PROPOS INDECENTS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Pourquoi « propos indécents » ? Parce que les ministres français de la défense et de l’écologie ont dit tous deux qu’il serait indécent de prendre prétexte de la situation actuelle d’alerte au Japon pour reposer la question de l’atome civil, à savoir la production d’électricité à partir de centrales nucléaires. Cette invocation de l’indécence là où elle n’a rien à faire est en soi significative : elle appartient à la même famille de réactions épidermiques que la montée au créneau de deux ministres français en réponse à la suggestion de M. Éric Cantona que si l’on veut faire passer un message aux personnes qui nous dirigent sur la manière dont elles le font à notre grande insatisfaction, il faudrait retirer notre argent des banques. Autrement dit, cette réaction excessive attire notre attention sur le fait qu’en plus des sujets évidents dont relève l’actualité, des questions de gros sous viennent quelque part s’y greffer.

Faut-il attendre le dépôt d’un rapport circonstancié contresigné par divers experts avant d’émettre une opinion ? Faut-il attendre de connaître la gravité globale in fine de ce qui est en train de se passer au Japon avant d’émettre une opinion ? Autrement dit, est-il nécessaire de savoir s’il y aura aussi du plutonium relâché dans l’atmosphère ? Est-il nécessaire de savoir combien de personnes auront été irradiées d’ici quelques années ? La réponse à toutes ces questions est « Non ». Pourquoi « Non » ? Parce que le problème est connu : la planète en question, et ses plaques tectoniques, est connue, de même que la domestication – très relative, comme on vient de le constater – de l’atome par nous.

Pourquoi en parler maintenant ? Parce que tout moment est bon, le sujet étant crucial. Pourquoi ne pas en avoir parlé avant ? Parce qu’hélas, et c’est bien sûr difficile à imaginer, notre monde humain est agencé de telle manière après quelques millénaires d’efforts soutenus de la part de notre espèce qu’il y a en permanence une multitude de problèmes qu’il apparaît encore plus urgent de résoudre. C’est dire !

Alors, comment formuler, sinon LA question, parce que de multiples questions sont soulevées, du moins un aspect important de la question ? La manière traditionnelle de formuler la question que j’essaie de traiter, est celle-ci : « Quel risque prenons-nous en utilisant une technique que l’on sait dangereuse, et ce risque est-il raisonnable dans un contexte global où n’existent pas seulement des risques mais aussi des conséquences bénéfiques ? » Ma réponse à cela, et c’est une réponse qui bénéficie de l’expérience que j’ai acquise en finance, et plus particulièrement dans le secteur de la titrisation des crédits hypothécaires subprimes, c’est que nous savons comment décrire, définir un risque, mais que toutes nos tentatives d’assigner une probabilité à un risque sont vaines, et que par conséquent, tout calcul du type :

sinistre éventuel multiplié par la probabilité qu’il ait lieu, égale tant,

n’a aucun sens parce que nous n’avons pas la moindre idée comment calculer une telle probabilité. Et je précise, avant d’aller plus loin, que par « sinistre », il ne faut pas entendre, comme on a pris l’habitude de le faire aujourd’hui, une somme d’argent, mais dans ce cas-ci, un désastre humain, comme cette femme que l’on voit ce soir en première page du journal Le Monde, assise à même le sol, en train de pleurer, devant un paysage que l’on appelle « de désolation » parce qu’on ne dispose pas des mots qu’il faudrait.

Bien sûr, cela ne nous a jamais empêché de calculer ces probabilités de sinistres à partir de données historiques, et nous n’avons jamais hésité à dire qu’un événement n’aura lieu qu’une fois sur un milliard d’années à partir de données récoltées sur une période de dix ans. Et bien sûr, même un événement qui n’aura lieu qu’une fois sur un milliard d’années peut très bien se passer dans l’heure qui vient, mais en plus, et comme on a pu le constater : un événement qui ne devrait avoir lieu qu’une fois sur un milliard d’années se passe en réalité tous les cent ans, non seulement parce qu’on préfère toujours supposer que le hasard prend la forme domestiquée de la courbe normale – fait sur lequel a longuement insisté M. Nassim Nicolas Taleb – mais aussi parce que les distributions statistiques des faits qui font intervenir des êtres humains ne sont pas stables, et ceci, parce que, dans le meilleur des cas nous avons la faculté de nous adapter, et dans le pire de cas, nous commettons des erreurs, parfois de bonne foi mais le plus souvent parce que nous prenons des raccourcis pour faire des économies de bouts de chandelle, ou plus simplement pour exercer la cupidité qui caractérise certains individus de notre espèce.

On parle ce soir de désastre qui se situera probablement entre Three Mile Island et Tchernobyl et même si ce genre de mesure avait un sens quelconque, rien ne nous garantit encore que nous ne nous tromperons pas une fois encore car le fait est que nous n’avons pas la capacité de mesurer ce genre de risque.

Bien sûr, ce que je dis là n’arrange pas nos affaires, et tout particulièrement dans le contexte actuel de sources d’énergie fossile déclinantes, mais on ne pourra pas se voiler la face indéfiniment, et il nous faudra faire un jour le constat que la seule énergie digne de ce nom est renouvelable, neutre du point de vue de l’environnement, et propriété commune de l’humanité. Ce jour devrait être aujourd’hui, par respect pour le peuple japonais et les épreuves qu’il traverse en raison d’une part de la manière dont est faite notre planète, mais aussi d’autre part en raison de ce que nous avons fait de celle-ci jusqu’ici.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction sur support numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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297 réflexions sur « PROPOS INDECENTS »

  1. J’aime bien cette définition ministérielle de l’indécence. Si je l’ai bien comprise, il y a indécence quand un événement contredisant leur vision du monde survient et qu’on en tire un argument pour dire que leur vision du monde est discutable.

