Archives par mot-clé : don

Un courrier de Jean-Claude Balbot, sur la gratuité de l’alimentation

Ouvert aux commentaires.

Je suis enchanté à l’idée que la gratuité soit non seulement portée sur l’agora mais qu’en plus elle soulève l’enthousiasme. Depuis 2012 je bosse la question de l’aide alimentaire et de ce qu’elle signifie  pour les producteurs et pour les consommateurs ; du ressentiment grandissant que provoque cette activité. Je suis depuis longtemps aux premières loges pour voir comment les « aides » versées aux agriculteurs pour contrebalancer la faiblesse des revenus est intégralement captée par les satellites : consommations intermédiaires, banques et autres complices du complexe agro-industriel. Ce sont des sommes faramineuses, dont la fonction essentielle semble être de maintenir le prix (et le revenu) au seuil de survie du vendeur.

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Échange de réciprocité et échange réciproque, par Dominique Temple

Billet invité.

Si je perçois le besoin d’autrui, et prends l’initiative de le satisfaire, et que l’autre en fasse autant, on peut dire qu’il y a réciprocité. La raison en est donnée a posteriori par le fait que la réciprocité crée une valeur nouvelle. Le produit de l’action réalisée l’un pour l’autre dans cette structure de face à face, est une valeur commune, la philia.

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« La gratuité de l’indispensable » * , par Alain Adriaens

Billet invité.

Si une allocation universelle, dans une de ses versions de gauche, était mise en œuvre, cela amènerait très probablement une grande avancée sociale et une modification profonde des rapports de force au sein d’une société industrielle dite avancée. Cependant, la réalisation d’un tel bouleversement devrait franchir bien des obstacles avant se voir concrétiser : freins psychologiques, mise en cause d’intérêts égoïstes, mutations de la fiscalité rendant le système finançable.

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La réciprocité ternaire généralisée et le marché de réciprocité. La leçon de Tamati Ranaipiri, par Dominique Temple

Billet invité.

Marcel Mauss (1872 – 1950) souligne à quel point dans les sociétés archaïques les faits dénoncent l’interprétation occidentale de leurs prestations économiques : exemple, Franz Boas (1858 – 1942) interprète le potlatch en termes de capital, d’intérêt, de prêt, de plus-value. Or, il suffit de remplacer l’idée « d’accumuler » par celle de « donner » pour créer une dialectique inverse de celle de l’économie capitaliste. Boas ne le voit pas et ne peut l’imaginer. Continuer la lecture de La réciprocité ternaire généralisée et le marché de réciprocité. La leçon de Tamati Ranaipiri, par Dominique Temple

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Dominique Temple et Mireille Chabal, La réciprocité et la naissance des valeurs humaines (III) L’échange contre le don

Billet invité. Troisième partie d’un résumé par Madeleine Théodore du livre de Dominique Temple et Mireille Chabal, La réciprocité et la naissance des valeurs humaines, Paris : L’Harmattan, 1995.

Karl Polanyi (1886 – 1964) définit trois formes d’intégration économique : la réciprocité, la redistribution et l’échange. Les deux premières sont caractérisées par une structure de symétrie, bilatérale pour l’une, centrée pour l’autre. Continuer la lecture de Dominique Temple et Mireille Chabal, La réciprocité et la naissance des valeurs humaines (III) L’échange contre le don

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Essai critique sur le “Commun” * (II) Communauté et cité, par Dominique Temple

Billet invité.

* à partir de l’ouvrage  de Pierre Dardot et Christian Laval « Commun. Essai sur la Révolution du XXIe siècle »

Chapitre II

Communauté et cité

Comment s’effectue le passage entre la réciprocité donnée par la nature dans la communauté d’origine, la communauté de parenté, et la réciprocité voulue par la raison pour créer la cité ?

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 3 FÉVRIER 2012

Un monde qui craque à chacune de ses coutures

Profit vs. Gratuité / Don
Le MAUSS
Marcel Mauss (1872-1950)
Le capitalisme à l’agonie (2011)
La guerre civile numérique (2011)

La même sur YouTube

Illustration de Sébastien Marcy

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LE MONDE ÉCONOMIE, « e-G8 : un monde nouveau, sosie de l’ancien », lundi 6 juin 2011

« Sans les réseaux, Internet n’est rien … Internet n’est pas qu’une question de libertés, c’est une question d’argent ». Quand ces paroles sans ambiguïté furent prononcées par Stéphane Richard, patron d’Orange, l’un des principaux sponsors de l’e-G8 qui s’est tenu à Paris les 24 et 25 mai, un soupir d’aise s’exhala des chaumières de France et de Navarre : le débat relatif aux libertés sur l’Internet, dont Bernard Kouchner aurait voulu faire le thème central de cet e-G8, était bien remis à plus tard, tandis que le cours inexorable de sa marchandisation se poursuivait lui sans encombre.

Lawrence Lessig, professeur de droit à Harvard, l’un des rares invités à cet événement appartenant à la société civile, ironisa sur la philosophie sous-jacente à la tenue de l’e-G8 : « Je n’ai que de vagues souvenirs de la philosophie, dit-il, mais j’imagine mal un philosophe français affirmant : « Demandons au monde des affaires de définir la politique de l’État » », et d’ajouter cruellement : « Nous avons récemment tenté l’expérience aux États-Unis en matière de finance, et l’on ne peut pas parler d’un franc succès ».

