail qu’accomplit Jorion et quelques complices jour après jour infatigablement et la foi chevillée au corps, que dans la mise en place conjointe d’une nouvelle coordination des forces contestatrices et refondatrices au fur et à mesure que n’en finissent pas de grossir tous les éléments qui nous rapprochent des points de rupture au delà desquels nous basculons un peu plus dans le nouveau monde. Bref, nous tenir prêts.

  11. En rapport avec ce billet: Y a-t-il quelqu’un ici pouvant indiquer une bonne étude sur la fin ou du moins la marginalisation de ce mouvement coopérativiste? Il semble qu’il était encore florissant avant la première guerre mondiale, qu’il sort complètement du champ après: pourquoi et comment?

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