    Je concède une chose. Si ma vision de ce monde colle, ces gens vivent dans un modèle cohérent servant de réalité. Un accroc à leur réalité doit être traumatisant. Leur dire que cet accroc contredit leur réalité devient quelque chose qui s’apparente à un abus de pouvoir, à frapper un adversaire à terre ou en position de faiblesse. Vu sous cet angle (qui n’est pas le mien), il y a indécence.

    Le problème serait donc à chercher du côté de la vision de la réalité. Leur vision ne tolère pas la contradiction, l’accroc, l’incohérence. Ce genre d’accident provoque (au cas où ma vision de leur réalité est bonne) un désarroi intense et très profond. Ils sont l’élite et ne savent pas que faire avec ça. La méthode la plus simple pour le traiter est le déni et le temps. Ne faisant pas partie de la réalité, cet accident reste extérieur à cette vision du monde. Il peut être nié. C’est de l’exclusion. Cela le met dans une position parfaite pour être oublié. Il n’entre pas dans la réalité donc il ne peut pas faire partie de la mémoire. Après un petit moment, cet événement ne compte plus.

    Parler d’un accroc à cette réalité perturbe le cours « normal » des choses. Pour pouvoir en parler, il doit être de la taille d’une centrale nucléaire qui explose. En dessous, il est invisible. Insister sur une rupture de la « normalité » est alors indécent.

    Cela me laisse rêveur sur l’énormité de l’indifférence à laquelle tout ce qui ne fait pas partie de la réalité est soumis. Cela me laisse rêveur sur l’indifférence et l’exclusion de tout ce qui n’entre pas dans le « modèle » ou le « système ».

    1. J’aime bien cette définition ministérielle de l’indécence. Si je l’ai bien comprise, il y a indécence quand un événement contredisant leur vision du monde survient et qu’on en tire un argument pour dire que leur vision du monde est discutable.

      nous sommes bien dans le monde de l’envers, lorsque d’indécents sinistres parlent d’indécence !
      il faudra donc tout inverser…à commencer par la com°. , les éléments de langage et autre langue « boisée » …
      un pas à franchir pour accéder à une certaine cohérence.

  2. D’autres propos indécents :

    Au cours de cette émission d’une heure aux scènes savamment construites, Dominique Strauss-Kahn évoquait la situation grecque avec un franc-parler certain, et probablement destiné à mettre en avant sa franchise. Le directeur du FMI expliquait (en parlant des grecs) :

    « La réalité, c’est que ces gens-là, ils sont dans la merde. Et y sont gravement. Ils ont beaucoup bricolé, ils savent très bien qu’ils ne paient pas d’impôts, que c’est un sport national de ne pas payer d’impôts en Grèce, que ça truande un maximum. »

    (Le Monde)

    Et les multinationales et autres entreprisses du CAC 40, elles paient beaucoup d’impôts ?!
    AUX JO de la fraude fiscale elles raflent toutes les médailles d’or.

    1. Pierre-Yves,

      En même temps il est directeur du Front Monétaire International ! Que voulûtes-vous qu’il eût dit !? Il est là pour entretenir le lien.

      « Voici le pain descendu du ciel; il n’est pas comme celui qu’ont mangé les pères et ils sont morts ; qui mange ce pain vivra à jamais. » (Jésus selon Jean, DSK selon Fab, Hailé sélassié selon Bob)

      Lequel est le plus croyant, le plus indécent : celui qui dit ou celui qui fait ?

      Que j’aime ces peuples jeunes et noirs qui n’ont jamais eu l’indécence ni l’indiscrétion de nous envoyer des religieux nègres ou chinois pour nous convertir à leur dieux.

      Maurice Sachs

      Celui qui dit et celui qui fait ont la même croyance, sinon ça ne marcherait pas ! Ce que vous reprochez à DSK, nous devons nous le reprocher. Ce qui n’empêche pas d’y croire. Ce qui est indécent surtout c’est que cette croyance s’impose comme une tyrannie. La première règle de bienséance, d’humanisme, est de contenir sa croyance dans le cercle des croyants, et non pas de l’imposer : sinon c’est un détournement de croyance, c’est nier la croyance de l’autre, son existence. La tyrannie de la société marchande qui s’est développée en société de consommation sous l’empire du capitalisme impose sa croyance que l’activité marchande est la seule valable. Elle tente même de nous démontrer qu’elle est la seule possible ! Nous sommes quelques milliards qui ne vivons que pour consommer, et après on s’étonne que c’est le bordel !

      Youhou ! Avant les peuples se posaient les mêmes questions vis à vis des églises et de leurs représentants : « Est-ce qu’y nous prendraient-y pas pour des cons à nous faire bosser pour Dieu sous prétexte qu’on y croit ? »

      Non vraiment, cette apathie générale commence à m’inquiéter sérieusement :

      – « Ouais ! Le nucléaire (la finance, le salariat, …) c’est pas bon, le nucléaire (la finance, le salariat, …) dégage ! Tout ça. »

      – « Oui, mais là ça va pas être possible : il faut relancer la consommation ! Il faut que les gens consomment pour qu’ils puissent produire, travailler ! Non, pardon : il faut que les gens travaillent pour qu’ils puissent consommer ! … Quoi ? C’est pareil ? »

      –  » Pff ! J’sais pasJ’sais pasJ’sais pas … Dans le doute on va continuer, mais faites gaffe ! »

      – « Oui oui, promis ! »

      – « Parce que, que ça arrive aux Japs c’est une chose, c’est pas faute de les avoir avertis, mais que ça nous arrive à nous qu’on y croit, ça non ! »

      Tchô

      1. Fab,

        Ne feignez pas de croire que je ne sais pas tout cela.
        Bien sûr que la relance keynésienne par la consommation cela ne fait pas un projet de civilisation.
        Je crois que personne sur ce blog, mis à part quelques trolls, ne l’affirme.
        En l’occurrence il s’agit simplement de pointer l’absurdité de ces raisonnements qui continuent de tourner dans un cadre intellectuel ancien en montrant la contradiction qu’il y a à vouloir à la fois la croissance avec des règles du jeu inchangées et la fin de la crise. Le but, ici, dans la critique de DSK et d’autres, n’est pas de réclamer la poursuite de la société de consommation, mais de sortir du cadre intellectuel qui en est un des fondements.