Une chape de plomb est tombée sur l’Internet lors de ces comices agricoles que fut l’e-G8. Sa première composante est celle de la marchandisation. La seconde, se lisait dans le rapport final du G8 qui – pour respecter la tradition – circulait avant même que les festivités ne commencent : la chape de plomb du maintien de l’ordre, déjà lisible en clair ou en filigrane dans certains législations nationales, et en France en particulier, dans LOPPSI et HADOPI 2. Aucun des prétextes invoqués ne manque bien entendu de dimension éthique et ce sont les mêmes qui justifient partout la mise en place d’une surveillance globale : la lutte contre le terrorisme et la protection de l’enfance, comme si celles-ci justifiaient en soi la mise en place d’un système d’espionnage généralisé des citoyens par leurs gouvernements.

John Perry Barlow, l’un des fondateurs en 1990 de l’EFF, l’Electronic Frontier Foundation, le syndicat américain des utilisateurs de l’internet, l’une des rares personnalités présentes à l’e-G8 à défendre des valeurs qui ne se traduisent pas immédiatement par un prix, évoqua une autre justification à l’appareil répressif proposé : la propriété intellectuelle, qu’il caractérisa à juste titre comme une notion distincte de celle du « droit d’auteur » : comme un brevet pris par une société commerciale sur la pensée de quelqu’un qui ne récoltera, lui ou elle, in fine que des miettes des sommes récoltées.

Point commun entre ces volontés diverses d’enserrer l’internet dans un carcan juridique destiné à maintenir l’ordre commercial des marges bénéficiaires substantielles et l’ordre plus prosaïquement policier : la peur devant ce que l’Internet représente désormais. Ses capacités, d’une part, à imposer la gratuité et le don comme les formes par défaut du rapport social, et d’autre part, à balayer en quelques semaines des régimes politiques où, comme l’e-G8 l’illustre si bien, la direction de l’État a été confiée au monde des affaires, licites ou illicites.

La communauté des internautes n’est heureusement pas désarmée devant de tels diktats, du moins sa composante que la programmation n’intimide pas. Ici aussi, c’est Barlow – on n’en attend pas moins du parolier du groupe The Grateful Dead – qui a le dernier mot, lui qui eut un jour l’occasion de dire : « La communauté Internet traite toute tentative de mise au pas comme une simple avarie qu’il s’agit banalement de contourner ».

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Bénédicte a traduit cette chronique sur le blog en anglais.

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Une alternative au « plus fort, plus loin et plus haut », par Didier

Billet invité.

Nous avons un système basé sur la science la plus pure impliquant naturellement les inégalités, l’exclusion et les rapports de force. Ce système est une tentative extraordinaire de maîtriser les conséquences de nos actes et présente d’importants succès.

Nous sommes humains. Nos actes dépassent toujours notre savoir. Nos capacités sont toujours en dessous des conséquences de nos actes. Ce n’est pas le désir de maîtriser ce problème qui manque. Nous ne pouvons pas le faire.

Alors, que faire ?

La réponse actuelle ressemble à une fuite en avant. Le système est appliqué plus fort, plus loin et plus haut. Vu sa place dans les relations humaines, il va exclure de plus en plus de gens, créer de plus en plus d’inégalités, devenir de plus en plus dur et insensible. Il ne peut pas faire autrement. L’appliquer plus fort quand il vous a bien servi est la seule chose qui vous vient à l’esprit. Nous sommes également engagés dans des structures extrêmement lourdes et produites par ce système. Sans lui, ces structures (que faut-il pour construire l’ordinateur que j’utilise ?) implosent. Nous serions alors vraiment mal.

Il nous faut une ou des alternatives.

La première idée est dans la philosophie de la connaissance. Admettre que notre savoir est incertain et limité nous rendrait beaucoup plus modestes dans nos ambitions. Il deviendrait au moins présomptueux de se baser sur l’hypothèse des marchés efficients pour agir. Le nucléaire serait au stade expérimental. Nous serions encore en pleine discussion sur les avantages et les inconvénients de l’euro. Il ne serait pas adopté. Nous n’aurions pas la crise actuelle. Nous n’aurions pas le problème de savoir si le réchauffement climatique est anthropique. Nous n’aurions pas cette idée de la réalité créée qui nous mène facilement au complotisme. Nous n’aurions pas notre monde. Beaucoup de ses « avancées » seraient restées lettres mortes.

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« Vous le méritez ! »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Mes amis du MAUSS se posent en ce moment la question : « Peut-on se faire un don à soi-même ? » J’ai fait la petite remarque suivante, que m’a inspiré ma familiarité avec le crédit à la consommation aux États-Unis.

L’éventualité de se faire un don à soi-même sous-tend la publicité entourant le crédit à la consommation aux États-Unis. L’argumentation est du type suivant : votre niveau de rémunération ne correspond pas à ce que vous méritez « objectivement ». L’industrie du crédit, dans sa très grande générosité, vous permet de restaurer l’équité en vous permettant de vivre au niveau de vie qui correspond à votre « mérite objectif » (« objectif » aux yeux de Dieu bien entendu). « Empruntez : faites-vous ce cadeau à vous-même ! » – qui rétablira l’identité entre le monde sensible (imparfait et injuste) et la Réalité-objective (idéale et juste) – « L’industrie du crédit est là pour jouer ce rôle de catalyseur ».

Les publicités de ce type (ainsi que les boniments des démarcheurs qui vous téléphonent à l’heure du dîner) contiennent toujours la phrase : « You deserve it ! » (Vous le méritez !) suivi d’un nombre indéfini de points d’exclamation. La faiblesse humaine – s’inscrivant dans le calvinisme ambiant – fait que chacun écoute aussitôt avec attention.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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