DE L’AUSTÉRITÉ EN MILIEU (ENCORE) TEMPÉRÉ, par Michel Leis

Billet invité.

Les discussions autour du multiplicateur budgétaire traduisent cette difficulté constante pour les économistes à modéliser les interactions entre macro et micro-économie. Devant la complexité de la tâche, ils définissent des modèles simplifiés et des séries de coefficients censés retracer l’impact de telle ou telle variation entre des grands indicateurs liés par une logique évidente. Ce sont des boîtes noires avec une entrée et une sortie, quand survient le crash, on ouvre la boîte noire et l’on ne découvre… rien ou presque.

Le problème du passage du micro au macro reste celui de la compréhension et de l’agrégation des comportements des acteurs. Aux hypothèses de rationalités qui conduiraient à des comportements  prévisibles s’oppose l’observation régulière de divergences importantes entre la prévision et les réalisations. Pour contourner ce problème, j’utilise régulièrement dans mes billets[1] le concept de normalisation des comportements (ou des stratégies pour les entreprises) qui se conformeraient à des référentiels implicites. Norme de consommation, norme de production, norme de profit et même norme de pouvoir, ces normes collectives fonctionnent sur une dynamique permanente : la norme naît du comportement des acteurs les plus dynamiques du groupe, le groupe se reconnaît dans la norme. Celle-ci donne en référence un modèle de réussite et un éventail de moyens à mettre en oeuvre pour y parvenir. La hiérarchie provient avant tout des déviations par rapport aux voies tracées par la norme, la non-observance conduit à la damnation sociale ou à la faillite de l’entreprise. Cette normalisation collective n’est pas seulement un outil d’analyse permettant d’agréger des comportements, elle joue un rôle fondamental parce qu’elle induit l’acceptation par le plus grand nombre des règles du jeu qui demeurent foncièrement inégalitaires et maintient ce caractère tempéré caractéristique des sociétés occidentales depuis un demi-siècle.

Ces normes interagissent entre elles, créant des rapports de forces entre acteurs. Il y a une dynamique des normes qui débouche sur des ajustements beaucoup plus importants que ce que les modèles économiques traditionnels peuvent prévoir. L’impact violent des politiques d’austérité est d’abord le résultat des tensions entre la norme de consommation et la norme de profit.

La norme de consommation moderne, c’est l’addition d’une consommation de survie, d’une consommation d’appartenance, en partie contrainte (par exemple le respect des codes vestimentaires sur son lieu de travail), et enfin d’une consommation de reconnaissance où l’objet apporte une plus value d’image et permet d’être reconnu au sein du groupe[2] (différence qui est pourtant fondée sur un objet produit souvent à de nombreux exemplaires). Comme cette norme de consommation se construit sous contrainte de revenus disponibles, le groupe hiérarchise et valide les biens qui lui sont proposés, tentant de reproduire à une échelle plus réduite la consommation des groupes les plus dynamiques.

Cette contrainte de revenu disponible s’est beaucoup dégradée en un peu plus d’une décennie, bien au-delà de l’inflation apparente. J’ai déjà évoqué dans un précédent billet cette désolvabilisation croissante des ménages aux multiples facettes. Elle combine une inflation réelle (l’immobilier, l’énergie), la multiplication des offres de substitution sur des services courants dont les coûts se révèlent souvent plus élevés et l’augmentation des dépenses contraintes (éloignement accru du lieu de travail, contribution plus élevée aux dépenses autrefois assurées par l’État, consommation liée aux nouvelles technologies comme les abonnements). Ces gouttes d’eau s’ajoutent les unes aux autres et finissent par grever fortement les budgets des consommateurs.

Avec la crise de 2008, la dernière variable d’ajustement qui supportait cette dynamique a disparu. Au début de la norme de consommation, le temps a été la variable d’ajustement par excellence. On différait ses achats avec une bonne chance de pouvoir les réaliser ultérieurement, en particulier grâce à l’augmentation régulière du pouvoir d’achat. Puis, l’amélioration des conditions de vie, l’offre croissante et l’évolution rapide des produits[3] ont donné un caractère plus immédiat et toute sa dimension sociale à la norme de consommation, l’achat pouvait difficilement se différer. La fin de l’indexation des salaires a constitué une première limite, vite dépassée par le recours au crédit qui a entretenu cette dynamique. Avec la crise de 2008, l’accès au crédit est devenu plus difficile, tarissant de fait la seule grande variable d’ajustement de la norme de consommation.

