Archives par mot-clé : énergie nucléaire

Les considérations « purement techniques » ou « Comment on nous prend pour des imbéciles »

Ouvert aux commentaires.

La complexité croissante de notre monde permet qu’on nous prenne en haut-lieu de plus en plus pour des imbéciles – en toute impunité – en présentant des choix idéologiques majeurs comme de « simples ajustements techniques », dont des bureaucrates bienveillants auront l’amabilité de s’occuper pour nous, nous permettant ainsi de regarder le foot en toute quiétude.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 24 OCTOBRE 2014 – (retranscription)

Le temps qu’il fait le 24 octobre 2014. Merci à Olivier Brouwer pour la retranscription.

Bonjour, nous sommes le vendredi 24 octobre 2014. Et ce dont je voudrais vous parler, c’est de mon intervention, hier, sur Euronews. Le fait que j’étais en studio avec madame Audrey Tilve, à commenter l’arrivée des participants au sommet européen.

Et alors, c’est un peu, pour quelqu’un comme moi qui pose un regard critique sur la manière dont on envisage les choses, c’est un petit peu casse-gueule, parce que les questions qu’on vous pose, c’est par exemple, voilà : « Ils veulent se mettre d’accord sur une diminution de 40 % d’émissions de CO2 d’ici 2025, est-ce que vous croyez qu’il serait possible de se mettre d’accord sur un compromis à 37 % ? »

Et alors là, vous êtes obligé d’avoir l’air de pas jouer le jeu, puisque vous répondez d’emblée en disant : « Eh bien écoutez, j’aimerais qu’on me prouve d’abord qu’une diminution de 40 % assurerait la survie de l’espèce à la surface de la planète. » Alors là, on vous regarde en se disant : « Bon, est-ce qu’il va jouer le jeu ou est-ce qu’il ne va pas jouer le jeu ? »

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Corinne Lepage : « La vérité sur le nucléaire, le choix interdit » (Albin Michel 2011), par François Leclerc

Billet invité.

En 230 pages alertes, Corinne Lepage nous fait partager ce que l’on pourrait qualifier de désinvolture du nucléaire, tournant sur son grill toutes les faces de son sujet, en particulier sous l’angle financier. Sans doute le plus intéressant provient de son expérience gouvernementale, en tant que ministre de l’environnement, qui lui a donné accès à l’envers du décor. On ne dira jamais assez comment les transfuges peuvent être passionnants ! Avec toutefois le regret qu’elle ne nous en dise pas plus sur sa propre expérience.

Le chapitre intitulé « une industrie hors normes » est à cet égard particulièrement éclairant, qui décrit l’exception nucléaire sous l’angle de l’environnement privilégié dont elle bénéficie, de l’Organisation mondiale de la santé à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ces deux agences de l’ONU, à l’Euratom européenne. Ainsi que des multiples conditions dérogatoires du droit commun qui lui ont été accordées.

Une suite est réclamée, qui partirait de la constatation de Corinne Lepage qu’il s’agit d’un choix de société pour élargir son propos. La culture du secret et de la défiance qu’elle met en évidence et dénonce, n’étant comme on sait pas propre à l’électro-nucléaire, qui a su si bien la cultiver.

Une première approche du complexe électro-nucléaire nous est livrée, qui contribue à la description du système oligarchique de pouvoir.

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QUE FAIRE ?, par écodouble

Billet invité.

Il faut d’abord augmenter beaucoup le prix de toutes les énergies !

Ensuite faire en 10 ans le travail de restauration de l’habitat (c’est un des Grands Travaux qui permettraient la mise en place de l’économie écologique, celle que j’appelle écodouble : au double effet économique), limiter les transports grâce au télétravail, relocaliser les productions (l’économie d’échelle n’est pas toujours valable pour les choses vitales), arrêter de terrasser en grand, arrêter de construire des trucs qui n’ont d’utilité que dans le monde du pétrole (les autoroutes, les routes, les aménagements urbains étalés ou seulement destinés à la voiture, les aéroports, les TGV, les grands viaducs qui vieillissent mal, …).

Nous gagnerions beaucoup d’économies de pétrole en adoptant l’agroécologie, en arrêtant donc les pesticides et les OGM de l’agro-industrie.

Pour la pêche, il faut faire des récifs artificiels partout (et bien étudiés ces récifs ! ingénieurs, écologues et spécialistes des courants marins en équipe).

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PROPOS INDECENTS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Pourquoi « propos indécents » ? Parce que les ministres français de la défense et de l’écologie ont dit tous deux qu’il serait indécent de prendre prétexte de la situation actuelle d’alerte au Japon pour reposer la question de l’atome civil, à savoir la production d’électricité à partir de centrales nucléaires. Cette invocation de l’indécence là où elle n’a rien à faire est en soi significative : elle appartient à la même famille de réactions épidermiques que la montée au créneau de deux ministres français en réponse à la suggestion de M. Éric Cantona que si l’on veut faire passer un message aux personnes qui nous dirigent sur la manière dont elles le font à notre grande insatisfaction, il faudrait retirer notre argent des banques. Autrement dit, cette réaction excessive attire notre attention sur le fait qu’en plus des sujets évidents dont relève l’actualité, des questions de gros sous viennent quelque part s’y greffer.

