Archives par mot-clé : crédit à la consommation

Le crédit est dans certains cas l’exercice d’un droit abusif des plus riches, par Jean-Baptiste Auxiètre

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Quand vous empruntez, vous remboursez en versant des intérêts, ce qui est en soi compréhensible. Il faut se poser la question cependant si pour tout ce qu’il est normal de faire : se loger, être mobile, disposer d’appareils ménagers, d’un ordinateur, d’un smartphone, est-il acceptable que pour tout cela nous payons implicitement une taxe pour enrichir les riches ?

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« C’est dans votre intérêt ! » Crédits, intérêts et concentration des richesses, par Steve Bottacin

Billet invité.

L’endettement croissant et chronique des ménages, des entreprises, des institutions financières et des états conduit a une concentration accrue des richesses et des pouvoirs, grâce au mécanisme des intérêts. Perçus le plus souvent comme un élément secondaire du « système-dette », rarement remis en question, les intérêts sont en réalité au cœur du logiciel capitaliste. Parmi d’autres, l’anthropologue et économiste Paul Jorion interroge leur bien-fonde, notamment dans le cadre des prêts à la consommation. Cette réflexion invite a reconsidérer les représentations courantes des intérêts, y compris celles du petit épargnant.

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DE L’AUSTÉRITÉ EN MILIEU (ENCORE) TEMPÉRÉ, par Michel Leis

Billet invité.

Les discussions autour du multiplicateur budgétaire traduisent cette difficulté constante pour les économistes à modéliser les interactions entre macro et micro-économie. Devant la complexité de la tâche, ils définissent des modèles simplifiés et des séries de coefficients censés retracer l’impact de telle ou telle variation entre des grands indicateurs liés par une logique évidente. Ce sont des boîtes noires avec une entrée et une sortie, quand survient le crash, on ouvre la boîte noire et l’on ne découvre… rien ou presque.

Le problème du passage du micro au macro reste celui de la compréhension et de l’agrégation des comportements des acteurs. Aux hypothèses de rationalités qui conduiraient à des comportements  prévisibles s’oppose l’observation régulière de divergences importantes entre la prévision et les réalisations. Pour contourner ce problème, j’utilise régulièrement dans mes billets[1] le concept de normalisation des comportements (ou des stratégies pour les entreprises) qui se conformeraient à des référentiels implicites. Norme de consommation, norme de production, norme de profit et même norme de pouvoir, ces normes collectives fonctionnent sur une dynamique permanente : la norme naît du comportement des acteurs les plus dynamiques du groupe, le groupe se reconnaît dans la norme. Celle-ci donne en référence un modèle de réussite et un éventail de moyens à mettre en oeuvre pour y parvenir. La hiérarchie provient avant tout des déviations par rapport aux voies tracées par la norme, la non-observance conduit à la damnation sociale ou à la faillite de l’entreprise. Cette normalisation collective n’est pas seulement un outil d’analyse permettant d’agréger des comportements, elle joue un rôle fondamental parce qu’elle induit l’acceptation par le plus grand nombre des règles du jeu qui demeurent foncièrement inégalitaires et maintient ce caractère tempéré caractéristique des sociétés occidentales depuis un demi-siècle.

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Ce qu’il advient de l’argent qu’on gagne

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Celui qui dispose d’argent le dépense ou ne le dépense pas. S’il le dépense, il achète avec son aide des marchandises qui ont été produites, autrement dit il retire du marché des marchandises. S’il ne le dépense pas, il peut le garder sous son matelas, le thésauriser, et rien ne se passera. S’il le place, il le met à la disposition des marchés de capitaux. Là aussi, il ne se passera rien s’il n’y a pas de demande pour ces capitaux, et le résultat est le même que s’il l’avait placé sous son matelas. Ou bien il trouve emprunteur pour son argent et il y a ici deux cas de figure : il s’agit d’un prêt à la production ou d’un prêt à la consommation.

Premier cas : prêt à la production. Les sommes prêtées sont utilisées comme avances et permettent, combinées au travail, de créer des marchandises et un surplus financier – une « rente » (qui sera partagée comme intérêts revenant au prêteur, profit allant à l’industriel et salaire revenant au travailleur). Une fois consenties les dépenses associées à sa survie, chacun de ceux-ci aura alors – s’il lui en reste – le choix de dépenser cet argent en biens de luxe, le thésauriser ou le « placer ». Quoi qu’il en soit, des marchandises auront été produites. Le placement dans des prêts à la production génère donc des marchandises qui se retrouvent sur le marché.

Dans le second cas, celui d’un prêt à la consommation, la somme est prêtée et celui qui en dispose l’utilise pour acheter un objet de consommation, c’est-à-dire cette fois-ci pour retirer une marchandise du marché. Il remboursera la somme empruntée à partir de son salaire, et c’est donc comme si ce salaire avait été dépensé de manière anticipée. Une partie de son salaire sera consacrée à rembourser le prêt et une autre, supplémentaire, au paiement des intérêts. Ceux-ci reviennent au prêteur, qui pourra alors (une fois consenties les dépenses associées à sa survie) à nouveau placer ces sommes, soit comme un prêt à la production, soit comme un prêt à la consommation.

Il s’agit, on le voit, d’une mécanique subtile. Certains économistes considèrent que le système a tendance à s’équilibrer, d’autres soulignent que seules des simplifications excessives dans la modélisation conduisent à cette conclusion et qu’il s’agit en réalité d’une machine infernale où de multiples tendances en sens contraires déboucheront nécessairement à terme sur une catastrophe. On devine en particulier qu’une trop grande concentration du capital (qu’engendre nécessairement le versement d’intérêts) débouche automatiquement sur une production de marchandises en quantité trop grande, puisqu’elle génère des quantités énormes d’argent qui ne pourront pas être dépensées (ni en biens de première nécessité ni en biens de luxe). On devine aussi que le développement du crédit à la consommation débouche lui aussi sur une production de marchandises en quantités trop grandes, puisqu’une partie des salaires sera versée comme intérêts, augmentant chez celui qui les obtient, les capitaux susceptibles d’être prêtés, une fois de plus soit comme prêt à la production, soit comme prêt à la consommation.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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« Vous le méritez ! »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Mes amis du MAUSS se posent en ce moment la question : « Peut-on se faire un don à soi-même ? » J’ai fait la petite remarque suivante, que m’a inspiré ma familiarité avec le crédit à la consommation aux États-Unis.

L’éventualité de se faire un don à soi-même sous-tend la publicité entourant le crédit à la consommation aux États-Unis. L’argumentation est du type suivant : votre niveau de rémunération ne correspond pas à ce que vous méritez « objectivement ». L’industrie du crédit, dans sa très grande générosité, vous permet de restaurer l’équité en vous permettant de vivre au niveau de vie qui correspond à votre « mérite objectif » (« objectif » aux yeux de Dieu bien entendu). « Empruntez : faites-vous ce cadeau à vous-même ! » – qui rétablira l’identité entre le monde sensible (imparfait et injuste) et la Réalité-objective (idéale et juste) – « L’industrie du crédit est là pour jouer ce rôle de catalyseur ».

Les publicités de ce type (ainsi que les boniments des démarcheurs qui vous téléphonent à l’heure du dîner) contiennent toujours la phrase : « You deserve it ! » (Vous le méritez !) suivi d’un nombre indéfini de points d’exclamation. La faiblesse humaine – s’inscrivant dans le calvinisme ambiant – fait que chacun écoute aussitôt avec attention.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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