En dépit des difficultés croissantes, pour une majorité des ménages, les dépenses ne sont pas encore totalement contraintes, il reste une place pour un arbitrage. Celui-ci pourrait une fois de plus se résumer à cette formule : « Il fallait se dépêcher de tout changer afin que rien ne change ». Pour préserver les ultimes produits porteurs d’images,  le consommateur sacrifie d’autres achats. Il arrive un moment où pour un objet donné, la fonction prend le pas sur ce qui subsiste de plus value d’image. En d’autres termes, pour les produits qui sont touchés, le marché tend à se structurer entre un haut de gamme toujours marqué par la dynamique de plus value d’image (de fait, la réduction du nombre de personnes en mesure de consommer ces produits augmente encore celle-ci) et un bas de gamme où les produits se banalisent, limités à leur seule fonction. Dans ces secteurs, l’ajustement de marché est violent, la compétition est marquée par une guerre des prix de plus en plus féroce.

Cette stratification n’est évidemment pas sans conséquence pour l’industrie et la production. Il y a un nombre limité d’acteurs dans la sphère du haut de gamme. Le marché est bien plus résistant aux variations puisqu’il s’adresse à un nombre limité de clients aisés. La marge y est élevée, la norme de profit s’y exprime pleinement. Pour autant, cette stratégie n’est pas reproductible tant il est difficile pour un nouvel entrant de construire une image forte, les barrières à l’entrée étant très élevées.

Pour les produits qui perdent leur plus value d’image, les conditions de marché combinées avec une norme de profit élevée accentuent les tensions entre production et distribution. Les clients ne sont plus prêts à surpayer ce qui vient au-delà de la simple fonction du produit. Parler de compétitivité pour ces produits n’a plus beaucoup de sens, les prix ne s’ajusteront jamais assez à la baisse dans un marché en déclin rapide. Pour la plupart, ce sont les vieilles industries, celles qui ont initié il y fort longtemps cette dynamique de recherche d’image qui sont touchées. Le textile a commencé il y a fort longtemps, l’automobile est en chute libre (avec des répercussions vers les sous-traitants et la sidérurgie). Face à cette réallocation rapide des revenus disponibles sur un nombre de plus en plus limité d’objets ou de produits, l’industrie européenne pousse à la mise en œuvre de stratégies qui peuvent conduire à un nombre limité de réussites et à un désastre collectif. Plus la pression se fait forte sur les revenus, plus la réallocation par les consommateurs de la frange encore disponible du revenu se fait au détriment de l’industrie locale.

Pour les gouvernements, la baisse de la consommation est une catastrophe. Les rentrées fiscales reposent beaucoup sur la TVA depuis la mise en œuvre des politiques fiscales favorables aux entreprises et aux particuliers les plus fortunés. Pour donner un exemple, la baisse du marché automobile en Grèce, c’est plus de 700 millions de rentrées fiscales en moins chaque année. La réduction des dépenses sociales qui est au cœur des politiques d’austérité a une portée limitée puisque la réduction des montants se trouve compensée en partie par l’augmentation rapide du nombre de « bénéficiaires ».

Est-ce à dire que ces ajustements violents sont imprévisibles ? Les acteurs de l’économie réelle qui travaillent dans ces secteurs ont pu déjà observer ces phénomènes d’ajustements violents sans toujours les comprendre. Lors de la crise de 2008, alors que la récession a été limitée à quelques pour cent, les ventes automobiles dans la plupart des marchés occidentaux ont chuté de près de 30%. Les reprises qui ont suivi ont souvent été en trompe l’œil puisque largement subsidiées par les gouvernements. Les faibles variations du marché du textile cachent un transfert massif des achats sur les périodes de soldes ou les enseignes à bas coûts. D’autres ajustements ont eu lieu, dans des marchés moins visibles comme celui des biens culturels. Tous les éléments étaient là pour appréhender l’importance des ajustements de la consommation et ses rétroactions sur l’économie, même si le problème de la quantification reste ouvert.