      2. Pierre-Yves,

        J’avais compris. Vous parlez de cadre : critiquer ces propos de DSK peut laisser penser que d’autres propos émanant du FMI ont pu ou peuvent être décents. Comment le FMI peut-il gérer un excédent de monnaie et être décent ? La monnaie est excédentaire et elle n’est pas là où il faut. C’est ce moteur du capitalisme que le FMI entretient : la monnaie est créée par le salariat avant l’échange, pour l’imposer : elle est excédentaire ; cet excédent doit disparaître pour que le salariat puisse continuer de s’imposer : les ponctions sont nombreuses.

        L’échange imposé via la monnaie est l’unique lien entre les hommes. Celui qui ne veut pas échanger ou qui ne veut pas d’un échange monétisé ne le peut que de manière marginale. Les valeurs autres que l’échange monétisé sont tues : elles dérangent la mécanique, elles représentent pour elle un danger vital. C’est à l’élimination de ce danger que s’appliquent le FMI et d’autres. La monnaie ne devrait être créée que si l’échange monétisé est voulu. À ce moment c’est le travail qui va créer la monnaie nécessaire à l’échange. Le travail comme taxe à la consommation : la monnaie devient une taxe à la consommation. Les poissons applaudissent, les arbres respirent et les mésanges chantent de nouveau.

        C’est démocratique en plus : celui qui veut consommer le peut. Il paye, mais il peut…pas comme aujourd’hui où celui qui ne veut pas consommer ne le peut pas, sauf à donner son argent. L’échange devient multi-valeurs : le dialogue, la démocratie, l’amitié, …, et non plus limité à la seule valeur monétaire imposée.

        Ce que Paul décrit comme les causes de l’agonie du capitalisme ne sont en fait que des signes de cette agonie. Notre civilisation est marchande : l’échange monétisé imposé – aujourd’hui par le salariat- comme unique valeur. Ce sont les tensions résultant des contraintes nécessaires à la survie du système que nous pouvons observer. Mais ce qui est en crise, c’est la croyance à cette valeur unique. Nous avons tué Dieu : ce n’était qu’une étape. Il nous faut maintenant faire renaître l’homme comme un être conscient…de ses possibilités et des valeurs qu’il se doit de verbaliser afin de les promouvoir, les partager, voire les échanger.

        Le chemin est long. Je préférerais qu’il s’initie uniquement par le dialogue, aussi une manière de le provoquer est la verbalisation haut et fort de propositions comme le bancor spécial « commandé » à Pierre ou le bulletin de candidature que chacun peut s’approprier.

        Bonne soirée

      3. Fab,

        Le cadre intellectuel auquel je fais référence c’est celui qui envisage l’économie du point de vue de la civilisation selon une conception elle-même philosophique, ce qui replace les questions économiques à leur juste place, c’est à dire une place subordonnée, où effectivement il existe un fondement éthique de la valeur, qui ne doit pas être confondu avec la valeur monétaire. Cet aspect éthique s’exprime par le dialogue lequel se trouve être la ressource première de la démocratie. Nous sommes donc d’accord.

        Mais alors, du fait même que s’expriment des valeurs aussi bien dans le cas où nous trouvons de grands mérites au système monétaire que dans le cas où nous y voyons au contraire la source d’un grand mal, il faut bien tirer la conclusion logique que le dialogue a précisément pour but de départager les deux positions à l’issue d’une confrontation puis d’une délibération qui peut d’ailleurs se faire selon les modalités d’une démocratie représentative que celles d’une démocratie directe. Le dialogue n’est donc qu’une étape du processus démocratique. Même dans le cas d’une démocratie directe, il faut toujours arriver à un moment où une décision doit être prise car les humains ne vivent pas seulement de dialogue. Un terrain commun doit être trouvé.
        Ce qui suppose une norme qui permette de définir les conditions à partir desquelles la décision pourra être considérée comme légitime, du point de vue collectif. Tantôt la norme est préalable à la prise de décision, tantôt elle s’impose à la faveur d’une mobilisation sociale voire révolutionnaire.

        Pour la suite du raisonnement, où il est justement question du rôle de la norme en démocratie, je reprends une réponse (jamais postée) qui objectait à un de vos précédents commentaires. Ce commentaire était le suivant :

        le mal n’a pas sa place dans une société harmonieuse, une démocratie : les normes sont démocratiques.

        C’est bien là que se trouve notre divergence fondamentale par delà notre commune aspiration à un monde meilleur.
        IL n’y a pas de place dans votre pensée pour la pensée du négatif. J’essaie quant à moi de trouver une voie médiane, dialectique, entre une pensée du négatif et pensée positive cette dernière incluant une capacité d »invention propre aux humains et aux sociétés à même de faire reculer les limites du négatif connu sans que ces limites ne disparaissent pour autant.

        La société harmonieuse ne peut qu’être un idéal, un horizon, si l’on considère le caractère perfectible de l’humanité. Vous reprenez ici à votre compte la notion de norme mais vous la videz de sa substance en l’assimilant à ce qui serait la démocratie réalisée. Car pour exister, une norme ne peut avoir de sens que si elle se distingue de ceux auxquels elle est destinée, c’est à dire tous ceux qui appartiennent à la communauté politique. Une norme que l’on ne puisse transgresser n’est plus une norme, c’est seulement le mode opératoire d’un certain ordre immanent.
        Une « norme » qui serait réduite à n’être que l’émanation d’un certain mode de vie qu’on pourra appeler démocratique ne serait plus pensée, donc serait par définition incontestée ; tout un chacun produisant alors en quelque sorte de la norme comme monsieur Jourdain fait de la prose sans le savoir. Il apparaît donc que la norme qui se confondrait avec la démocratie réalisée est la négation même de la démocratie vivante.