Faut-il attendre le dépôt d’un rapport circonstancié contresigné par divers experts avant d’émettre une opinion ? Faut-il attendre de connaître la gravité globale in fine de ce qui est en train de se passer au Japon avant d’émettre une opinion ? Autrement dit, est-il nécessaire de savoir s’il y aura aussi du plutonium relâché dans l’atmosphère ? Est-il nécessaire de savoir combien de personnes auront été irradiées d’ici quelques années ? La réponse à toutes ces questions est « Non ». Pourquoi « Non » ? Parce que le problème est connu : la planète en question, et ses plaques tectoniques, est connue, de même que la domestication – très relative, comme on vient de le constater – de l’atome par nous.

Pourquoi en parler maintenant ? Parce que tout moment est bon, le sujet étant crucial. Pourquoi ne pas en avoir parlé avant ? Parce qu’hélas, et c’est bien sûr difficile à imaginer, notre monde humain est agencé de telle manière après quelques millénaires d’efforts soutenus de la part de notre espèce qu’il y a en permanence une multitude de problèmes qu’il apparaît encore plus urgent de résoudre. C’est dire !

Alors, comment formuler, sinon LA question, parce que de multiples questions sont soulevées, du moins un aspect important de la question ? La manière traditionnelle de formuler la question que j’essaie de traiter, est celle-ci : « Quel risque prenons-nous en utilisant une technique que l’on sait dangereuse, et ce risque est-il raisonnable dans un contexte global où n’existent pas seulement des risques mais aussi des conséquences bénéfiques ? » Ma réponse à cela, et c’est une réponse qui bénéficie de l’expérience que j’ai acquise en finance, et plus particulièrement dans le secteur de la titrisation des crédits hypothécaires subprimes, c’est que nous savons comment décrire, définir un risque, mais que toutes nos tentatives d’assigner une probabilité à un risque sont vaines, et que par conséquent, tout calcul du type :

sinistre éventuel multiplié par la probabilité qu’il ait lieu, égale tant,

n’a aucun sens parce que nous n’avons pas la moindre idée comment calculer une telle probabilité. Et je précise, avant d’aller plus loin, que par « sinistre », il ne faut pas entendre, comme on a pris l’habitude de le faire aujourd’hui, une somme d’argent, mais dans ce cas-ci, un désastre humain, comme cette femme que l’on voit ce soir en première page du journal Le Monde, assise à même le sol, en train de pleurer, devant un paysage que l’on appelle « de désolation » parce qu’on ne dispose pas des mots qu’il faudrait.

Bien sûr, cela ne nous a jamais empêché de calculer ces probabilités de sinistres à partir de données historiques, et nous n’avons jamais hésité à dire qu’un événement n’aura lieu qu’une fois sur un milliard d’années à partir de données récoltées sur une période de dix ans. Et bien sûr, même un événement qui n’aura lieu qu’une fois sur un milliard d’années peut très bien se passer dans l’heure qui vient, mais en plus, et comme on a pu le constater : un événement qui ne devrait avoir lieu qu’une fois sur un milliard d’années se passe en réalité tous les cent ans, non seulement parce qu’on préfère toujours supposer que le hasard prend la forme domestiquée de la courbe normale – fait sur lequel a longuement insisté M. Nassim Nicolas Taleb – mais aussi parce que les distributions statistiques des faits qui font intervenir des êtres humains ne sont pas stables, et ceci, parce que, dans le meilleur des cas nous avons la faculté de nous adapter, et dans le pire de cas, nous commettons des erreurs, parfois de bonne foi mais le plus souvent parce que nous prenons des raccourcis pour faire des économies de bouts de chandelle, ou plus simplement pour exercer la cupidité qui caractérise certains individus de notre espèce.

On parle ce soir de désastre qui se situera probablement entre Three Mile Island et Tchernobyl et même si ce genre de mesure avait un sens quelconque, rien ne nous garantit encore que nous ne nous tromperons pas une fois encore car le fait est que nous n’avons pas la capacité de mesurer ce genre de risque.

Bien sûr, ce que je dis là n’arrange pas nos affaires, et tout particulièrement dans le contexte actuel de sources d’énergie fossile déclinantes, mais on ne pourra pas se voiler la face indéfiniment, et il nous faudra faire un jour le constat que la seule énergie digne de ce nom est renouvelable, neutre du point de vue de l’environnement, et propriété commune de l’humanité. Ce jour devrait être aujourd’hui, par respect pour le peuple japonais et les épreuves qu’il traverse en raison d’une part de la manière dont est faite notre planète, mais aussi d’autre part en raison de ce que nous avons fait de celle-ci jusqu’ici.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction sur support numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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