Que les hommes politiques européens fondent leur approche sur des raisonnements purement mécaniques n’est pas vraiment une surprise, tant on reste dans le domaine de la pensée dominante. Mais, avec les politiques d’austérité, c’est l’épuisement de la norme de consommation en tant que régulateur social qui est en jeu, le monde politique ne semble n’en avoir aucune conscience. Derrière la dimension économique se trouve une dimension de cohésion sociale. On pourrait s’en réjouir tant l’essor de la norme de consommation s’est fondée sur des comportements prédateurs en matière d’exploitation des ressources et d’écologie. Elle s’est de plus appuyée sur les pulsions les plus égoïstes des individus, mais malgré cet aspect des choses, la norme de consommation est l’essence même de la normalisation collective occidentale.

On atteint aujourd’hui un point où la norme de consommation devient une frontière intérieure. La normalisation implicite perd son rôle de facteur de cohésion sociale. Le vide de l’absence s’installe, le meilleur y côtoie le pire. La frange la plus riche a déjà mis en place des stratégies de substitution comme la délocalisation de la consommation et du patrimoine, établissant de fait des îlots de richesses dont l’enjeu est leur maintien et leur défense future. Le retour des solidarités que l’on peut observer çà et là masque difficilement la montée des nationalismes et de l’extrême droite. La tentation est grande de protéger la norme de consommation ou de la rétablir à tout prix pour ceux qui sont encore proches de cette frontière intérieure. À force de rester dans un discours gestionnaire, les partis de pouvoir se sont éloignés de cette aspiration et n’ont plus aucune crédibilité. Il existe une tentation de la violence individuelle, ultime recours en l’absence de repères collectifs ou plus simplement raccourci vers le produit. La capacité à remplir rapidement le vide laissé par l’absence d’une norme sociale dominante va maintenant conditionner l’issue des batailles à venir. L’enjeu n’est pas seulement plus de justice sociale qui pourrait laisser croire au retour des conditions antérieures, c’est bien d’imaginer d’autres dimensions aux futures normalisations collectives.

 



[1] Et bien sûr, ce concept est au cœur de mon essai

[2] Le meilleur modèle de la norme de consommation se retrouve à mon sens dans la pyramide de Maslow (Abraham Maslow : A Theory of Human Motivation – Psychological Review, 1950), même si le champ d’application de ce modèle tel que l’a pensé son auteur est celui du management ou du marketing et que ce modèle qui a montré de nombreuses limites ne peut être considéré comme absolu.

[3] Cette évolution rapide des produits étant elle-même permise par l’évolution de la norme de production et nécessaire pour élever la norme de profit.

 

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39 réflexions sur « DE L’AUSTÉRITÉ EN MILIEU (ENCORE) TEMPÉRÉ, par Michel Leis »

  1. Le retour des solidarités que l’on peut observer çà et là masque difficilement la montée des nationalismes et de l’extrême droite.

    Avec le projet européen actuel néo/ordo-libéral, nous avons lâché la proie pour l’ombre. En sabordant la nation au prétexte que les nations se font la guerre, l’on a aussi mis en place les conditions du démantèlement des systèmes sociaux et des services publics qui avaient vu le jour dans les cadres nationaux, suite à des luttes sociales parfois très dures.

    Dès lors il ne faut pas s’étonner de « la montée des nationalismes et de l’extrême droite. », car l’UE n’a aucun projet social et de services publics qui viendrait remplacer avantageusement, ce qui est chaque jour un peu plus détricoté dans le cadre national.

    Ce faisant les classes dominantes de l’UE prennent le risque criminel de favoriser le retour de nouvelles formes de National Socialisme sur ce continent, qui pourtant n’a que trop donné dans ce domaine.

    On nous a vendu la construction européenne comme facteur de paix (en particulier à gauche), mais telle qu’elle a été détournée par les intégristes libéraux de toutes obédiences, l’on risque à moyen et à plus long terme d’arriver au résultat inverse.