        La vie démocratique dans sa signification la plus essentielle c’est l’action, le discours par lesquels les pouvoirs constitués, les divisions sociales sont questionnés, voire remis en cause, quand une nécessité, celle que peut éprouver, ressentir, n’importe qui d’entre nous, entend vérifier une égalité là où il n’y avait que fait accompli résultant d’un rapport de force.
        La vie démocratique selon cette perspective n’est donc pas non plus le moyen de prendre possession d’un pouvoir sur les hommes.

        A son acmé, quand elle se rapporte au devenir de l’humanité considérée dans son ensemble, la vie démocratique débouche sur l’invention de nouvelles normes, qui ont alors pour but de redéfinir les conditions de la vie démocratique. Ainsi aujourd’hui il devient vital de faire entrer l’économie dans le domaine de la moralité, dans la mesure où l’économie n’est aujourd’hui appréhendée qu’en termes d’opérations et non pas comme il conviendrait, d’actions, ces dernières relevant du jugement moral impliquant le choix de fins et de moyens.

        Or, penser qu’il puisse exister une société harmonieuse où par définition la norme démocratique est par définition idéale, c’est nier que puissent exister, dans le cadre démocratique même des rapports humains désavantageux, problématiques, autrement dit c’est nier l’existence du rapport de force ou, pour reprendre une notion que vous employez, c’est nier l’existence du mal dont je tiens qu’il ne peut disparaître caractère puisqu’il relève de la perfectibilité humaine que j’évoquais en premier lieu.

      4. Pierre-Yves,

        Non nous ne sommes pas d’accord. Vous faites comme Paul, vous voyez des causes là où je vois des expressions : à qui ou quoi l’économie serait-elle « subordonnée » (ce mot est horrible !), de quel « mal » le « système monétaire » serait-il la « source » plutôt que l’expression ?

        Observez-les : éducation, économie, politique…, vous ne leur trouvez pas un peu la même gueule organisationnelle ? : « Je te confie la responsabilité de —— et en échange tu me dis ce que je dois faire (faire). » : à tous les niveaux, dans toutes vos causes ! Étonnant non !?

        Et vous prétendez pouvoir parler de dialogue dans ces conditions ? C’est comme si dans un champ de blé vous prétendiez vouloir faire pousser des fleurs ! On ne dialogue pas avec soi – on n’a pas le temps, comment peut-on prétendre alors dialoguer avec l’autre ? La conscience de soi est quasi-uniforme (décidément !) au sein du groupe et réduite à la plus simple expression que nous laisse le temps de cerveau disponible-mais-tellement-précontraint, et tend à s’uniformiser sur la planète. Le dialogue s’uniformise. L’échange s’uniformise. Ça pue.

        Comment un individu qui en est arrivé à consacrer son temps, sa vie, à produire et à consommer plutôt qu’à vivre peut-il s’imaginer avoir conscience ? Il ne le peut pas. Comment peut-il s’imaginer pouvoir dialoguer avec le champ des valeurs de l’autre s’il est incapable de les imaginer ? Il ne le peut pas.

        Le mal est là : dans cette croyance qu’en influant sur la structure le(s) lien(s) puis les individus vont aller dans le « bon » sens. Ça n’a jamais fonctionné ! Et pour cause : le lien actuel, civilisationnel, est unique et tyrannique : c’est le lien marchand, qui impose l’échange monétisé – aujourd’hui à travers le salariat. En imposant il contraint les individus à se soumettre à lui, et la boucle est bouclée : ni temps de conscience, ni donc possibilité de tisser une structure relationnelle, organisationnelle, multivaluée.
        Une construction avec un lien unique s’appelle une chaîne. Avec deux liens ça peut donner une structure un peu plus riche, etc… : http://blip.tv/play/gYY47Ph3Ag

        Et ce point de vue a le même âge que le vôtre, toutes les sagesses s’y placent. Illustration : « au lieu de Yahvé, Jéhovah, Jésus, etc. lisez « Je suis » dans les sagesses. C’est stupéfiant. Descartes s’est-il inspiré de ce constat pour donner sa définition du produit ou est-ce l’inverse qui s’est produit ??? Voici cette définition : Pour tout groupe A, pour tout groupe B, il existe un groupe P unique formé de tous les individus de A et de B qui vérifient la condition suivante : dire qu’un élément de A et un élément de B coexistent revient à dire que le couple existe (en P). » (ici) Ce produit se lit « A croix B », et ça marche quelles que soient la taille et la nature des groupes. Il y a plus de plaisir et de possibilités à multiplier des champs ou matrices de valeurs qu’à s’appuyer sur une seule valeur-propre pour échanger.

        C’est tout con, mais ça va mieux en le disant. Au niveau relationnel, organisationnel, nous n’avons certainement pas dépassé la nature qui elle tente toutes les combinaisons possibles sans a priori, et qui ce faisant laisse la possibilité à chaque valeur de s’exprimer, elle !

    2. AUX JO de la fraude fiscale elles raflent toutes les médailles d’or.

      Héhé. Sans compter qu’en plus des médailles, elles ont vidé la caisse et encaissé leurs bénèfs sur la dette… des JO d’Athènes.

    3. Les grecs qui fraudent et les multinationales qui paient le mini d’impots possible ce n’est malheureusement pas mutuellement exclusif!

    4. Encore un qui n’hésite pas à s’essuyer les pieds sur tout un peuple. DSK. Il est à souhaiter qu’un tel gougnaffier ne soit pas Président de la République, déjà trop de coups bas et de manipulations pour comprendre le personnage.
      Non merci bien.