    1. « Les rentrées fiscales reposent beaucoup sur la TVA depuis la mise en œuvre des politiques fiscales favorables aux entreprises et aux particuliers les plus fortunés. »

      Les assiettes sont bien différentes et quand bien même vous imposeriez les 1% les plus riches à hauteur de 100%, cela ne représenterait qu’une goutte dans l’immense déficit de l’Etat. A part ça, bien entendu, c’est la faute aux riches et il faut voter Hollande.

    2. bien d’accord avec Macarel. C’est pourquoi le pôle de renaissance communiste en France milite depuis toujours pour la sortie de la France de l’union européenne- seul contre la pensée dominante avant même que la crise s’installe. Patriotisme et internationalisme ne sont en aucun cas contradictoires, au contraire.

      1. Qu’il faille que les nations existent pour que les idées internationalistes naissent et se développent, que voilà une belle évidence !
        Cependant, si l’idée de la Patrie comme réunion d’individus qui ont en commun un type de vie et un idéal à défendre et qui le faisant sont complices – au sens où les nazis recherchaient les complices des résistants – me paraît bien séduisante, je ne suis pas de ceux qui pensent que la Nation, la France que vous évoquez, est une idée ou un idéal à défendre.
        Pour le dire autrement, il est préférable de relire Karl Marx et le Manifeste, que les élucubrations du Parti dit communiste mais français de Marchais.

  2. C’est effectivement une analyse que l’on retrouve très rarement chez nos économistes patentés; il y a pourtant là un cercle pervers dont l’instabilité vers la catastrophe sociologique est évidente:

    Avec la mondialisation à marche forcée, voulue par l’OMC, toutes les productions domestiques de consommation courante (autre que périssable) se trouvent supplantées par celles des pays émergents à bas salaires.
    Nos salariés dans ces productions domestiques se retrouvent au chômage, et leurs revenus d’autant plus précaires.
    Cela leur interdit les rares achats « haut de gammme » ou « high tech » qui leur restaient, et renforce encore davantage la consommation de produits « compétitifs » en provenance des pays susdits…
    Et la boucle est bouclée !

    On vient d’en avoir la démonstration avec la constatation nouvelle faite par l’Allemagne: le chômage y est en recrudescence !
    Cela ne peut étonner que les économistes et les politiques qui nous avaient tant vanté la course à la compétitivité vers le haut de gamme:
    Lorqu’il n’y aura plus que des milliardaires chinois ou des traders londoniens pour acheter les puissantes berlines allemandes, l’Allemagne elle-même se rendra compte qu’elle n’a fait que repousser vers le haut la logique Fordiste bien connue: ne pas payer le travail à son coût empêche les travailleurs d’entrer dans la boucle vertueuse de la croissance, avec l’effet d’échelle que cela nécessite !
    A force de répéter COM-PÉ-TI-TI-VI-TÉ comme des pérroquets, nos économistes et politiques de salon en ont oublié les leçons les plus élémentaires !
    Il est vrai que, lorsqu’on est payé 100 000 euros par conférence pour répéter des fadaises, on se fait forcément une idée assez biaisée de ce qu’est la compétitivité !

    1.  »  » «  Avec la mondialisation à marche forcée, voulue par l’OMC.……… »  »  »

      Indépendamment de la pertinence de votre argumentation , nous pourrions peut-être nous interroger sur les leviers nécessaires à actionner pour modifier cette trajectoire auto-destructrice socialement pour les anciens pays dits développés…..

    2. @Hadrien. En fait je crains qu’ils ne le savent déjà. Leur projet est de nous faire un régime fasciste, qui à cout de drones et de surveillance totale, nous plongera dans un esclavage au plein sens du terme, tandis que les 1% continueront à vivre avec un train de vie plus fastueux que jamais à l’abri de leurs résidences surveillées

  3. Un krach économique ou une hyperinflation mondiale va de facto mettre en danger les industries sensibles. La dépendance aux revenus pour le fonctionnement des centrales nucléaires, des industries chimiques ou des laboratoires biologiques est un problème majeur, qui doit intégrer le risque économique.

    Lors de l’effondrement de l’ Union Soviétique, toutes les industries sensibles ont été confronté au risque économique. De nos jours, les économies sont inter-dépendantes et le risque économique est donc global. Le krach économique génère de la pauvreté et du chômage de masse, en plus notre civilisation est confronté aux risques des industries sensibles : chimiques, nucléaire, matériaux sensibles et très dangereux ou biologiques.

  4. * ALLEMAGNE-HUITIEME CONTRACTION MENSUELLE CONSECUTIVE

    L’activité s’est à nouveau contractés en Allemagne dans le
    secteur manufacturier au mois d’octobre, le ralentissement de la
    demande en Europe et la diminution de l’investissement en Asie
    pesant sur la demande pour les produits allemands.

    L’indice PMI de Markit/BME s’est inscrit à 46,0 le mois
    dernier dans sa version définitive après 45,7 dans l’estimation
    flash et 47,4 en septembre.

    La production a également diminué en raison d’une seizième
    baisse d’affiliée des commandes nouvelles. Les commandes
    nouvelles en provenance de l’étranger sont revenues à un plus
    bas niveau sans précédent depuis avril 2009.

    http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL5E8M15J320121102?sp=true

    ah ben sheisse,mierda, merde, shit… quand ça veut pas, ça veut pas.va falloir réfléchir un chouia sur le pourquoi du comment?ça serait y pas que les  » sales PIIGS et français paresseux » seraient incapables d’acheter leur quincaillerie, sans flouz, money.. ?

  5. Il y a une exception allemande en Europe, déjà beaucoup d’éléments de la construction de l’ Union Européenne sont en fonction de l’ Allemagne, comme la BCE sur le modèle de la Bourse de Francfort, l’ouverture des derniers pays entrants de l’ Europe de l’ Est dont l’ Allemagne voulait bénéficier.

    Avant d’en arriver à l’industrie allemande, la grande gagnante de l’euro et du protectionnisme. La situation des ménages allemands ne peut être complètement comparer avec ceux de l’ Europe ou des Etats-Unis.

    L’immobilier montre que les capacités de consommer ne sont pas les mêmes, un appartement en France ou dans d’autres pays comme l’ Angleterre, les Etats-Unis ou l’ Espagne avec sa bulle immobilière, coûte 3 fois plus cher qu’en Allemagne. Ce qui influe sur les prix de vente et les loyers, la disponibilité de revenus n’est pas la même, sachant que l’immobilier est le 1er poste de dépenses d’un ménage où la spéculation est autorisé dans le secteur immobilier.

    Prenez un loyer, divisez le par trois, et récupérer les 2/3. En France et dans de nombreux pays diront que l’immobilier est redevenu bon marché.

    L’euro a surtout bénéficié à l’industrie allemande, qui peut techniquement protéger ses industries, alors que les autres pays ont vu leurs barrières douanières baissés, ce qui a désinsdustrialisé ses pays et qui a affaiblit leurs capacités de financements de leurs impôts, donc de la gestion à terme de leurs services publics.

    Pourquoi l’ Allemagne peut bénéficier d’absence de spéculation immobilière et du protectionnisme de leurs industries ?

    C’est un problème économique de l’ Union Européenne, qui provient de choix économique et financier. La question n’est pas de changer le modèle allemand, mais pourquoi y a-t-il une exception allemande dans l’ Union Européenne ? Même aux Etats-Unis, les subprimes ont causés de lourds dégâts pour les petits propriétaires les jetant à la rue, et par la suite une nouvelle crise immobilière est rapidemment de nouveau en marche, les foreclosure.

    Il y a des disparités fiscales en Europe qui permettent la mise en concurrence intra-européenne, qui subit déjà la concurrence mondiale, mais des disparités immobilière et industriel en Allemagne.

    1. Ouais c’est vrai ça ! C’est dégueulaaasse ! Ces salauds d’allemands ben y sont même pas eu de bulle immobilière eusses ! C’est trop inzuste! !