  3. Bien que tout ce qui se dit dans ce blog dépasse le plus souvent mes capacités et mes divers niveaux de langages, il est passionnant.
    Dans tout ce qui est abordé quotidiennement, quels que soient les sujets que l’actualité provoque, il me semble qu’il y a sans cesse en filigrame le problème dans lequel nous sommes englués : celui de l’hétéronomie de CASTORIADIS.
    … sauf pour tous ceux qui justement écrivent ici.

    1. Castoriadis
      le rebelle !

      « Une société autonome implique des individus autonomes. Les individus deviennent ce qu’ils sont en absorbant et intériorisant les institutions ; en un sens, ils sont l’incarnation principale de ces institutions […] Nous pouvons formuler l’objet premier d’une politique de l’autonomie, à savoir démocratique : aider la collectivité à créer les institutions dont l’intériorisation par les individus ne limite pas, mais élargit leur capacité de devenir autonomes » (Cornélius Castoriadis, Le monde morcelé, Les carrefours du labyrinthe III, Paris, Seuil, 1990, p.150-151).
      Cornélius Castoriadis intellectuel révolutionnaire (philosophe et psychanalyste) penseur de la liberté sans étiquette (sinon celle de « critique radicaliste de gauche du marxisme ») est mort à 75 ans d’une crise cardiaque fin décembre 1997. C’était un des grands penseurs de notre époque (avec des gens comme Morin, Touraine, Habermas), une conscience claire et lucide sans compromission avec la dérive feutrée de notre société économique et conformiste.
      Membre virtuel de son fan-club, je l’ai vu pour la dernière fois lors d’une conférence de la Ligue de l’Enseignement et de l’Éducation Permanente à l’ULB, Le pseudo-individualisme contemporain et la crise politique, c’était le 24 février 1994. Pour les lecteurs d’Alternative qui conservent les numéros, je renvoie à celui de mars 1995 (172) où j’ai eu le plaisir de pondre un article autour de ses propos : Citoyenneté responsable et autonomie.
      Pour sa biographie, résumons brièvement que ce grand démystificateur né en 1922 à Constantinople sous la dictature de Métaxas entre dès le lycée au Parti communiste grec puis devient trotskiste et après 1945 commence en France une carrière d’intellectuel. Il se détache très vite du trotskisme pour développer un communisme personnel hypercritique du système bolchevique. De 1946 à 1964, il anime une revue gauchiste Socialisme et barbarie qui attaque sans aucune concession le régime totalitaire d’URSS : le marxisme ou socialisme autoritaire est inséparable de l’exploitation de l’homme par l’homme, des goulags et des purges staliniennes.
      « Ce sont les idées politiques qui animaient Marx qui font la différence (avec le socialisme utopique français). Mais quelle est la source de ces idées ? Il n’y a pratiquement rien là dedans – rien en tout cas qui ait encore quelque pertinence et quelque valeur aujourd’hui – que l’on puisse attribuer à Marx lui-même. Dans ces idées, tout, ou presque, prend sa source dans le mouvement ouvrier tel qu’il se constituait entre 1800 et 1840 ; tout, ou presque figure déjà noir sur blanc dans la littérature de cette époque » (Castoriadis, La source hongroise, revue Libre, n°1, p.61, 1977).
      Après deux ouvrages sur La société bureaucratique en 1973, son livre pivot sort en 1975 : L’institution imaginaire de la société. Il va ensuite co-animer (avec des gens comme Claude Lefort et Pierre Clastres) une autre revue: Libre de 77 à… 78 (je pense ?).
      Il écrit Les carrefours du labyrinthe en 1978 qu’il enrichira de quatre autres volumes en 86, 90, 96 et 97.
      Le texte de la jaquette de la revue Libre est très explicite: « La liberté, il s’agit de la retrouver contre la cécité de l’intelligentsia, contre le déni majeur que ses discours faussement subversifs engendrent et reproduisent. Car prenant la relève d’une idéologie bourgeoise à bout de souffle et d’un marxisme devenu langue morte des pouvoirs, s’est développée une entreprise neuve d’occultation du lien social, du procès historique et de l’être du sujet. La critique de l’imposture savante ne va pas sans une redécouverte de la question politique. En effet, c’est sur le refus de considérer le fait fondamental de notre époque: le totalitarisme, fasciste ou communiste, que s’établissent les formes avancées du mensonge social ».
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      Le communisme défunt
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      Les gens séduits par les idées marxistes ont toujours été des gens généreux et conscients de leurs responsabilités vis-à-vis de leur environnement direct, c’est-à-dire socio-politique. Je peux en témoigner comme observateur extérieur car je n’ai jamais été dans cette mouvance mais dans celle – opposée quant aux moyens – de la philosophie du sujet et de la primauté de la liberté. L’option libertaire a toujours viscéralement été révulsée vis-à-vis des sacrifices humains pour la cause (dieu, la patrie, la révolution…).
      Pour les militants communistes, il fallait être très disciplinés pour « croire » au matérialisme historique, au matérialisme dialectique et à la prédominance de l’infrastructure en niant toute une dimension: le désir de puissance des êtres. Castoriadis comme Touraine disent en gros que dans l’inconscient de certains sujets, la lutte des classes ne vise pas toujours une société égalitaire mais bien l’élévation sociale, « la distinction » (Bourdieu), autrement dit du statut de dominé prendre la place du dominant pour à son tour dominer les autres. La nomenklatura n’est pas un accident de l’histoire mais la suite logique de la révolution bolchevique et du désir de puissance.
      J’ai toujours revendiqué le lieu d’où je parle: l’émancipation et l’autonomie du sujet-citoyen, une position si souvent condamnée par le marxisme « scientifique ». Il est déplorable qu’au sein de la gauche, les options se déchirent pour l’illusoire suprématie du territoire idéologique de la « bonne » gauche alors que l’ensemble de notre société est plongée dans un néo-libéralisme injuste et cruel où la société duale et les concepts « argent, profit, rentabilité » dominent sur l’humanisme et le droit au bonheur des gens.
      Même si des partis auparavant de gauche comme le PS soutiennent cette politique capitaliste, considérée comme normale et logique, il faut rester optimiste et savoir qu’au sein des organisations, il y a des militants honnêtes qui sont engagés pour la société et non pas seulement pour leur carrière. Le POB est devenu le parti de centre gauche que nous connaissons et qui dirige conjointement la société libérale et l’analyse critique de la première internationale est devenue la religion communiste. Chaque fois que des hommes construisent un système de croissance, il y en a d’autres qui en font un système de croyance.
      L’abdication de l’esprit critique est la frontière éthique, là où les nazis tuaient sur ordre (cfr. Stanley Milgram Soumission à l’autorité) et où les chiens du parano Staline mordaient les militants sincères. S’il ne devait y avoir qu’un seul mort pour un système politique idéal, ce serait un martyr de trop. Être anti-fasciste aujourd’hui, ce n’est pas lutter contre la peste brune ou rouge ni contre les sots de l’extrême droite et les nostalgiques « simplets » du führer mais lutter contre toutes les formes de domination et d’exploitation de l’homme par l’homme.
      Comment peut-on encore être croyant marxiste, après les purges, les goulags, la Hongrie, la Tchécoslovaquie et l’Afghanistan ? Comment peut-on soutenir le stalinisme ? Notons en passant que le PC liégeois, a lui aussi été « terroriste intellectuel » et fanatique: même après le rapport Kroutchev, les croyants liégeois restaient fidèles au « petit père ». Il ne faut cependant pas tomber dans le jeu excommuniant des sectaires car, à côté des fanatiques, il y a des gens de conviction, des justes.
      Il y eut de grande exception dans cette gauche autoritaire, telle Maria-Antonietta Macciocchi, une grande dame, inspirée par Gramsci, et avec qui j’ai eu l’honneur de me battre avec des gens de terrain pour la reconnaissance d’un droit de l’homme : le droit à l’objection de conscience reconnu au Parlement Européen de Strasbourg dans les années 80. Hélas cette égérie a été exclue de parti communiste italien (pourtant, depuis Berlinguer, un des plus humains), elle fut donc un transfuge vers l’option libertaire et après avoir écrit sa thèse de La Sorbonne Les femmes et leurs maîtres (la fascination fasciste orchestrée par Mussolini, un essai sur la psychologie des foules… féminines), elle écrivit son pamphlet humoristique Après Marx, avril !, un clin d’œil pour l’espoir.
      Le système totalitariste communiste est tombé, il faut à présent reconstruire une gauche sociale et humaniste et ne plus exclure l’homme de la structure.
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      L’utopie et l’inconscient
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      Notre société, dit Castoriadis, est un mélange d’une part de rationalité, de logique et de sciences et d’autre part d’imaginaire et de symbolique. Pour vivre ensemble, en civilisation, nous avons besoin de sciences mais aussi d’existence, de culture et de valeurs. Tout système socio-politique repose pour partie sur le rêve, l’imaginaire, l’utopie. Nier cette dimension, c’est la laisser surgir de façon sauvage (obscurantisme, astrologie, sectes, spiritisme…) et socio-perturbatrice (les grands prêtres récupérateurs) ; il nous faut la prendre en compte pour d’une façon anthropologique la canaliser et l’inscrire dans nos systèmes socio-politiques démocratiques. L’utopie n’est pas une erreur mais au contraire une condition pour élaborer un système social humain, plus juste, moins contraignant et toujours provisoire.
      Au déterminisme des lois de l’histoire de Marx, il oppose l’imaginaire radical: l’histoire est toujours une création indéterminée résultant du jeu conflictuel des acteurs-citoyens. Dans les années 70, une époque où l’on dit que l’autogestion n’est pas possible dans le système capitaliste, lui parle d’autonomie.
      La prise en compte de l’inconscient (particulièrement la pulsion de domination) est nécessaire pour construire une société humaine autonome faite d’individus autonomes. Créons un autre rapport à l’inconscient de façon à ne pas être totalement dominés par lui. Les anarchistes qui arrivent à ne pas se plier à la normativité de l’État font en fait du « castoriadisme » (sic) car pour réussir à faire front de façon sereine à l’autorité étatique, il ne faut pas oublier que le premier patron que nous avons eu tous était papa ; il s’agit donc toujours d’une « révolte contre le père » (Mendel, le socianalyste non le trotskiste) ou, comme l’explique Freud dans Totem et Tabou, de l’alliance des frères pour renverser le « nom-du-père », qu’il soit le tyran ou un État pseudo-démocratique.
      Avec l’œuvre de Castoriadis, s’établit une continuation créative des amoureux de la liberté et du social non autoritaire : de l’anarchisme de Proudhon à la dialogique systémique de Morin en passant par l’analyse institutionnelle, l’École de Francfort et la sociologie de l’action.
      La démocratie devient de plus en plus une illusion, nos représentants nous dirigent mais ne nous représentent plus ; il est urgent de se réveiller, de créer des synergies politiques et de redevenir des citoyens responsables, résistants et critiques en créant des structures qui empêcheraient la confiscation du pouvoir social par des politiciens arrivistes. Comme le dit Adorno: « Les grandes œuvres attendent », c’est-à-dire plus le citoyen sera acteur et créateur de nouveaux possibles, moins il sera dépendant de son passé, de sa culture du profit et de ses normes aliénantes. »
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      Jean-Marie Lange
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      Bibliographie de référence