    2. « L’immobilier montre que les capacités de consommer ne sont pas les mêmes, un appartement en France ou dans d’autres pays comme l’ Angleterre, les Etats-Unis ou l’ Espagne avec sa bulle immobilière, coûte 3 fois plus cher qu’en Allemagne. »

      C’est pourtant simple : l’Allemagne est plus libérale que la France, et l’Etat français possède une immense fortune foncière. Ainsi, lorsqu’il favorise les propriétaires (Scellier, PTZ,..) il se favorise lui-même en premier lieu. Ensuite, il a tout intérêt à se gaver avec les droits de mutation. D’où la célèbre maxime : quand l’immobilier va tout va !
      Lorsque la bulle immo éclatera, la première victime sera donc l’Etat français. Pour les petits propriétaires ayant remboursé leur crédit, ils auront toujours leur toit.

    3. L’Allemagne n’a pas fait les erreurs qui ont conduit la France dans la désindustrialisation. La France, grâce à ses élites géniales, a fait des erreurs de jugement monstrueuses. C’est quand pas la faute des allemands. Les allemands n’ont que deux options: continuer de payer, ou de sortir de la zone euro. Elle payera.

      1. +1

        Elle payera, peut etre, in extremis, quand la France sera contaminee a son tour, mais seulement, a ses conditions, p. ex. obtenir le super-commissaire EU sur la supervision des budgets nationaux de sa Fiskalunion cherie, et bien d autres…

        Ambiance de joie en France garantie !

      2. L’ allemagne payera….

        Déja entendu, déja vu, même Galbraith en a parlé, et en bien pour la France:
        vivre sur une illusion, c’est quand même vivre. Et plutôt bien quand on est malin et industrieux comme peuvent l’être des français optimistes.
        Mais c’ést le passé.

        L’ allemagne payera….

        …. Comme elle n’a pas payé on ne peut pas dire que l’histoire ne repassera pas ce plat, mais j’ai des doutes. Ce serait le triomphe de la politique française, celle qui consiste à ne pas avoir de politique, à ne pas prévoir, à ne pas faire l’effort de vues prospectives. La farniente politique récompensée, pas même vivre et laissé vivre mais se laisser vivre, lapolitique « du chien crevé au fil de l’eau » (Trade Mark, un Président du conseil de la 3.ième).
        Alors que d’autres, tels ceux « pédés comme des phoques » (Trade Mark une première Ministre de la 5.ième, oubliée), produisent et vendent à tout va, le haut de gamme comme le bas de gamme où ils excellent, l’industrie et l’agriculture où ils sont premiers en Europe. A fond les manettes à en oublier l’art de vivre…Trop injuste.

        Entre payer et vivre ou ne pas payer et tout perdre, l’ Allemagne trouvera une porte étroite.
        Elle le fera, c’est une habitude chez elle, à force, elle connaît…
        Il lui suffit d’attendre. Elle en a les moyens. C’est rare.

  6. Y’a une petite polemique qui commence à buzzer depuis hier et venant d’Italie. Monti (le méchant Monti veux-je dire) s’en prend à la région de Calabre qui veut favoriser l’agriculture « zéro kilomètre ». En fait il a déposé une requête contre la région calabraise devant la cours constitutionnelle du pays. Carrément.
    Ben moi j’vais vous dire, n’en déplaise aux écolos-neuneus, histoire d’emmerder les activistes localistes qui se croient encore « alter  » et surtout pour bien marquer que j’aurai jamais rien en commun avec les salopards et jobards des blocs identitaires de mes deux et autres agence novopresse de caniveau qui ont fait de la mangeaille locale un de leurs chevaux de bataille, ben moi je dis : Forza Monti ! … t’as raison vieux.

    1. Comme si ‘manger local’ relevait par définition du national-socialisme…
      Et l’environnement, ça compte pour des prunes?

      Une des causes de la destruction de notre environnement, c’est bien cette folie des aliments inutilement tribalés d’un bout à l’autre de la planète quand on peut tout aussi bien produire local.

      Ici, aux Pays-Bas, jadis, les femmes de pêcheurs pelaient les crevettes pêchées par leurs époux. Aujourd’hui, les crevettes pêchées dans la mer du Nord sont expédiées au Maroc par avion, pour être pelées par la gente féminine locale, puis réexpédiées aux Pays-Bas pour distribution dans les supermarchés locaux.

      Joli bilan carbone.
      Idem pour les tomates d’Espagne ou du Maroc. Ou les pommes d’Argentine, etc

      Mais s’y opposer, être ‘localiste’, c’est donc être neuneu et flirter avec les remugles hitlériennes, on dirait…

      1. in medio stat virtus (in kercozio, dans une certaine interprétation)
        C’est kâmême les mouvements de denrées alimentaires qui sont la seule garantie contre les famines. C’est ce que j’entends dire sur l’Afrique par des Dumont d’abord puis d’autres. Un peu comme les barrages qui ne font pas du bien aux villages engloutis, mais qui régulent les cours et autorisent une irrigation prévisible.
        Bref, un peu de mutualisation, à la bonne échelle, et après, oui, comment éviter un tas de feedback négatif , c’est une bonne question.
        J’avoue ne pas avoir peser ma réponse longuement toutefois.

      2. @ Timiota

        Ah, mais je ne dis pas que l’agriculture doit être exclusivement ‘localiste’.

        Par contre, le bilan carbone devrait être pris en compte. Par une taxe carbone qui pénalise les innombrables délires du consumérisme : il n’est pas MORALEMENT défendable de pouvoir bouffer en décembre des asperges importées du Pérou, sachant l’impact environnemental de ce caprice. Pourquoi sacrifier l’avenir de l’humanité pour ce futile genre de satisfaction dans l’instant?

        Autrement dit, il faut rétablir l’ETHIQUE dans l’agro-alimentaire. Comme dans toute l’économie, du reste.

      3. @ M. Lambotte

        Attention tout de même avec vos sources. Novopress, c’est une officine de l’extrême-droite identitaire.

      4. Ah, c’est pour cette raison que je ne connaissais pas cette agence, prochaine fois, je me méfierai.
        Merci de me l’avoir signaler. Ceci dit, je suis d’accord avec vos propos.
        @ Vigneron
        Merci pour le filet

      1. Ça tombe bien, chaque forme de conjugaison de chaque groupe de verbe (en langue française en tout cas) se nomme depuis l’invention du terme un paradigme…
        Plus largement aussi : « ensemble des termes d’une même classe grammaticale qui peuvent être substitués l’un à l’autre ». On ne peut plus normatif donc…

    1. @Michel Lambotte
      C’est un reproche totalement justifié et qui m’a déjà été fait dans d’autres billets publiés sur ce blog. Je voudrais m’expliquer, sinon me justifier sur ce point.
      Il est possible de porter un regard extrêmement critique (pour ne pas dire lucide) sur le monde qui nous entoure, en s’appuyant non seulement sur ses lectures mais aussi sur sa propre expérience professionnelle, pourvu que l’on ne se laisse pas aveugler par le quotidien de son travail. C’est aussi ce qu’explique Paul Jorion dans son billet du jour sur « le cheminement de la pensée ». A une échelle beaucoup plus modeste, je tourne autour de l’idée de la crise depuis le milieu des années 90 et je me suis décidé à coucher sur le papier ma propre grille d’analyse avec la crise actuelle.
      Il est tout aussi possible de cerner les enjeux de demain, et d’imaginer un catalogue de mesures destinées à corriger les tendances actuelles. Un nombre (de plus en plus restreints) de partis politiques s’y emploie. Il m’arrive d’y penser et d’imaginer telle ou telle réforme mais on tourne vite au catalogue.
      Il y a une limite à cet exercice. Dans l’analyse que je fais aujourd’hui, la crise est l’expression d’un déséquilibre des rapports de forces entre les acteurs du système, déséquilibre résultant d’une évolution divergente des normes sociales implicites. Il y a un principe de réalité : la mise en œuvre d’un catalogue de réformes suppose à un moment ou à un autre l’accession au pouvoir d’un parti ou d’un groupe d’individus portant ce programme. Or ce catalogue de réformes remettrait en cause (entre autre) :
       Le rapport de force très déséquilibré entre le monde économique et le monde politique, résultant de l’élévation de la norme de profit encouragé par ce même monde politique il y a près de 30 ans (voir mon précédent billet)
       L’édification d’une norme sociale implicite qui se substituerait à la norme de consommation qui s’épuise et ne joue plus son rôle (le présent billet). Même si c’est aujourd’hui une frontière intérieure, une grande partie de la population souhaite y avoir à nouveau accès plutôt que la remettre en cause.
      Autrement dit, l’hypothétique arrivée au pouvoir devrait se réaliser sur un programme plutôt impopulaire. C’est la force des programmes politiques d’extrême droite qui s’appuient dans leurs discours sur la nostalgie de la norme de consommation antérieure.
      Imaginer un catalogue de mesures sans considérer l’arrivée au pouvoir relève d’une utopie improductive. Considérer une arrivée au pouvoir sans passer par les voix démocratiques me choque. C’est là où je bloque aujourd’hui.