      • CASTORIADIS C., La société bureaucratique, 2 tomes, Paris, UGE, 1973.
      • CASTORIADIS C., L’institution imaginaire de la société, 3°ed., Paris, 1975.
      • CASTORIADIS C., Les carrefours de labyrinthe, Paris, Seuil, 1978.
      • CASTORIADIS C., Les carrefours du labyrinthe II, Domaines de l’homme, Paris, Seuil, 1986.
      • CASTORIADIS C., Les carrefours du labyrinthe III, Le monde morcelé, Paris, Seuil, 1990.
      • CASTORIADIS C., Les carrefours du labyrinthe IV, La montée de l’insignifiance, Paris, Seuil, 1996.
      • CASTORIADIS C., Fait et à faire, Les carrefours du labyrinthe V, Paris, Seuil, 1997.
      • CASTORIADIS C. & COHN-BENDIT D., De l’écologie à l’autonomie, Paris, Seuil, 1981.
      Articles parus dans LIBRE politique-anthropologie-philosophie, Paris, pbp.
      • CASTORIADIS C. Hongrie 56: Quelle révolution ? La source hongroise, N°1, p. 51 à 85, 1977.
      • CASTORIADIS C., La découverte de l’imagination, N°3, p.151 à 189, 1978.
      • CASTORIADIS C., Positions: Mai 68, l’Anti-Utopie, Druon, Althusser. Les crises d’Althusser, De la langue de bois à la langue de caoutchouc,p N°4, p.239 à 254, 1978.

      1. « De 1946 à 1964, il anime une revue gauchiste Socialisme et barbarie… »
        « Socialisme OU barbarie » et non « Socialisme et barbarie », si je ne m’abuse

  4. décence indécence; L’Ordre (1973) – Jean Daniel Pollet
    http://www.youtube.com/watch?v=RIPGsbAUFvM&feature=player_embedded#at=2170

    (Wikipédia):  » L’Ordre est un essai cinématographique de Jean-Daniel Pollet réalisé en 1974 et qui dure 44 minutes.
    Le sociologue Maurice Born, après deux ans d’étude des lépreux, souhaite tourner à Spinalonga (Grèce, Crète, Département du Lassithi, au nord de Agios Nikolaos). Cet ilôt, relié à la terre par une digue, face à Elounda, abrite depuis 1575 une forteresse de la République de Venise, devenue turque en 1718. Le gouvernement grec en fait en 1904 le lieu de relégation de ses lépreux.
    Cette dernière léproserie d’Europe abrite de 300 à 400 lépreux, en relative autonomie, jusqu’en 1956, date où les survivants reviennent en structure hospitalière près d’Athènes, parce qu’on sait alors les soigner. Ils ont appris à résister au rejet, à l’abandon, mais restent incapables de revenir au monde.
    Raimondakis, fils d’avocat, devenu lépreux, enfermé pendant 36 ans, et survivant, se fait le porte-parole des lépreux. »

  5. On n’a pas encore tout vu :

    http://blog.slate.fr/globule-et-telescope/2011/03/16/mega-tsunami-atlantique-possible/

    C’est juste un exemple, gratiné, certes, de catastrophe hors norme et imparable, mais on peut en trouver plein d’autres.

    La protection totale contre tous les accidents imaginables, sans parler des risques lents et diffus (polluants en tous genres), est clairement aujourd’hui hors de portée, ne serait-ce qu’économiquement. La suppression de toutes les installations industrielles dangereuses (classées SEVESO en UE) impliquerait un retour au niveau de vie du 18ème siècle, et probablement aussi un retour à une population guère supérieure à celle de cette époque.

    Alors, on met ça en route, ou bien on attend que le changement climatique et la pénurie énergétique s’en chargent, ou encore on essaie de prolonger cette civilisation en acceptant de subir un certain taux de pertes par catastrophe, et à chacun de se débrouiller pour ne pas être au mauvais endroit au mauvais moment ?

  6. « […] il nous faudra faire un jour le constat que la seule énergie digne de ce nom est renouvelable, neutre du point de vue de l’environnement, et propriété commune de l’humanité. »
    (Paul Jorion)

    Vous ne savez peut-être pas que le gouvernement autonome et indépendantiste d’Ecosse a déjà fait ce constat en choisissant une autre voie que le nucléaire. Il est actuellement en train de construire une autonomie énergétique respectueuse des hommes et de l’environnement, tandis que le gouvernement anglais propose de construire plusieurs centrales nucléaires en Angleterre.

    L’Ecosse vient d’annoncer d’ailleurs la création d’un centre d’excellence pour l’innovation dans les énergies renouvelables. Initié par l’agence de développement économique Scottish Enterprise, le projet vise à « transformer la manière dont les universités, les entreprises et l’industrie coopèrent, et à positionner l’Ecosse comme un leader mondial de la recherche, du développement et de la conception de la prochaine génération de technologies des énergies renouvelables » expliquait vendredi le gouvernement écossais. (http://bit.ly/hMEkAy)

    Hélas, il s’agit là d’un gouvernement nationaliste et même du « nationalisme du 19e siècle », que vous désapprouvez, M. Jorion . . . si je ne me trompe pas.

  7. Bonjour,

    Pourrait-on en savoir plus sur ces énergies renouvelables car l’éolien (surtout sur les sols) et le photovoltaïque ont déjà tous deux fait la preuve de leur nocivité, chacun à sa façon. Le secret d’une énergie supportable réside sûrement dans la recherche ainsi que dans un mélange équilibré des différentes techniques.

    Cdt.,

    1. Le géothermique me semble sous-estimé.
      Je ne sais pas ce qui en limite l’usage.

      Pour taquiner, l’origine physique de la chaleur du manteau terrestre, c’est la radioactivité , certes faible, mais mutatis mutandis, comme dans les réacteurs de Fukushima arrêtés mais chauffant de dedans.