      1. Mais il n’y a jamais eu de prise de pouvoir démocratique,
        au sens de sortir du cadre de domination par la bourgeoisie,
        sous la dictature du capital.
        Pas un seul exemple dans l’histoire.

        La raison est simple:
        cette dictature dispose de tous les moyens nécessaires pour se maintenir au pouvoir:
        – domination des esprits (éducation et information),
        – domination des corps (répression quotidienne, coup d’Etat et massacre)

        La démocratie ne peut commencer qu’en mettant fin à la dictature du capital,
        par tous les moyens que celle-ci imposera.
        Autant le savoir, s’organiser et se préparer lucidement.
        Et ainsi assurer « La Survie de l’Espèce »

  7. @ Michel Leis
    J’apprécie beaucoup l’analyse (qui reprend celle de votre livre en l’amplifiant).
    Me reste une petite réticence de fond sur le vocabulaire de « norme ».
    Norme évoque une barrière règlementaire, …alors qu’il s’agit ici au fond d’une « structure du désir », désir que certains qualifierons aussi sec de mimétique (GiGi), d’autres parlant d’énergie libidinale (StiegStieg) d’autres encore de conatus (SpinSpin). Cette « norme » est ce que notre cerveau a de « mieux » pour l’instant pour ne pas brasser que du bruit et s’orienter vers ce qui est déjà « signalétisé » par les autres. Google et FayceBook exploitent ce créneau là à fond, en créant des entités virtuelles de rassemblement signalétisés, et auto-signalétisées surtout dans une « infrastructure » infiniment flexible.

    Bon, je vois bien que pour « norme », j’arrive après la bataille, et qu’au fond, en l’utilisant, vous introduisez ipso facto une acception modifiée de ce mot…

    1. Dans les premières versions de mon essai, j’utilisais l’idée de « normes sociales implicites » mais c’était assez lourd dans le texte. Pris par le temps, je fais parfois dans le raccourci, c’est probablement la limite de mes écrits.

  8. Je suis également gêné par l’usage du mot normalisation, mais n’en vois pas d’autres.
    Puisque une norme peut être imposée, et de plus en règle générale, est dictée par les plus dynamiques, ou les plus puissants ? C’est vrai que le résultat est le même. La normalisation est in fine une prime aux plus puissants, que ce soit des états,des groupes ou entreprises. Le comble étant d’imposer aux autres des règles que l’on ne respecte pas soi même.
    Un semblant de dictature ?

  9. « Les clients ne sont plus prêts à surpayer ce qui vient au-delà de la simple fonction du produit. »

    En français « on va pas payer la marque, faut pas nous prendre pour des cons ».

  10. Excès de benchmarking ?
    « la référence à un modèle de réussite… » il me semble que c’est déjà très utilisé comme méthode de management : le benchmarking
    Un mélange d’observation (ou d’espionnage) des concurrents, d’adoption, usage normes et méthodes, parfois de jalousie ou prétention à faire mieux.
    J’imagine que le fait de « singer «à grande échelle et avec un objectif unique de performance, peut produire des dérives : on y est.
    C’est comme tous les outils et méthodes, ce n’est pas applicable partout. Il ne suffit pas que l’outils existe, il faut également savoir s’en servir.
    Voir les dérives du mauvais usage du benchmarking : habituellement utilisé en externe à l’entreprise, il a été dévoyé pour mettre en concurrence permanente des salariés (méthode condamnée depuis).

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