  8. Pied gauche.
    SI on arrêtait de penser chiffres, de faire des additions sur des hypothèses plus ou moins réalistes, bref, qu’on foute les ingénieurs et scientifiques dans leur bulle, qu’on respire l’air qui passe et qu’on ressente le soleil qui chauffe et ce jour un peu printanier, qu’est-ce qu’on ferait ?

    On regardait ce qu’il y a autour de nous comme ressources, on les utiliserait, et…. ça marcherait. Ca prendrait du temps et ça ne se ferait pas comme dit par les gens sérieux.
    Ca marcherait parce que ça viendrait des personnes, c’est-à-dire non pas de consommateurs, de passifs, d’assistés, mais de gens qui font. Tout ne peut commencer que de là.

    Après coup, les scientifiques regarderont et diront : ah mais oui, mais on n’avait pas ça dans nos hypothèses…

    Pied droit.
    Alea, risque. Ajoutons vulnérabilité, menace. Lorsqu’on modélise un petit bout de quelque chose on le trompe, on le réduit, on le dénature parfois. Les concepts sont gauches, limités. Mais l’un des tentacules le plus gluant est certainement l’arrivée des probabilités. En, fait, elles arrivent quand on ne sait plus faire de relation de cause à effet. Alors on introduit un « peut-être… » et bien sur, on retrouve l’expression chiffrée, navrante roue de secours.

    Les probabilités ne s’appliquent pas au cas particulier.
    Certains évènements sont des cas particuliers, par nature.
    On fait comment alors ?

    Le plat
    Oui, mai on est ici et maintenent. La feuille n’est pas blanche. Il faut avancer à partir de ce présent. Ne venez pas ici, vous qui êtes idéaliste. Ou vous qui êtes pour le confort, le « business as usual ». Ou vous qui êtes bardés de certitude. Ou encore ceux qui veulent profiter de la peine et du labeur des autres.
    Ne restent que ceux qui portent une vision, et le courage de la mettre en oeuvre avec toutes les compromissions que cela demande, le cambouis du réel, si éloigné de la blancheur immaculée des idées nobles, euphorisantes, moralement inattaquables, télévisuelles et angéliques….

    Et ceux-là diront aux scientifiques : dites nous ce ques vous savez, mais ne décidez rien.

    1. @ Crapaud Rouge
      J’espère bien vous avoir très beaucoup perdu à manier la thèse et l’anti-thèse. Connaitre les outils de l’ingénieire, les connaitre bien, et ne les utiliser qu’à bon escient. Ou encore le chemin difficile des idées à la réalité. Chemin que j’arpente, dans mon domaine, depuis tant de temps, que je me sens autorisé parfois à en prséenter des facettes, a priori incompatibles. Mais en fait…..

      Ce qui manque sur ce blog c’est de boire ensemble. Ca ferait vraiment du bien. Vigneron, ou es-tu ? Que proposes-tu ?

      1. Les pieds dans le plat, oui, vous m’avez très bien fait beaucoup perdre mon très délicieux temps ! On pourrait régler ça devant une p’tite mousse dans un p’tit bistro. Mais en zone libre, sur une terrasse où je pourrai cloper. Si vous créchez en IDF, cliquez sur Crapaud Rouge et laissez-moi un message.

  9. Romandie news 17 mars

    Réacteurs arrêtés: EON envisage une plainte contre Berlin

    BERLIN – Le numéro un allemand de l’énergie EON réfléchit à porter plainte contre la décision du gouvernement allemand de fermer pour au moins trois mois 7 réacteurs nucléaires, selon le quotidien Süddeutsche Zeitung paru jeudi.

    EON, qui opère deux réacteurs concernés par cette décision, celui de Isar 1 en Bavière (sud) et Unterweser (nord-ouest), réfléchit à attaquer en justice l’ordre donné par le ministère de l’Environnement, affirme le quotidien, en ajoutant que d’autres opérateurs de centrales seraient aussi tentés par la démarche.

    A la lumière des événements au Japon, la chancelière Angela Merkel avait annoncé mardi l’arrêt immédiat et pour au moins trois mois des 7 plus anciens des 17 réacteurs allemands, afin de les soumettre à des contrôles de sécurité.

    La fermeture sera définitive pour au moins l’un d’entre eux, celui de Neckarwestheim 1 (sud-ouest), qui est le plus vieux d’Allemagne avait annoncé son opérateur EnBW.

    L’arrêt forcé est une mauvaise nouvelle pour les quatre opérateurs de réacteurs en Allemagne (EON, RWE, Vattenfall Europe et EnBW), pour qui les centrales nucléaires, dont la construction est amortie depuis longtemps, sont de véritables vaches à lait. Le magazine Spiegel a calculé que la pause de trois mois pourrait leur coûter au total un demi-milliard d’euros.

    La situation de Vattenfall Europe, filiale du groupe suédois Vattenfall, est toutefois un peu particulière car ses deux réacteurs en Allemagne se trouvent déjà à l’arrêt en raison de problèmes techniques.

    Selon la Süddeutsche Zeitung, EON doute de la validité juridique de l’arrêt forcé des réacteurs, décidé sans consultation du Parlement allemand et sur la base d’une loi qui prévoit en effet une telle mesure, mais seulement en cas de menace concrète d’accident nucléaire.

    Selon l’Agence allemande de l’environnement, citée par le journal, l’Allemagne pourrait se passer sans problème de 9 réacteurs nucléaires au total.

    Dans les faits, le pays va devoir pendant trois mois fonctionner avec huit réacteurs en moins: les sept mis à l’arrêt par le gouvernement, et un huitième déjà arrêté suite à des incidents techniques.

  10. Palme de l’indécence (dans mon Panthéon du pire ouïe-dire la lutte fut pourtant farouche)
    « Le nucléaire est un bien public mondial » titre du Monde d’hier. L’article expliquant qu’il s’agit de gérer le cauchemar réalisé et perpétuellement menaçant, pas d’en rendre impossibles les conditions de réalisation.

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